Collectionner l’art de demain ?

 

 

 

Ecrit en novembre 2015.

 

Au sortir d’une conférence sympathique organisée par la revue "The Eyes et les concepteurs de l’exposition «Photo-Saint Germain» (jusqu’au 22 novembre) sur le thème de la collection et du collectionneur, j’ai eu envie de penser à nouveau ce paradoxe: collectionner l’art qui n’existe pas encore, l’art de demain.

 

Tel collectionne les incunables, tel autre les timbres-poste émis en Australie…. Il s’agit de collections «évidentes», le stock existe, la production s’est parfois complètement arrêtée, les images ou objets ne sont pas inconnus de la majorité des gens, y compris de ceux que cela n’intéresse absolument pas.

 

L’autre, le collectionneur qui collecte l’art en train de se faire, n’a pas la ressource des stocks. Ce qu’il cherche est totalement inconnu sauf d’autres collectionneurs du même type.

 

Admettons qu’il y a là une gageure! N’est-ce pas collectionner les nuages, les rêves, le vent dans le désert et l’eau des torrents? Comment collectionner les œuvres en train de se faire et qui se déferont plus tard du fait de la rage de l’artiste qui cherche et ne trouve pas encore? Comment se saisir de recherches sans s’encombrer d’œuvres sans issue? Comment trouver le chemin qui mène à demain dont on sait qu’on ne le reconnaîtra qu’une fois tracé quand il sera devenu un passé? Comment pouvait-on savoir dans les années 1860 que l’avenir n’était pas dans les Walter-scotteries mais dans les meules de foin et les champs de coquelicots. Entre préraphaélites et impressionnistes, n’était-ce que de choisir entre bravoures et labours !!!

 

Décidément, si la vie d’artiste n’est pas facile que dire de la vie du collectionneur de l’art de demain? Comment débusquer les œuvres? C’est le côté «chasseur» chez l’amateur d’art. Mais lever le gibier n’est pas le capturer et savoir le faire régulièrement, sans de trop grandes erreurs n’est rien justement à côté de la décision à prendre : «c’est cette œuvre-là, je le sais, je la veux». Puis, un peu plus tard, une autre œuvre. Rien à voir avec la première ? Je cours plusieurs lièvres à la fois? Peu importe puisqu’on ne sait pas sur quoi l’avenir est en train de se bâtir. Il faut avoir de bonnes jambes, une grande patience, l’œil aguerri, l’esprit ouvert, l’enthousiasme juvénile. Une méfiance sombre et critique aussi qui affûte le regard: on trouve des chausse-trappes sur ce chemin.

 

Deux grandes expositions viennent de fermer leurs portes, la FIAC et Paris-Photo. J’ai cherché l’art en train de se faire, j’aurais souhaité des tirages encore un peu humides et moins de monstres sacrés, moins de leçons sur la photo telle qu’elle nous est venue et davantage d’exhortations à chercher de nouveaux regards. Malheureusement, le « beau » finit toujours par enflammer les porte-monnaies ! Le passé sacralisé, figé, cet univers où personne ne se perd plus, l’essentiel devenu visible pour les yeux.

 

 

Le collectionneur de l’art de demain chemine sur les sentiers de l’Art qui se nomment galeries et non sur ses autoroutes, là où circulent davantage de suiveurs que d’aventuriers.  

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