Montebourg, Filippetti en première de couverture sur Paris-Match : Une imitation des œuvres de Pierre et Gilles ? 

J’avais en son temps commenté la photo de François Hollande par Depardon et écrit quelques mots sur la photo du Président dans une position fort inconfortable puisqu’il posait, instable (avec une amie), sur un rocher. Un peu plus tard, j’avais étudié Arnaud Montebourg déguisé en panneau publicitaire. Il s’agissait dans tous les cas de photos officielles, images portant sur l’incarnation du pouvoir. Ici, mon commentaire portera sur la photo (non officielle) à la une de Paris-Match.

Tout homme politique est marqué par la surdétermination de ses propos, de ses passions, de ses actes. On veut dire par là, qu’il n’y a jamais de hasard dans les faits, les gestes et les pensées d’un homme politique. Serait-il en train de goûter un couscous, de considérer de près une photo floutée de Depardon ou de feuilleter le best-seller de la rentrée, tout, absolument tout chez l’homme politique serait intentionnellement politique. Rien n’appartiendrait à une normalité d’homme normal. Pensons à Louis XIV (pas normal) et à son coucher petit (normal) et grand (pas normal).

C’est ainsi qu’une photo, ne serait-ce que la plus banale d’Arnaud Montebourg est absolument signifiante. Le photographe ne peut échapper à cette fatalité et, quelque liberté créative qu’il pense pouvoir s’autoriser, il participe à cet acte politique qu’est la photo d’un homme politique. Le photographe est donc investi, qu’il le veuille ou non, d’une vision politique de son sujet. Sa vision photographique en est impressionnée (au sens traditionnel que prend ce mot dans le contexte de l’art photographique). On s'attachera ici à vérifier si impressionné par le sujet, le photographe en a été pénétré, en d'autres termes, s'il a été à la hauteur de sa mission.

On verra qu'il faut en douter. Une première indication: la confusion entretenue entre "la tentation d'Adam". Quelques exemples d'iconographie montrent que le photographe, subliminalement, aurait pu être tenté lui aussi au risque du contre-sens le plus caricatural: évidemment les protagonistes de cette photo ne sont pas animés d'un désir de transgression transcendantal !!!

Décrivons rapidement la photo de Paris-Match. Arnaud Montebourg et Aurélie Filippetti sont photographiés dans une pose bucolique. Réunis, la main de l’homme posée très classiquement sur l’épaule de la femme, ils contemplent avec ravissement (sourires sur les visages) un plant non identifiable quoiqu’il porte des fruits (pas des prunes apparemment), dont la femme s’est saisie à pleine main comme pour les attirer à elle (et à lui). Derrière le couple et formant le fond de la photo, un mur borne l’espace interdisant toute idée de profondeur et projette le couple en avant. Bien loin des photos de bord de mer et des aventures dans le vaste monde (Le Président en vacances). Bien loin aussi des vues cavalières sur des parcs élégants (Le Président officiel). Au-dessus du couple et l’entourant, la richesse d’une treille ou d’un arbuste fruitier déborde des limites de la muraille et cascade vers le sol. L’homme est vêtu en bleu foncé, sérieux et sévère mais souriant aussi des efforts de la femme qui, en premier plan, illumine et éclaire la scène de tout l’éclat d’un chemisier blanc surexposé. On dira de ces contraste sombre/clair, homme/femme, mur/treille qu’ils structurent la pensée artistique qu’on pourrait essayer d’attribuer à cette photo.

 

Dans un premier mouvement, on a envie de proposer cette lecture: saisi par l’Amour, Arnaud a jeté la soie ministérielle au pied d’Aurélie tel Walter Raleigh étalant son manteau sous les pieds de sa reine. Caressant les fruits en grappe, (ce ne sont donc pas des prunes), ils miment leur avenir et les évènements heureux (les fruits) qu’ils en attendent. Dans un deuxième mouvement, on se dit que l’image ne peut pas être étrangère aux messages bibliques. Cette femme n’est-elle pas la Tentatrice qui fait rompre les serments ministériels ? Les fruits qu’elle s’efforce d’arracher au buisson ne parlent-ils pas de son avidité ? A l’ardeur prédatrice de la Femme, nimbée de la lueur de métal chauffé à blanc de son chemisier, s’oppose le sourire un peu distant de l’Homme. Dans un troisième mouvement, cette photographie pourrait nous renvoyer aux œuvres dites préraphaélites : notre couple charmant (hormis les costumes qui ne font pas moyenâgeux) s’inscrirait dans cette tendance esthétique plus que centenaire et anglaise, un rien cul-cul, où les pâtres (l’Homme) sont bouclés comme des moutons et où ressembler à Charlotte Gainsbourg (la femme) renvoie à des histoires plus niaises que torrides.

Comment choisir entre ces trois mouvements ? En se rapprochant des grands maîtres de la photographie peut-être ? Il y a dans cette photo une parenté avec le travail de Pierre et Gilles. Ces derniers, dont on dit qu’ils sont les maîtres du Kitsch en photographie, conçoivent leurs œuvres comme une mise en scène du beau dans le sens théâtral du terme. Quand, par exemple, Pierre et Gilles prennent Arielle Dombasle dans leur champ photographique, c’est pour exalter ce que la beauté doit à la surface des choses. Ils montrent que le beau n’est pas au fond des cœurs mais à fleur de peau. Leur force est de savoir avancer au travers des scènes les plus rebattues de la mythologie ancienne et moderne et de leur donner leur dimension héroïque, épique et, pourquoi pas morale, grâce à l’éclat purpurin d’une lèvre entr’ouverte, au nacré d’une peau de nymphe, à la blessure franche et nette sur une peau percée d’une flèche. Les deux artistes jouent gros sur le plan artistique en construisant leurs œuvres au risque du mièvre et du sirupeux, les frôlant sans cesse tout en se jouant de leur force de séduction sur les regardeurs.


Un coup d’œil sur la photo suffit : Pierre et Gilles ne peuvent même pas avoir inspiré la photo de Paris-Match totalement floutée et photoshopisée. Elle est tombée exactement là où les deux artistes s’acharnent à ne pas verser : la mièvrerie genre « barbe à papa » et les dégoulinades de sirop à l’arôme artificiel.


Pierre et Gilles aurait fait poser le couple pour que soit proclamé l’enracinement historial de leur histoire d’amour. Ils auraient saupoudré les alentours de paillettes dorées, éternisant leur passion comme par des milliers d’étoiles minuscules. Les deux amants auraient été, corps et visages, huilés, poudrés et fardés en sorte que le bonheur s’affiche sans qu’on puisse le réduire à un épiderme émoustillé. L’arbre dont ils sont en train de caresser les fruits n’aurait pas été un prunier (connotation trop vulgaire pour être vraiment kitsch !!!) ou tout autre fruit démocratique mais vulgaire. Ils auraient pensé à un pommier, induisant un évident sous-entendu biblique. Ils auraient pu imaginer aussi des amandiers ou des orangers pour nous renvoyer vers les beaux moments de la Renaissance italienne.

C’est tout simplement une photo d’amateur. Une photo intimiste prise en public ! « hé ! Arnaud, bouge pas, trop chouette d’avoir ta photo ! Avec ta copine ! Sympa ! C’est tout bon ! Salut ». Aussi intime qu’un baiser de théâtre sur la scène devant la foule des spectateurs ravis. Pareille à une bête photo people où « nos héros » sont seuls, entre eux, dans une bulle de bonheur... posée au milieu des badauds.

Posée, cette photo l’est certainement. Imposante, elle ne l’est pas du tout. Or, la pose d’un homme politique n’est ni le fait du hasard, ni de l’inattention. Par sa stature, son maintien, voire les fruits qu’il tient dans sa main, il dit quelque chose de sa vision du monde et des hommes. Ici, on peut affirmer que cette photo n’est pas rassurante : elle se situe exactement entre la poésie de Géraldy (la rime qui larmoie) et une publicité pour Vilmorin (la graine qui poudroie). Si cette photo est affligeante est-ce uniquement la faute de l’auteur ?

 

Photo médiocre, elle ne dit rien de son sujet ! Soyons indulgent, on ne dira pas ce qu’elle donner à penser du photographe !



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