Voitures sans conducteurs: les dessous d'une fausse révolution

La conduite sans pilote, une idée française

Les Français sont capables, ayant un pilote, de lui couper la tête et de continuer à vaquer à leurs occupations. En dehors d’une courte période, lorsque le Général était aux commandes, on a pu avoir l’impression qu’il y avait un pilote dans l’appareil. Depuis sa disparition, il est patent qu’il n’y en a plus : le Gouvernement de la France est sur pilote automatique. Etait-on conscient que le logiciel d’un pilote automatique devait être mis à jour et maintenu ? D’évidence la réponse est négative. Cela explique les embardées, les sorties de route et l’utilisation de chemins parsemés de nids de poule pour aller vers des destinations imprécises. On trouve là tout le charme de la politique à la Française : une conduite sans conducteur avec un pilote automatique déréglé ou qui tourne sur un logiciel (.1983 ) limite obsolète. L’idée n’est pas très bien exploitée, sans conteste possible, mais, incontournablement, c’est une idée française. Et voilà, à nouveau, que les Allemands sont en train de nous piquer cette belle idée de la conduite sans pilote.

Daimler (on lui fera payer sa forfaiture) coupable de ce pillage (et le mot est faible) vient de lancer une soi-disant initiative de voiture sans conducteur. Disons-le fermement, cette initiative est aussi étrange et qu’absurde. Le concept du « véhiculé » qui n’est pas « conducteur » existe depuis longtemps. En France, lorsqu’on quitte le niveau dit « politique » (où le véhiculé prend le beau nom de « citoyen ») pour l’économie privée, on le nomme « usager ». De la SNCF, du Métropolitain, d’Air France, des bus dans les grandes villes, du char à Bœuf dans les campagnes. C’est donc un concept d’une banalité affligeante. Qu’est-ce qu’un véhicule sans conducteur si ce n’est, par exemple, un wagon d’un train et même plusieurs wagons accrochés les uns aux autres ou une carriole dont le conducteur roupille pendant que l’âne fait le boulot ? Même les avions sont conduits par des robots ! Cachés sous le capot, ils n’ont ni la tête, la taille ou le costume des mannequins installés dans la cabine de pilotage (et qu’on nomme « pilotes » pour cette seule raison).

N’est-il pas complètement absurde d’inventer une voiture qui ira toute seule créer des embouteillages au motif que cela constituera un gain de temps considérable pour son propriétaire, lequel pourra donc l’affecter à d’autres activités dites « enrichies »? (pas faire le café dont on sait qu’il est maintenant pris en charge par les cafetières connectées). Subrepticement, sans avoir l’air d’y toucher, les nouvelles technologies qui permettent l’exécution d’une tâche ou la réalisation d’un objet sans sortir de chez soi sont en train de tout changer.

C’est à ce stade que le projet de Daimler prend son vrai sens! Les ingénieurs de l’industrie automobile allemande veulent faire face à la révolution des comportements induite par les technologies de pointe : si les gens ne se déplacent plus pour aller au bureau, si les objets sont livrés par imprimante 3 D ou par drones, il est clair que les conducteurs restant chez eux, les ressources en conducteurs vont se réduire drastiquement. Et si les conducteurs se font rares, qui va conduire les voitures ? Et si personne ne conduit les voitures, qui s’avisera d’en acheter ? (Hormis les très riches pour meubler un peu leurs hôtels particuliers immenses). Donc, nécessairement, si l’industrie automobile ne veut pas s’effondrer, il faut répondre à la pénurie de conducteur.

Le marketing sait frapper de grands coups. L’exemple des selfies est dans cette lignée : on s’est aperçu que les gens se regardaient beaucoup dans les glaces mais souffraient du caractère fugace de cette reproduction d’eux-mêmes. Alors on a inventé les selfies et, par esprit de commodité, les cannes à selfies. Pour les voitures sans conducteur le principe est le même. Faute de conducteurs la production d’automobiles est menacée. D’où l’idée d’un véhicule sans conducteur.

Il n’en demeure pas moins que cette idée est Française et que la firme allemande nous l’a piquée. Il faudra qu’elle paye pour ça.

 

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