Soliloques sur le Vaste Monde, Septembre 2021

Retrouver la paix des évidences

 

Les débats d’idées sombrent ces derniers temps en débats pugilistiques, en agressions diverses, armées ou non. Résumons : les « pour » d’un côté et les « contre » de l’autre ne veulent rien céder et posent la valeur absolue de leurs opinions. Tout comme un diamant ne peut mollement céder quelques fragments de lumière, leurs idées se posent dans leur intégralité, gage absolu de leur intégrité.
 
Et, pourtant, plutôt que de s’engager dans des luttes sans merci, ne serait-il pas plus prudent d’admettre que, parfois, des évidences s’imposent et que, « evideo », il suffit d’ouvrir les yeux pour les voir.
Nous savons le faire lorsque nos intérêts immédiats sont touchés : qui contestera que « trop d’impôts, tue l’impôt ». Voilà une belle évidence fiscale. « Tout ce qui est rare est cher ». Qu’on le regrette ou qu’on l’approuve bruyamment importent peu. La formule est du domaine de l’évidence.
 
J’ai, ici, voulu donner à voir quelques évidences plus délicates peut-être, de celles qui en appellent à l’effort de voir, en choisissant parmi leur grand nombre celles qui permettraient d’interrompre de faux débats et des combats inutiles.
 
Commençons par un débat qui s’amplifie chaque semaine : le débat sur le « pass ». Beaucoup de gens sont contre. On voit même des médecins qui en font des faux pour jouer « à la résistance » comme en 40. N’est-il pourtant pas évident que ce sont des manifestations et des débats pour rien ? En France, en décembre 44, la résistance n’avait plus de raison d’être puisque son objet, le « boche », était parti. Voici un bel exemple apaisant et pacificateur de l’évidence. Dans la France d’aujourd’hui, au rythme où croit la vaccination, l’utilité du « pass » décroit. Bientôt, la cause des 250 000 « résistants » hebdomadaires aura disparu. C’est évident.
 
Pensons au monde qui se fait sous nos yeux. Prenons l’affaire de l’Afghanistan et prenons un exemple dans l’histoire, quitte à faire entrer un peu d’uchronie dans notre exposé. C’est une expérience de pensée : on suppose que le commandement allemand du front de l’Ouest, conscient de la percée des troupes Alliées leur propose l’accord suivant : on cesse le feu, les troupes allemandes se replient en bon ordre vers l’Est, les troupes Alliées attendent tant que le repli n’a pas été entièrement exécuté.
 
N’est-il pas absolument évident qu’à peine le dos des Allemands tourné, les Alliés se mettent à leur courir après transformant une retraite bien pensée en une pitoyable débandade. Evidemment, vous ne pouvez pas ne pas penser à un rapport avec les récentes évènements d’Afghanistan. On vient justement d’énoncer : « évidemment ». C’est évident que quand on laisser le terrain à l’ennemi, il s’en occupe, paisiblement ou non !!!
Si c'est évident à ce point, qu’est-il nécessaire d’aligner les pleurs et les regrets, quelle nécessité d’enfiler les dénonciations comme des perles ?

A ne pas s’attacher à trouver les évidences dont nous sommes entourés, nous nous privons de pouvoir vivre en toute sérénité, d’échanger des idées sans risques excessifs et de considérer les «évènements » qui vont de soi.
De toute évidence.

 

Qui sème le vent

 

Les Anglais ne s’y attendaient pas. Ils ont construit plus de 20 000 éoliennes. Aucune ne tourne. Pas de vent. Et cela va durer, plus d’un mois. Pas de vent, pas d’électricité. Boris Johnson a pensé mobiliser les troupes de sa Majesté pour souffler sur les pales. Une mauvaise idée, lui firent comprendre ses amis.

 

Au fait, vraiment, que se passait-il ? Il faut suivre ce lien pour comprendre les limites de ce fameux dicton : qui sème le vent récolte la tempête.

 

« Morne plaine », dit-on, par réflexe, sans penser au célèbre plateau qui « vit la chute des géants », lorsque, flânant ou voyageant, on traverse une vaste étendue sans borne, sans éminence rocheuse, sans douce colline pour retenir le regard.  « Morne plaine », roulait dans ma tête, grondement lointain, broyant l’espoir d’aucun jour heureux. « Morne plaine », pensée sinistre issue de ce moment où rien ne bouge. Les nuages, immobiles et massifs, posés haut dans le ciel, étaient inscrits pour une sorte d’éternité. Etouffant la lumière, ils la coloraient d’un gris crépusculaire, lui laissant projeter des silhouettes inquiétantes. Silhouettes d’arbres ? De bois ? Bois de justice ? La plaine était rythmée de gigantesques croix alignées comme d’immenses figurines de soldats pour une parade monstrueuse. Présentez armes ? Ces croix, ces gigantesques roues à  quatre ou cinq rayons, portaient des corps, les uns crucifiés, les autres écartelés, des suppliciés vivaient encore. Au pied de l’instrument de mort, le plus haut, levant les yeux vers son moulinet infernal, je vis, entravé, le pauvre corps séché d’un vieillard centenaire, celui qui fut héraut de l’écologie et son héros aussi. Le pape de l’écologie avait été crucifié sur une éolienne.

 

Et si nous domestiquions les forces de la nature ?

 

Comme une voile qui claque au vent, déchire l’espace et arrache le bout qu’on ne tient pas fermement, des souvenirs déferlèrent, par vagues successives. Je me souvins, enfant, à la Pointe du Raz. Si petit, si faible face aux forces déchainées de la nature. Forces dépensées en pure perte. Je me souviens de la honte que j’éprouvai à cet instant dans le maelström. Et je jurai que j’œuvrerai, plus tard pour que cessât ce gâchis. Je tançai de mon regard enfantin la marée qui montait, lui annonçant nos affrontements futurs. Il fallut des dizaines d’années. Il fallut convaincre que les énergies propres étaient là disponibles. Il fallut ensuite investir des sommes colossales. J’aimais me rêver dans des temps très anciens, ordonnant qu’on installât des pyramides. Tout ne fut pas simple et limpide. Il y eut bien des erreurs. C’est ainsi que pendant que l’Angleterre et les Etats-Unis semaient les plateformes pétrolières au milieu des océans pour aller chercher les énergies les plus sales, l’Allemagne, la Chine, le Japon se vouaient aux énergies naturelles et créaient des champs entiers de croix mobiles comme on plante le houblon, piquaient en terre aussi, comme on fait pour le riz, des roues en acier, en aluminium et en tous métaux forts et capables de défier les vents, les marées, les tempêtes et les déchainements de l’air et de la mer. Les Allemands, disait-on, avaient une revanche à prendre. Ayant perdu l’initiative en aéronautique, ils rétorquaient en fabriquant à la chaîne des milliers d’hélices monumentales.

 

Et si Eole devenait notre dieu tutélaire soufflant dans la voile de la nouvelle civilisation.

 

C’est ainsi que les batailles écologiques menées par les grands politiques visionnaires furent gagnées. Le monde fut conquis par l’énergie propre. Et si, ici ou là, quelques pays arriérés demeurèrent confinés dans le monde malodorant et dangereux de la chimie et du nucléaire, l’éolien s’installa comme la source essentielle d’alimentation en énergie. Partout, on vit s’élever, de plus en plus haut dans le ciel, ces modernes sémaphores dont les pales en tournant lançaient les beaux messages d’espoir. On aurait pu croire qu’il était des zones à vent et des zones sans vent. Ce fut le principal argument des détracteurs de l’énergie tirée du vent et des tempêtes. On entendit aussi dénoncer  les nuisances, le bruit des pales, ces formes ruinant des perspectives, abolissant des paysages, tirant vers le haut des plaines dont la douceur avait, pendant des millénaires, trouvé sa source dans un tranquille écoulement, fleuves de blé et de luzerne ici, mers souplement moutonnantes des grands champs de maïs et de houblon, taïgas infinies animées seulement par la course endiablée des chevaux mongols. Comme si les pales, en tournant, n’avaient pas leur musique, comme si les paysages de plats qu’ils étaient, qu’il s’agisse des mers ou des plaines à vent, n’avaient pas trouvé enfin cette dimension qui leur avait toujours manqué : la hauteur. Comme si là-bas, dans la plaine jaunie des blés de l’été, la Cathédrale de Chartres n’avait pas été comme un appel à prendre le monde de haut ?

 

Il avait été aussi objecté que les éoliennes ne pourraient remplir leur rôle que de temps en temps. Les critiques les plus caustiques disaient de « Vents en Vents ». Il avait été dit que, dans les pays à Cyclones, comme la Jamaïque ou l’Inde et même le golfe du Mexique, les grands mâts seraient arrachés par la violence des éléments. C’est alors qu’on vit s’installer des éoliennes horizontales pour tirer parti des courants ascendants. Ainsi, on put exploiter la force des tornades en les obligeant à passer d’éoliennes en éoliennes comme un taureau suit les coursives qui le conduisent dans l’arène.

 

Et si les vents comme les cours d’eaux devaient être canalisés ?

 

Il est un temps pour la conquête, un temps où se dessinent de nouvelles frontières, où des risque-tout, des fous d’entreprise, des poètes de la création technologique partent en avant, ivres d’espaces vierges. Il est ensuite un temps où il faut s’installer et où les paris doivent être pesés. Alors, les audacieux sont ceux qui savent dessiner des cheminements critiques et qui s’assurent que leurs projets s’inscrivent non seulement dans l’histoire, mais aussi dans l’enchevêtrement complexe des sociétés humaines, des intérêts nationaux et des compétitions entre puissants. Le succès de l’énergie du vent avait balayé tout sur son passage. Les implantations de champs éoliens s’étaient multipliées parfois de façon un peu anarchique. Certains pays arrivés tard dans cette voie se virent dans l’incapacité d’accéder à l’énergie douce. D’autres ruinèrent les efforts de leurs voisins par des installations imprudentes. 

 

Il en est de l’air comme il en est de l’eau, dans l’un et l’autre cas ce sont des fluides, leur course est soumise à condition. Tel barrage installé sur le cours de tel fleuve en réduit ou perturbe le débit en deçà. Un champ d’éoliennes judicieusement localisé ne laisse guère d’énergie disponible pour les champs installés en arrière. Les disputes entre investisseurs et exploitants éoliens au sein d’un même pays dérivèrent en conflits entre nations, en risque de conflagrations avec leur cortège de menaces de sabotages et de boycottages. Il n’y eut pas de conflits car la Haute Autorité des Nations Unies pour les Vents et les Marées créée pour la circonstance s’interposa utilement. Un accord fut trouvé entre la France et l’Ukraine par exemple, les plaines à vent de la Beauce ayant complètement coupé les flux aériens qui auraient dû balayer les grandes plaines du Don et de la Volga. On put aussi régler les questions d’énergie transfrontalière : les vents de sable du Sahara, d’où venaient-ils ? Où allaient-ils ? A qui leur énergie devait-elle profiter ?

 

Et si parmi les forces les plus naturelles on comptait sur la jalousie et la compétition entre les peuples ?

 

Les choses empirèrent cependant. Les nations devinrent fébriles et nerveuses malgré les traités. Le conflit entre Chine et Japon faillit mal se terminer. Si ces deux pays n’en vinrent pas aux armes… mais il faut d’abord replacer l’affaire dans son contexte. Les côtes de la Chine donnent majoritairement dans la mer de Chine, une mer fermée. Les pays riverains devaient donc s’entendre sur l’exploitation des vents soufflant sur cette mer. Le Japon, fidèle à une tradition d’égoïsme insulaire, s’était affranchi de cette contrainte répandant les éoliennes partout sur son territoire et son domaine maritime. Les vents ainsi capturés, domestiqués et mis au service de l’économie nipponne, vinrent à faire défaut aux Chinois, lesquels réclamèrent leur part de vent avec la vigueur qu’on leur connait.  Le drame faillit éclater lorsque la Haute Autorité ayant réussi à mettre tout le monde d’accord sur l’accès à l’« Energie commune », la Chine, s’étant vu reconnaître des droits, le Japon ayant ménagé les couloirs utiles aux bourrasques motrices, les éoliennes chinoises demeurèrent en berne.  Les pales, figées dans l’attente, sinon de tempêtes au moins de courants d’air, ne frémirent pas une seconde, les anémomètres déclarèrent qu’il n’y avait rien à mesurer. C’était donc le calme plat. Les Japonais qui avaient le sentiment du devoir accompli se braquèrent lorsque des accusations de forfaiture furent lancées par les Chinois. Les uns et les autres commençaient à fourbir leurs armes…. Lorsqu’un coup de tonnerre figea les opposants.

Un rapport venait de mettre en pièces toutes les théories, tous les dogmes, tout ce qui avait été transformé en vérité d’évidence. Il faut se souvenir que la compétition pour les sources de vent était montée d’un cran au sens le plus étroit du terme. Les Boliviens et les Péruviens, plutôt que de s’opposer à nouveau sur l’Altiplano, avaient décidé de se partager l’énergie tirée des gigantesques champs installés si haut qu’ils n’encouraient aucun risque d’être gênés par leurs voisins, ni de les gêner. Pourtant le rendement énergétique se révéla dérisoire. Les paysans boliviens d’origine incas incriminèrent les dieux. On fit quelques danses du vent. Rien n’y fit. C’est alors que des études furent lancées pour dimensionner le problème. Et l’horreur s’abattit sur la planète.

 

Et si on avait dissipé sans prudence toutes les richesses des vents ?

 

Toutes les Etudes concordaient : le stock de vent de la planète était épuisé. A force de récupérer le vent, on l’avait ralenti. Insensiblement tout d’abord. Et puis, comme on dit, « il y a des années avec et des années sans ». Aussi personne n’avait trop prêté attention. José Bové et ses disciples se moquèrent. N’était-il pas évident que l’énergie du vent était la plus propre et la plus durable ? Plus tard, voyant que le dogme était menacé, certains gouvernements furent plus directifs. Des scientifiques furent jetés en prison. Quelques « anti-alter » furent enfermés dans des asiles psychiatriques : se moquer à ce point en disait plus long sur leur déraison que sur leurs raisons. Pourtant, les faits demeurèrent têtus : le vent ne soufflait plus !

 

Quand il n’y a plus de vent, l’air devient vite irrespirable. Plus de vent, ce sont les lisiers des porcs en Bretagne qui puent de plus en plus fort, rendant la vie même des agriculteurs insupportables. Plus de vent, c’est le pollen qui ne se disperse plus, mettant toutes les espèces végétales en danger. C’est la marine à voile, le moins polluant de tous les moyens de transport qui reste encalminée. Sans vent, plus de vague, donc plus de surf. Sans vent, plus de cerf-volant. Le rapport concluait durement : « Sans vent, la vie sur la planète est menacée ». En couvrant la terre de millions d’éoliennes on avait épuisé la puissance et la disponibilité du vent. L’idée écolo de l’énergie douce du vent, sans limitation et sans risque, était à l’origine de la pire des catastrophes écologiques de tous les temps.

 

Et si la fureur des peuples, ça n’était pas du vent ?

 

C’est alors qu’une explosion de fureur folle saisit tous les peuples de la terre. Un humour noir aurait évoqué « un vent de folie…. ». Mais il y eut de la folie, sans qu’aucun petit courant d’air n’eût été de la partie. La violence déchainée fut d’autant plus brutale que quelques années de répression avaient exaspéré les esprits. Des prophètes émergèrent qui prêchèrent une croisade « anti-éolienne ». Les images symboliques du Dieu Eole furent piétinées. De nouveaux cultes firent leur apparition. C’est alors qu’un illuminé se répandit en exaltant la noble lutte du peuple romain contre la rébellion d’une énergie peu coûteuse : les esclaves. Il fallait, proclamait-il, comme les Citoyens et le Sénat de Rome en avaient décidé, se saisir de tous ceux qui avaient été associés à la catastrophe et les clouer sur les pales des grandes éoliennes immobiles. Ce fut un déchainement. Et dans les plaines, sur les côtes, dans les plateaux tibétains et andins, sur les flancs du Kilimandjaro, les éoliennes devinrent les instruments du supplice de la croix et de la roue.

 

 Lorsque la colère des peuples retombe, les plaines paraissent plus mornes encore. Sans vent pour faire tourner les pales, sans énergie donc et surtout sans vent pour que la terre vive, que faire ?  On essaya bien de mettre les écolo au travail. Ceux qui n’avaient pas été crucifiés furent enchainés à proximité des champs d’éoliennes et on les fit souffler vers les pales. Les résultats furent misérables pour ne pas dire plus. La qualité du vent produit était médiocre et sa puissance d’autant plus faible, que mal nourris et victimes des pires sévices, les souffleurs furent décimés…et de toute façon, cela ne donnait pas à la planète les vents dont elle avait besoin.

 

C’est alors qu’un Français trouva la solution : les centrales nucléaires françaises avaient été mises sous cellophane tout en étant soigneusement entretenues. « On a les pyramides qu’on peut » s’était exclamé un Président de la République Ecolo.

A la première pression d’un doigt sur un bouton, on les fit redémarrer. Le courant électrique produit fut dirigé vers les éoliennes.  Les pales de ces dernières avaient été inversées. On leur fit produire le vent qui manquait, c’est alors que de proche en proche, sur tout la surface de la planète, les éoliennes se mirent à tourner

 

 

 


 

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