Soliloques sur le Vaste monde, Juin 2020

 

-Demain, les Vieux

-Entre la "Muchique" et les plateaux-télés

-Etats-Unis entre peace and love et shoot them up

 

Demain, les Vieux

Il faut maintenant, alors qu’on déconfine tout le monde sans distinction, réfléchir sur quelques traits saillants de l’épidémie Covid-19 et en tirer les leçons. 

Lorsqu’on se lance dans des « leçons à tirer du passé » ( sujet de mon bac philo en 1964 ) on a souvent tendance à commencer par une phrase passe-partout : « parmi les leçons qu’on peut tirer des événements ». Rompons immédiatement avec l’effet dilutif de cette présentation et énonçons « la leçon » à tirer de ce qui est encore très présent et qui mettra sûrement à devenir passé.

La leçon est simple: le covid-19 est une maladie de vieux. Bien sûr on trouvera de pauvres enfantelets fauchés par le virus. Et quelques trentenaires ( obèses ? ) et des cinquantenaires ( diabétiques ?). Mais, on le sait maintenant, la leçon des leçons se dit simplement : les victimes sont des vieux à plus de 80%. Le vieux se définissant ainsi : plus de 65 ans. On notera que le taux monte à 90% lorsque les vieux ont 80 ans et plus.

Et ce taux est invariant de pays en pays.

La leçon une fois tirée, on peut en venir à des considérations sur le passé et des anticipations pour l’avenir.

Le passé tout d’abord. Si on avait su, par avance, que les principales victimes du Covid seraient des vieux, on aurait certainement évité d’utiliser l’arme nucléaire de l’enfermement total. Pourquoi avoir cloîtré 100% d’une population alors que les risques ne pesaient que sur 10% ? Pire, d’après les dernières statistiques de mortalité, en début juin, la France a enregistré 250.000 décès, soit 50.000 par mois, comprenant les conséquences du pic épidémique. On peut extrapoler sans risque que l’année 2020 enregistrera 600 000 décès. Or c’est le chiffre des trois dernières années dont celle qui a enregistré une mortalité exceptionnelle due à une épidémie de grippe.

Donc, en 2020, les décès ne seront pas plus nombreux qu’en 2019 ou 2018…. Qu’en est-il de la fameuse surmortalité des 4 premiers mois de l’année ? Elle sera compensée par la sous-mortalité des 8 suivants ? En d’autres termes, la surmortalité aurait été une « avance à trépas ».

L’avenir ensuite. Oublions tous les pathos qui ont déferlé sur les réseaux sociaux, à l’occasion des « plateaux télé » ou des « lettres ouvertes dans les grands quotidiens du matin ou du soir ». Oublions les larmes versées sur nos anciens « à qui nous devons tant ». Oublions les envolées de Marine ou de Jean-Luc « une société qui ne respecte pas ses aînés, monsieur, est une société qui se meurt ».

Soyons pratiques : si on avait su, on n’aurait pas confiné aussi largement. Donc, pour l’avenir, le confinement général, même s’il est local, c’est fini. En revanche, le confinement des vieux est une formule à envisager. Quelqu’un avait lancé l’idée… mais n’avait pas convaincu. Les vieux, dit-on, s’y seraient vigoureusement opposés. On peut comprendre que la plupart des vieux, en bonne santé, mentale, physique et intellectuelle n’aient pas envie d’être considérés comme des demeurés, baveux et impotents. Au surplus, les vieux sont aussi des électeurs.

Mais, il faut aussi qu’ils comprennent que, peu importe leur état « actuel », ils sont au premier chef les victimes potentielles du virus et que, s’ils sont atteints par ce dernier, ils coûteront très cher à la collectivité pour n’avoir pas accepté de se confiner.

Il faut sortir de ce dilemme : respecter les vieux qui ne sont pas si vieux que ça et protéger la société contre des dépenses insensées liées au confinement de tous et aux soins délivrés à quelques-uns.

La solution : les vieux qui ne veulent pas qu’on les prenne pour des vieux, déchargeront les jeunes du risque financier attaché à ce choix. Ils seront écartés de toute prise en charge par les assurances sociales.
Ils devront assumer les conséquences de leur décision.

Ce sera une grande première en France.
La première pierre d’une nouvelle société.
 

Entre la "Muchique" et les plateaux-télés

La génération nutella-bizounours était rassemblée pour la fête de la musique par la grâce de la Mairesse. (Élections et électeurs obligent). Sur les plateaux-télé on a dit « ouf ! il y a quelque chose d’un peu nouveau à raconter ». Quelque chose qui correspond au niveau intellectuel des téléspectateurs de plateaux-télé. Et il est vrai que beaucoup de gens, ceux en particulier qui s’expriment sur tweeter, viennent chercher leurs idées sur la foire à tout des idées des plateaux télé. « Alors, M.X, (spécialiste en virologie chinoise) que pensez-vous de ces fêtes où le bonheur de se retrouver ensemble fait si plaisir à voir ». « Alors, M.Y qui êtes si critique des réunions pré-post et pendant covid, que pensez-vous des risques que prennent les gens qui se réunissent pour écouter de la musique ».

Comme l’a dit récemment un commentateur avisé : les plateaux-télé ont même eu la chance de sortir « Djak Langue » de la naphtaline, pour qu’il nous raconte tout de cette « merveilleuge fayechte de la muchique ». Un plateau télé, c’est comme un plateau de crustacés, il faut le surmonter d’un homard amorti par le choc de l’eau bouillante avec, en dessous, des moules qui bayent aux corneilles et des huîtres qui ne produiront que des perles de boulevard.

Quittons les plateaux télé, qui, comme c’est leur job vont enfiler des perles d’arrogance boursouflées et des banalité contradictoires. « Mais au fait, qu’en a dit le bon professeur Raoult ? ». « Il a dit le contraire hier de ce qu’il avait annoncé avant-hier », mais on sait ce que c’est : la science est le fruit de tâtonnements, d’aller et retour, d’essais et d’erreurs. Le bon professeur, ne peut se voir critiquer d’être un scientifique qui essaye et se trompe.

Quittons ces plateaux où les virologues ont trouvé de vastes espaces de crédulité humaine pour y déployer leurs méconnaissances (incroyable le nombre de virologues en France) en compagnie des infectiologues (incroyable le nombre d’infectiologues en France).

NB :On dit que lors de la dernière réforme des études de médecine, il a été décidé de distinguer ces deux spécialités qui, autrefois, sous le nom abusif de « médecins des hôpitaux », prétendaient rassembler l’analyse des maladies virales et les soins nécessaires à apporter aux victimes.

Un des mérites de cet « épisode », comme disent les journalistes qui feuilletonnent à la manière de nos grands-mères, est d’avoir ouvert l’hôpital aux regards gourmands des téléspectateurs confinés. Ils ont montré qu’on n’entre pas dans les hôpitaux à pied par la porte principale mais en voiture hurlante par la porte de service. C’est là que se tiennent les « Urgences ». Jusqu’à ce que « l’épisode » surgisse, le personnel des urgences guerroyait pour qu’on lui reconnaisse le droit de conciergerie. On a pu voir qu’« ils ont gagné ». Dorénavant, les urgences décideront qui entre, qui n’entre pas et où, une fois entré, il va, s’il y va. L’hôpital qui était dirigé par des « pontes » installés dans les hauteurs va enfin être dirigé par la base, (celle qui est en contact avec le réel) avec des médecins urgentistes qui régenteront les autres. Un peu comme lorsque dans un théâtre ont confère aux pompiers de l’entrée des artistes la responsabilité de placer les spectateurs.

On vous révèle ici les choses qui vous ont toujours été cachées. On s’y est pris de façon biaisée, en partant d’une fête, puis en laissant dériver les choses : reprenons la fête.

Et lançons une idée : Je suggère que les futurs contaminés soient facturés des dépenses intempestives qu’ils vont occasionner à l’hôpital et à la Sécurité Sociale et que ce principe soit étendu à toutes réunions syndicale, politique, pour le traorisme, contre les vilains colonisateurs…

Etats-Unis entre peace and love et shoot them up

J'ai reçu, ce jour, une lettre circulaire en provenance de Fotofest. Elle m'a dit tout le mal qu'il faut penser du racisme et des mauvais traitements que certaines communautés américaines subissent. Elle tient à ce que je sois conscient que tout le monde aux Etats-Unis est conscient que ce n'est pas bien. (this no good). J'ai répondu.

Cher ami,
 
J’ai bien reçu votre message à la fois apaisant et stimulant sur la malheureuse affaire Floyd.
De la même façon que vous avez préféré user de votre langue pour m'interpeller, de la même façon j'utiliserai la mienne pour vous répondre. 
 
Je comprends fort bien que vous vous dressiez contre les atteintes à la liberté et contre les manifestations de racisme sous toutes ses formes. Mais, pour ce qui me concerne, et peut-être parce que je ne connais pas assez bien les Etats-Unis, votre message me met mal à l’aise.
 
Mais enfin ! Comment en est-on encore, aux Etats-Unis, pays de la liberté, défenseur du monde et accusateur public des régimes anti-démocratiques, à annoncer qu’on va tous, j’entends tous les Américains, se réunir pour que des affaires du type George Floyd ne puissent plus jamais, jamais, jamais se produire ? Comment peut-on le répéter comme une ritournelle au risque du ridicule, alors que des affaires de ce genre-là, éclatent régulièrement dans le plus grand silence médiatique, tous les mois, ici ou là dans votre beau pays?
 
Les Etats-Unis se sont bâtis à coup de violence, par la violence, dans la violence. Violences subies par les migrants, les vrais, ceux du début, qui, pour une partie notable venaient d’Allemagne et beaucoup de Prusse, pays violent contre les autres et contre ses propres habitants. Les Irlandais suivirent. La violence, ils la connaissent eux aussi, d’hier et d’aujourd’hui.
 
Violence contre les autochtones. Si la France avait fait en Algérie et en Tunisie la même chose que les Américains avec les Indiens, on l'aurait retrouvée durablement installée des deux côtés de la Méditerranée comme les Etats-Unis se sont durablement installés entre deux océans ! Violence contre les Américains eux-mêmes : chacun est responsable de son bonheur. Ce n’est pas à la collectivité de se substituer au devoir individuel de réussir sa vie. Les pauvres, finalement, ne sont que des ratés du bonheur.
 
Violence à l’intérieur même de la société, entre riches extrêmement riches et pauvres extrêmement pauvres. Entre zones d’effondrement moral et économique et zones de super-riches et de super-opportunités. Violence du droit à s’armer et celle du droit à se défendre soi-même par tous moyens, y compris ceux qui aboutissent à des massacres de masse.
 
Cette violence n’est-elle pas au fond de la société américaine ? N’est-elle pas une donnée essentielle de sa culture voire du modèle de civilisation qu’elle promeut ? La réussite des Etats-Unis, sur le plan économique, sur le plan géopolitique, sur celui du modèle de société qu’elle met en avant, n’est-elle pas un produit de cette violence entre groupes, cultures, croyances ?
 
« The winner takes all ». Et celui qui gagne, gagne vraiment beaucoup. Les milliards de Bill Gates, ceux de Zuckerberg et de tous les autres ne sont pas seulement la récompense du génie mais aussi (et surtout ?) le résultat de l’écrasement des perdants. Les firmes dites GAFA, ne sont pas « hors sol » mais bien américaines. La violence du combat mené contre leur capacité à s’affranchir des frontières vaut bien le combat d’autrefois contre les fameuses multinationales, celles des firmes pétrolières, automobiles, téléphoniques.
 
Comment peut-on croire aux messages de paix et d’appel au calme, à la raison et à la maîtrise de soi de la part de citoyens « bien-intentionnés » qui appartiennent à un pays qui doit tout à la violence des individus, des collectivités et des entreprises !
 
Où est la supercherie qui, de manifestations violentes, en émeutes, pillages, destructions, conduit directement vers un statu-quo social et politique sur des décennies? Où est la forfaiture quand les grands groupes de réseaux se lancent dans une lutte contre les appels à la violence alors qu’ils se sont « faits » en ouvrant grandes les vannes de l’immonde.
 
Il faut cesser, cher ami, de nous inonder de vos déclarations humanistes et empathiques. Nous n’y croyons pas. Nous avons accepté notre propre histoire : Hitler n’est pas venu contre le peuple allemand, mais grâce à lui et à son support indéfectible. Pétain, n’est pas un accident de l’histoire mais l’histoire d’un peuple effondré, anéanti. Nous savons que les peuples vivent avec leurs parts de noirceurs. Ce n'est pas à coup de plumes et de plumeaux que ces tares s'effaceront.
 
Ne nous prenez pas à témoin. Vous avez sauvé le monde. Le monde ne peut pas vous sauver contre vous-mêmes. Gérez votre violence. Avec prudence. Vous savez en tirer profit et nous savons que vous hésiterez toujours avant de vous tirer une balle dans le pied et à casser la cassette.
 
Bien amicalement, 


 

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