Soliloques sur le Vaste Monde, Août 2020

 

-L’Etat, ce n’est pas vous

-La troisième colonne est parmi nous

-France des Parcs et parcs à Français

-Le dernier verrou a sauté 

 

L’Etat, ce n’est pas vous
 

 

Serait-ce encore un de ces détournements de citations comme je les affectionne ? Faut-il voir ici de la dérision où on en appellerait aux mannes du Grand Roi pour fustiger notre époque si petite ?

Que nenni, pas d’ironie, pas de moqueries, rien qu’un retour aux grands principes, à ceux qui ont fait la France, qui sont sans cesse derrière nos pensées quand nous nous affairons à lui rêver un grand destin.

Alors quoi ? Pourquoi déformer une citation qui avait sa grandeur faite de royale autorité ? La réponse, il est vrai, n’est pas évidente. L’Etat, ce n’est pas moi, ce n’est pas toi, et encore moins nous ou vous. Surtout, pour ceux qui rêvent de s’approprier l’Etat ou au moins quelques forces et prérogatives, l’Etat, ce n’est pas eux.

Eux, les religieux qui confondent Etat de droit et droit divin, eux, les minoritaires d’une élection qui bavent sur la démocratie représentative et appellent, au détour d’une défaite, à se révolter contre l’élu d’une votation, parce que l’Etat, ce n’est pas lui, parce que l’Etat, ce n’est pas là.

Il y a encore des luttes à mener en France pour que l’Etat ce ne soit finalement personne. Ni « moi »… Quand le Grand Roi lança cette boutade, il mit à bas définitivement que l’Etat pouvait être revendiqué par une bande quelconque. L’Etat comme le Roi ne peut appartenir à personne.

Il ne peut être ni confisqué, ni éclaté, ni découpé. On ne peut prétendre en retirer ce qui, sur l’instant, déplait. On ne peut en soustraire les temps critiquables et, se fondant sur une autorité de circonstances, déchirer des morceaux de passé comme, autrefois, la censure cisaillait dans le texte.

Louis XIV s’attacha à agrandir le pré carré et aussi à l’unifier. La lutte contre les protestants, l’élimination du Jansénisme, la mise au pas des grands de l’aristocratie participèrent de cette construction de l’esprit : l’Etat est le même pour tous dans son essence comme dans ses manifestations. Personne ne peut se l’accaparer, même au nom de Dieu.

La France d’aujourd’hui aurait des pulsions contraires et, à ce compte, ferait mourir une deuxième fois l’innocent chevalier de la Barre, pure victime des fanatiques qui prétendaient imposer leur Dieu contre la volonté même de Louis XIV, 100 ans plus tôt.

L’Etat, ce n’est pas vous, les tenants de telle religion ou de telle autre. L’Etat, c’est encore moins vous qui invoquez des particularités physiques ou culturelles pour confisquer les bribes de pouvoir qui vous intéressent. L’Etat, ce n’est nous qui, aujourd’hui, sommes là, vivants, à peine nés et pas encore morts. La France n’est pas un feu d’artifice ni une vague scélérate. Elle s’est fabriquée durant des siècles.

Traditionnellement, le récit de la création de la France est rythmé de grands hommes, de victoires et d’envolées patriotiques. Il faudrait aussi, raconter les défaites, les trahisons, les effondrements. Il faudrait raconter les sursauts, les reconstructions et l’opiniâtreté face à l’adversité.

Si, ce pays, si petit, tout au bout d’un morceau de continent, une virgule géographique à peine perceptible à l’œil nu quand la mappemonde est centrée sur la Chine, a réussi à survivre dans la conscience universelle, n’est-ce pas justement parce que l’Etat était « autre chose » que des égoïsmes et des accaparements particuliers ?

On dit que les Romains inventèrent l’humanisme à un moment où les hommes avaient bien du mal à se rencontrer et à se connaître. Les Français, ont inventé l’Homme universel au moment même où les hommes se sont découverts si particuliers et riches de leurs profondes diversités.

L’Etat, c’est cette universalité qui, solidement enracinée en France, se propose au monde, en dépit des temps qui divergent, des esprits qui se particularisent et des intérêts sociaux qui se combattent.

 

 

Le dernier verrou a sauté 

Il y a quelques temps, j’insistai sur une vérité ethnoarchéologique : l’aide apportée par les enfants à leurs parents est de l’ordre de l’imaginaire pas même adossé sur les fameuses histoires de la mythologie grecque et romaine. Résumons : les enfants ne se sentent pas vraiment concernés par leurs parents en général.

Et voilà qu’en retour, la cour de cassation italienne vient de marquer comme au fer rouge ce que d’aucuns (italiens) considèrent comme un tournant historique. « Les enfants n’ont plus le droit de vivre aux dépens de leurs parents ad vitam aeternam !”. La Stampa triompherait : enfin la culture de l’enfant-roi si typiquement italienne est remise en cause. Enfin, le Tanguy italien peut être viré « ad nutum » comme un vulgaire locataire insolvable, enfin, les ragazzi se voient enjoindre de travailler et de cesser de passer des heures dans leurs plum’.

Il faut reconnaître que les Italiens ont l’humeur généreuse avec leurs enfants. Ils les conservent dans le bercail familial jusqu’à fort tard. Des statistiques sérieuses montrent que 50 % des 18-34 ans vivent chez leurs parents. Dans l’affaire qui vient d’être tranchée, le « bambino » n’avait que 36 ans !!! Il vivait chez sa mère, son père était tenu à une indemnité à son profit !

Bon ! Nous autres français qui en savons beaucoup sur la répartition de l’argent des riches au profit des pauvres n’avions pas pensé à porter la question dans le domaine des relations intrafamiliales.

Quittons ces comparaisons et revoyons l’impact de cette décision sur les principes fondamentaux de la vie des familles. La décision est juste la réplique de ce qu’on indiquait au début de cette chronique : si les enfants ne soutiennent pas les parents pour quelles raisons raisonnables devrait-on imposer aux parents l’obligation d’apporter leur aide à leurs enfants. Au niveau micro-sociologique, il y aurait là une sorte d’arithmétique, froide et insensible. On peut contester que les sociétés modernes soient emportées dans un mouvement anti-compassionnel qui renvoie les êtres humains dos à dos, les parents opposés à leurs enfants, les enfants hostiles à leurs parents, la famille explosant et laissant ses composants flotter dans l’espace social sous la forme d’électrons malheureusement libres de s’entrechoquer mais surement pas de s’apparier. On peut critiquer cette société qui abandonne les vrais rapports humains au jeu des concurrences, des gagnants qui ramassent tout et des perdants qui n’ont que le droit de crier « mamanbobo ». Dans la réalité, cette décision, qui marque certainement un tournant en Italie, est annonciatrice d’une évolution du fonctionnement des nations occidentales.

Prenons le Covid et Trump. Il est trop évident que le Président américain défend une idée de la société américaine pétrie de darwinisme social : que les meilleurs l’emportent et s’ils se font rattraper par le virus, ce n’est qu’une façon pour la justice divine d’exprimer ses préoccupations. le Président est loin d’être le seul dans son cas, le Président brésilien le suit et abandonne pauvres, vieux, mal formés et malades divers et variés à l’agression virale. La « santé » (nouveau Dieu inaccessible) saura toujours reconnaître les siens. Ceux qu’elle n’aura pas reconnus seront jetés dans l’enfer des couloirs d’hôpitaux et des intubations forcées.

Encore ne sommes-nous ici qu’à un niveau intermédiaire. Il faut encore monter un étage et se trouver au niveau des nations. Pourquoi les petites nations seraient-elles traitées comme des grandes ? Pourquoi faudrait-il que les « tanguy » de l’ordre international soient sans cesse arrosés de subventions de la part des riches sous la contrainte que ces derniers n’en viennent pas perturber l’indépendance. Sont-ils utiles finalement ces « petits » ? Ne sont-ils pas de pures anomalies ? Ou bien ne sont-ils pas les futurs parcs naturels comme ceux qu'ont inaugurés les indiens d’Amérique voici près d’un siècle et demi ? Les nations « tanguy » ne devraient-elles pas être précipitées dans le chaudron de la vie collective internationale. Celles qui ne pourraient surnager seraient noyées et cela simplifierait la vie de tout le monde : qui a envie de se battre pour que vivent paisiblement et confortablement les habitants de ces beaux petits pays tout en haut de la Baltique ? Juste à côté des Russes.

La cour de cassation italienne a frappé très fort, en effet. Elle a coupé le lien, le dernier, qui rattache familles, sociétés, nations par le jeu d’une belle fiction sociale, celle de l’égalité. A la cohabitation des égaux, elle substitue le chocs des adversaires.

C’est un jeu plein d’embûches : la vie n'y sera pas simple pour les faibles.
 

La troisième colonne est parmi nous

 

Il y a quelques jours, le bon professeur Raoult y est allé de ses commentaires « sur la pandémie », dans le genre de ceux qu’il a su, depuis le premier jour jusqu’à cette dernière semaine, semer dans la gamelle des politiques, des médecins « urgentistes », « infectiologues » et « virologues », et aussi dans les oreilles de grands présidents, Trump l’amerloque, puis le « borsalino » brésilien (surnommé le petit Trump) : « si on m’avait écouté, il y aurait eu des milliers de morts en moins ». Pendant ce temps-là, dans son fief marseillais le covid infectionne à qui mieux-mieux.

On a envie de s’exclamer « quel immonde salaud ! Toutes les études montrent que sa chloro-truc ressemble à de la poudre de perlimpinpin et le voilà qui ramène encore sa fraise tout en radotant ses certitudes auto-certifiées ». On a envie… mais ce serait en fait oublier que le bon professeur Raoult est sur des charbons ardents. Sa chloro-truc, atrocement inefficace, va lui coûter des procès pour mise en danger de la vie d’autrui. Si, au lieu d’avoir « traité » les malades avec la chloro-truc, on avait réagi « normalement », il y aurait peut-être eu moins de cas mortels. Mais, aussi, le bon professeur Raoult, a du souci à se faire pour le financement de son Institut. On entend dire ici et là que certains bailleurs de fonds ne veulent plus avoir affaire avec un bonimenteur ! Et il y a les politiques, il les a mouillés dans une partie qui n’était que politique : entraver l’action du gouvernement face à la pandémie. Il prétendait leur fournir l’argument fatal. Avec des sacs de chloro-truc en bandoulière, imitant madame Larousse quand elle souffle sur les pissenlits, ils devaient semer de la dérision anti-macron à tous vents. Mais voilà que la chloro-truc a fait le célèbre « pschitt » et nos politiques se sont retirés précipitamment !

Sic transit le bon professeur. Autrefois, on l’aurait accusé de faire partie de la troisième colonne où on trouve tous ceux qui sèment la désunion pour rafler le pouvoir.

Était-il seul dans son genre ? Que nenni, il y avait d’autres blouses blanches dans le complot. On n’a pas fait des études genre bac+7 pour se faire donner des leçons ! Alors, ils s’en sont donné à cœur joie. Résumons le propos de chaque blouse blanche livrée dans son jus sur un plateau-télé : « rien que des imbéciles, la preuve, ils ne sont même pas capables de m’écouter ».

On ne s’étendra pas sur ceux qui brodent sur ce qui ne va pas bien mais qui s’évaporent dans la nature lorsqu’il faut expliquer ce qu’il faut faire pour que tout aille mieux.

Il vaut mieux se reporter sur des couches de population plus modeste ! la vérité est dans le peuple. Dans la Poste, par exemple, qui a totalement disparu au premier coup de virus venu. Plus de lettres, plus de paquets, plus de journaux, plus rien. ¨Pourtant, la Poste a innové : on a vu des journaux « journaliers » livrés une fois par semaine. On a vu des lettres AR déposés dans des boîtes aux lettres sans autres forme de procès (et d’autres pas déposées du tout), des paquets livrés ouverts et des envois jamais parvenus à destination malgré les affirmations péremptoires des mails « suivez votre envoi ».

On a tort de critiquer ! Ce sont des braves gens les Postiers. Et aussi : sans eux, que deviendraient nos belles Antilles. Ce serait comme si on automatisait les relevés de stationnement. La Guadeloupe coulerait.

Et franchement, on va bientôt voir ce qu’on va voir ! La CGT a lancé un ordre de grève à la SNCF. Les cheminots, sont des types disciplinés. Rappelez-vous les trains plein de juifs que l’horrible Papon avait autorisés à partir pour une sinistre destination : les conducteurs avaient consciencieusement obtempéré.  Donc, cette fois-ci, ils n’hésiteront pas.  Ils grèveront.

Le professeur Raoult n’est pas seul. Cela m’avait conduit à écrire ce best-seller : « survivre dans un monde de cons ».

 
*Ouvrage célèbre qu’on trouvera dans toutes les bonnes librairies et chez l’Editeur, Jacques Flament.

France des Parcs et parcs à Français

Nous les connaissions tous ces belles cartes aux couleurs simples, à la ligne claire, d’une France apaisée, toute en hexagone, sans aspérité, si bleue de toutes les mers qui la baignaient, si verte de toutes ses prairies, si brune de ses montagnes. Elles donnaient aussi bien à lire qu’à voir. Certaines parlaient des richesses agricoles, les autres des richesses industrielles, on nous montrait les poissons de la mer et ceux des rivières… Que sont-elles devenues ? Les vents les ont-elles ôtées ?

Il en est pourtant de nouvelles qui montrent des sandales trouées, des plastiques informes, des masques chirurgicaux, tout autour des grandes villes et aussi sur les plages. Il en est une autre qui illustre à merveille la qualité de l’air, le niveau de pollutions des rivières et la souillure des bords de mer. Il en est une enfin qui me donne à rêver et à penser sur notre monde, comme il évolue, comme il sera demain.

Cette carte-là, c’est la carte des parcs naturels. Elle montre à quel point, quand l’homme veut, l’homme peut. Un parc naturel est un espace où les cartes du paragraphe précédent sont jetées dans les flammes d’un bûcher cathartique, où les cartes du premier paragraphe retrouvent vie et sens. Les parcs naturels font penser à ces paradis où la main de l’homme n’a pas encore mis le pied. Iles exotiques qu’un zéphir prudent balaye doucement. Forêts profondes où la biche peut, sans craindre les loups promener, son petit faon retrouvé. Monts tranquilles qui ne sont plus des « expériences d’escalades ». Les parcs naturels, à ce compte, sont à la fois notre avenir et un passé qui nous revient après tant d’années d’absence.

Les parcs naturels régionaux ou nationaux sont les témoins d’une nouvelle culture associée à une nouvelle société. Il y a peu, la nouvelle ministre de la culture en a fait accepter un nouveau. Une chance pour elle, l’espace commence à manquer ! ils recouvrent plus de 30% du territoire et on y a enfermé près de 10% de la population. Faut-il s’arrêter en si bon chemin ? Doit-on maintenir l’objectif initial d’inspiration rousseauiste ou thoreauiste ? Un élargissement du sens et des ambitions des parcs naturels ne s’impose-t-il pas ? La nature de l’homme se réduit-elle aux petits oiseaux qui chantent et à la mousse qui pousse ?

Vous avez noté qu’il reste 70% du territoire et qu’on ne s’est occupé que d’un peu  plus de 10% de la population. Il faut ouvrir le concept au monde moderne. Imaginons qu’on crée des parcs naturels pour tenir compte de l’esprit et des caractéristiques de la diversité démographique française. Imaginons qu’on s’appuie, au moins au début sur quelques rassemblements naturels de divers morceaux de la diversité. Il serait possible de créer au moins une vingtaine de nouveaux parcs (qui seraient aussi, souvent, des mega-clusters à covid, ainsi ferait-on d’une pierre deux coups). On va dire que ce serait privilégier une approche communautariste. Tout dépendrait en fait des règles d’entrée et de sortie.

En dehors des diversités, quelles catégories sociales ou démographiques seraient imaginables ? Les vieux ? Ce ne serait pas une mauvaise idée. Le coût territorial ne serait pas énorme. Partant d’un stock donné, le taux de rotation de la population conduirait naturellement à une bonne productivité de l’espace alloué. Les malades du covid ? Un parc naturel suffirait : la remarque pour les vieux s’applique ici aussi). Les chômeurs ? Si on allait vers cette extrémité, il conviendrait de créer un parc naturel par grands bassins d’emplois. D’autres parcs ? Pour les jeunes délinquants ? Pour les mineurs migrants sans parents…. Les personnes atteintes de nutellabizounoursbobomaman ?

N’allons pas plus loin, la tâche est déjà impressionnante.

Nous n’avons pas non plus évoqué le personnel qui serait détaché pour que ces parcs ne soient pas troublés si ce n’est pervertis par des visiteurs-voyeurs et des colporteurs en idées politiques ou syndicales.

Il faudra les garder, c’est-à-dire créer des brigades de surveillance pour que les bénéficiaires d’un parc ne le quitte pas et s’en aille encombrer les autres.

Si les miradors ne peuvent pas être la solution ultime et unique, il ne faudra pas s’empêcher d’en user.

 


 

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