Créances pourries

Créances pourries


Les aventures bancaires de l’Espagne ont été commentées en termes très peu financiers et particulièrement polémiques. L’expression « créances pourries » a fleuri brutalement, succédant ainsi à « Actifs Toxiques » au rang des pires turpitudes des banques et des systèmes bancaires.

Comment arriver à tracer son chemin entre créances pourries, créances douteuses, actifs toxiques… et le reste car, sûrement, il arrivera bien un moment où parlera des créances imaginaires, des prêts fantaisistes et des actifs fantômes.


Y-a-t-il des différences essentielles entre des créances douteuses et des créances pourries ?


 Les pourries peuvent elles devenir toxiques ? Et au fond, le métier des banques étant de prêter qu’a-t-il bien pu se passer pour que des créances soient qualifiables de pourries ?


En se laissant aller au sens premier des mots, les créances pourries des banques seraient des créances montées dans des conditions douteuses. Viennent alors les accusations les pires : ce sont des crédits de complaisance. Les éléments qui encadrent en règle générale l’étude et la mise en place de crédits ont été délibérément mis de côté. Pire encore, ces critères ont été assouplis par des directions générales avides de gagner des parts de marché, multiplier leurs profits et les bonus qui les assortissent. Le crible des analystes a été transformé en passoire. Les commentateurs, qui en mettent des tonnes sur les créances pourries, dans les journaux, à la Télévision dans de grands discours, laissent planer l’idée que les banques ont été (et sont peut-être toujours) dirigées par des truqueurs de bilans et que leurs employés étaient corrompus jusqu’à la moelle. Les premiers crédits ou créances pourris sont apparus aux Etats-Unis. Il s’agissait des prêts aux Ninjna aussi connus sous le nom de leur classement « subprime ». Ceux-là même qui furent utilisés comme sous-jacents des produits financiers à l’origine de la diffusion de la crise.


Pour autant, les crédits consentis par les Banques espagnoles étaient-ils tous de créances pourries, comme, de même, les créances portées par les banques Allemandes ou Irlandaises pour ne prendre que celles-là ?


C’est en ce sens que la terminologie « morale » laisse à désirer.


 Il suffit d’imaginer un pays, frappé par une grave crise économique, (il n’est pas besoin d’aller trop loin ! ni de faire preuve d’imagination débordante !). Il est de l’ordre de l’évidence absolue que la qualité des créances gérées par les banques va s’amoindrir et peut-être se détériorer fortement. Dans des moments de crises graves, lorsque les taux d’intérêts explosent par exemple, les crédits consentis à taux fixes voient leur charge d’intérêts, donc les mensualités progresser fortement… et les emprunteurs être plus nombreux à ne pas pouvoir payer. Dans un pays qui connait un taux de chômage de plus en plus élevé et des périodes de chômage de plus en plus longues… il est clair que les crédits à la consommation ou à l’habitat rencontreront des taux de défaillance de plus en plus graves. Un journal titrait « National Bank, la première banque grecque, a indiqué que ses provisions pour créances douteuses avaient progressé de 47% sur un an à 559 millions d'euros ». Les difficultés que traverse ce pays se traduisent sans surprise par des impayés accrus, sans qu’à un seul instant on puisse attribuer cette situation à d’autre raison qu’à la crise.  « Les créances douteuses recouvrent principalement des crédits immobiliers susceptibles de ne pas être remboursés » pouvait-on lire sur la situation de l’Espagne. « Fin 2011, les banques espagnoles accumulaient dans leurs bilans pour 184 milliards d'euros d'actifs immobiliers considérés comme problématiques, car à la valeur incertaine, soit 60 % de leur portefeuille ». Ces fameux actifs immobiliers ne sont pas nécessairement des immeubles acquis par les banques, il s’agit des créances garanties par des hypothèques.


La situation des entreprises n’est pas de reste. Une crise économique ne s’arrête pas à leur porte ! L’effondrement de la consommation, la baisse d’activité économique, commerciale et industrielle entraîne des dépôts de bilan et une hausse des créances douteuses, c'est-à-dire des dettes dont le remboursement devient problématique. Si on considère froidement les choses  comment peut-on parler de « créances pourries » puisqu’on sait que quand rien ne va plus en économie, les dettes qu’elles soient à l’égard des banques, des fournisseurs ou des pouvoirs publics se remboursent moins bien ? Il faut tenir compte de l’effet de manche journalistique… cela fait vendre du papier.


Les créances consenties à la spéculation.


Il y a quand même quelque chose de vrai dans le qualificatif de créances pourries : comme pour les prêts au Ninjna, les banques espagnoles, suivant d’ailleurs les banques Irlandaises, ont massivement prêté au secteur immobilier. La pierre cela rassure à peu prés partout dans le monde. Les crédits gagés par de la pierre, c’est du sûr. Plus sûr que les prêts aux entreprises, plus sûr que le crédit à la consommation, plus rentable que les dettes d’Etat. Pourtant c’est à une véritable folie immobilière que l’Espagne s’est livrée. L’activité du secteur de la construction a pris une part déterminante dans le PNB. Des projets incroyables ont été lancés, accompagnés d’équipements publics surdimensionnés. La promotion immobilière a connu des effets de levier considérables. Le public, les consommateurs n’ont pas été difficiles à convaincre qu’il y avait de l’argent à gagner en achetant des biens immobiliers pour les revendre. Les pouvoirs publics, la Banque Centrale ont laissé faire. Une véritable manne tombait sur le pays via ces opérations immobilières, qui, comme aux Etats-Unis, en Irlande et même en Islande était menées dans des conditions de plus en plus laxistes. Alors, oui ! Quelque chose de pourri s’est glissé dans un système qui n’était pas des plus solides. Ce n’est plus de « l’immobilier » du vrai, du solide, mais des supports de spéculations. Les crédits étaient consentis sans tenir compte de tous les risques, afférents à des opérations spéculatives. Situation que la France a bien connue à la fin des années 80 et qui a eu pour conséquence la disparition de banques parmi les plus anciennes et les plus respectées dans le financement de … l’immobilier. De même que dans le cas des subprimes, le business model est devenu progressivement « pourri » par suite du délitement général des critères de risque.


Comment faire la distinction entre ces créances immobilières voire les créances sur les entreprises qui n’étaient pas causées par le désir de l’argent facile et les crédits ouverts à de véritables comportements spéculatifs ? Rien de moins évident !

 

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