Soliloques sur le Vaste Monde, novembre 2016

 

- L’Angleterre ? Plus petit le pays, plus petites les ambitions

- Mourir pour Tallinn

- Trump, le meilleur de l'Europe

- Les élites, toujours à la tâche

- La richesse des Nations: entre avoir et faire (paru dans le Huffington Post)

- Partir passionnément, beaucoup, un peu...

- Le temps du monde ouvert commence

 

La richesse des Nations : entre avoir et faire

 

 

Il faut profiter des moments où tout parait basculer pour essayer d'arracher les mauvais clous et enfoncer les nouveaux. Le monde est frappé d'un mal dont on pensait qu'il était de mieux en mieux combattu : la pauvreté, et tout particulièrement, la pauvreté relative, celle qui déboule dans les « pays pauvres » via les écrans de télévision, via les images internet, via les Youtube, Facebook et autres Google. Les pauvres se sentent de plus en plus pauvres au fur et à mesure qu'ils voient les riches vraiment très riches. Alors, les pauvres s'en vont de chez eux pour trouver le bonheur chez ceux qui ont l'eau à domicile et des supermarchés où il suffit de lever la main pour atteindre de quoi se nourrir.

 

Et pendant ce temps-là, dans les pays « riches », Les bourses, les produits financiers, les salles de marché ne sont plus ni les lieux de production, ni les supports, ni les acteurs de diffusion de la richesse. La vaporisation des cours, les prédateurs Madoff, la réduction en confetti de banques et de compagnies d'assurance ont fait de ces producteurs de fortune des trafiquants de rêves nébuleux ou de visions délirantes.

 

 

La richesse avait des repères, autrefois !

 

 

La richesse des nations s'étalait dans toute sa simplicité monétaire. La plus riche était vraiment très riche, avant la crise les Etats unis concentrait plus de 30% de la richesse du monde, après la crise c'est à peine différent. Le moins riche, était très peu riche ! Et il l'est toujours, le Tokelau, avec un PNB de 10 millions de dollars.

 

Cette comparaison n'a pas grand sens ! On l'avait bien compris, même avant la crise! On avait déjà raffiné ! Les petits pays qui ne représentaient pas grand-chose sur le plan global pouvaient se faufiler sur le podium en utilisant d'autres critères. Par exemple, le Luxembourg avec 65 600 dollars par habitant pouvait être fier d'avoir les habitants les plus riches du monde....plus riche de toute évidence que le Burundi avec 96 dollars par an et par habitant !

 

Ainsi, dans le monde d'avant la crise tout était simple et stable, les valeurs étaient valorisées convenablement et les comparaisons faisaient raison.

 

Coup de tonnerre dans un ciel serein, l'un des pays les plus riches (par habitant) du monde, un pays à qui tout souriait, qui se couvrait de 4/4 et de montres à complication, s'est réveillé un matin, de l'année 2008 presque pauvre ... L'Islandais qui « valait » 54 000 dollars se réveilla brutalement avec à peine 27 000 !!! Au niveau d'un vulgaire espagnol !

 

Et que dire de la richesse patrimoniale ? En utilisant toujours les mêmes moyens de valorisation, les ménages dotés d'un patrimoine valorisé à 61 000 USD faisaient, avant la crise, faisaient partie des 10% les plus riches sur la terre. Il y avait un lot de consolation pour ceux dont le patrimoine dépassait 2 200 USD: on les comptait parmi les 50% les plus riches ! Encore un coup, Monsieur le Bourreau : 10 % des adultes pèsaient 85 % du patrimoine mondial. En 8 ans les chiffres ont bougé à la marge.

 

Revenons en arrière : Cette Islande si bien notée était-elle si riche qu'un simple mauvais coup de vent pût en disperser richesses et valeurs du jour au lendemain ?

 

N'y a-t-il bien d'autres choses pour parler de la richesse? Routes, Hôpitaux, traitement des déchets, lutte contre la pollution, transports collectifs...toutes choses pas nettement différenciées par une pure valeur boursière et monétaire.

 

Décidément, les repères d'autrefois pour mesurer la richesse, le PNB, le revenu ou le patrimoine d'un pays ou de chaque habitant, ne parlent pas bien de la richesse! On sait qu'ils ne parlent pas du bonheur. Sont-ils devenus absurdes ?

 

Un Islandais dont le PNB individuel est divisé par deux est-il deux fois plus pauvre? L'écart qui le séparait de l'habitant du Burundi s'est-il resserré d'autant ? Un Islandais pèserait 270 fois plus qu'un Burundais quand ça va bien et seulement 135 fois quand ça va mal...pour l'islandais!

 

 

Mieux compter la richesse

 

 

On a amélioré la façon de compter la richesse et de définir des critères objectifs de bonheur sur la base d'une comptabilité plus fidèle. Il faut aller plus loin : sans évincer l'énonciation des richesses, des patrimoines, des valeurs mobilières, les mettre en comparaison avec leur emploi.

 

C'est de la vraie comptabilité que d'identifier les fonds et leur origine, la destination des fonds et les formes qu'ils prennent.

 

Cette comptabilité dirait que tel pays, qui se range parmi les plus riches et dont les habitants se flattent d'être parmi les plus fortunés, ne peut soutenir cette prétention durablement s'il n'est pas en mesure de décrire et valoriser la richesse qu'il a créée, non seulement chez lui, mais aussi chez les autres.

 

Elle dirait que le Burundi qui n'a pas de revenu est un créancier net du monde. Elle dirait qu'en termes comptables le Burundi montre une situation nette dramatiquement négative.

 

A l'inverse, les Islandais, si pareille comptabilité avait existé auraient dû constater qu'en face de leurs ressources, de leurs patrimoines et de leurs comptes en banque, il n'y avait rien d'autre qu'eux-mêmes, fermés sur eux-mêmes, autistes, reposant sur un morceau d'ile confortablement à l'écart du monde et de ses conflits.

 

Ils prélevaient sur le monde comme ils avaient eu l'habitude de le faire sur les troupeaux de baleine...

 

Il ne faut pas casser le vieil instrument de mesure ! Le décompte de la richesse, les PNB, les revenus nets par habitants, les patrimoines valorisés selon un étalon commun, doivent être maintenus dans les conditions antérieures : c'est la jauge de l'égoïsme des nations.

 

Il faut compléter l'instrument et introduire de nouvelles données à mesurer. Face aux richesses acquises et accumulées, il y aurait, tout ce qui a été apporté aux autres, les dons, les investissements, les dépenses en infrastructures, mais aussi les avantages tarifaires pour les exportations des plus faibles. Il y aurait les équipements sanitaires et les ressources destinées à lutter contre les pollutions.

 

Et si ce n'était pas moins qu'un impôt redistributif mondial ?

 

Le vrai mouvement sera lancé quand l'idée aura été acceptée que la richesse des nations réside dans l'enrichissement auquel elles ont contribué, globalement et non au profit de leurs ressortissants.

 

 

Trump, le meilleur pour l'Europe

Entre l’élection de Donald Trump et celle de Marie-jeanne laquelle choisir ? Ou bien, les Etats-Unis sont à la recherche d’une potion magique et d’un assurancetourix, ou bien ces deux décisions populaires sont comme, le disait Steinbeck de l’église et du bordel, les deux faces d’un même problème.

On rendra aux Américains les problèmes des Américains. On sera magnanime et on oubliera les injures à l’égard de la France qui ont fait le bonheur des admirateurs de Trump et d’une part importante de la population américaine et de la presse, presque pire à notre encontre que la presse tabloïd anglaise.

Fallait-il vraiment que la présidence américaine échut à un candidat démocrate ? Où les élites intellectuelles françaises ont-elles pu trouver qu’il valait mieux un démocrate qu’un républicain pour présider aux destinées de notre glorieux et super-riche « allié » ? Quels sont donc les hauts-faits des démocrates qui les font trouver un peu plus appétissants que les républicains pour les palais français ?

Les démocrates ont-ils été si brillants ? Ils n’ont pas déclaré la guerre à l’Allemagne Nazie. Ils ont légitimé l’atome comme arme totale et, au nom des vertus pédagogiques de la répétition, ils ont atomisé deux fois plutôt qu’une. C’est sous une présidence démocrate que fut planifié l’envahissement de Cuba, pays qui pensait mal, et la mise en œuvre et en force d’un corps expéditionnaire pour réduire un mouvement qui se réclamait d’une pensée (mauvaise) hostile : le Vietminh. Les belles idées nobles d’un Président démocrate auront ouvert la voie du pouvoir aux islamistes en Iran et il aura fallu la désinvolture d’un démocrate pour que les crises syriennes et irakiennes ne soient pas prises au sérieux. Décidément, à l’international, les démocrates, ça n’est pas ça !

On dira, en revanche, qu’ils ont cassé les codes racistes de la société américaine? Cela n’empêche pas qu’un demi-siècle après nous pleurions encore sur le rêve du révérend Martin Luther King, et que nous nous attristions chaque fois, et c’est de plus en plus fréquent, qu’un policier américain flingue un noir de la même nationalité. (C’est révoltant ! ça ne peut plus durer !). Pauvres démocrates trahis par les leurs.

A l’opposé, la famille Bush n’a pas été très brillante en politique internationale et la présidence du républicain Nixon s’effondra salie par le Watergate ! Mais, quand même, les républicains ont fait cesser la guerre du Viêt-Nam. Ils ont fait tomber le bloc soviétique. Ils ont pacifié les relations des Etats-Unis avec la Chine.

Que faut-il regretter ? Que faut-il espérer ? On dit que l’Europe n’intéresse pas le Président Trump. On dit qu’il aurait une certaine affection pour le tsar de toutes les Russies. On dit qu’il ne faut rien espérer d’un parapluie américain. N’est-ce pas là, la bonne occasion pour que l’Europe transie de peur à l’idée de rester seule face aux hordes de la Russie éternelle, se décide à un rassemblement salutaire ? Devra-t-on à Donald que les Européens cessent de jouer les Mickeys?

L’Angleterre ? Plus petit le pays, plus petites les ambitions

 

L’Angleterre, séparée de l’Europe, séparée ou non de l’Ecosse me fait de plus en plus penser à ce film qui avait réjoui mon enfance, « La Souris qui rugissait ». C’est l’histoire d’un tout petit pays qui déclare la guerre aux Etats-Unis pour ramasser le pognon des dommages de guerre, comme les Allemands.

La souris serait-elle anglaise ? Plus exactement, l’Angleterre réduite à elle-même est-elle en passe de devenir une micro-nation, un de ces pays qui n’ont plus que le chantage comme arme de négociation suprême (ils ont la bombe atomique, mais pas les codes…entre les mains des Américains) ? La dernière imprécation de la Première Ministre britannique paraît dévoiler un des symptômes annonciateurs de cette dégringolade. « Attention, a-t-elle lancé à ses interlocuteurs Européens, si vous n’êtes pas gentils, je baisse les impôts sur les sociétés. Allez, tiens, pas plus de 10% ».

Cela ressemble à un de ces combats de cour de récréation quand les élèves se challengent : « J’te fiche 10% » crie le Petit en courant bien vite pour que le Grand ne le rattrape pas. Theresa May se vengera si les pays européens sont méchants.

Les petits pays ajustent leurs ambitions à leur taille : 10% c’est « petit bras ». Elle aurait voulu faire grandiose, casseuse de code, révolutionnaire en d’autres termes, elle aurait dit « Zéro pour cent ». Grandiose, la petite Angleterre ? Avec de petits bras et peu d'honneur, elle ne peut faire que de tout petits bras d’honneur.

Le temps du monde ouvert commence

 

En revenant sur le fameux paradoxe de Zénon si bien résumé par Paul Valery , « Achille immobile à grands pas », je me suis heurté avec le temps et un peu plus loin avec l’argent (non ce n’est pas un jeu de pensée idiot !) et un peu plus loin encore avec les notions si simples où tout est unique, non seulement pour la commodité de la pensée mais aussi parce qu’il avait été si longtemps impossible de vivre autrement.

Pourquoi « se heurter » ? Parce que ces « choses uniques » ne sont plus des moyens de penser et d’agir efficacement mais des amalgames lentement solidifiés, devenus bétons, obstruant l’action et perturbant la vue et la pensée. Ce n’est pas nouveau. Certaines idées ont eu des effets positifs pendant des siècles pour finir carcans de la pensée : en astronomie, la rotation du soleil autour de la terre finit avec Galilée en prison.  

Quittons les idées générales et choisissons des mots « uniques » qui revendiquent des portées universelles.  « Le temps » fera l’affaire ; en économie, il existe un temps long et un temps court. On sait aussi que certains temps sont faits de millisecondes dans la finance. On vous dira qu’on peut, dans d’autres domaines, jouer sur des temps, tellement minuscules que vous ne les vivrez jamais autrement que sous la forme d’expériences de pensée.

J’aime l’économie, je vais donc prendre un exemple dans cet univers : la monnaie, l’argent, tout a tendu vers l’unique. Que vous achetiez une baguette ou que des traders engagent des transactions en milliards d’euros, c’est le même argent. L’une et l’autre transactions sont globalement dans la même galaxie : vous investissez dans un petit portefeuille d’actions le même argent que celui qui sert à tenter l’aventure martienne.

Nous, individus civilisés croyant en la démocratie, oublions qu’il y a démocratie et démocratie ! Il y a eu les populaires et les autres. La chute du mur de Berlin a fait triompher la démocratie, la vraie, la nôtre à nous occidentaux. Sous ce « beau nom » pourtant, combien de sens, combien de déviations, combien de contre-sens. L’Inde est une des plus grandes démocraties du monde mais il n’y fait pas bon d’être « intouchable ». Les Etats-Unis sont un des lieux du monde où la votation est de tous les instants, dans tous les domaines, mais on y pratique le tir à l’homme vivant plus que dans aucun pays du monde. En Europe, la démocratie de Monsieur Orban a-t-elle quelque chose en commun avec celle de Madame Merkel ?

Et la liberté ? Massacrée, évidemment par Monsieur Assad, mais aussi complétement disparue des arguments de ses adversaires…

Etc, etc…. Les mots forts et uniques, points d’appui de modèles économiques, sociaux, culturels puissants et efficients sont en passe d’être engloutis par la « diversité ». La monnaie se dissout en de multiples formules, la société s’éclate en des dizaines de catégories de citoyens.

Le temps du monde ouvert commence. Il reste à inventer.  

 

Partir passionnément, beaucoup, un peu

 

Hard Brexit  (HB), Soft Brexit (SB), depuis que la Grande-Bretagne a largué les amarres avec l’Europe, elle a congédié la logique.

Reprenons les données du problème : le HB fait référence à une conception du temps longuement élaborée. Elle pose que quand on est parti, on est parti. Plus encore: quand on est parti, on n’est pas parti à moitié, une partie qui serait partie, une qui serait restée. Dans la conception du temps que nous a léguée le XIXème siècle, le Brexit est Hard ou il n’est pas. Une fois qu’on est parti on n’est plus là, le temps s’est écoulé, l’avenir a été transformé en passé et repartir à l’envers n’est pas possible.

Cette conception dite « moderne » avait supplanté celle des anciens Grecs. Je pense à Zénon et à sa flèche dont Paul Valéry décrivit si merveilleusement la course :                

«M’as-tu percé de cette flèche ailée 
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas»

Zénon soutenait que la flèche ne pouvait atteindre la cible et que, dans une compétition de course à pied, si la tortue partait la première, Achille ne pourrait jamais la rattraper. D’où cette belle formule poétique : «Achille, immobile à grands pas».

Quels rapports avec les Anglais ? Eh bien justement, c’est ça le SB! Comme l’Achille de Zénon, l’Angleterre voudrait «être immobile à grands pas», ou bien, plus moderne, elle rêverait d’être la tortue d’Einstein en état de lévitation dans son ascenseur sans fenêtre.

Les élites, toujours à la tâche

 

Le côté sympathique des primaires (de la droite pour le moment) c’est le débat de groupe. Comme ça, on les voit tous en même temps. On voit comme ils sont copains. Ils s’interpellent par leurs prénoms, ils se tutoient, ils rient et blaguent entre eux. A un moment, je me suis surpris à repenser à cette émission désopilante de Christine Ockrent où Serge July et Philippe Alexandre étaient censés commenter le vaste monde, l’un à gauche, l’autre à droite et d’où fusaient des « On r’prendrait ben une pt’te poire Christine !» avec des accents dignes des tontons flingueurs. Un peu de tristesse me prend à la pensée que l’émission où les « prétendants » au poste de « grand prétendant » discutent de tout et du reste est programmée pour s’autodétruire.

Tout le monde n’est pas de mon avis, à commencer par « le célèbre journal du Soir ». Doté de plumes agiles et acerbes, saisissant le monde tel qu’il jaillit sans cesse et sans prévenir, c’est un journal à la pointe de la pensée journalistique. Il a pour lui des contributeurs gratuits d’un très bon niveau. Heureusement, car il n’est pas toujours bien servi par ses saute-ruisseaux. Témoin, au sujet justement de l’émission dont je viens de chanter les mérites, cette remarque pleine de fiel genre Trotski polémiquant avec Jdanov : « Comment tous ces gens s’imaginent-ils pouvoir tout changer : ils viennent tous du même moule et en sont les purs produits ».

Il est vrai que comme enfants du peuple, Nicolas, François, ou Alain, ou encore Nathalie, c’est raté. Ils ont fait de belles études supérieures, ils utilisent un nombre de mots compliqués qui montre à quel niveau élevé d’élite ils appartiennent. Pire, ils ont bossé ensemble. Et le journaliste du Monde de ricaner : « Où est le peuple ? ». L’image des paysans cambodgiens en route pour la révolution le hante encore.

Il nous donne ici une occasion de rappeler des choses simples : ce sont les élites qui déclenchent les révolutions. Robespierre et Danton, enfants du peuple ? Une bonne blague ! La vie de Vladimir Ilitch Oulianov, ouvrier métallurgiste dans les usines géantes de l’Oural, n’a pas encore été racontée. Mao, fin lettré, maniait-il le pinceau comme un peintre en bâtiment ?

On peut pousser l’observation plus loin. De nombreuses études commencent à livrer leurs conclusions : les plus fous des « daeshiens » ont un niveau de formation plus élevé que les Syriens ou Irakiens de base. Les migrants, des miséreux déshérités qui s’en vont de par le monde, tous seuls, tous nus, au hasard des routes ? Un bon nombre ont suivi de bonnes études. D’autres, aventuriers audacieux, sont financés par leurs tribus, clans, famille, pour aller défricher les espaces dorés sur tranche et peu peuplés des pays développés.

Revenons donc sur terre et quittons les pensées de la « gauche » convenue : Les élites sont à la tâche qu’il s’agisse de tout renverser ou de tout maintenir. Le peuple suit.

 

 

Mourir pour Tallinn

La Pologne s’éloignerait de l’Europe. La Hongrie s’en écarterait pour le même motif, celui du renforcement du pouvoir exécutif dans le but de contrôler davantage la société et de la protéger contre des idées délétères : liberté d’opinion, droit de s’associer pour contester les décisions d’un pouvoir central et autres calembredaines. Les unes après les autres, les anciennes démocraties populaires de l’Est repartent à l’Est.

Démocraties ? Dans des pays qui n’ont jamais été démocratiques ! Car, il faut bien reconnaître que ce ne sont pas les presque 20 ans de démocratie approximative, entre 1918 et 1939, voire moins, qui ont permis de créer et d’ancrer « le désir de démocratie » dans des pays qui n’en avait jamais entendu parler auparavant ! Membres à part entière de la Grande Union Européenne, ne les voit-on pas s’éloigner de ses idéaux ? Ne voit-on pas que ces pays, lorsqu’ils ne dépendent pas trop des subsides de l’Europe, ont envie de revenir à leur mode de fonctionnement antérieur, celui qu’ils ont vécu pendant près de trois-quarts de siècle.  Sur ce plan la France n’a pas de leçon à donner : une fois la parenthèse révolutionnaire achevée (moins de 10 ans), elle revint à ses vieilles habitudes socio-politiques ! L’Europe serait même devenue une gêne pour ces pays. Pauvre "affectio societatis" européenne!

L’Europe, combien de division ? Il est vrai que la réponse n’est pas rassurante pour ces pays.  Sur le plan militaire, ce n’est pas brillant. Quant au plan politique : l’Union Européenne, c’est beaucoup de divisions et assez peu d’Union ! La Pologne se méfie de l’aptitude si ce n’est de la volonté des Européens à la défendre face à la Russie. Elle croit dans l’Amérique, pas dans ses voisins immédiats.

Mettons qu’on peut la comprendre : les Français auraient-ils beaucoup d’enthousiasme pour, à nouveau, porter secours à une Pologne menacée ? Généralisons : les trois petites nations baltes seraient-elles menacées, irions-nous, mourir pour Vilnius, Tallinn et Riga ? Etendons le raisonnement : la Finlande se verrait-elle l’objet de pressions amicales de la part de son grand voisin, viendrait-il à l’esprit combatif de nos concitoyens qu’il faut que la France intervienne comme elle l’a fait au Mali, en République Centrafricaine, au Tchad et en d’autres pays de ce genre. Quand on y réfléchit un tant soit peu, il faut bien reconnaître que la Finlande est vraiment très loin de la France ! Un peu plus même que les pays Baltes.

On se souvient que "Mourir pour Dantzig" n’avait pas une connotation positive ! Pourquoi mourrait-on pour Helsinki ? On se souvient avec amertume du comportement fort peu amical de la Finlande à l’égard de la Grèce multipliant les demandes de garantie au mépris de toutes les règles européennes. "Payer pour Athènes".  Les Finlandais n’en avaient pas envie.

C’est une façon évidemment odieuse de questionner la solidité politique de l’Union Européenne. Mais c’est malheureusement la bonne. Varsovie et ses commères ne sont-elles pas demandeuses d’une démocratie sans conviction et d’une Union sans sécurité ?


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