Anick Faveris, Soleil noir sur monde gris

Exposition Hôtel de l'Industrie

4 place Saint-Germain des Près

75006 Paris

 

Anick Faveris peint depuis tout le temps. A la limite du « pro » et de « l’amateur », elle peint. Pas de vue de Notre-Dame par un dimanche ensoleillé. Pas de clowns de toutes les couleurs que les petits aiment bien. Pas non plus de ces charmantes naïvetés qui traînent un peu partout, petits formats, pour petits cadeaux entre dames bien élevées, à découvrir entre un châle fait maison et des confitures aux fruits improbables. Anick Faveris peint au sens où peindre, c’est se battre avec la réalité pour faire émerger quelque chose. Au départ, on ne sait pas ce qu’on va faire émerger. Au départ, on sait qu’il se passera nécessairement quelque chose. Il y a une condition. Il faut se battre. La réalité pour un peintre, ne la cherchez ni au-dedans, ni au dehors, vous la trouverez dans les couleurs, les pinceaux, les pinces à bois, les clous qui rouillent, la lampe à souder qui se débine sans prévenir et la colle et les ciseaux et aussi, l’encre de chine, les fusains. La réalité d’un peintre, ce sont les matières qu’il va falloir domestiquer, qui vont résister, ces chiennes qui se refuseront parfois à dire ce qui est à dire, à faire émerger ce qui ne demandait qu’à advenir et qui ne manqueront pas de tout faire rater quand elles le pourront.

 

A force de se battre et de travailler et de chercher, le peintre trouve. C’est ainsi que se découvre ce qu’il avait cherché. Anick Faveris montre dans sa dernière exposition ce qu’elle a cherché et ce qu’elle a fait surgir à force de travail, de rêveries et de combat. Pourquoi est-elle arrivée là où elle ne conduit ? Mauvaise question. La quête des origines d’une œuvre ne permet jamais de comprendre ce qu’elle a « d’œuvre ». Elle nous parle « mode de fabrication » et non pas « image qui apparait ». Ce que j’ai vu de ses œuvres appartient à un monde de l’image qui rebutait les regards il n’y a encore pas si longtemps. Comment peut-on voir quelque chose dans une plaque de métal rouillée posée/soudée/collée sur une autre plaque ou sur une toile classique ou bien encore sur un cadre en bois ? Y-a-t-il seulement quelque chose d’intéressant dans les usures en stries sur un métal composite qui dessinent comme des sédimentations terreuses ? Que veut-elle dire cette artiste qui affectionnent les vieilles serrures rouillées posés sur la toile et fermées pour toujours ? Fermées sur quoi ? Ferment-elles seulement ?

 

Le travail d’Anick Faveris est passionnant à un double titre.

 

Celui que je viens de décrire, le combat contre la matière, la quête de ce qui se trouve derrière, par-delà. A l’opposé des peintres qui veulent propulser les regardeurs « beyond the frame, beyond the canvas », les sortir d’eux-mêmes ou de l’endroit où ils sont postés pour « aller ailleurs », Anick Faveris veut faire dire à la matière, aux serrures, aux ferrures qu’elles sont fermées. Pas d’espoir. La surface repousse, interdit et s’oppose. Les choses ne sont pas toutes gentilles. Les métaux pourrissent. Les panneaux se déchirent. Les plaques sont disjointes. Elle extrait de la matière des images qui disent aux regardeurs qu’il n’y a pas que de jolies fleurettes et des fillettes en herbe dans la nature. Ils auraient préféré qu’on leur montre un peu de Monet et aussi du Chagall qui a de si jolies couleurs, du Dufy qui en met un peu partout ou même du Laurencin avec filles aux yeux noirs. Anick Faveris sort de la matière de toutes autres images.

 

Le « deuxième titre » m’est particulièrement cher : Anick Faveris fait partie de ces artistes qui viennent affirmer, soutenir, promouvoir des visions dont les auteurs ont été parfois méprisés, oubliés, incompris. Elle reprend un flambeau qu’un artiste a pu laisser tomber par lassitude ou impuissance. Elle continue un combat. C’est la peinture des texturologies de Dubuffet, qui est oubliée au profit des « naïvetés » de l’Hourloupe. C’est la peinture de l’Art Brut quand quelques artistes s’efforcent de montrer les puissances sédimentaires qui structurent la terre. C’est la peinture aussi des violences silencieuses qu’on voit de plus en plus souvent dans le travail de bon nombre d’artistes chinois.

 

 

Travail difficile, œuvres exigeantes. Voilà ce qui anime la recherche d’Anick Faveris. Pourquoi tant de bagarre avec la matière ? Le plus simple, il faut aller voir l’exposition et le lui demander. 

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