Soliloques sur le Vaste Monde, Février 2021,

 

- Confinée, confinée, est-ce que j’ai une gueule de confinée ?

-“Kann dir die Hand nicht geben” 

- Ne refusez pas l’évidence : ils chassent en meute

- La monnaie digitale est-elle liberticide ?

 

Confinée, confinée, est-ce que j’ai une gueule de confinée ?

 

On aurait pu imaginer des émeutes, comme autrefois des émeutes de la faim. On aurait pu imaginer des hordes de pillards déferlant pour se venger et compenser leur perte de liberté. On aurait dû assister à des scènes atroces telles celles qu’avait décrites Albert Camus en son temps. Une fois que la peur a passé, une fois que la fuite n’a plus été possible, alors les esprits se sont déchainés, les corps avant d’être couverts du bubons se sont libérés, la prude enfant, élevée dans l’amour de Dieu et la glorification de la virginité s’est transformée en hétaïre, passant d’hommes en hommes comme pour rattraper le temps perdu; les hommes qui ne fréquentaient plus les lieux saints, s’y sont précipités en masse, implorant le pardon de quelques fautes qu’ils avaient commises et aussitôt oubliées. Les pères ont abandonné leurs fils et les mères ont sacrifié leurs filles, la société a sombré, pire que le désastre représenté dans le fameux tableau « Rome au temps de la décadence ».

Eh bien, non! Je me suis promené ce vendredi, veille du troisième confinement. Il faisait beau. On sentait le week-end arriver. Un peu de légèreté était perceptible. Les quais de la Seine offraient à quelques passants, un peu de détente, arrêtez-vous, s’il vous plait, prenez un peu de soleil. Il n’est pas encore parti se coucher et il est caressant. Il faisait bon sur les quais et pourtant les ombres commençaient à s’allonger.

Troisième confinement ? ou quatrième ? Je ne me souviens plus. Tout passe si vite! on se confine, on se déconfine et ainsi de suite. En Allemagne, cela ne se passe pas comme ça, ni d’ailleurs aux Pays-Bas ou au Danemark. Les gens protestent. Ils manifestent contre ces mesures liberticides et infantilisantes. Pas les Français. Faut-il en conclure que les Français ont le confinement dans la peau, dans les gènes comme on dit aujourd’hui ? Ce serait dans notre ADN ? On peut confiner le Français sans risque, il est capable d’anticiper le mouvement et de s’y installer, spontanément, avec sa petite famille.

Pourquoi ? Mais pourquoi, ce peuple dont on rappelle sans cesse ce
qu’il doit aux gaulois de la légende et de la bande dessinée, se confine-t-il avec autant de complaisance ? Un Allemand, ça tomberait sous le sens : ils n’ont pas inventé les camps de concentration sans avoir des idées qui traînaient dans leurs têtes ! Les Russes ont une longue tradition de goulags et de Zeks ! Mais les Français ?

Certains proposent cette analyse : être confiné, c’est rester chez soi, avec femme et enfants. Et ça c’est le bonheur, surtout quand on a la télé et qu’on peut suivre les aventures de Meghan et Harry. Je n’adhère pas du tout à cette proposition un peu gnangnan. Parce qu’en vérité, être confiné, avec sa moitié, ne conduit pas nécessairement à un doux rassemblement des deux morceaux en un seul. Le nombre croissant des féminicides au pire, ou des brutalités au moins, témoigne d’une sorte de difficulté d’être des confinés. Les deux moitiés seraient plus proches des morceaux de silex que de quartiers d’oranges. Si vous entrechoquez des moitiés d’orange vous obtenez plus probablement un jus généreux que des étincelles. L’amour a pris la poudre d’escampette et laissé l’amadou à ses mauvais instincts.

Mais alors, encore une fois, si c’est difficile, comment se fait-il que nos Français, dès qu’on le leur propose, se conforment à cette injonction simple : « confinez-vous » ? Bien sûr, on pourrait se rabattre sur des jeux de mots, sur le rire par exemple, dont on a montré dans une étude récente qu’il était sûrement le « sale de l’Homme ». On pourrait dire que les Français préfèrent être des confinés plutôt que des cons finis. Mais ce serait pure méchanceté car, en aucun cas, les Français étant appelés au confinement, on a entendu des choses du genre « allez les cons, on va au confinement ».

Mézenfin, alorcoi ?

Alors c’est simple, les Français l’ont appris depuis longtemps, de leurs mamans, en général. Bousculer, injurier, ordonner brutalement, ne donnent que des têtes butées.

« Il suffit de demander gentiment ».
Voilà le secret d’un bon confinement et voilà pourquoi ça marche avec Castex.
 

 

La monnaie digitale est-elle liberticide ?

 

Comme je participais aux réflexions préparatoires organisées par la Banque centrale des pays de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) sur la création d’une monnaie digitale banque centrale, furent évoqués les risques pour les libertés publiques que comportent ces monnaies.

 

J'ai été critiqué pour avoir relativiser ces risques dans mon livre sur le "Crypto Yuan" notant que :« Si les Chinois sont de plus en plus actifs en matière de paiements en ligne, ils ne sont pas les seuls. Or, il n’y a rien de moins confidentiel qu’un paiement ordonné depuis son ordinateur ou son smartphone. Pour terminer, l’utilisation massive du paiement par cartes ou par des intermédiaires du genre de Paypal, ne s’accompagne en aucune façon d’anonymat ».

 

Les défenseurs des libertés publiques s’indignent trop souvent sur de vastes thèmes globalisants. Les dangers que les écosystèmes « internet » représentent n’ont aujourd’hui d’égal que les espoirs voire les miracles qu’on en attendait dans les premières années. Mais, utilisant justement internet pour nous faire part des dangers que recèle tel ou tel service, ils ne peuvent éviter de cocher mécaniquement la case « j’accepte » à la sempiternelle et maintenant banale question sur l’utilisation des cookies. On m’objectera qu’à cette question, l’utilisateur d’internet, peut refuser de répondre et essayer de se défiler subrepticement ou, plus directement, il peut choisir de dire « non » et poser ainsi sa pure liberté de choisir entre des données partagées et des données conservées par devers soi. Posture ! Car, ne pas répondre à la question conduit à limiter voire bloquer l’usage d’un logiciel. Or tous les logiciels posent la question, pour des raisons réglementaires ! Donc…

Il ne faudrait pas s’imaginer que le monde un peu glauque du trafic des données personnelles se tient uniquement dans l’acceptation des cookies. Pas davantage n’est-il réservé aux monnaies digitales souveraines de type chinois ou autre. D’ores et déjà, la confidentialité de l’usage des paiements en ligne est une gageure. Commandez-vous par un site « en ligne » tel ou tel objet ou service ? Pendant des semaines, vous serez poursuivis par l’étalage d’offres aussi alléchantes que parfaitement « conformes » à vos goûts et désirs. N’avez-vous pas montré votre sensibilité à l’égard de certaines prestations ? Vous souhaiteriez vous mettre à l’abri de toute investigation sur votre vie privée ou publique ? Alors évitez de payer en ligne, ou par le moyen de votre compte en banque, ou par une carte bancaire. Allez chercher de bons vieux billets de banque et … débrouillez-vous pour les faire parvenir à votre vendeur.

 

Je suis sûr qu’à cet instant vous allez réagir et protester. La banque n’est-elle pas le lieu le plus sûr pour conserver à l’abri, dépôts, épargne et informations personnelles ? Vous auriez raison. Mais, si les banques se sentent concernées par la confidentialité des données de leurs clients via les opérations qui passent sur les comptes de ces derniers, tout le monde n’a pas cette même réserve, à commencer par les hackers (c’est très mal) et les agents du fisc (c’est légal).

Soyons réalistes : les atteintes aux libertés individuelles et publiques se déroulent avec infiniment plus d’efficacité en déployant les bonnes vieilles recettes du détournement des idées, de la fabrication de fausses informations et du déploiement d’idéologies religieuses ou complotistes. En ce sens, l’affreuse affaire des monnaies cryptées souveraines qui, souterrainement, ou pire, officiellement, viennent à siphonner les données de leurs utilisateurs n’est pas si impressionnante qu’elle en a l’air.

Big brother est un peu partout quand il s’agit de violer les libertés. Reconnaissons que le dénonciateur, le corbeau, le délateur anonyme sont beaucoup moins coûteux qu’un système monstrueux de collecte de données qui supposerait pour qu’on les exploite de monstrueux supercalculateurs, moulinant des milliards d’informations, pour en tirer des conclusions dont l’exploitation supposerait des milliers de « middle-men !

 

Exactement l’inverse de ce qu’on attend des monnaies digitales. Allons ! dans ce domaine, il y a encore de la place pour l’artisanat !

“Kann dir die Hand nicht geben”

 

A bien observer le fonctionnement des individus et des sociétés, on conclut très vite que dans tous les cas, l’harmonie et la cohésion internes sont d’autant plus fortes que se trouve à l’extérieur quelque chose de détestable.

 

Oublions le cas des boucs-émissaires, de ces gens qu’on aimerait exterminer dans un grand mouvement cathartique. Une fois le massacre achevé, une sorte de sidération individuelle et sociale saisit les auteurs. Le vide est fait. Le rien triomphe. Le néant se déploie. C'est raté. 

 

En dix mots comme en cent : ce qui permet à une personne ou à une collectivité de tenir et d’avancer sans se déliter, c’est de trouver au dehors une raison de détester, une source de détestation, un esprit détestable. Retenons cette répétition en ce qu’elle contient de sens. Détester n’est pas haïr. On ne peut pas haïr sans détruire, on l’a montré plus haut. En revanche, on peut détester un nombre considérable d’années.

 

Combien de fois des enfants, contrariés par la manifestation insupportable de l’autorité maternelle, se sont enfuis en criant un définitif : « je te déteste !». Combien d’amitiés ont duré des vies entières entre pics escarpés et torrents tumultueux malgré les « je te déteste » pour des raisons futiles, un flirt détourné, une dette impayée, un rendez-vous raté.

 

Détester fait prendre conscience de l’altérité et provoque de ce fait le mouvement. Une collectivité est moins dangereuse quand elle déteste Macron que lorsqu’elle hait les migrants. Une société qui déteste les décisions qui viennent d’être prises pense à l’avenir et, sa détestation agissant, elle en dessine les traits. Sans détestation, le mouvement marque le pas, les consciences s’affadissent et la volonté s’étiole.

 

Des mots ? Regardons la France de la fin du XIXème siècle comme elle a su avancer animée qu’elle était par sa détestation de l’Eglise et du goupillon. A l’inverse, incapable de détester, notre pays s’enfonça dans une entre-deux guerres atone et sans ambition.

 

Aujourd’hui, c’est l’Europe qui doit être au centre de nos attentions : elle était morne, notre Europe, diluée dans l’élargissement, s’imposant d’aimer et de comprendre, écartant toute détestation dans un flot d’empathie sucrée, incapable de bouger et peut-être se reprochant d’en avoir trop fait avec la monnaie unique.

 

Aujourd’hui ? Mais non : hier ! Aujourd’hui, les choses ont changé. Progressivement, l’Europe se bâtit un sujet de détestation. On ne peut pas l’inventer sauf à prendre le risque du bouc-émissaire ! Il faut que se multiplient les indices, les preuves, les signes qui dénoncent les raisons de détester. Il faut une forme de coopération extérieure qui s’obstinant dans le détestable va permettre à la détestation de se former et devenir solide. Il faut enfin que le goût de détester soit revenu et qu’il soit délectable.

 

En cette année 2021, les raisons de détester éclosent comme les fleurs dans la rosée du matin. L’Angleterre est à l’œuvre. Elle a commencé en aggravant les dangers du virus du covid. Elle l’aurait conservé in situ, on n’aurait eu aucune raison de la détester. Or, elle l’a bel et bien exporté. Elle a continué en raflant tous les vaccins fabriqués sur son territoire n’hésitant pas devant un comportement commercial parfaitement détestable. Et la voilà qui prétend s’allier avec de parfaits étrangers pour monter de détestables courants commerciaux. Qui plus est, (mais ce n’est vrai que pour les Français) elle s’était rendue détestable des siècles durant.

 

Enfin ! l’Europe a des raisons de détester. Ô combien ces raisons sont plus mobilisatrices que les fausses raisons d’espérer ! Comment dire en quelques mots les futures détestations européennes ? Quelle maxime lui permettrait-elle de maintenir le bon impetus ?

 

Une phrase dit à quel point Albion est détestable : « Invention anglaise par excellence, le fair-play est un produit d’exportation »

 

 

 

Ne refusez pas l’évidence : ils chassent en meute

 

 

 

Lisant une chronique délicatement mesurée et équilibrée sur la pédophilie et l'inceste pratiqué (j'ai pensé écrire "en bande organisée." ! ) au travers du « cas Duhamel », je ne pouvais pas effacer de mes pensées cette formule violente et vulgaire (comme beaucoup de formules efficaces) : « les poissons pourrissent par la tête » .  Pour ceux qui ne veulent pas comprendre ce que disent ces mots, reprenons le marteau sans changer d’enclume : tous les poissons pourrissent par la tête et le reste suit vite. Dans une bande de poissons, les chefs, comme les autres pourrissent par la tête. Peut-être pourrissent-ils un peu plus par la tête que les autres : ils sont censés en avoir davantage.  Il n'empêche que la formule est encore plus vraie quand ils sont dans le même aquarium ! Ou autour d’une piscine, ce qui revient au même.

J'ai bien compris qu'il fallait "raison garder" et que "notre belle école a bien changé". J’ai retenu « qu’à cette heure, ce pilier de Sciences Po (Duhamel) ne semble pas contester (l’inceste et les actes pédophiles) » ! Ouf ! A Sciences-po, on sait prendre ses distances par rapport à l’évènement et se souvenir que non seulement « un supplément d’âme » ne fait pas mauvais dans le paysage social, mais aussi, qu’« il y a un temps pour tout, que tout est dans tout et que l’avenir tranchera » (ce doit être quelque part dans l’Ecclésiaste). D’ailleurs, maintenant, à Sciences-po, il y a même des représentants du 9-3. qui n'ont pas le même entre-nous que l’entre-soi du petit monde de la Familia grande.

Ils auront appris que si la forme n’est pas le fond, elle y aide et apprécieront cette appréciation de notre chroniqueur: « C’est un grand livre dont on doit souligner les qualités littéraires ».  (comme on aurait pu dire : ce qui est bien dans « Nuit et brouillard » c’est qu’il y a aussi de très belles photos ).

Reprenons notre souffle ! L'auteur de la chronique n'a pas raison. Ceci n'est pas un évènement individuel. Ou bien, il faudrait s'interroger sur toutes ces histoires individuelles que sont les crimes pédophiles dissimulés dans les plis des soutanes. Ou bien, sur le nombre de plus en plus surprenant de violeurs et de pédophiles qui sévissent dans le monde du sport et, évidemment, celui de l'entraînement sportif. S’interroger ? Une façon de se boucher le nez après avoir repris son souffle ! Plutôt que de se s’assoir et de prendre le temps de méditer, il faut proclamer ce triste constat : Il y a toujours eu des loups à l’affût là où on rassemble des troupeaux de brebis. Les loups ne chassent bien qu’en meute. Le loup solitaire n’existe pas, les spécialistes du terrorisme le savent bien.

Vraiment, cette affaire n'a rien à voir avec la dérive d'un individu.

Elle ne met pas, j'en suis convaincu, en lumière l'horreur d'une civilisation qui s'effondre dans le stupre et la fornication ! Cela n'a rien à voir avec ce célèbre tableau décrivant la fin de Rome dans la débauche, l'ivresse et la mort. Elle dit une vérité qui n'est pas agréable à entendre pour les enfants des Lumières et du prétentieux « il est interdit d'interdire ». Derrière un voile en lambeaux, c’est un crime ancien, très ancien qui est mis au jour. En atténuer la portée au nom de l'individualité du crime et de sa responsabilité, c'est renvoyer à plus tard la question de notre façon de penser l'humain. Viol familial, inceste, massacre d' enfant, « féminicide » tout ceci fait partie de notre humaine histoire ou de notre nature humaine. Si c'est bien une question de nature, on devrait renoncer ? Ce qui nous vient d'un passé sombre est-il destiné à s'en aller paisiblement vers les temps futurs ?

Si personne ne peut accepter la répétition infinie de ces crimes, il faut, au contraire d'un relativisme de mauvais aloi, user de cette clarté nouvelle et accepter de voir. Ce qui veut dire tout voir. Et ne pas borner les crimes aux égarements d'un individu. Voir nos sociétés telles qu’elles fonctionnent mal. Dure tâche, car il s'agit ici de morale au moins et d'éthique au mieux dont le déni a été le fonds de commerce de la "Familia grande" et de ses admirateurs.

Dure tâche car, ces deux-là ne sont pas des produits en ligne, à consommation individuelle et instantanée. Dure tâche : comme dans le cas des plaies mal suturées, il faudra du temps et on en verra longtemps les traces. Dure tâche, car elle ne pourra aboutir qu’en interrogeant pour le cantonner ce fameux droit des parents sur la formation et l’éducation des enfants.

 

 


 

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