Soliloque sur le Vaste Monde, août 2022

 

Entre escrocs et escroqués

Achille ne rattrapera jamais la tortue

Un service de qualité

« Elle est là l'inflation, tion, tion ! »

 

Entre escrocs et escroqués


Après avoir volé plus de 400 000 personnes sur les 700 000 que comptait sa « plate-forme » de crypto-monnaie en Turquie, Fatih Ozer s’est envolé avec de l’ordre de 2,6 milliards de dollars dans sa poche.
Justice sera faite : la presse spécialisée dans les « crypto » en tous genres, crypto-monnaies, non fungible tokens, metavers a annoncé début septembre que l’initiateur de cette crypto-monnaie dénommée thodex, en cavale depuis 1 an, avait été retrouvé.

En vérité, ce n’est qu’un évènement banal. Les crypto-monnaies et tout le reste du genre, ont été l’occasion d’arnaques parfois minables, à coup de quelques millions de dollars, ou grandioses : le bitcoin et ses fluctuations démentielles ont rincé des milliers de gogos et essoré leurs rêves de richesses faciles. Reconnaissons pourtant qu’escroqueries, duperies et comédies autour de l’argent facile et de ses rêves dorés sont intemporelles. Je suis convaincu qu’une archéologie de ces faits sociaux nous ferait remonter à la préhistoire. J’imagine un Sapiens offrant à un Néandertalien un rêve de chasse miraculeuse, contre la fourniture d’un millier de bifaces de première qualité.
Le plus intéressant dans l’escroquerie n’est pas que, malgré toutes les condamnations, les escrocs soient toujours à l’œuvre, mais qu’ils rencontrent toujours autant de gens prêts à être escroqués, mieux encore, des escroqués, défendant becs et ongles leurs escroqueurs.

On ne débattra pas ici de psychologie des profondeurs, on se bornera à suggérer qu’entre l’escroc et le visionnaire, il n’y a parfois qu’une feuille de papier à cigarette et que l’escroqué, est un être simple désireux d’être séduit, s’imaginant plus malin que tout le monde, plus capable que les autres de reconnaître la bonne idée, le bon discours, les belles images donc légitime dans son espoir d’en recevoir le profit.

Les victimes de l’effondrement d’une crypto-monnaie, le dogecoin, initialement une crypto-monnaie pour rire, ont décidé de poursuivre Elon Musk : après en avoir chanté les mérites et propulsé les cours de cette « monnaie » vers le firmament, l’homme d’affaires déclarait dans une émission de télévision que le dogecoin était une arnaque. Effet immédiat, après le firmament, l’enfer, sous forme d’une baisse des cours catastrophique pour tous ceux qui avaient suivi ses propos initialement laudateurs. Qui avait donc "raflé la mise" ? Comment penser qu’Elon Musk est un escroc ? N’est-il pas l’homme de tous les rêves réussis depuis une révolution dans les paiements jusqu’à la conquête de la Lune ? Est-il un arnaqueur, un escroc ou un pur génie animé d’intuitions sublimes et d’une fantastique capacité à les faire venir à la réalité ?

Elon Musk aurait-il un don particulier ? Celui du conteur d’histoire qui saisit ses auditeurs et les transforme en supporters. Conteur d’histoire, ou bonimenteur de haut vol ? Où on revient à Fatih Ozer qui avait vendu des contes dorés à des milliers de gogos. La vraie et belle escroquerie n'implique pas que des victimes soient enchantées par milliers ou soient détournés des milliards de dollars ? Pour qu’elle marque l’histoire, il semble préférable qu’elle aille au-delà du petit épargnant dépouillé de ses économies pour avoir écouté et partagé un discours prometteur. Pourtant, la célèbre affaire des « avions renifleurs » n’avait pas mobilisé des milliers de victimes potentielles…

Entre la crainte du « FOMO » et l’enthousiasme du Mouton de Panurge, il faut compter sur « l’effet du plus grand fou ». Entre l’esprit de lucre et le noble enthousiasme de porter la parole d’un bienfaiteur de l’humanité, il faut compter sur le désir profond chez de nombreux escroqués d’être quelque chose dans un monde compliqué et, pour les autres, de vivre heureux bercés de belles histoires de grandes fortunes et même de petits bénéfices.

Dans les lignes qui suivent je vous raconterai « Inventing Anna » ou comment un escroc est porté par ses victimes mêmes.
Et pour finir, il faut toujours se souvenir que le bon escroc est quelqu’un de sympathique, empathique, prêt à rendre service et à baiser les mains des dames. L’escroc antipathique n’est rien d’autre qu’un voleur.


« Elle est là l'inflation, tion, tion ! »



Ça y est ! les économistes ont enregistré la chanson :
« Elle court, elle court l’inflation… »
Et surtout le refrain :
« Elle est là l'inflation, tion, tion ! »

Si ce n’était pas grave, ce serait attendrissant. Rappelez-vous ces moments sentant bon le drame antique quand la BCE s’inquiétait d’une économie à zéro inflation ; quand, sans qu’elle n’y puisse rien, les taux s’obstinaient à être négatifs. Rappelez-vous ces appels désespérés : « Nous devons retrouver les 3% d’inflation ! ». Il est vrai qu’on les avait perdus. Mais où donc étaient-ils ? Les économistes, mobilisés, n’y comprenaient rien. Ils faisaient tourner des modèles antiques sur des ordinateurs quantiques et ne trouvaient rien que des trous noirs.

Revenons aux choses sérieuses :

- Tout d'abord la quasi-totalité des économistes macro et micro se sont plantés depuis 2008. Le pire étant le total plantage de l'affaire du Covid. Le moins pire, mais le plus coûteux, étant l'affaire de l'Ukraine. Sur ce dernier point, on doit reconnaître que les économistes n'y pouvaient rien. La guerre, c'est la guerre ; ce n'est pas une vague histoire de courbes qui se croisent et se décroisent pour faire des prix. Donc, la guerre pour les économistes devrait être une belle occasion de se taire, hormis sur quelques rares cas d'analyse de micro-économie : Combien de Russes faut-il bousiller pour qu'un canon Caesar soit rentable ? (Ce qui, au passage, suppose qu'on donne une valeur aux Russes... noter que même si les Russes n'ont pas de valeur, leur matériel en a. Donc, il faudrait calculer la valeur d'un Russe en fonction du char sur lequel il est assis. Ce qui induirait que, sans char, les Russes n'ont pas de valeur)

- A ce stade du raisonnement, il faut admettre que les économistes sont perdus. Entre les conséquences du covid qu'ils n'ont pas mesurées et une guerre qu'ils n'ont pas imaginée, on devrait conclure : ils sont impuissants ! Et l'inflation dans tout cela ? La meilleure définition de l'inflation que je connaisse est : "refus de choisir". L'inflation nait lorsqu'un agent économique ne sait pas où donner de la tête et finalement opte pour tout faire plutôt que quelques choses bien définies. Nous trouvons-nous dans cette situation ? La réponse est clairement positive. Si on voulait choisir, vraiment, c'est à dire, prendre une décision qui ne peut pas ne pas avoir d'effet sur le sujet traité, c'est à dire l'inflation, il faudrait afficher froidement les options qui s'offrent à nous, citoyens, hommes politiques et économistes (bien que ces derniers n’aient absolument rien à dire sur ces options) et opter résolument pour la plus efficace.

Heureusement, les options sont limitées:  ou bien on réduit la Russie au silence, ou bien on reste à supporter les immondes imbécilités d'une race dont l'ADN doit trop à la Vodka.

La première option ne présente aucune vraie difficulté. L'armée russe ne s'est pas montrée très efficace et ses moyens pas très opérationnels. Si, l'option première était choisie, les combats ne seraient pas cantonnés à l’Ukraine, et l'armée russe (ce qu'il en reste) serait balayée. Dans ces conditions, l'inflation serait réduite à néant. Le pétrole et le gaz russes seraient saisis comme dommages de guerre. L'offre exploserait, les prix s'effondrerait. Même chose pour les céréales, et toutes les bonnes choses que Russes et Ukrainiens savent sortir de leurs sols respectifs. L'inflation alors, disparaitrait du paysage économique et les économistes, effarés, reviendraient à cette période où ne comprenant rien, ils se satisfaisaient de formules creuses : "trop d'inflation tue l'inflation".

L'autre option fait grise mine par comparaison puisqu'il s'agit d'essayer de prendre Poutine par la main, de l'emmener faire un voyage à Damas sur un cheval et de le faire tomber avant l’arrivée : il aurait eu une vision selon l'église orthodoxe, une insolation selon les économistes occidentaux. Etrange option qui conduit à ne rien faire d'autre que d'attendre car, elle implique du temps pour convaincre Vladimir. Pendant ce temps, l'inflation grossirait pire qu'un torrent dans les alpes du sud après l'orage. Les économistes sortant du bois, prodigueraient des conseils. Mais, caressant l'inflation dans le sens de son taux, ils ne parviendraient qu'à ce triste constat : l'inflation nourrie d'incertitudes et d'absence de décisions ne peut que grossir. Donc mauvaise option.
La bonne c'est la première.
Des esprits chagrins diront « guerre nucléaire ».
Les esprits supérieurs diront "de minimis non curat praetor".

 

Achille ne rattrapera jamais la tortue

 
Il y a plus de 10 ans, on m’avait mis au défi de définir notre temps dans le minimum de mots possibles. J’avais répondu presque instantanément : « Tout de suite » !

Et nous sommes, depuis que le monde d’internet est apparu, s’est déployé et s’est enrichi, de plus en plus dominé par cet impératif : « Vite ». Nous ne savons plus attendre, nous n’acceptons plus d’attendre. « Tout de suite » est complémentaire de « vite ». Ce dernier qualifie déroulement de l’action, « Tout de suite » abolit le peu de temps dont « vite » maintenait une consistance.

« Vite » a rapport avec le temps, « tout de suite » à son anéantissement. « Vite » est dans un rapport nécessaire avec l’espace. Une information qui traverse les mers et les continents ne peut pas se contenter de cette performance, la traversée. « Plus vite ! » : Réduire le temps du cheminement a toujours été une obsession humaine. « Encore plus vite » se dilue aussi « Dans les délais les plus brefs », dans les deux cas, c’est déjà du temps perdu. « Vite » c’est le temps qui s’efface et la distance qui perd tout sens, l’un et l’autre sont mis en pièce par l’immédiateté. « Tout de suite » est un compactage du temps et de l’espace. Ce compactage traduit la victoire de l’instant et l’inexorable expansion du présent.

Notre époque est devenue celle de l’imperium de l’instant, ce « tout de suite ». Cristal pur d’un temps figé ou forme inflatée du présent ?

L’une et l’autre formule ont en commun que ce qui domine dans les nouveaux esprits, les nouvelles mentalités, les nouvelles façons de penser et d’agir, c’est l’instant et par lui, la tyrannie du présent.

Dans notre nouveau monde, le passé n’existe pas au sens où il se présenterait comme approfondissement, représentation, réplication et explication. Le présent, qui ne devrait pas être autre chose qu’un point infinitésimalement petit, a empli l’univers de la pensée, des sens et des sentiments. On ne peut plus dire que le présent, l’instant (qui est sa dimension physico-temporelle) fabrique du passé avec des morceaux d’avenir. Le présent occupe l’horizon de toutes les pensées. Bulle au diamètre de plus en plus monstrueux, gargantuesque, il absorbe avenir et passé au lieu qu’auparavant, il les séparait. Il permettait, en traçant une ligne claire, de les distinguer, et dans un processus d’apparition-disparition, leur donnait vie. L’avenir y consumait ses possibles, le passé recueillait des cendres encore chaudes. L’avant et l’après sont disqualifiés, pas d’avenir qui tienne, pas de passé qui survive : le processus qui va faire venir l’un à la conscience suppose la destruction de l’autre ou son effacement pur et simple.

Nous sommes capables de rembobiner le temps, ce qui fait triompher l’empire de l’instant ? Les jeux vidéo sont le support même de cette abolition du temps puisqu’ils permettent le « rewind » ou le « play again » : la vie que je mène dans ce jeu s’inscrit dans un temps autre dont la consistance est celle d’une mémoire de forme : je ne peux le déformer, il revient sans cesse à son état initial, celle qui lui avait été dévolue tout au début de la partie.

Ainsi n’a-t-on plus d’opinion qui, par construction, suppose une distanciation et un temps de pensée : on a des sentiments, des réactions affectives, des « j’aime » ou des « hatred »… La société de l’instant est celle du coup de gueule, du coup de tête et du coup de couteau. C’est une chance pour le mensonge, le trucage, la manipulation : « Fire and forget » y triomphe car, de toute façon, « forget » n’a plus de sens, pas davantage que le vrai et l’authentique qui ne gagnent à être connus qu’en s’inscrivant dans le temps et qui perdent à tous coups contre « tout de suite » !

 

Un service de qualité



C’est une nouvelle anomalie du comportement humain : s’en prendre à tous ceux qui, professionnellement ou gratuitement, se portent au service de leurs prochains, du moins ceux qu’ils prennent pour leurs prochains. On voit se multiplier les agressions contre les infirmiers ou les médecins dans les services d’urgence des hôpitaux. On voit aussi, régulièrement, des pompiers bombardés de projectiles en plein dans le moment d’une intervention. Récemment, un médecin de SOS médecin se fait tirer dessus chez un patient parce qu’il n’est pas arrivé assez vite. Mais c’est aussi l’avocat menacé de mort pour n’avoir pas obtenu la bonne sentence. Le professeur qui n’a pas donné la bonne note attendue par toute une famille et surtout son chef pour qui la mauvaise note est une marque d’infamie qui appelle vengeance.

Qu’ont-ils donc en commun tous ces gens qui n’avaient rien fait pour attirer autant de haine, de violence et de mépris ? On pourrait avancer que les médecins sont victimes de Raoult dont une bonne partie de l’activité a passé à démontrer que les soignants ne soignent pas : la preuve ils ne proposent pas de la chlorotruc. On pourrait montrer que les idéologues du soutien au quart monde ne cessent de dénoncer les enseignants, tous à la botte du néocolonialisme. Il ne serait pas étonnant que notre avocat n’ait pas compris que les gens qui le menacent ont tout appris des méthodes des pays où la justice n’est qu’un produit parmi les autres ; pour avoir le meilleur, il suffit de payer.

C’est peut-être là que la vraie question doit être posée. Payer pour avoir le meilleur service? Ou plus exactement, se comporter comme si les prestations de tous ceux qu’on vient de citer, ne sont pas autres choses sur le plan psychologique que des objets de consommation. L’erreur de tous ces prestataires de services n’est-elle pas de croire qu’ils continuent, comme par le passé, à « rendre des services », à « donner des conseils », à « apporter des prestations ». Ne sont-ils pas dans l’erreur quand ils s’imaginent (le professeur) qu’ils font éclore l’intelligence ; quand ils pensent faire participer leur client au grand déploiement ( l'avocat) de la justice aux yeux bandés ; quand ils pensent être accueillis (le médecin) avec des remerciements nouant la gorge de leurs clients et de leur famille.

Ils se trompent tous ces professionnels de la prestation de service ! On les a aussi un peu trompés. Il faut relire le serment d’Hippocrate pour comprendre dans quel degré d’erreur on continue à plonger les jeunes médecins. Il faut aussi entendre le merveilleux serment que prêtent les avocats qui s’engagent vis-à-vis de la veuve et de l’orphelin, lesquels sont, de nos jours, des personnages imaginaires. Les professeurs ne prêtent pas de serment, ils sont en revanche prisonniers pendant leurs études de l’image du bon élève idéal dont ils ont la mission de le faire émerger de la fange dans lequel ils se trouvent trop souvent.

Ils se trompent, car, ce qu’attend d’eux la société : ce sont des produits, des machins qu’on achète sur des têtes de gondole. Pourquoi le médecin se fait-il casser la figure ? Mais tout simplement parce qu’il n’a pas respecté la nouvelle règle du jeu : sa prestation ? comme celle du livreur de pizza aussi qui se débrouille pour être à l’heure. Le prof, sa prestation, ce sont les diplômes. Si on pouvait les acheter dans la supérette du coin, on se passerait du professeur. Atterrissez, messieurs les prestataires de service ! Vous n’êtes que des vendeurs de produits. Vous feriez mieux de vous intéresser au packaging et à votre communication sur les réseaux. Et puis, il vous faudrait des promotions et des bonus.

Quand on commercialise des produits, on ne les donne ni ne les rend. Oubliez donc la rhétorique des conseils et des services.


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