La fin et les origines

 

 

 

Quelques riens: la fin et les origines

 

20 mai 2012

Et si la « recherche de nos origines pouvaient conduire à notre fin ? »

Vous êtes sur un quai de métro, attendant sans hargne et sans impatience une rame qui vous est annoncée dans les deux minutes qui viennent. Vous êtes à moitié plongé dans de vagues pensées souterraines, votre regard s’est attardé sur des silhouettes lourdement engoncées dans des vêtements de pluie. Vous vous souvenez qu’il pleut dehors et que vous avez oublié un parapluie. Pour vous débarrasser de cette pensée déplaisante, vous faites comme vous avez toujours fait : vous lisez tout ce qui passe à portée d’yeux. Vous commencez bien sûr par les grandes affiches qui vous font face sur l’autre quai. Vous scannez, reconnaissant parfois une publicité qui revient sans cesse depuis des années. A cet instant même, votre rame de métro entre dans la station et avant qu’elle se soit interposée entre les affiches et vous, vous lisez sur fonds de photo à connotation apocalyptique : « La recherche de nos origines pourrait conduire à notre fin ».

Et les portières du wagon s’ouvrent à cet instant. Elles vous invitent à un peu de célérité. La rame ne peut pas attendre une éternité. Vous devez monter. Vous ne montez pas. C’est cette phrase. Vous avez dû vous tromper. Ce n’est pas ça. Vous avez mal lu. Il faut que vous vous en assuriez. Et si c’était bien ça ?

Quelle importance que vous ayez mal lu ou bien lu ? Ce n’est qu’une affiche de métro. Ces affiches-là sont calibrées pour être comprises du plus grand nombre. On ne balance pas de la philo dans le métro. Sauf lorsque, par impulsion ou par fantaisie, le patron du métro veut montrer que « souterrain » ne veut pas dire « obscur ».

Et si, ce n’était pas anodin ?

Dans le métro, mais aussi dans les rues, sur les palissades, les affiches ne sont jamais couvertes de mots et de signes incompréhensibles pour les moins doués. Ça coûte un emplacement publicitaire. On y met des termes et des images et des phrases qui sont plus proches de la ronde enfantine que du « manifeste du Parti Communiste » (pour prendre un exemple qui est déjà un peu simpliste). Ça coûte. Donc, il faut que ce soit efficace. La visibilité et la lisibilité doivent être impeccables.

Il ne faut cependant pas négliger les campagnes d’opinion que des gens de l’ombre, des anonymes, sont prêts à financer. Elles disent apparemment des choses simples. Mais ce qui compte est subliminal. Les sens qui viennent sans qu’on s’en aperçoive. Qui pénètrent le cerveau et la conscience sans avoir demandé la permission. Ils laissent à la surface des oreilles et des yeux une carapace vide et transparente comme la chrysalide abandonnée, celle qui voilait le vrai sens, et sans que rien ne le fasse remarquer, ils s’enfoncent au plus profond de l’esprit, de la conscience et de l’âme. Il s’installe. Ils sont alors tapis. Ils peuvent commencer leur travail d’réécriture et de reprogrammation, de l’esprit, de la conscience et de l’âme.

Je ne suis pas monté dans le wagon. Il fallait que je m’assure qu’il y avait eu une erreur de vision ou qu’un flash mémoriel avait projeté un vieux souvenir de livre de science-fiction sur cette affiche un peu mystérieuse.

La rame quitta la station dans le classique déferlement de chuintements, de crissements et de glissements, avalée par le conduit sombre, propulsée comme un pneumatique dans les tuyaux sous pression.

Le dernier wagon  s’effaça. L’Affiche réapparut presque d’un seul coup. « Recherche de nos origines pouvaient conduire à notre fin ? ».  C’était imprimé. Il y avait donc cette phrase. Je ne m’étais pas trompé. Les mots étaient bien là, avec leur sens. Sans doute possible. Parfaitement clairs. Paraphrasant les mots et leurs sens peut-être,  un paysage où le désert rivalisait d’absence et d’anéantissement avec le vide d’une tête sculptée, à demi renversée, partiellement ensablée, aux orbites creuses. Les fenêtres de l’âme étaient sans vie à force d’être vides et ouvertes à tous les vents. Ceux du désert, ceux de la mort et ceux de la fin.

Une nouvelle rame vint m’arracher à la fascination dans laquelle je versai lentement. Comme réveillé en plein cauchemar. Je grimpai à toute vitesse dans le wagon. Ma précipitation, dénuée de toute nécessité, attira l’attention de quelques voyageurs. Leurs regards s’appesantirent. Mon attitude était étrange. Je m’assis sur un strapontin, le visage reposé dans mes mains, me répétant comme saisit d’une litanie,

« Et si la recherche de nos origines pouvaient conduire à notre fin ? »

Dans certains moments de détresse, la présence, au moins spirituelle, de quelques amis solides et proches suffit à remettre le monde d’aplomb, les bench mark à leurs places et à faire revenir les choses et les êtres dans les limites prudentes. Ce n’est pas un ami mais un maître qui vint au secours de mon âme affolée. Le Pseudo.

« La recherche de nos origines pourrait nous conduire à notre fin ». Voilà quelque chose qui aurait pu être dit par le Pseudo. Peut-être l’aurait-il dit d’une autre façon. De toute façon, si le Pseudo ne s’était pas encore intéressé à la question cela ne pouvait qu’être temporaire. Le fait qu’il s’agissait d’un film américain ne pouvait pas troubler le Pseudo. Il l’a professé, « le nouveau monde s’accommode de nouveaux mots » ! Les Américains, professait le Pseudo, ont aussi des choses à dire sur la philosophie, la morale, le retour aux origines, la quête des fins.

Le Pseudo poursuivit de façon magistrale. Comme il se doit de la part d’un maître. « Il y a là, un thème récurrent dans le cinéma américain : le film  « la Planète des Singes » n’est-il pas une histoire où la découverte des origines est la découverte d’une fin ? Ce jeune singe mettant à jour, l’origine du monde dans lequel il vit, met à jour la fin de l’autre monde, celui qui l’a précédé : le monde de Charlton Eston. »

Le Pseudo, qui n’a jamais craint les rapprochements insolites, continua mettant en avant l’Ancien Testament. N’en a-t-il pas été de même pour Adam, qui, s’était trop interrogé sur le « qui suis-je-d’où viens-je ».

Et si Adam avait fortement désiré aller à la rencontre de ses origines ? Et s’il les avait cherchées? Et si les découvrant, plongé alors contre toute imagination et habitude de pensée dans l’horreur indicible d’un secret de famille, il s’était retrouvé, ipso facto, éjecté du Paradis. Fin de la félicité pour avoir trop cherché une chose interdite. Chercher l’origine des œuvres de Dieu, n’est-ce pas s’interroger sur l’origine de Dieu ? N’est-ce pas prendre le risque de penser que s’il a un commencement, il peut aussi avoir une fin.  ? Et si, « aller aux origines de Dieu », était vouloir sa fin ? Adam, s’il avait eu un peu de culture religieuse, ne se serait pas lancé dans pareille quête : Dieu étant tout, il n’y a pas de partie. Il aurait découvert que sa quête conduisait ou bien vers une circularité éternelle où la fin et l’origine se trouveraient confondus, ou vers la fin de Dieu, le tout se fissurant sous l’effet de la quête et se dissolvant dans l’émergence des parties.

Le Pseudo, et c’est une de ses vertus sait ouvrir son esprit non seulement au vent de l’Etre mais aussi aux fétus qu’il transporte.

Ne dit-on, gloussa-t-il que les grandes fortunes sont fondées sur des crimes oubliés. Revenir à l’origine reviendrait donc à rappeler le bourreau. Chercher le père est de ce calibre là ? Luke Skywalker qui va à la recherche de son origine, c'est-à-dire à la recherche de son père, se trouve confronté à celui-ci, Dark Vador. Et, à ce moment vrai où il le trouve, le père meurt. Et le mot « fin » apparait sur l’écran.

Et si on parlait d’Œdipe ? Dans l’histoire de cet homme, la quête de l’origine est incessante. Voilà qu’Œdipe découvre que son origine c’est Jocaste. Voilà qu’il se précipite, brisant toutes les règles posées dès l’origine : tu ne reviendras pas en arrière. Tu n’emprunteras plus les anciens chemins qui t’ont conduit de la nuit vers la lumière! Il fonce vers son origine et c’est la fin.

Le wagon brinquebalait à une vitesse ralentie, tanguant comme une vieille chaloupe malmenée par le jusant au moment où il faut atterrir. Le bruit de ferrailles dans le tunnel du métro était maintenant pareil aux claquements et sifflements du métal jeté dans un four électrique. Le Pseudo, me prit le bras et m’enjoignis de quitter la barque. « Charron s’impatiente ! » me dit-il sévèrement. J’émergeais alors de la torpeur qui m’avait saisi.

Un contrôleur me secouait fermement par le bras. « Il faut descendre, Monsieur, vous êtes arrivé. Je le regardais. « C’est la fin ?» dis-je faiblement. L’autre sourit « C’est aussi bientôt le commencement, le train va repartir ».

 

 

 

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