Luc Delahaye
Musée du Jeu de paume
Une exposition de photos très intéressante à la fois par les partis-pris esthétiques et par la mise page et mise en scène d’un travail de photographie.
Luc Delahaye expose au jeu de paume un travail qu’il lancé après avoir mené une vie de photographe classique.
Dans l’exposition qui est proposée, ce ne sont que des grands formats voire de très grands formats. Les plus anciens sont réalisés dans des conditions techniques classiques, puis on évolue vers des compositions à base de photographies assemblées, puis enfin de photographies traitées par ordinateurs.
Cela conduit à proposer une double lecture de ces œuvres : l’une portera sur ce qui est représenté et l’autre sur le mode de la représentation.
Dans le premier cas, on est face à ce qu’on pourrait qualifier de représentation classique avec ce qu’il faut de travail sur la lumière, sur les angles de prise de vue et sur la scénographie pour considérer chaque œuvre comme un travail quasi pictural. Toutes les techniques de la peinture sont mobilisées pour rendre une représentation sensible, belle, émotionnelle. C’est bien fait et parfois grandiose, le format des photos aidant. Mais, au-delà de l’émotion esthétique, psychologique, c’est un regard classique et trop bien réussi qui frappe. Dans je ne sais plus quel représentation de la retraite de Russie, un artiste avait si bien rendu l’ambiance de défaite qui régnait autour des personnages, l’empereur Napoléon en tête, qu’un critique avait fait cette observation : « même la neige paraissait attristée ».
C’est surement le reproche que j’ai eu envie de faire à cette aspect des œuvres exposées par Jean-luc Delahaye.
Et puis, il y a le travail sur ordinateur, et, pourquoi pas, la mobilisation de l’intelligence artificielle. Il est vrai et Jean-Luc Delahaye le montre très clairement que, grâce à ces techniques, il est possible de passer de la représentation à l’imagination. Rendre le réel plus réel encore. Donner à voir l’émotion cachée. Concentrer la mise en lumière des sujets, des foules etc. grâce à un pur retraitement des images, d’un découpage des prises de vue, d’un compactage des séquences.
Alors, le pictural revient en force avec toute sa capacité à interpeler, à dessiner, à mettre en lumière ce qui est dans l’ombre, à cacher ce qui n’est pas utile. A peindre, mais d’une autre façon. Certaines lumières sont issues du regard du Caravage, d’autres sont moins "renaissantes". A un certain moment, la question qui se pose devient très simplement : qu’est-on venu voir ? Ce que l’artiste trouve juste qu’on voie et qu’il adapte pour que le regardeur ne se trompe pas ou ce que l’artiste tient à montrer de ce qu’il a rencontré sur son chemin tout en acceptant les imperfections des sens, les difficultés de l’image, l’incomplétude des situations.
Et à la fin, on se prend à penser que l'ère des grandes machines n'est pas clos: nous nous retrouverons donc avec de nouveaux "radeau de la Méduse" , "mort de Sardanapale", "Romains de la décadence" et autres "Charges de la cavalerie à Eylau". Est-ce regrettable? Nombre de ces peintures gigantesques, dont le but était parfois de recouvrir des murs qui s'étaient retrouvés nus en 1815... ont permis aux jeunes générations de se former et de considérer l'histoire de France et de l'Humanité en général avec les yeux au sortir de cours d'histoire scolaire soporifiques. On pourra aussi s'interroger sur la place qu'occupera ce nouvel art photographique éléphantesque et quels enfants de quelles écoles pourront en tirer des leçons. ...
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