Pèle-mèle

Requin en rappel et étranges nuages lointains

requin volant

 

Allons ! se dit un jour un requin, pourquoi ne volerais-je pas et, comme l’oiseau siffleur, pourquoi ne pourrais-je un jour me poser sur les branches d’un arbre, construire un nid, sec enfin et exempt de tous les risques marins ?

Il ne faut parfois que des désirs futiles et des ambitions incongrues pour que change tout un cycle. Par quelle étrange fantaisie la nature décida-t-elle du poisson volant ? Par quel étonnant mystère, Amour fut-il ailé ? N’a-t-on pas vu dans Babylone circuler des lions dotés de capacité aérienne ? Saint George avait figé au sol le dragon aux ailes de chauve-souris et Ulysse dût résister aux Sirènes, chanteuses maléfiques au corps d’oiseau !

Abondant en exemples, le requin convainquit facilement la nature : il devait être doté d’ailes qui feraient nageoires lors de ses déplacements sous-marins. Le requin, pourtant sage, n’avait pas prévu que le séjour aérien comporterait des surprises.

 

La rencontre avec les nuages lui fut fatale. Il pensa un moment s’abstenir et opter pour l’éloignement. Il connaissait les banquises, il connaissait les blocs de glace qu’elles libèrent. Leur traîtrise noire sous l’immaculée blancheur. La mince pellicule, apparente au-dessus de l’eau, sournoisement portée par une montagne sous-jacente. Les blancs nuages errant dans le ciel n’étaient-ils pas l’image inversée des icebergs emportés par la houle.

 

Et puis… l’euphorie du vol en haute altitude? La raréfaction de l’air qui égare l’esprit? Le goût de la nouveauté aussi? Tout concourût à sa perte. Il vint frôler les nuages. Ceux-ci le caressèrent, comme la mer autrefois. Il lui vint alors des souvenirs humides. Il se laissa prendre au plaisir de tournoyer en leur sein.

 

Un jour, les nuages se mirent à pleuvoir. Très fort.

Alors, le grand requin volant découvrit avec horreur qu’il n’était pas le seul habitant de ces lieux enchantés. Il y avait aussi des chats et des chiens.

 

Le pire advint, lorsque les nuages éclatèrent en orage. Le requin volant trépassa, transpercé par des dizaines de hallebardes.

Rire quand même

 

 

Quelques citations trouvées au hasard de la toile

 

 



"Il se leva debout" (Hugo, Les Misérables),

 

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"Je dirai qu'une femme ne doit jamais écrire que des œuvres posthumes à publier après sa mort" (Stendhal, De l'amour),

 

  

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"Jamais les larmes de mon ami n'arroseront le noeud qui doit nous unir" (Rousseau, La Nouvelle Héloïse),

 

  

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"Quatre mille Arabes couraient derrière (un chameau), pieds nus, gesticulant, riant comme des fous, et faisaient luire au soleil six cents mille dents blanches (Daudet, Tartarin de Tarascon),

 

  

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"D'une main il leva son poignard, et de l'autre il lui dit..."(Ponson du Terrail), "Je m'en vais mettre les fers au feu pour tirer les vers du nez de Mme Barbançon afin de voir ce qu'elle a dans le ventre ! "(Eugène Sue, Les Sept péchés capitaux),

  

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"Ah ! dit Don Manoel en  portugais..." (Dumas, Le Collier de la reine),

 

"Oui, oui, nous partons, dit Pierre, qui se détourna, cherchant son chapeau, pour s'essuyer les yeux." (Zola, Lourdes)...

 



Lire?

 

 

 

 

 

Voici un texte en Anglais, je l'ai piqué sur un site quelconque. Il existe en Français bien sûr, voir ci-contre, et, je le suppose, dans toutes les langues.

C'est une démonstration qui commence à dater, mais qui est toujours surprenante. On la trouve souvent sous la forme de questions dont les mots sont mis dans les désordres, sachant que pour que les choses aient un peu de sel, il faut répondre aux questions posées dans un laps de temps très restreint.

Lancez-vous dans l'expérience,elle est fort amusante et instructive. Que lit-on finalement? L'expression " jeter quelques mots sur le papier" ne prendrait-elle pas ici tout son sens?

? Eril




"Vu" par les Parisiens

 

Je suis un Parisien typique. 

 

Je devrais en avoir honte. Parce qu'un Parisien, c'est non seulement odieux pour les étrangers en tant que Français poussé à son maximum, mais c'est totalement atroce pour les provinciaux, qui, depuis des centaines d’années subissent son mépris et ses remarques désobligeantes.

Pour tous ceux-là, le Parisien serait odieux, arrogant, prétentieux, râleur etc…

A quoi on pourrait faire remarquer que le Parisien, dans son écrasante majorité, est un ancien provincial ou un étranger défroqué. Au fond, le Parisien serait une sorte d'individu qui, autrefois, était normal lorsqu'il n'était pas encore Parisien et qui voit ses pires défauts, ses instincts les plus inharmonieux prendre le dessus dès qu'il s'installe dans la capitale de la France (et du Monde par conséquent ! complètera instantanément tout Parisien qui se respecte).

 

Mais moi, je suis encore pire que les autres, parce que moi, j'y suis né à Paris. Moi, je  suis comme  un vrai paysan de Paris. Je suis né dans l’arrondissement où je vis depuis ma naissance. Je n'en ai pas bougé. Je suis attaché à mon terroir. J’en connais les ruisseaux, le goudron des rues dessous lequel il y a encore des pavés. Je sais que sous les pavés de Paris, il n’y a plus de plage depuis que la mer s’est retirée vers les côtes de la province, il y a quelques millions d’années. J’aime ses arbres et la fine poussière d’oxyde de carbone qu’ils recueillent sur le passage des automobiles.

 

On peut comprendre que je m'assume complètement "Parisien" et s'il faut absolument dire que les Parisiens sont insupportables, je peux dire pourquoi et le montrer. On dit qu’ "un petit dessin vaut mieux que cent discours". Je vous en propose deux. Ils ont atroces. Il faut avoir du courage parfois. Et regarder la réalité en face. Comme les Parisiens savent regarder les autres, sans complaisance!!!!

 

 

 

 

Essai de navigation sur les bassins des Tuileries

Essai de navigation sur le Bassin des Tuileries.

 

28 oct 2012

 

Les bassins des tuileries sont en principe, pas tous les jours, traversés par des navires en péril. Des voiliers beaux comme de vieux sabots qui auraient beaucoup servis, emportées par des mouchoirs en forme de voile et munis d’un taquet à l’arrière pour que, entre les mains des enfants, une canne-propulseur puisse propulser sans que personne ne se retrouve à l’eau.

 

Les capitaines ou armateurs d’un moment courent comme des fous pour rattraper leurs bateaux… armés de leurs propulseurs, les maniant comme des lances de tournoi et, le temps de leur course, s’offrant peut-être une joute imaginaire contre un rêve de chevalier noir.  Leurs galopades sont non seulement de ces courses d’enfants incapables de se déplacer d’un pas de sénateur (ils doivent être trop jeunes), mais aussi, des courses de propriétaires. Il leur faut bien retrouver leurs bateaux. C’est toute la longueur d’un beau demi-cercle qu’il leur faudra parcourir pour avoir une chance d’arriver à temps et récupérer leurs sabots flottants.

 

Celui-ci et tous les autres, ont pris une curieuse habitude. Au lieu de caboter et de filer le long des margelles, ils se prennent des envies hauturières et s’obstinent à tracer vers quelques horizons océaniques. Ils vont droit devant, peu soucieux de se plier aux vents d’Ouest à leurs sautes d’humeur et aux courants d’air contraires. Ils suivent une ligne imaginaire, celle qui définit un diamètre de bassin. 

 

Ne s’embarrassant pas de cabotage, ils traversent les eaux d’un monde intérieur, le monde des enfants, le monde des rêves de bateaux,  circulaires comme il se doit, au risque, franchissant une ou deux frontières divines, de heurter le nombril de cette mer, la fontaine de pierre posée là depuis que le Monde est monde et que les mers ont, dans les rêves d’enfants, forme de bassins.

 

 

Poème inachevé

 

Poéme inachevé

 

Es-tu la fin de l'histoire, femme ou flamme, translucide ou lascive?

 

 

Un jour sur un marché,

Cette fleur blanche, iris, ou jacinthe ou je ne sais quoi.

Orchidée peut-être.

Je ne sais pas le nom des fleurs,

Et me contente d’en aimer quelques formes, certaines couleurs.

 

Je l’ai plantée là, trivialement, dans un vase banal, en cristal.

 

Un peu plus tard, un jour ou deux, la nuit tombée,

Dans l’obscurité d’un salon, d’un bureau ou d’une chambre.

Droite, fière, éclatante, seule

Elle s’imposa.

 

Et je la contemplai.

Plus mon regard s’appesantissait sur elle,

Plus il me paraissait dériver.

Et s’éloigner de la fleur blanche.

 

Ou bien, s’est-elle écartée ? Mon regard, trop lourd. Trop pesant ? C’est à cet instant, juste, que je l’ai vue, en rêve, en esprit et en pensée. La fleur blanche était toujours aussi blanche, et pourtant n’était plus vraiment une fleur, et n’était plus seulement blanche.

 

Elle était là où je l’avais posée, dont on ne voyait plus qu’elle et n’était pas la fleur que j’avais posée,

L’avait-elle jamais été ou une idée qu’on laisse trainer sur le bord de marbre blanc d’une colonne, un espoir qui dérive à la rencontre de sa fin ou une flamme glacée, mouvante comme la banquise, figée comme un glacier.

 

Informe,

Et froide tranche de lumière,

Qui rien n’éclaire,

Rayonnante pour se donner à voir.

Et diaphane pour échapper à mon regard,

Insaisissable,  

Ame surgie à la conscience

Ou,

Chrysalide venue à s’ouvrir ?

 

J’hésitais. Elle m’interrogeait. Quelle réponse lui donner ? quelle question lui poser ?

 

Pourquoi éclore ? Pour quelle métamorphose ?

Une fissure de l’air

Révèle

L’épaisseur d’une vie nouvelle ?

 

Ou bien,

 

De l’obscurité moite effacée par les déchirures successives,

Dissipant leur repli intime et une vie recluse,

Sorties vers l’infini charbonneux,

Les jeunes larves ont muté.

  

Il leur a crû des ailes. Leur corps s’est alors couvert d’un fin duvet jaune. Il virait au vert quand l’obscurité s’imposait. Corolles ou élytres ?

Peut-on voler avec des ailes-pétales ? 

Ou bien, es-tu la fleur qui éclabousse le soir d’une blancheur végétale ? Lumière qui se tient à l’écart dans la nuit que tu repousses. Es-tu trait pur, couleur parfaite ou tremblement entre image et tache ?

 

Vêtement de nuit ou robe de jour, éclair aveuglant ou blancheur virginale ?

Diamant irrésistible qui scintille et joue de son éclat.

Radieuse limpidité qu’un velours magnifie,

Plus noir que l’introuvable matière d’entre les étoiles.

 

Le noir te va si bien. Il te fait écrin.

 

Nocturnes, les naissances sont-elles plus belles ?

Ou plus mystérieuses ?

Tu te dresses, immaculée et rayonnante, dissipant les doutes et imposant ta présence.

Claire et transparente présence, humide, comme si tu avais émergé ?

Mais tu n’es pas venue de l’eau pour naître dans un coquillage. Tu as préféré inverser les brouillards et, dans leurs voiles, recomposer une forme, l’extraire des vapeurs nocturnes. Calices multiples offerts à mes yeux à l’opposé de la main qui se ferme en coquille.

 

Tu aurais pu naître d’un glacier en proie à l’incendie. Braise fraîche scintillant froidement et se consumant le temps d’une éternité. Flamme qui a jailli, lentement, et tout d’un coup, s’est figée. Confondant le temps et l’emplissant de sa fraîcheur. Pour un temps, éclair de glace qu’a saisi le miroir.

 

Tu n’aurais pas dû…

Car ce n’est qu’un rêve, cet incendie gelé.

Ou bien, ce serait mon rêve qui t’aurait attirée.

Je t’aurais fait, moi, advenir. J’aurai frappé l’air et les ombres, t’appelant à mon regard.
J’aurais laissé mon corps frissonner d’une fraîcheur imaginaire.

 

Je ne t’avais pas pensée et tu t’es imposée.

Si tu ne t’étais révélée, tu ne me serais pas venue.

Comment t’aurais-je aperçue ?

Mon âme, se taisant à moi, m’aurait, par surprise, fait le don de son apparition ? Elle aurait choisi de surgir au droit de mes pensées ?

Profitant de ma surprise  pour s’y installer, s’y nicher et s’assoupir.

 

Une âme qu’on n’avait jamais vue peut-elle sans prévenir, prendre ainsi ses quartiers, investir un corps et s’y unir ? Un regard peut-il, sans objet, sans exemple, bâtir des images ?

 

Dis-moi si, hors de toute attente, une chose, un sentiment ou un être peuvent advenir.

 

Tu as répondu, il me semble. Tu es bien là, devant moi, droite et vaillante. Plus encore que la flamme qui bouge et s’affole dans la brise ténue. Mieux que la fleur qui passe. Eclat de couleur ou instant d’un souvenir. Ineffaçable maintenant. Venue de rien, sans espérance pour te porter, tu es arrivée là, si blanche que tu en deviens bleue par instant, si forte, que la lumière déborde et coule à tes pieds, si intense que le trop de lumière qui s’échappe, s’enfuit et se réfugie dans un miroir complice.

 

Je ne te voyais pas !

Mon regard inventé tu l’as fait advenir. Tu as dirigé les rayons qui te faisaient connaître, hérauts de ta présence, inventeurs de l’image que je découvrais soudain ! As-tu surgi de leur faisceau aveuglant ? Ou lentement formée, comme l’or dans la terre qui le mature, précédée par le plomb, tu aurais été révélée jaillissant d’un rêve, natif métal venu de la lente poussée d’une idée infime.

 

C’était donc cela l’apparition : chrysalide et béance, femme ou flamme, c'est-à-dire une âme fluide et vaporeuse qui révèle un nuage et impose sa présence en toute vérité.

 

 

 

Noir c'est noir!

Variations sombres à Paris.

 

C’est l’hiver et l’hiver c’est triste. C’est triste parce que c’est froid, humide, souvent des nuages, du brouillard, et de la neige parfois qui transforme tout en noir et blanc. L’hiver, quand on y pense fort, c’est noir et blanc, c’est aussi pour ça que c’est triste. Quand la neige est tombée, tout est blanc et les couleurs ont toutes disparu. Puis, cela devient gris, parce que la neige se salit et puis, enfin, noir. C’est connu, archi-connu. Si on veut donner dans l’archi-archi-connu, on ajoute un couplet sur l’hiver et son manteau de froid…

 

Ce n’est pas de cela que je veux parler. C’est de noir et de blanc. En fait, je n’ai pas envie de parler de blanc. Cela ne sert à rien. Il n’y en a pas. Sauf quand il neige. Mais il ne neige pas beaucoup à Paris et, vite, le blanc devient gris. Donc, parler du noir. Parce que où qu’on aille, d’où qu’on regarde et vers où on se retourne, tout est noir ou gris très foncé et même un peu moins. En fait si on regroupe les nuances du gris foncé et du noir en une seule catégorie « noir », tout est noir.

 

Je ne parle pas de la ville ou de ses bâtiments qui, par définition, la nuit sont noirs. Pas nécessairement le jour. On ne parle donc pas de la ville, de ses vitrines, qui ne pas noires non plus. On ne parlera pas des feux de signalisation qui flashent du vert, du rouge et de l’orange. Il n’y a pas de feux noirs. Ils sont noirs quand ils sont en panne ou éteints. Comme les réverbères ou les grands lampadaires. Je ne parle pas non plus des rues sombres, plus sombres encore quand la nuit tombe.

 

Je parle des gens.

Les gens qu’on rencontre cet hiver sont noirs. Pas la couleur de la peau ! Les gens sont noirs parce qu’ils sont habillés en noir. Depuis un mois, je l’observe. Dans le métro, aux heures d’affluence, il n’y a que du noir. Noir des doudounes. Noir du cuir. Noir des écharpes et des jeans. Ou aussi gris foncés ou gris sales. Tout le monde est en noir. Parfois, de temps à autre, un pantalon jaune paille, un manteau « camel ». Une écharpe rouge. Ils se repèrent de loin. J’en ai suivi pour savoir d’où ils venaient. S’agissait-il d’une prise de position politique. Appartenaient-ils à un club sportif comme les sportifs byzantins membres d’une équipe bleu, ou rouge, ou verte, ou jaune… ?

 

A l’instant, ils ne m’intéressent pas. C’est «  noir partout » qui m’intéresse. Cette jeune fille aux yeux bleus, aux boucles blondes, est habillée en noir du haut en bas. Pantalon moulant noir, doudoune noire, gants noirs, sac noir. Et celui-là qui me semble plutôt un ouvrier encore jeune, en jean noir, avec un battle dress d’un genre particulier, noir pour les combats de nuit ? Pour se camoufler ? Porter du noir au milieu du noir, c’est à coup sûr un bon moyen de passer inaperçu. Ce vieux type, tout en noir, porte des baskets noires avec un peu de gris sombre. Pour égayer.

 

Ils montent dans le métro, habillés en noir et en variations de noir. Ils forment comme une masse compacte même lorsqu'il n'y pas de presse dans les wagons. Une masse de goudron ou de cendres noirs. Seules parties non noires (mais avec des exceptions), les crânes, les visages, les joues. Ce n’est pas toujours évident. Les têtes sont des bonnets noirs. Les capuches des doudounes noires dissimulent dans du noir intense les visages qu’un instant nous vîmes blanc.

 

Et plus loin, en descendant, pas de miracles, ils sont noirs, et noirs ils demeurent. Le flot qui se dirige vers la sortie est noir et gris. Fleuve de boue ou écoulement de cendres. Un volcan, vieillissant qui ne rejetterait plus que des poussières de pierre-ponce gris fer et des blocs de granit à moitié calcinés. Pour déboucher sur une journée grise ou une nuit déjà pleinement noire. Comment distinguer sur la place au sortir de la bouche de métro, les hommes et les femmes. Tous, ils sont en noirs. Je viens à des pensées obsédantes. Voir du noir partout ? « Noir c’est noir ». Difficile en effet d’y voir de la couleur. Les passagers du métro se dispersent anonymement et se fondent dans le noir des passants.

 

Je pense que si j’avais voulu suivre tel ou tel, pour épier son trajet, pour comprendre ses buts, pour connaître sa voie, je n’y serais pas parvenu ! J’aurais vite, dans les mouvements de la foule, confondu l’un avec l’autre. J’aurais perdu celui que je voulais suivre. Je pense soudain que les boutiques éclairées, lumière blanche ou jaune, crue, livrent au public dans la rue, pantalons noirs, jeans gris foncés, écharpes sombres. Un monde d’uniformes. Un monde noir et gris sombre uniforme, indifférencié ou plus rien ne se distingue. Un monde où le désir d’être autre et d’être différent a été annihilé. Sans un regard pour les autres. A quoi bon ? Les autres ne sont-ils pas mon miroir ou mon reflet, noir et sombre, sans rien pour se distinguer que l’épaisseur d’une doudoune, le brillant d’un cuir, la rugosité d’un jean ou le velouté d’un cashmere ?

 

Je pense aux scènes photographiées par Erwin Olaf où jouent, s’aiment et se parlent père, mère, enfant d’une famille noircie par des combinaisons en latex et j’en viens à me demander si la vie en noire déteint sur l’âme et les pensées et si tous ceux qui vivent en noir font des rêves pareils à des cauchemars funestes !

Je pense, c’est presqu’automatique, que des uniformes pour l’école, pour que les enfants de riches n’apparaissent pas richement habillés quand les enfants de pauvres le sont pauvrement, ça n’aurait aucun intérêt.

 

Ici et là, des touches de couleurs qu’il faudra comprendre. Ici et là, des enfants qui sont couverts et habillés en noir eux-aussi.

Sauf les tout-petits qui sont en couleur ou en blanc. Pas en noir. Pas encore.

Poésie sourde

 

D’où sourdent des nuits sans paroles,

 

Des mots pour l'indicible,

Les mots que montrent les masques

Et les plaies qui les hurlent,

Les balafres du sacrifice,

Les cicatrices sur les corps,

Intimeraient à la poésie,

 Le silence.

 

Ou la soumettrait à la prière?

Que de soleils noirs,

Que de nuits sans bruits,

Les dieux sont sourds à la poésie ?

 

Le début du poème est ce moment où,

Suspendu encore,

Il hésite entre dire et se taire,

Silence avant le son,

Transparence avant la forme,

La poésie est sourde alors,

Au temps de l'envol.

 

L'eau entre mer et piscine

Mis sous une image de Doha B. 

 

Quoi ! Cette mer est vide ? Quoi, elle ne servirait donc à rien ? Pas de pêcheurs partant pour le large ? Ni rêves de richesses reposant tout au fond de l’eau transparente ? Pas même le dauphin et l’enfant qu’il emporte vers le large?

 

Ne voyez-vous pas qu’il manque un bateau de croisière pour caresser la côte. Il manque le navire d'opérette sur lequel des cargaisons de retraités s'entassent. Il manque un paquebot haut comme une tour Eiffel pour voir de loin, la terre et ses habitants.

 

Il manque un gigantesque navire en perdition. Sans électricité, sans gouvernail, poussé vers le rivage, comme pour obéir aux Dieux et déposer sur la grève offrandes et victuailles, puis couler tout d'un coup.

 

Peut-être cette mer est-elle celle d'après?

 

Après que la navire a coulé. Après que la mer a englouti le bateau et sa cargaison humaine, puis, toute digestion faite, est revenue à sa tranquillité saline et argentée.

 

Pendant ce temps, un jeune enfant, bouclé par la brise mêlée à l'eau, doré par le soleil et ses reflets aveuglants sur les flots, a joué dans la piscine à faire naviguer de grands bateaux. Ce soir, ils sont tous au fond de la piscine. Il a fait des tempêtes. Il a appelé des pirates. Il a brisé les machines. Et rompu les gouvernails. Et affolé les boussoles. Tous les grands bateaux, bateaux de croisières, grands paquebots mythiques, villes flottantes et gratte-ciel marins, ont coulé. Ils sont au fond de la piscine. Ils sont au fond de l’eau.

 

Maintenant, la piscine est calme, sereine et mue en miroir. L'air marin, doucement, fait vibrer sa surface et trouble par instants l’image du soleil déclinant. L'enfant qui s’assoupit, contemple sans pensées, l’eau de la mer au loin et, à ses pieds, l’eau de la piscine.

 

Il les trouve pareilles,

Sans bateau disgracieux pour les enlaidir.

 

Et si on dispersait

Renoncer à l’un.

C’est renoncer à l’autre.

11 juillet 2012

 

Et si on se dispersait
Et si on renonçait à l'unique
Au seul,

Au un,

A moi,

Mais aussi à lui, ou elle, tout aussi bien.

Si on était multiple...

 

A et non-A, Ici et là

En même temps ?

Tout et son contraire,

Si on diffusait, en forme de vapeur ou de poussière

Sans limite,

Sans peau,

Sans frontière,

Sans forme non plus,

 

La pensée deviendrait glissante,

Les sens se décaleraient,

Les mots deviendraient des vases

Où trouver des pensées,

Celles d'hier mélangées à celles de ce jour

Celles de demain, 

 

Au delà des frontières

Au delà des limites et des enveloppes

Au delà des secondes qui tombent les unes aprés les autres

Elles tomberaient toutes en même temps.

Si on était multiple,

Si on se dispersait

Et si on renonçait à l'unique.

 

Loin, très loin...

 

Loin, très loin, si loin...

 

Là où les vrais devins sont aveugles,

où les héros s'attristent sous leur tente,

où les sphères sont harmonieuses,

jusqu'à cette ile, sortie de l'onde pour que, composant ses odes,

une femme fit entendre à la poésie,

et le murmure des vagues,

et le crissement des pas sur la grève,

et le souffle du vent qui fait trembler la tunique légère,

Art fragile de mettre en mots,

les mains qui se joignent, les lèvres qui s'ouvrent, la chair qui frissonne et les yeux volubiles.

Le fifre du pâtre tout au loin, loin, très loin.

Si loin.

 


 

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