Fabrice Guénier

 

Galerie Regards, exposition Fabrice Guénier

 

40 rue de la Tour d'Auvergne

 

 

 

Avant, j’avais chroniqué Ann. Un très beau texte, un poème plus qu’un roman, une longue plainte plutôt qu’un poème, un regret d’amour et non pas une histoire. Avant, Ann il y a avait eu « Je crois qu’un jour ». C’était la même chose, sauf que, en plus d’un texte improbable, en face même de ce texte, on trouvait, toutes aussi improbables, des images. Des images sans rapport avec le texte… en fait, si, elles avaient un rapport, mais pas comme les rapports logiques qui rassurent, les causes qui font des effets, pas dans l’esprit d’un rapport normal, quand, en face du texte et pour l’illustrer, on met une image (une image vaut mieux que cent discours) ou bien, inversement, en face d’une image on met un texte, parce que, franchement, cette image, cette photo, ce dessin, ce n’est pas clair, il faut expliquer. Alors on met des choses en rapport les unes avec les autres.

 

Mais ce n’était pas comme ça. Les textes et les images avaient un rapport bien sûr, ils étaient là pour se joindre dans le souvenir et les inexactitudes de la mémoire. Ils étaient là pour étayer une croyance qui n’était qu’hésitation et incertitude. « Je crois qu’un jour » sans « point » pour finir la phrase ou la suspendre, ou la faire commencer, sans point de suspension, sans point d’interrogation, sans point du tout. « Je crois qu’un jour », un livre qui disait de « je » qu’il avait été là, pas seul, aimé, aimant, et tout est parti, le laissant sur la grève, lui laissant à penser qu’il y a eu un flux, eau qui arrive et repart, sable d’où tout s’efface et qui se dissout en grains, flux lui-même. « Un jour », ce jour où « je crois », pouvait tout aussi bien être commencement ou fin, ou moment venu et qui s’est échappé, ou instant qui s’est ajouté comme le sable ajoute des grains pour faire un tas. « Un jour » c’est aussi l’eau qui vient ruiner le tas. « Je crois qu’un jour », sous la forme de ce livre, des traces, des froissements et des ombres répondaient à des mots échappés et libres venus comme par hasard ou parce que c’était nécessaire et parce que c’était leur tour de croire dans « un jour ».

 

Au livre que j’avais chroniqué, faits de texte sans images pour les illustrer, à ce livre « je crois qu’un jour » où images et textes s’interpénètrent pour dire la même chose, succèdent les images sans texte d’une exposition de photos. Des photos d’«Ann» et des photos venues d’un troisième livre « Lullaby » dont le sous-titre est « 11 silences ». Comme si, avant l’exposition, la boucle devait avoir été bouclée, le « livre photo », succédant aux deux premiers. Les photos qui sont montrées par la galerie rappellent la poésie d’Ann et celle de « je crois qu’un jour ». Photos très intimes comme on devrait dire de toutes photos dont on sent qu’elles sont des plaintes, des cris, des joies ou des moments de douceur. L’exposition montre des photos de Fabrice Guénier qui toutes parlent du fait et du ressenti « intimes ». Viennent-elles des mêmes jours ? Sont-elles nées des mêmes sentiments ? Peu importe. Elles montrent toutes d’un même ton, d’une même façon, ces traces que laissent le cœur, l’âme et l’esprit quand ils se laissent à rencontrer quelque chose ou quelqu’un qui les dépassent et les poussent au dépassement et au cheminement vers un ailleurs. 

 

Peut-on les décrire ces images comme on peut le faire quand la photo montre un monument, une scène ou une personne ? Peut-on dire devant un corps nu ou une chemise qui s’envole, ou un grain de peau ou encore un visage en contre-jour, que c’est bien fait, que les images sont bien cadrées, que cela fait penser à tel prédécesseur dans l’art de la photo ? Définitivement, l’intime, ne se décrit pas de la sorte à moins de prendre le risque de déchirer ce qui se découvre en trames légères.

 

Légèreté, délicatesse, fragilité, autant de caractéristiques, autant de qualités attachées aux photos prises par Fabrice Guénier. Ces qualités ne sont pas affadies par le changement de format. Le format de « je crois qu’un jour » est celui d’un livre de taille classique, où les photos suivent un format de « lecture », un rapport face à face avec un seul regardeur, le lecteur, dont on a envie de dire inversant les processus de la connaissance qu’il passerait de la lecture de l’image au regard sur le texte. Les images sorties du livre ou non, agrandies pour nombre d’entre elles, ne perdent ni leur finesse, ni leur sensualité, ni leur émotion. Peut-être doit-on au changement de taille un accent différent sur les flous, sur les grains du développement et une présence plus intense de l’image ? Agrandies, elles conservent le charme et l’émotion des images qui illustrent les livres.   

 

Cette exposition de photos, d’images, de leur auteur, de ses sentiments, de son temps, « d’un jour » est l’occasion d’un échange troublant avec chaque regardeur. L’art ne consiste pas à montrer ce que chacun peut voir mais plus certainement de faire voir ce que, parfois, on ne veut pas admettre ou faire venir à sa propre vue. Cette exposition offre au regardeur l’occasion de faire venir l’« intime » au seuil de ses yeux.

 

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