Veuillez renouveler votre appel...


L’appel ? Qui appeler ? Où ? Je veux appeler ? Pourquoi ? Pour dire que… pour leur dire. Parler à quelqu’un ? C’est possible de parler à quelqu’un ? Pas dans la rue. Pas en rencontrant n’importe qui. Pour lui dire quoi ? Ce n’est pas parler à tort et à travers que je veux, pour occuper ma langue ou mon esprit. Je veux parler à quelqu’un : je ne suis pas content. Je voudrais dire que je ne suis pas content. Je voudrais dire, comme ça, simplement, avec des mots de tous les jours. Avec mon cœur, avec ma tête, comme ça, simplement. Sans violence ni haine. Parler, échanger, comprendre, se faire comprendre, se faire entendre et aussi se faire écouter. Pas la même chose : écouter. Il faut mettre du sien.


Je n’ai pas compris comment ça marche. J’ai suivi les instructions. Il y avait des schémas. Des dessins en quelque sorte. On comprend mieux avec des dessins. Mais je n’ai pas compris. Enfin, pas compris… surtout, à la fin, quand j’ai eu mis tout ensemble, avec les vis, les fils à connecter dans les connecteurs, les câbles rouges dans les plots rouges, les jaunes dans les jaunes, quand j’ai eu branché la prise. Il n’y avait rien eu. C’était resté comme mort, inerte, sans vie. Alors, j’avais fait le chemin inverse. En suivant les dessins mais en commençant la lecture par la dernière page. J’avais tout démonté. Puis, en avant, on remonte ! En suivant pas à pas les dessins. Mais quand j’ai rebranché, à nouveau rien. Le truc était toujours aussi inerte. J’ai vérifié la prise d’électricité. Sans autre résultat que de l’inerte, pas même une petite diode pour dire qu’il y avait de l’électricité.


Alors, j’ai voulu joindre la « hot line ». Parce que, on a beau dire, les dessins quelquefois sont mal faits. Il y a des dessins que les Chinois comprennent, mais on peut imaginer que ceux-là ne sont pas pour les Européens. On ne pense pas de la même façon. En plus les Chinois, ils n’écrivent pas. Ils dessinent. Un dessin c’est très facile pour eux. Ils en lisent toute la journée. Peut-être que la notice du truc est en dessin dessiné par des Chinois. Auquel cas, ce ne serait pas étonnant que j’aie du mal. Je ne connais pas un mot de chinois et encore moins l’écriture des Chinois. C’est pour ça que j’ai voulu appeler la hot-line. Pour leur dire que c’est du chinois pour moi tous ces dessins. Je ne comprends pas le chinois. Mais la hot-line, elle est comme les dessins.


Et pourtant c’est simple. Je voudrais qu’on m’écoute. Qu’on m’explique. Il y a un machin pour vous aider. Ils disent : l’aide en ligne. Dans la notice. Si on n’y arrive pas. Il y a quelqu’un qui est mis pour vous aider. Comme un professeur. Il vous corrige. Il dit ce qu’il faut faire. Pas à pas. C’est le mot qui est marqué. Il vous conduit pas à pas, tranquillement, à votre rythme. Tout le monde y a accès. C’est la même chose pour tous. Et ça ne coûte rien. Sauf le téléphone, Evidemment ! Pas si bête ! Tout le monde à la même enseigne, on est tous égaux. J’ai appelé l’aide en ligne. Evidemment comme ça ne coûte rien, tout le monde y va. C’est encombré. Il faut attendre des 20 minutes. Souvent ça décroche. Quelqu’un dit « il faut renouveler votre appel ». J’ai renouvelé des tas de fois. Finalement, je l’ai eue, l’aide en ligne.


J’ai dit je veux de l’aide à une personne. Je croyais. Mais l’aide en ligne ce n’est personne parce que si ça déconnecte, (Ça c’est souvent que ça déconnecte) si ça déconnecte, on rappelle et on ne tombe pas sur la même personne. Un jour j’ai Souleima et puis un peu après Martine. J’ai dit « je voudrais Martine ». « Elle est occupée ailleurs », on m’a répondu. Même chose avec Ulla, ou Peter. En plus, on n’entend pas très bien l’aide en ligne. Ça parle comme si c’était loin. On dirait qu’ils sont à l’étranger. Ils ont de drôles de voix. Des accents ou je ne sais pas, des voix différentes, qui ne disent pas les choses comme … comme il faut. Et moi, je voulais parler à une voix qui serait peut-être bourrue, pas aimable forcément.


Je ne cherche pas l’amour ou l’amitié. Je cherche… Je veux... Parler. Prendre le temps de ma parole. Je ne veux que parler à quelqu’un qui prendrait le temps de ma parole. Il y aurait des mots inutiles. Il y aurait peut-être des hésitations. Je ne saurai pas bien m’exprimer. Expliquer. Dire mon problème. Que je n’ai pas compris. Ça fait idiot de dire qu’on n’a pas compris. Tout le monde ne comprend pas de la même façon les dessins chinois, je dirai. Ce n’est pas tout à fait idiot. Et tant pis de toute façon. C’est dire quelque chose. A quelqu’un. Surtout à quelqu’un. Il y aurait quelqu’un qui aurait de vrais silences. Les silences d’entre deux mots. D’entre deux hésitations. Qui permettent de choisir les bons mots. Pour dire comme il faut.
Mais non, ils ne veulent pas me parler ! Ils disent qu’il faut rappeler. Ils sont tous occupés. Ils disent que j’ai déjà appelé. Ils disent qu’on n’a pas droit à plus de 10 communications parlées. Ils ne peuvent pas s’occuper d’une seule personne. Les autres aussi, il faut les écouter. Ils s’occupent de dire des choses avec d’autres. Ou bien, ils ne savent peut-être plus avec qui ils parlent. En fait, ils s’en moquent de savoir avec qui ils parlent. Je suis sûr qu’ils coupent la communication exprès. Au bout d’un certain temps. « C’est gratuit, mais faut pas pousser » disent leurs patrons.  « Vous perdez votre temps pour rien ». C’est pour ça qu’ils coupent. Le temps est compté. Ils coupent parce que je ne comprends toujours pas, les dessins chinois et aussi parce que leur accent... J’ai du mal avec cet accent.


Alors crier ? Trouver un moyen pour dire ? N’importe quel moyen ? 
Si on ne peut pas parler, il faut hurler peut-être ?


Hurler que ce sont tous des salauds, des cons, des voleurs ! Ils sont contents de prendre mon fric mais après, il n’y a plus personne. Il n’y a plus personne ! ils ont la trouille ces cons. Des pétasses et des connards, ils sont tous. Dans la gueule, la baffe, ils l’auraient s’ils n’étaient pas si loin. Leur pisser dessus. Leur chier à la gueule. Des merdes. Tous.
C’est dégueulasse à la fin. Ils me fuient. C’est du mépris… ou bien, pire, ils se moquent de moi.


Le plus dégeu de dégueu c’est qu’ils rigolent : Gueule toujours mon coco ! On s’en tape. T’es trop loin pour que ça fasse du mal et tu ne nous connais pas. Tu ne sais pas qui nous sommes. Et nous ne sommes peut-être rien. On est peut-être des machines ! Des machines qui sont à cent mètres de toi ! Qui sait ? Ou des types à des milliers de kilomètres. Les machines, elles ne sont pas encore au point. Il n’y en a pas beaucoup pour dire, parler, échanger parce que les programmes ne sont pas encore capables de faire tout ça. C’est comme ça ! Alors, tu appelles : on ne peut pas prendre. « On » ce n’est personne. C’est une machine. Elle a un programme de voix humaine. Elle peut parler à des dizaines de gens. En même temps. Parfaitement. En même temps. Et même en plusieurs langues. Une machine qui dit. « Nos conseillers sont occupés ». Elle dit « aussi, rappelez un peu plus tard ».


Parler, crier, hurler.


Il est dans la rue. Et là, il est à crier, à hurler ? Il vient de taper sur une machine pour distribuer les bonbons. La machine parle. Elle dit, « servez-vous ». Mais elle n’est pas très causante. Elle sait dire « mettez la monnaie… ». Si elle servait du café, elle dirait, « votre boisson est en cours de préparation » et « puis, vous pouvez retirer votre gobelet ». C’est une machine pour les bonbons. Elle parle souvent aux enfants. Elle a un langage simple pour qu’ils comprennent. Il est furieux. Elle lui parle comme à un demeuré. Et pas un mot quand il pose une question.


Alors, il entre dans un supermarché. Il dit « bonjour ! » à la caissière, qui le regarde deux secondes et recommence à encaisser. Il s’approche et fait « vous parlez ? ». Elle le regarde à nouveau. Et les clients le regardent. Sans mot dire.  Muets. «Vous ne parlez pas », il fait à nouveau. A elle. Et aussi aux autres. Aux clients.


Comme ils ne disent rien, il s’en va vers les rayons et il fait tomber des choses. Il fait dégringoler des bouteilles, des boîtes, des paquets de bonbons. Il crie aussi. «Vous n’avez rien à dire. Hein ? » « Vous vous taisez ! ». « Vous ne voulez pas me parler. Rien à dire, rien à parler. Vous aussi, il faudra vous rappeler ? ». Et il jetait des choses par terre, des bouteilles qui se cassaient, des gâteaux qui s’écrasaient. Il a écrasé une bouteille sur la tête d’un homme qui voulait l’empêcher de continuer et il est parti. Il hurlait « l’opératrice ne m’a pas pris ».
Appeler la police ? « Il est violent ».


On ne sait plus parler !
 

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