Shadow... 

Shadow banking  

La vie bancaire et  financière contemporaine s’est quelque peu compliquée ! Dans un univers qui clame l’importance du marché, de ses acteurs, de la formation des prix dans des contextes où on chasse le monopole, on instaure de la clarté et où on ne veut plus que la veuve de Carpentras se fasse refiler des produits vaseux, voilà que le maître mot est qu’il faut lutter contre le shadow-banking.


Serait-ce « the dark side of the force » comme dans la guerre des Etoiles avec Dark Vador à la manœuvre ? S’agit-il de la version financière de l’hypothèse astronomique en faveur de la matière et de l’énergie noires ? Doit-on voir ici un lien avec les « Dark pools » dont on a vu l’apparition récente ou enfin avec le « High speed trading » ?


Il y a un peu de tout çà et le shadow banking partagerait avec l’astrophysique un caractère astronomique, celui des montants engagés. Aux Etats-Unis,  les chiffres, par nature supposés et hypothétiques, du Shadow banking étaient presque équivalents à ceux de l’activité bancaire à la veille de la crise financière de 2008 plus de 10 trillons de dollars (10 000 milliards de dollars).


La définition la plus courante du shadow banking se résume ainsi : activité de banque, menée par des entités  qui ne recevant pas des dépôts ne sont pas régulées en tant que banques et donc qui ne sont pas soumises à la réglementation bancaire et en particulier aux réglementations Bâle I et Bâle II, dont celles qui sont relatives aux fonds propres et à leur composants, les trois « tiers ».


Rentraient assez naturellement dans cette catégorie, les banques d’affaires américaines dont Lehmann Brother et Bear Stern, deux banques qui ont fait faillite. En effet, la législation américaine sur les banques portait sur le banques recevant des dépôts avec pour idée principale que ce sont d’abord les déposants qu’il faut protéger dans un système bancaire.  Le problème est que pour se fournir en liquidités et en financement afin de porter leurs opérations, les banques d’affaires américaines devaient se tourner vers le marché interbancaire et recevoir leurs ressources des banques de dépôts ou de tous organismes à la liquidité excédentaire. On remarquera que les déposants étaient quand même concernés ! Indirectement, au cas où la défaillance d’une banque d’affaires incapable de rembourser ses dettes se traduisait par la chute de son préteur et la ruine de ses déposants. Au passage, on remarquera que l’argument en faveur des banques universelles, à savoir, leurs masses de dépôts qui les met à l’abri d’un risque de liquidité comporte un drôle de sous-entendu…. Il est certain que si la liquidité est « assurée », la présence de déposants ne protège pas contre les risques de crédits et les pertes qu’ils peuvent engendrer, dont la disparition des dépôts dans la liquidation de la banque.


C’est bien une des principales causes de la crise bancaire et financière de 2008 que ce transfert indirect de risques et de responsabilités, entre des « investisseurs » qui prennent des risques en dehors de toute régulation sérieuse, qui les packagent plus ou moins bien , c'est-à-dire qui s’en défont sur des Spécial purpose vehicles, et les sortent de leurs bilans, mais sont, à la première bourrasque ,obligés de les rapatrier et les « refinanceurs », banques de dépôts par exemple, qui ne savent pas très bien ce qu’ils refinancent, qui s’en tiennent à la qualité officielle de leurs contreparties, aux notations élogieuses des Agences de notation et qui ,en fait, se trouvent engagés dans la mécanique des opérations que les premiers ont initiées.


Le problème du shadow banking  aurait été simple, s’il n’avait été qu’une histoire de banquiers preneurs de risque inconséquents et légers et de banquier de dépôts, courant après une meilleure rémunération de leur trésorerie et prêts à refinancer les premiers. En fait, il faut étendre cette notion à d’autres intervenants pour en comprendre la dynamique et l’ampleur.


Les entités non régulées ne sont pas nécessairement des banques : ainsi tout le mécanisme des sub-primes aux Etats-Unis n’a été qu’un fantastique déni de compétence de la part des banques et pas des plus petites. Elles avaient, en matière de crédits hypothécaires, délégué la commercialisation de ces « produits » à des courtiers en crédits et parfois en même temps, en opérations immobilières, entités parfaitement non bancaires et non régulées par un organisme de supervision du crédit. La production de crédits de mauvaise qualité n’avait pas de sanction et les banques, même les banques de dépôts, étaient trop contentes de pouvoir afficher des encours de  crédits hypothécaires assortis de bons rendements qui ne leur avaient rien coûté à produire.


Il y a eu aussi les Hedge funds qui ne sont pas des banques et ne reçoivent pas de dépôts du public, et sont considérés comme des acteurs «shadow banking», parce qu’ils ne sont pas régulés n’étant pas des banques. Or ces Hedge funds n’agissaient pas autrement que les Banques d’investissements. Ils recevaient des refinancements de la part des banques de dépôts sous la forme de prêts, aussi bien dans leurs opérations de marchés que sur les opérations d’investissements qu’ils menaient sous forme de LBO par exemple, la nature d’un Hedge fund étant de jouer sur les effets de levier.


Les fournisseurs de liquidités n’étaient pas uniquement des banques de dépôts, mais aussi des caisses de retraites, de grandes institutions détenant une trésorerie importante, les assureurs, et les OPCVM monétaires, ces derniers se multipliant dans les premières années du nouveau siècle. Ils étaient tous parties prenantes à ces opérations de shadow banking non pas en faisant des prêts, ce qui leur était interdit par leurs statuts, mais en souscrivant des produits financiers élaborés par les banques d’affaires à partir de leurs propres opérations. On les a parfois qualifiées d’opérations tripartites, assemblant la banque d’affaires, le fournisseur de liquidité et le bénéficiaire des prêts ou portages de la banque d’affaires.


Il en est résulté un univers où le risque systémique a pris des proportions considérables, alors que dans le même temps, des pans entiers de cet univers échappaient au régulateur. Ce ne sont pas finalement les hedge funds qui ont été les plus redoutablement dangereux dans cette question du shadow banking. Les plus importants ont bien supportés la crise de liquidité et les plus petits, en faillite n’ont fait que peu de dégâts chez leurs prêteurs. Ce sont bien les banques d’affaires et leur fabrication de produits financiers.


C’est la raison pour laquelle, beaucoup militent, et les européens en tête pour que les institutions non régulées soient couvertes par les contraintes es Bâle III et les niveaux de fonds propres et de leviers qui sont proposés

 


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