Que photographier ? MM

 

Tout et rien.

 

Ce qui se présente sous les yeux. Ce qu’on pressent et que pourtant on ne voit pas (voir et revoir ce merveilleux film sur la création artistique, Blow Up d’Antonioni). Ce qui, derrière ce qui a été vu mille fois, est nouveau, est à découvrir.

 

L’image que produit le photographe n’est pas une pure et simple représentation du monde, mais une émergence à nos yeux. Ce qu’on pensait insignifiant éclate à la figure. Ce qui semblait grandiose est réduit à quelques éléments sans importance.

 

Que photographier : des riens, des traces, des hasards qui dessinent sur une façade d’immeuble quelque chose qui n’a pas de nom, n’en aura jamais … mais, ce sont bien des dessins, des formes, des couleurs qui viennent à la vue. Le photographe les a tirés de son regard … il ne les avait peut-être pas vus de prime abord, ou, s’il les avait vus, il était bien le seul, à leur donner suffisamment d’importance pour qu’ils méritent, tout à coup, grâce à lui, d’être regardés.

 

On peut photographier des personnages, des animaux, des arbres et des amibes, on peut tout photographier, sauf qu’on n’a vraiment photographié quand justement les sujets apparaissent dans la photo et par sur la photo. Une vraie photo n’est pas la reproduction approximative du monde. Une photo n’est pas son miroir. Ou bien, si on parle de miroir, il faut penser à Cocteau « les miroirs feraient bien de réfléchir avant de renvoyer les images ».

 

Photographier des murs, faire émerger des dessins sans desseins, qui viennent par choix du photographe, voilà qui est dans sa « mission ». Mais, c’est quoi au juste photographier des graffitis, si ce n’est les faire à nouveau parler, plus près du regardeur lecteur ? C’est quoi au juste de photographier des formes banales, des objets sans utilités, des murs aveugles ? C’est les interrompre dans leur non-existence et les proposer au regardeur, lui suggérer de trouver de l’ordre dans l’apparent chaos, des équilibres dans ces traces aléatoires, de l’harmonie dans ces couleurs dissonantes.

 

Ralph Gibson disait qu’il photographiait parce qu’il aimait regarder ses photos. Je pense qu’il résumait sa pensée : il aimait regarder ce que ses photos lui avaient révélé, au-delà de ses intentions initiales, au-delà même de ses projets de photos.

 

Une fois atteint, une forme d’équilibre, MM, qui tient à la force du regard, il faut approfondir. L’œil absolu, je le crois existe. Les photos de MM, en témoignent. Une aptitude remarquable à voir, formes, équilibres, structures, construction là où personne ne verrait strictement rien d’autres que « rien à voir ». (se rappeler que sur son journal, Kafka, en pleine déclaration de la guerre de 1914, note qu’il ne se passe rien….). Ils ont des yeux et ils ne voient pas. Et c’est vrai. Il est des personnes, qui ont des yeux et qui voient, dont le regard perce, appréhende et fait émerger le monde, les gens, la réalité.

 

L’artiste, quelqu’il soit, est à la merci du plaisir qu’il se fait à lui-même d’avoir trouvé des outils pour inventer le monde. Est-il passionné de structures, de formes, d’équilibres ? Un jour, il lui sera nécessaire d’aller vers d’autres univers, plus précisément, d’imposer à sa démarche, à sa vision de nouvelles façons de poser son regard. Mieux encore, c’est de mouvement qu’il lui faudra s’imprégner et c’est du temps qu’il faudra réintroduire. Renoncer à la structure stable, équilibrée, bien sur ses pattes et immobile. Lui retirer tout ce qui l’équilibre pour lui apprendre le mouvement et surtout le retour du temps.

 

 

Ce qui ne bouge pas est hors du temps. Il faudra à un moment que le regard retrouve une familiarité avec les flux, les déferlements, les ruissellements et les désagrégations. Est-ce la photo qui se trouve ainsi déstabilisée ? Bien sûr que non, MM, c’est le photographe ? Tant pis pour lui !!!

 

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