Or numérique

 

De l’or numérique, le Bitcoin? Ce dernier, malgré l’enthousiasme des geeks ne serait-il pas l’avatar d’une idée antique ?

Sa valeur peut monter et descendre de 20% un jour, 50% le lendemain etc … Ses thuriféraires disent avec ravissement « comme toute monnaie ! » ou, « c’est un des charmes de la jeunesse que d’être agile comme un cabri ». On nous raconte cette monnaie fantasque et rare avec des larmes de joie dans la voix. Comme chacun sait « ce qui est rare est cher », d’où on déduit sans peine, que cette monnaie étant rare, il n’est pas anormal qu’elle soit chère. Comme l’or.

Or et Bitcoin : les filous en commun ?

En fait, le bitcoin n’est pas autre chose que de l’or numérique. C’est pourrait-on dire aussi bête que l’or. On dit cela en pesant les mots parce que l’or n’est pas bête ! Ou plutôt ce qui est intelligent dans l’or c’est le monnayage : le processus selon lequel l’or devient un support de valeur accepté et reconnu. Un moyen par lequel un débiteur peut se défaire de sa dette et qui tient sa force de sa « tranquillité » : on ne peut pas le produire n’importe comment. Une fois produit il est stable chimiquement. On peut garantir sa qualité. Etc etc. Tout ceci est bien connu. Donc revenons sur les caractéristiques du bitcoin : il est rare. On ne peut le produire n’importe comment. Il est chimiquement pur et calibrable puisque sous-produit de logiciels qui le fabriquent petit à petit à coups de calculs que personne ne comprend. Il en est du bitcoin comme de l’or pour ce qui concerne sa « naissance ». L’or était vu par les anciens comme un produit qui avait maturé ainsi que le blé. La Terre le faisait venir lentement. L’or qu’on découvrait en éponge ou en paillettes était dit  « natif », venu au terme d’une longue gestation. Comme le bitcoin est natif : il aura fallu attendre que des milliers de calculs aient finalement conduit à son émission. Il vient des algorithmes comme l’or venait de la terre-mère des grecs.

Ainsi, se passionne-t-on aujourd’hui pour une monnaie qui n’est que la réplique cryptée de la vieille et bonne monnaie métallique ! On pouvait saboter la qualité de la monnaie « or » en truquant sur son poids, en jouant sur son titre, en usant de métaux qui brillaient pour rouler les sauvages, en rognant les pièces, comme aimaient le faire les rois de France. On pouvait aussi jouer sur son cours, contre l’argent par exemple… On pouvait voler les cassettes, détourner les pièces, tendre des pièges dans les bois. L’or n’était pas une monnaie facile, elle était rare, et bien souvent le numéraire manquait pour financer les échanges.

Comme le bitcoin. Rôdant dans les dédales du marché numérique, les voyous sont dans les bois. Ils ont déjà dévalisé plusieurs plateformes où s’échangeaient des bitcoins. Des fabricants faussaires ont créé des algorithmes tricheurs pour imiter les vrais bitcoins. Des filous ont proposé de faire tourner des ordinateurs tiers ou, mieux encore, d’autres escrocs ont réussi à détourner des puissances de calculs pour fabriquer les précieux bitcoins aux frais énergétiques des naïfs. Le klondike vous connaissez ? Cette région dans un désert glacé nord-américain qui vit la dernière ruée vers l’or, celle de Charlot. Des milliers de gens qui s’en furent miner, tamiser, fouiller, creuser pour trouver de la poudre et des paillettes d’or. Et quelques fois du mica qui y ressemblait fichtrement. Le Klondike numérique est arrivé. Un passionné de bitcoin aurait installé des ordinateurs superpuissants en Islande (pour refroidir plus facilement les machines peut-on supposer). Il s’agirait de « miner » du bitcoin à grande vitesse informatique. Comme on « minait » l’or du Klondike sauf que c’était moins rigolo et plus sale pour les mineurs et leur environnement.

Le bitcoin : une fausse révolution

Le bitcoin finalement, c’est comme l’or : pas plus que pour ce qui concerne l’or, la quantité de bitcoin n’est infinie ni sa production aisée et peu coûteuse. De fait, Le volume d’or disponible n’est pas considérable et les capacités de production de la terre entière « garantissent » que le volume monnayé restera honorablement stable. Plus intéressant, il possède avec l’or un principe commun : l’un et l’autre ne se créent pas à l’occasion d’échanges comme la vraie monnaie moderne. L’or « monétaire » a été une invention fort ancienne et géniale. Ses limites, la célèbre insuffisance de numéraire stimula de nouvelles inventions pour que la monnaie ne soit plus un frein dû à son insuffisante quantité.  « Inventer » une monnaie moulinée à partir de 0 et de 1 stockés dans une mémoire centrale ordinateur n’est pas très révolutionnaire comparée à celle qu’il fallait « orpailler » le long des ruisseaux ou arracher au fond des boyaux de mines. Sur le plan conceptuel : revenir au concept de la monnaie-or, c’est une régression de la pensée économique. On réinvente la roue en quelque sorte. Enfin, s’il y a quelque chose à inventer dans l’univers de la monnaie, ce n’est sûrement pas sur la base de mécanismes obscurs et inaccessibles à n’importe quel citoyen un peu curieux.

Ou bien ne s’agit-il que d’un vaste canular ! Ou un jeu qui appartiendrait à la même catégorie que l’usage « monétaire » des billes ou des cartes « pokémon » dans les préaux d’école. Vaste plaisanterie  ou madofferie d’un genre nouveau ? La Banque de France aurait tendance à craindre la deuxième branche de l’alternative. Ne soyons pas excessivement pessimiste et rêvons : pour relancer l’activité économique des pays dépressifs de l’entre-deux guerres, Keynes, qui n’aimait pas l’or pour toutes les raisons mentionnées ci-dessus et d’autres encore, recommandait aux gouvernants de clamer que des gisements d’or demeuraient inexploités dans quelques montagnes de la planète. Ce serait faux bien entendu, mais, il importait peu que cela fût un mensonge : il s’ensuivrait des mouvements de foules (les mineurs), de capitaux (pour financer le matériel de mine) de commerce (pour approvisionner les mineurs et leurs pareils), de services (assurer l’acheminement aller et retour des mineurs et de leurs famille). Ainsi stimulées les économies retrouveraient le chemin de la croissance et pour une fois l’or aurait été utile.

Dans cette période difficile où les économies occidentales souffrent, pourquoi ne pas annoncer que des bitcoins demeurent tapies au fond des ordinateurs et de toutes les machines communicantes….

Ou bien, laissons à l’idée et à son mode opératoire original et technologique un mérite, celui de nous obliger, parmi toutes les innovations monétaires qui déferlent, à repenser la monnaie, son rôle et sa fabrication. Le bitcoin est-il une monnaie ou finalement une question opposée aux idées traditionnelles sur la monnaie ?

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