Soliloques sur le Vaste Monde, Octobre 2019

- Ne dépensez pas votre argent : évitez Ad Astra

- Quand un billet « euro »  X  vaut plus qu’un billet Y

- Il est mort, le poète

- Casse-toi l’Usine, tu pues

- Quand Paris est racontée par un Anglais

Quand un billet « euro »  X  vaut plus qu’un billet Y

 

 

Lors de la première crise grecque de liquidité, l’univers Européen monétaire avait failli tourner cauchemar économique : la monnaie scripturale se dévalorisait contre la monnaie fiduciaire et les spéculateurs « spielaient » les billets allemands contre les billets grecs ! Une panique atroce avait-elle saisi les pays de la Zone Euro à la suite d’une erreur de la Bundesbank ?

 

Quand les billets allemands sèment la panique

 

En quelques mots, rappelons cette histoire (farfelue : suivre ce lien) où l’Allemagne aurait provoqué une panique dans la zone Euro. Il y a trois ans comme aujourd’hui, les Grecs s’étaient précipités vers leurs banques pour en retirer leurs économies. Or, si la Banque de Grèce avait permis sur le plan de la liquidité que les banques grecques puissent faire face à ces retraits, elle n’en avait pas prévu l’ampleur. Et tout d’un coup, il manqua du papier pour fabriquer les billets : le fameux papier fiduciaire chargé de tous les éléments de sécurité possibles.

 

Une sorte de marché parallèle des changes se développa : les détenteurs de cash, firent monter le prix des billets contre monnaie scripturale. Les détenteurs de monnaie scripturale (la monnaie de compte en banque) qui ne voulaient pas attendre pour détenir de la monnaie fiduciaire (le billet de banque) acceptaient parfois une forte décote de leurs avoirs en monnaie de compte. Cette situation, on le comprend aisément, totalement insupportable sur le plan des principes, l’était davantage encore dans le contexte d’une zone Euro où la circulation de la monnaie pose que celle-ci soit une et entière, partout la même et valant toujours la même chose, qu’elle soit fiduciaire ou scripturale, qu’on soit en Grèce ou en Allemagne.

 

La Banque de Grèce fit le tour des banques centrales pour obtenir du papier fiduciaire disponible. Chacun sait que les banques centrales ont à leur disposition une réserve de papier pré-rempli pour les émissions futures de billets ou pour le cas où des « coups de feu » impliqueraient des émissions « spots » outrepassant le flot habituel. On devine que les Allemands, toujours précautionneux et prudents, avaient constitué de solides réserves. Emporté, pour une fois, par un esprit coopératif et altruiste, ils expédièrent des milliers de rames de papier fiduciaire pré-remplie. Il ne restait plus à ajouter que les noms et signatures des responsables de la banque centrale grecque. Tous les billets se ressemblent dans la zone Euro, parce qu’ils sont tous les mêmes où qu’ils soient émis. Ce bel exemple de coopération Européenne s’acheva dans les larmes et le sang : la Bundesbank s’aperçut qu’elle avait livré des billets marqués « X », la marque relative à l’origine du billet, en la circonstance la marque de l’Allemagne. Quelques personnes bien informées vendirent la mèche. Et ce fut la ruée. Les Grecs s’arrachèrent les billets « allemands ». Quoi de plus sûr en cas de sortie de la zone Euro que de détenir des billets allemands !!!! Du coup, le cours des billets « X » explosa. On découvrit une autre horreur économique, s’ajoutant à la différence de valeur entre Euro scripturaux et Euros fiduciaires, deux billets Euros pouvaient avoir des valeurs différentes !

De la plaisanterie à la réalité…

 

Tout ceci est du domaine de la plaisanterie. Bien sûr, l’histoire des billets « X » est fausse. On pourrait d’ailleurs soulever une objection : les Grecs auraient pu se procurer des billets « X » en se rendant tout simplement en Allemagne et en demandant du cash aux banques grecques installées localement. Mais enfin ce n’aurait pas été la même chose, il aurait fallu se déplacer et peut-être la liquidité des banques grecques, les besoins en cash des Grecs le montrant amplement, n’aurait pas été assurée !!!

 

Pourtant, il y a des moments où la plaisanterie tourne vinaigre et confine la réalité : pendant les moments de crise les plus intenses, au moment où la BCE a lancé son programme de prêts bancaires à cinq ans, pour stabiliser un système bancaire Européen qui partait en morceaux, on assista à un phénomène de fuite devant, non pas la monnaie, mais devant certaines monnaies de banque. Les apports monétaires aux banques espagnoles, portugaises et italiennes se traduisirent disent les méchantes langues non par des prêts aux Etats d’origine de ces banques mais se retrouvèrent en dépôts dans les banques allemandes. Hurlement de l’ineffable Jens Weidmann ! Le gardien du saint des saints allemands, la Bundesbank ! Les banques allemandes recevant des dépôts bancaires et privés des agents économiques des autres pays « Euro » s’en allaient déposer ces fonds à la BCE dont le système bancaire allemand devint en peu de temps le principal créancier. Jens Weidmann tonitruait : l’Allemagne devrait supporter tous les risques en cas de défaut de la BCE !

 

Au-delà de l’anecdote quelle leçon faut-il en tirer ? Dans le système monétaire de la zone Euro, où tout le monde était convaincu qu’il était homogène comme l’eau et plat comme un tapis de billard, des irrégularités, des décalages de valeurs, des « grumeaux » venaient rompre cet optimisme.  Car, si les agents économiques espagnols éprouvaient le besoin de déposer leurs fonds dans des banques allemandes, cela ne signifiait pas autre chose que leur préférence pour une monnaie de banque allemande par opposition aux autres à commencer par les monnaies de banques des pays du sud de la zone Euro.

 

On dira que ce sont des anomalies caractéristiques des périodes de crise ! En temps ordinaire, il n’y a qu’une monnaie dans la zone Euro et cette monnaie à la même valeur partout que les billets portent telle ou telle lettre de l’alphabet, que la monnaie soit fiduciaire ou scripturale ou que la monnaie de banque soit détenue dans telle ou telle banque. D’ailleurs pourrait-on sinistrement arguer : si une banque de la zone Euro faisait faillite, ses dettes à l’égard de ses déposants seraient bien des Euros purs et simples et non pas des Euros espagnols ou allemands !

 

Il n’empêche que les problèmes émergent en général quand on se trouve dans des cas-limites : ici, une rupture d’un espace économique idéalisé.

 

 

Casse-toi l’Usine, tu pues


 

L’incendie à Rouen d’une usine chimique n’est pas une plaisanterie mais elle n’a rien à voir avec Tchernobyl n’en déplaise aux gilets jaunes et aux clones de Mélanchon (« enfin une lutte finale ! » se serait-il écrié).


Evidemment, comme d’habitude, les pouvoirs publics se sont mis à mentir effrontément. Ils ont dit qu’il n’y avait pas de risques pour la santé, hormis les inconvénients d’une fumée noire amplifiée par les pluies qui en ont dilué les cendres de façon fort désagréable. Ils mentent par intérêt. Ils méprisent la classe ouvrière et sont vendus au grand capital celui-là qui met le feu aux forêts amazoniennes, qui répand le virus Ebola en Afrique et bombarde le Yémen.

Il y a pourtant des choses moins imbéciles à dire. Par exemple : est-il raisonnable de maintenir des activités industrielles en zone urbaine ?

Cette usine n’avait pas pour objectif de fabriquer secrètement du Zirkon B. C’était une usine toute bête de produits chimiques maniant des produits dont chacun sait qu’il est préférable de ne pas les ingérer ni les respirer. Elle présentait des dangers ? Des explosions auraient pu balancer des matières toxiques dans les environs ? Un incendie aurait pu provoquer des exhalaisons désagréables et des fumées irrespirables ?

Si c’était le cas, pourquoi l’avoir maintenue au milieu de la bonne ville de Rouen à quelques encablures de sa splendide cathédrale ? Elle existait depuis longtemps et la ville l’avait rattrapée et entourée ? N’aurait-il donc pas été prudent de la délocaliser ? La grande collectivité de Rouen se sent-elle concernée par les risques industriels sans pour autant donner dans un catastrophisme tchernobylien ? Est-elle si incapable qu’il faut absolument que l’Etat s’en mêle ?

Pour mettre en scène quelques réponses à ces questions, on a imaginé qu’on s’adresserait à l’Usine, directement, pour la mettre en face de ses responsabilités.

Déplacer l’usine ? Allez l’usine, déplace-toi ! Financer le déplacement ? Tu n’y penses pas. On t’a dit de te casser ne commence pas à barguigner. C’est de la vie des gens qu’il s’agit et pas des gros sous du grand capital.

Fermer l’usine ? Tu n’y penses pas. Les ouvriers méritants qui risquent leur santé pour travailler chez toi, tu voudrais les mettre au chômage ? Usine, tu n’as pas le sens des responsabilités.

Te relocaliser en banlieue ? C’est ça ! Bravo ! Tu voudrais aller empuantir les banlieues pour que les bourgeois du centre-ville respirent la rose ?

Te poser dans la campagne ? C’est un comble l’Usine ! As-tu pensé aux déplacements de tes ouvriers ? Par exemple ceux qui habitent dans Rouen et qui viennent à pied ou en vélo pour travailler ? As-tu aussi pensé que tu détruirais certainement l’environnement et des terres arables ? Et les poules et les porcs risqueraient de n’être plus comestibles.

L’usine! si ta fumée pue le chimique, toi tu pues le fric et tu as trompé les édiles, innocents et honnêtes en leur cachant une usine de produits chimiques en plein milieu de la ville.

Ne dépensez pas votre argent : évitez Ad Astra

 

Il est très rare que je commente des films ou autres spectacles vivants. Sauf deux hypothèses, c’est exceptionnel (selon moi), c’est nul, (toujours selon moi). Dans ce dernier cas, je cherche, par altruisme le plus pur, à épargner le temps et l’argent de mes lecteurs.

 

Donc Ad Astra est absolument à éviter. Bien sûr, Brad Pitt, bradpitte comme il sait le faire. Sa figure désolée, nous désole : c’est la mode des héros tristes. Avec le réchauffement climatique et l’émergence du terrorisme islamique, la rigolade est finie. De films en films, James Bond s’affaisse, les héros perdent leur étoffe et les étoiles s’éloignent au fur et à mesure qu’on avance.

 

Donc, Brad Pitt s’en va chercher son papa dans l’extrême fin fond de notre galaxie, pas loin de Jupiter et Saturne (les anneaux sont très caillouteux, mais heureusement, Brad Pitt réinvente le bouclier des centurions et, comme un CRS face à des gilets jaunes agressifs, évite de se faire défoncer par les cailloux qui orbitent autour de la planète).

 

Au fait pourquoi va-t-il chercher son papa, héros de la conquête de l’espace comme lui ? C’est qu’en fait, on a perdu le Papa, parti à la recherche d’intelligences extra-terrestres. Il semblerait qu’il y ait eu quelque chose de dérangé dans le vaisseau spatial de papa, genre « révolté du Bounty ». Résultat: des ondes magnétiques catastrophiques frappent la terre de plein fouet. Il faut que ça cesse. Sûrement, c’est le père qui a perdu ses repères. Donc le fils va y aller, pour récupérer le père et réparer les machines qui pataugent.

 

Les effets spéciaux nous viennent tout droit de Gravity, de Seul sur Mars, et autres Interstellar, on aimerait penser à Kubrick, mais on s’y interdit très vite. C’est tellement nul qu’on se dit que ce serait comme aller cracher sur la tombe de l’auteur de 2001…

 

On n’en dira pas plus, le thème du fils à la recherche du père est éculé et, dans ce cas- là complètement ridicule, le thème de la fin du monde qui s’arrête de finir avec un petite bombe atomique transportable est encore plus simplette et la tête attristée de Brad devient fatigante au bout de deux heures de film.

Donc, répétons-le : A éviter absolument.

 

 

Il est mort, le poête

 

 A voir la tête contrite de nos concitoyens comme s’ils avaient perdu un grand-père, depuis longtemps hors circuit, mais, qui tenait encore son rang et sa place dans le cantou, pareil aux vieux chenets noircis par tant de flambées, aussi solide que le manteau de pierres lourdement sculptées et marquées encore d’une devise venue du fonds des âges pour l’éternité.

 

Dans ses yeux, avec la lueur changeante des braises, on lisait encore les pluies froides de novembre, les galoches qui claquent dans la terre tout juste retournée, les matins d’été fumant de rosée. Ses oreilles, plus très bonnes gardaient l’écho de cris d’enfants, de braiments, de tintements et du charivari des chiens au retour du maître.

 

Nos concitoyens n’ont pas perdu, ni grand-père, ni grand frère, ils ont perdu quelque chose qui ne peut pas manquer sans que l’esprit vacille, sans que les certitudes tremblent, quelque chose qui n’a pas de consistance, ni de valeur d’échange. Ils ont perdu le souvenir.

 

La mort de chichi fait la une d’un hebdomadaire dont le numéro suivant sera consacré à Léonard de Vinci : l’un fondait un monde nouveau, l’autre viendrait de sceller la fin d’un vieux monde.

 

Enfuis les souvenirs, restent les ronds-points ?

 

Les emballages plastiques qui flottent et débordent des trottoirs, la consommation.3 ont tué la postière, le cafetier et la boulangerie d’à côté. Enfuies les vieilles histoires avec leurs odeurs de foin et de saucisses grillées. Les fraises mûrissent hors sol. Sans fumier, elles ont perdu leur saveur.

 

Éteint le feu dans l’âtre mais les réverbères sont allumés toute la nuit.

 

Jacques est parti, le vieux monde accroché comme la gadoue à ses semelles. On ne le voyait plus depuis longtemps, mais il était là, un peu encore, dans le cantou. Comme la marée découvre la grève, des souvenirs qui se dissolvent n'émergent plus dans les esprits que des plans pour l’avenir dispersés ici et là. Les saisons ne s’enchaînent plus, les anciens ne succèdent plus aux jeunes, ils s’y accrochent, menaçants comme des cohortes de walking deads; le fumier n’est qu’ordure, les confitures nous tuent, la viande et le lait nous rongent.

 

Le monde, comme les fraises, a quitté le sol. Elles peuvent pousser n’importe où ? Alors, on peut travailler n’importe comment. Pour avancer, les racines gênent: on les coupe les unes après les autres de sorte que le ciel se rapproche et que l’univers se dilate. On était terre et terreau. On est devenu particules.

 

Jacques est parti,

 

Le vide qui vient de se faire oblige à connaître qu’est finie la vidange du monde d’avant. La vieille coupe est asséchée. On la remplira d’avenir, de nouveau, de futur. On y versera aussi la Lune, Mars et les nuits étoilées. S’y engouffreront les flots qui menacent et tout sera cramé par un soleil qui tue.

Jacques ne servait plus à grand-chose? Il était, là, dans le cantou ?

 

De toute façon, le cantou c’était une passoire énergétique.  

 

Quand Paris est racontée par un Anglais

 

 

Le pire est à craindre et on finit par espérer leur désarrimage européen dans les meilleurs délais.

C’est une émission documentaire d’Arte sur le Baron Haussmann que je voudrais ici commenter. Pourquoi être aller chercher un obscur historien britannique? La France ne dispose-t-elle pas encore de quelques historiens ? Le raisonnement a dû être financier : c’était moins cher.

 

Et qu’importe la qualité !!! Donc pour résumer la pensée néo-marxiste anglo-saxonne du commentateur, le Baron était tout dévoué au grand capital et à un régime dictatorial anti-ouvrier. Les grandes avenues, c’était pour déployer la cavalerie et les canons. La destruction des taudis avait un objectif : chasser l’ouvrier de la bonne ville bourgeoise. La relégation des usines et ateliers en banlieue ? Écarter la populace et les mauvaises odeurs etc etc…. (Heureusement, à Rouen, par exemple, ils n’ont pas voulu déposséder la ville de ses usines et de leurs ouvriers).

 

Pas un mot sur les théories hygiénistes de cette époque : de l’air, de l’espace, de la lumière. Donc, éliminer les entassements médiévaux d’une ville qui puait. Pas un mot sur l’épidémie de choléra de 1832 et des milliers de morts et sa conséquence : la création du réseau d’eau potable et d’égouts de M. Belgrand, une des pièces essentielles de la rénovation haussmannienne. L’élimination des industries dangereuses ? demandez donc aux habitants de Toulouse et de Rouen s’il s’agissait d’un luxe.

 

On pourrait continuer et multiplier les exemples.

Rassembler de solides informations aurait coûté plus cher et surtout aurait été moins drôle que de donner dans le néo-marxisme à 5 sous d’un commentateur anglais borné.


 

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