Passager clandestin


Free Rider, en anglais, le resquilleur, est un agent économique d’un genre pas très original dont certains théoriciens anglo-saxons de l’action collective ont fait la description. Pour résumer la pensée des penseurs : le passager clandestin est cet individu ou groupe d’individu qui profite des actions, entreprises, projets et prévisions des autres, sans payer (cela va sans dire). Le resquilleur est un bon exemple : il ne paye pas le billet du métro et il profite du transport et des commodités qui vont avec.

Une fois cette vérité de la Palice énoncée, l’utilité pratique de la théorie du passager clandestin n’est plus si simple. Il y a la version « sciences sociales relative aux comportements individuels au sein des groupes» qui dit que l’ensemble des « passagers clandestins » dans un groupe de discussion est constitué de la majorité des participants à la réunion ! Ils seraient distincts d’une minorité dite « active » ou « activiste » qui irait de l’avant, pour conquérir des avantages, définir des objectifs, apporter des solutions à des problèmes, quand les autres, les « passagers clandestins », profiteraient des initiatives et du dynamisme de cette minorité, sans avoir besoin de bouger le petit doigt.

A ce stade, le passager clandestin, ce serait tout le monde, sauf une petite minorité qui va au casse-pipe : ce sont les salariés vis-à-vis des syndicats, les petits actionnaires vis-à-vis des gros, les électeurs vis-à-vis des députés etc.

La version « économiste » n’est pas plus simple à manipuler. C’est celle qui consiste à dire qu’il y a des acteurs économiques dont la stratégie est de ne pas s’engager dans des dépenses ou des investissements en pariant que d’autres, intéressés, le feront, apportant ainsi le plus grand bien de tout le monde. Pourquoi bouger quand on sait qu’il y aura toujours quelqu’un pour se dévouer ou se jeter à l’eau ? Donc, le passager clandestin n’est pas un agent absolument passif. Il peut décider de ne rien faire, lucidement, froidement, de façon déterminée.  Cette idée n’est pas éloignée de celle qui est illustrée par le paradoxe de la « Poule mouillée » où un agent économique peut décider de ne rien faire et  prendre le risque de tout perdre et de tout faire perdre à tout le monde, parce qu’il fait le pari qu’un autre agent s’engagera et prendra la décision efficace dont il profitera. En matière sociale, c’est le cas des actions anti-vaccination, dont la seule motivation, consciente ou non, est que la majeure partie de la population étant vaccinée il est possible de s’abstenir au niveau individuel.

La difficulté d’utilisation du concept de « passager clandestin », peut être illustrée par deux commentaires qui, à six mois d’intervalle, considèrent que « que l'Allemagne est clairement le premier passager clandestin du Vieux Continent. ». Et, un peu plus tard, pour des raisons inverses : « La réalité, c'est que la France a aujourd'hui toutes les caractéristiques du passager clandestin ».C’est donc une jolie notion à usage polémique.

On relèvera que certains concepts de théorie économique pourraient rentrer dans le champ du « passager clandestin ». Ainsi de la notion d’ « économies externes » illustrée par le cas classique de la boutique qui voit son chiffre d’affaires propulser en avant par l’implantation à sa proximité d’un parking public. Cette notion qui admet un inverse, les déséconomies externes, est plus fondée scientifiquement.


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