Un accent pas très agréable.


Il était une fois la voiture. La belle bagnole. La bagnole œuvre d’art, où art signifie perfection technique et où comble de la  technique signifie art et pouvoir tout à la fois. Il était une fois les voitures de rêves, les très belles voitures.


Il faut peut-être faire un peu de psychologie : la très belle bagnole est faite pour les « beautifoul people », pas nécessairement jeunes types au genre latin, pas rasés de très prés avec des lunettes de soleil, le torse bien contenu dans un costume en tissus précieux. Pas nécessairement des messieurs ventripotents, un peu, beaucoup, en habit, en jaquette, en smoking et, si vêtus normalement, pas nécessairement dans des costumes trois pièces en flanelle anglaise. Mais quand même. Pas n’importe qui.


Faites pour des gens qui aiment le beau en tout, les unes, annonçaient leur perfection technique et leur vigueur mécanique par la beauté de leurs carrosseries et hurlaient de tous leurs pots d’échappement qu’il ne faut pas chatouiller les bêtes sauvages, les autres, suggéraient par la retenue impeccable de leurs formes, un style de vie où tous les possibles sont réunis, les vitesses les plus folles, le silence total, la puissance de moteurs fantastiques, la discrétion d’un boudoir.

Au fait, pourquoi, prendre le ton « il était une fois ? » des contes venus droit des temps anciens. Pourquoi le passé ? Souci de trouver un style narratif commode et éprouvé ? Ou nostalgie des temps d’antan ?


C’est la faute aux  rencontres inopinées. Celles qui vous propulsent face à un ami perdu de vue depuis quelques années. On manque de se télescoper dans la foule des sorties de bureau. On se dit que ce grand type, costaud, on le connaissait bien. Il était « solide ». Tout dans sa silhouette suggérait puissance  et souplesse. Il est un peu lourd maintenant ? L’élégance vigoureuse n’est plus là. Quelques restes subsistent de cette belle figure qui  impressionnait. Forme statique qui porte sa masse comme un message asséné : je suis puissant et beau. Il y a aussi, cette jeune fille d’il y a bien longtemps. Ce n’est plus une jeune fille. Vous la reconnaissez pourtant. « Tu es toujours aussi belle et vive ». Ce n’est pas tout à fait vrai. Elle a perdu beaucoup de son allant, de son élégance…Elle est toujours belle. Sans grâce.


Quel rapport avec des bagnoles d’exception ?


C’est la faute aux rencontres. Une Bentley. Garée le long de la terrasse du restaurant, en bas, celui de l’angle. Noire, vitres noires, calandre argentée. La grille du radiateur bien dans l’esprit Bentley. Puissante. Un fauve n’est-ce pas ? Puissance annoncée-suggérée par une carrosserie simplissime. Forme épurée. Quelque chose ne va pas ? Je ne sais pas. Quelque chose. Un accent. Indéfinissable. Qui choque. Une courbure, trop d’ampleur. Oui, c’est ça, là où se dessinait une courbure on croit voir une croupe.


Je n’y ai pas pris garde. J’étais peut-être de mauvais poil. Ou je ne regardais pas bien. Pas comme il faut.


Un peu plus tard. Quelques semaines. Je ne sais où. Télévision ou cinéma ? La présentation de la nouvelle Rolls Phantom. Un parallélépipède. Massif, monstrueusement massif. Couvert de chrome comme une demi-mondaine couverte de diamants. Je n’ai pas pris le risque de regarder la « Corniche ».


Des histoires de bagnoles pour riches ? Mais non ! Il n’y a pas qu’elles. Il y a les petites, les Mini. Empâtées. Bouffies. Et puis, le comble ! Les Mini étaient trop étriquées pour des culs plus gros ? Sont arrivées les grosses Mini ! Comme cette histoire du nain qu’on avait voulu faire grandir en le gavant et qui était devenu… un gros nain.


Un peu déboussolé, je ne comprenais pas ce glissement esthétique où les charmes se dissolvent et disparaissent devant l’efficacité, mise au pinacle, claironnée et clamée ubi et orbi.


Et puis, un jour, il me revint. Comme un flash qui déchire la conscience. Ces Bentley, Rolls, Mini sont des voitures allemandes. Des Volkswagen, des BMW.


Elles parlent anglais avec l’accent allemand.

Et les Italiennes ? Elles sont encore très belles. De Belles italiennes. Pour longtemps ?

 

Pascal Ordonneau 1 juillet 2012

 

 

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