Sur l'Allemagne Varia

Divers articles qui ont paru avant ou après le livre que j'ai écrit sur l'Allemagne "Le retour de l'Empire Allemand ou le modèle imaginaire".

On les trouvait dans Atlantico, les Echos ou le Huffington Post.

Ci-dessous, quelques articles sont repris intégralement.

 

- Bunkerland

- L'Allemagne est-elle un trou noir monétaire?

- Nach Berlin, retour socialiste aux bons vieux thèmes d'autrefois.

- Lettre à Wielfried sur la ménagère de cinquante ans.

- Faut-il s’adonner au German-Bashing ou à la Germanolâtrie ?

- Les Allemands ont-ils changé d'accent?

- L'ordo-libéralisme ou l'imaginaire de la pensée allemande (1)

- L'ordo-libéralisme: l'imaginaire confronté aux réalités (2)

 

L’Ordo-libéralisme ou l’imaginaire de la pensée allemande (1)

Cette chronique est parue dans le Huffington post

Les élites européennes désorientées par la crise, sa profondeur et sa durée, s’agite follement à la recherche d’une pensée qui marcherait. Une pensée dans le genre couteau suisse. Elle pourrait servir aux petits et aux grands, aux très riches et aux vrais pauvres, aux vieux pays et aux très vieux (il n’y a pas de pays jeunes en Europe) etc… Et il semblerait bien qu’elles aient trouvé! La pensée miracle se nommerait «ordo-libéralisme».

Les commentateurs n’en font plus mystères. La vérité est chez les Allemands. Une chronique sur l’Allemagne, son économie et ses ratios en béton ? Aussitôt on vous assène l’ordo-libéralisme. Les Allemands vont de miracles en miracles ? C’est grâce à l’ordo-libéralisme.

Le miracle allemand, Wirtschaftswunder (miracle économique) ne s’expliquerait pas seulement par la baguette magique du docteur Ehrard ou par l’intervention divine, mais surtout par la force des idées et des théories économiques et sociales allemandes. Aujourd’hui, plus que jamais, plus encore qu’au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, l’Allemagne est installée dans une très forte conviction que ses idées sont les bonnes, que sa vision de l’économie est la meilleure et que si les Grecs, les Portugais et… pourquoi pas les Français avaient suivi les idées allemandes en matière économique et sociales, ils n’en seraient pas là. Propagande ? Ou illusion dont les germanolâtres sont victimes ?

Il faut s’interroger sur cette pensée qui a, pendant si longtemps, laissé de marbre les penseurs non allemands. Dans un second temps on s’interrogera sur les faiblesses pratiques d’une pensée qui brille trop depuis trop peu de temps.

Y a-t-il une pensée économique allemande ?

Les Allemands n’ont pas eu la philosophie la plus riche et la plus renommée du monde pour se voir barguigner le niveau de leur intellect. Pourtant, l’Allemagne ne brille pas par ses contributions à la science économique. Un indicateur simplissime le dénonce : les prix Nobel d’économie. Un seul Allemand ! Reinhard Selten né en Allemagne en 1930, vivant aux Etats-Unisl’a obtenu conjointement avec deux autres scientifiques non allemands pour sa contribution à la Théorie des jeux non coopératifs (on croit rêver). En fait, à l’inverse des anglo-saxons et des Français, les Allemands n’ont pas vraiment adhéré à l’idée qu’il y avait une science économique en soi, avec ses lois, dites « naturelles », son fonctionnement comme il en est des théories atomiques ou de la biologie.

La pensée allemande dans le domaine de l’économie est demeurée très marquée par des concepts d’éthique, de valeurs sociales et de références morales, conduisant à une réflexion qu’on a souvent qualifiée d’historiciste. L’économie n’apparait dans cette réflexion que comme une partie, importante, mais sûrement pas indépendante de la réflexion sur la société, ses objectifs et par conséquent son organisation.

Faut-il y voir, l’influence encore très profonde des mises en garde et des condamnations de Luther à l’égard de l’argent et de ses forces corruptrices ? Faut-il aussi y voir le fait que l’Allemagne ne s’est constituée que tardivement et que les questions relatives à son unification, jusqu’à l’instauration du deuxième Reich en 1871, furent d’abord politiques et institutionnelles ?

L’économie, n’est pas une vraie science pour les Allemands et les choses qui en relèvent ne sont pas nécessairement du ressort ni des économistes ni surtout des banquiers.

Développée au sein de l'Université de Fribourg, en particulier par Walter Eucken, le champ de réflexion et d’action de la théorie ordo-libérale n’est pas contraint par le strict cadre de l'économie. Cette dernière prend sens que si on s’est interrogé sur la constitution d'un ordre social.

L’ordo-libéralisme, pensée cardinale et structurante.

Le marché qui, si on n’en gène pas le fonctionnement, peut tout, sait tout, voit tout et fait le bonheur des peuples est exactement à l’opposé de la pensée économique allemande. S’il y a bien une force à laquelle à laquelle il ne faut surtout pas soumettre l’économie et ses «ressortissants», les ménages, les salariés, les entreprises, les collectivités locales c’est celle de ce marché qui fait la loi de tous et qui « naturellement » promet le bonheur. Pas davantage ne faut-il s’imaginer qu’au sein de cet «ordre naturel», se manifestera une «main invisible», pas plus qu’il ne faut croire que l’action non coordonnée de l’ensemble indistinct des agents économiques conduira au bonheur général le plus satisfaisant (maximisé).

La théorie ordo-libérale est « libérale » en ce sens qu’elle affirme des principes de liberté essentielle, propriété privée, liberté de l’initiative économique, liberté des prix, liberté du travail etc. Mais elle les pose en tant que principes relatifs aux gens et aux groupes plutôt qu’en tant que conditions d’ordre naturel. L’économie n’est pas une histoire d’automatisme, de mécanismes d’horlogerie et de prix qui contiennent tout, présent, passé et futur, c’est une machine humaine avec toutes les difficultés d’ajustement que connaissent les organisations sociales.

Il a été souvent dit que le « libéralisme à l’allemande » s’était plus que toute autre pensée européenne « libérale » confrontée directement à ce paradoxe : tout le mouvement d’idée issu des « Lumières » a conduit à chasser le naturel dans les rapports entre les hommes et à lui substituer la loi suprême qui organise la société, la loi des institutions qui pacifie les rapports internes à la société et des juges indépendants pour que les deux premières prennent tous leurs effets ; or dans le même temps, les économistes anglo-saxons réintroduisaient les lois de la nature dans la production des richesses et l’exploitation des ressources humaines et naturelles : il ne fallait surtout plus intervenir dans l’univers économique: il fallait au contraire garantir un fonctionnement « pur et parfait », issu des lois naturelles, et éviter qu’aucun pouvoir, aucun groupement puisse exercer pouvoir ou contrôle sur « Le Marché ».

Un exemple : L’indépendance de la Banque Centrale

Allons disent les germanolâtres, les Allemands ont solidement appuyé leur organisation économique sur des idées solides, à l’écart de toutes les théories naturelles anglo-saxonnes, à l’écart les idées françaises de la physiocratie, du despotisme éclairé et de l’économie volontariste.

Parmi les « pierres angulaires » de l’édifice institutionnel économique « ordo-libéral » allemand se trouve la Banque Centrale. Elle est perçue et conçue comme un « juge suprême de l’économie » et trouve sa légitimité dans les mêmes principes juridiques que son homologue « la cour constitutionnelle » ou cour suprême. Son intervention est au-dessus de tous les agents économiques. L’Etat ou les Lânder, font partie des agents de l’économie, au même titre que les autres collectivités publiques et au même titre que le sont les entreprises, les particuliers, les syndicats etc.

Sa mission se rattache à l’importance que revêt la monnaie pour la solidité de l’édifice socio-économique et aux risques de débordement, de détournement et de dévoiement dont elle peut être victime de la part des émetteurs : les banques privées avec le crédit, le souverain avec la dette publique. Comme un juge, elle s’assurera que les conditions de l’émission des deux types de monnaies analysées par les tenants de l’ordo-libéralisme, celle qui est demandée par les marchands et l’ensemble des agents privés et celle qui l’est par les agents publiques y compris l’Etat, respectent les meilleurs conditions de qualité, de quantité et de prix. Comme un juge dans un état de droit libéral, son indépendance garantira la défense de la qualité de la monnaie. Comme un juge, elle tirera sa légitimité de son statut et des lois suprêmes qui l’instaurent.

Tout ceci fascine. Cette rigueur, cette gouvernance, ces règles qui font la part belle à l’organisation humaine et sociale sont en ordre de marche dans le pays qui réussit tout en Europe, l’Allemagne.

Ce qui demeure à démontrer. Les germanolâtres ne sont-ils pas aveuglés par les triomphes de leur idole ?


Bunkerland 

Cet article est paru dans le Huffington Post dans une série sur l'Allemagne.

L’Allemagne évolue progressivement vers le statut du Bunker, pire que le château fort que j’avais décrit dans « Le retour de l’empire allemand ou le modèle imaginaire ». En général, on crée un Bunker non pour loger et entretenir une capacité de déploiement militaire comme dans les châteaux mais pour empêcher, pour gêner et pour bloquer toute tentative de l’ennemi de progresser.

L’ennemi ? Aujourd’hui les Allemands auraient des ennemis ? Des envieux certes. Tous ceux qui pensent qu’elle fait mieux que tout le monde et, que par conséquent, elle s’en sort mieux que tout le monde. Des revendicatifs aussi ! Qui jurent que si l’Allemagne voulait bien se remuer un peu, l’Europe ne s’enfoncerait pas dans la crise. Mais de vrais ennemis, non ! Pas à proprement parler.

Mais il y a des critiques, parmi lesquels des critiques allemands qui commencent à annoncer que l’Allemagne file un mauvais coton, que le bonheur économique qu’elle pense avoir atteint ne sera plus, dans peu de temps, qu’un souvenir attristant et que son attitude fermée confine l’autisme. Pour le moment, les réactions allemandes à ces objections et contestations ne prennent la forme que d’une sorte d’indifférence politique : la classe politique a du mal à bouger. Bien pire, on sent, tous Allemands confondus, qu’il faut dresser vite fait de bons bunkers bien solides pour bloquer ces tentatives d’invasion d’un genre nouveau.

La triste histoire des 50 milliards

Les Allemands les avaient vus arriver depuis un certain temps : les Français sont englués dans des réformes dont ils dessinent brillamment les contours mais qu’ils sont manifestement incapables de mettre en œuvre. Ils jouent les diversions. Ils promettent et ne tiennent pas. Ils renoncent vite aux meilleures décisions et plient devant les intérêts catégoriels. Ont-ils voté un système de taxation routier qu’ils l’annulent en le prétendant inégalitaire ? Ont-ils annoncé qu’ils réduiraient le nombre des fonctionnaires qu’on voit les régions prendre le relais du pouvoir central, comme les Communautés espagnoles au pire moment de la crise en Espagne.

Et voici que quelques beaux esprits ont proposé que les Allemands élèvent le niveau de leurs dépenses publiques de 50 milliards… pour compenser les économies françaises. Cette bonne idée vient des Français évidemment, soutenus d’un peu loin par les Italiens et d’autres « sudistes » !

Ne voilà-t-il pas une agression caractérisée ? N’est-ce pas l’exemple le plus criant du désir que les Allemands jugent irrépressible de la part de leurs voisins de venir chercher l’argent chez eux ? L’argent de l’épargnant Allemand est menacé ? Il faut ériger des Bunkers.

L’affaire de la relance de 300 milliards

Il faut reconnaître que des dépenses publiques de 50 milliards de plus pratiquées par les Allemands, même avec le sens de l’efficacité que tout le monde se plait à leur reconnaître, cela fait « petit bras ». Cela ne ferait pas beaucoup bouger l’économie européenne. Pour Standard & Poor’s (S&P) qui a lancé une étude sur cette éventualité, cela «n’aurait qu’un effet limité sur le reste de la zone euro». Si la consommation et les investissements publics Allemands progressaient de 60 milliards d’euros sur deux ans (1% du PNB) les résultats demeureraient médiocres. Le PIB de la zone euro ne progresserait que de 0,3 point. Pour la France, le PIB ne varierait que de l’épaisseur d’un cheveu.

Heureusement, d’autres plans sont en cours de montage. Jean-Claude Juncker, pense à un plan à 300 milliards d’euros. C’est déjà plus sérieux. Mais, vient immédiatement à l’esprit  qu’il faut le financer. Réponse : plusieurs sources de financement sont imaginables. Par exemple, le Mécanisme Européen de Stabilité (le MES) qui a pour objet de sauver les Etats européens en risque de faillite dispose d’une capacité de mobilisation de capitaux de 300 milliards (une coïncidence). Et Junker de proposer une nouvelle affectation de ses ressources ? Il faut aussi penser à la Banque Européenne d’Investissements dont on dit qu’elle dort un peu. Enfin, pourquoi chercher à financer cash : les deux organismes en question pourraient se contenter de donner des garanties. Ils pourraient même jouer le rôle de « rehausseur » (la BEI est coté : triple A). Il faudrait simplement rechercher l’effet de levier le plus convenable. On lancerait des emprunts et on éviterait de passer par les budgets européens qui sont tous dans une position délicate.

La ligne de Bunker était utile ! Elle est régulièrement renforcée. L’Allemagne a prévenu que le MES n’était pas conçu pour pareilles activités. Et que la technique envisagée n’était pas conforme aux accords passés en ce sens.

Et si on dépensait 1000 milliards ?

20 fois ce que les Français, dans leurs rêves les plus fous, n’osent pas imaginer !!! Beaucoup d’analystes estiment que ce n’est qu’avec un montant de ce genre qu’on va faire bouger les choses. Cela représenterait un équivalent de 6 à 8% du PIB européen et 30 fois le budget fédéral allemand.

Il faut se méfier de ces plans : la vraie question, une fois qu’on en a défini le montant et trouvé les moyens de financement, ressortit à la planification des dépenses. Et, dans le cas de l’Europe, il faut aussi tenir compte des appétits des différents membres….ce serait quand même un peu gros que les 1000 milliards atterrissent à la fin des fins dans l’escarcelle des grands industriels allemands !

Imaginons que le montant des dépenses publiques et leur objet ont été définis, In ne reste donc plus qu’à les financer….

Les Allemands n’ont pas besoin de dire « non » : les bunkers sont en place. Ils en avaient déjà disposés sous la forme d’une opposition (farouche comme on dit toujours) à toute forme de mutualisation des dettes au niveau européen.

La mutualisation des dettes européennes : forme allemande du cauchemar

Comment peut-on imaginer que les Allemands vont accueillir avec une empathie soudaine des projets dont le financement suppose d’utiliser les fonds propres d’organismes qui n’ont pas été prévu pour cela, à qui on va demander de garantir des emprunts afin de maximiser les effets de levier. C’est exactement ce que nos voisins ont toujours refusé. Les Allemands ne veulent pas se trouver redevables des dettes des membres de l’Union. C’est une des raisons qui explique la montée en force en Allemagne d’Alternative Für Deutschland), un nouveau parti, qui s’en prend à l’Euro et à l’attitude trop conciliante du gouvernement allemand vis-à-vis des pays de l’Union Européenne en difficulté.

Mettre l’épargne allemande en gage pour permettre aux paresseux du Sud et à aux Français, inconsistants et peu crédibles, de continuer à vivre dans le déni des réalités, voilà qui n’est tout simplement pas imaginable.

Bunkerland est maintenant solidement posé, les points de résistance face aux tentatives d’invasion du territoire financier allemand sont ancrés. Au surplus, ils sont adaptés à l’effondrement démographique allemand. L’argent des retraités est à l’abri. La Bundesbank a demandé à New-York, Paris et Londres de lui  renvoyer les stocks d’or que ces places détiennent pour son compte. L’épargne Allemande qui a atteint des niveaux comme jamais est bien défendue.

Les projets de relance par l’investissement ou la dépense publiques risquent sérieusement de se briser contre les bunkers de la ligne de défense allemande. Il faudra beaucoup de travail et d’effort pour qu’ils soient mis en état de veille minimum. En tout cas, il serait puéril de rêver à une mise hors service!  

Lettre à Wielfried sur la ménagère de cinquante ans.

Cher Pascal,

Sur WIKI, j'ai trouvé le suivant (au sujet de la "ménagère de MOINS de 50
ans"): Le général de Gaulle s'est essayé de décrire ce concept lors d'un entretien télévisé en 1965 : « Regardons ce qui se passe dans une maison : la ménagère veut avoir un aspirateur, un réfrigérateur, une machine à laver et même, si possible, une automobile. Ça, c’est le mouvement. Et en même temps, elle ne veut pas que son mari aille bambocher de toutes parts, que les garçons mettent les pieds sur la table et que les filles ne rentrent pas la nuit. Ça, c’est l’ordre ! La ménagère veut le progrès, mais elle ne veut pas la
pagaille[1] .»

Oui, c'est cela. L'Allemagne - personifiée par Angela Merkel - "veut le
progès, mais elle ne veut pas la pagaille".

Ici, on a l'impression que les grecs ne sont jamais rentrés à l'heure... et
se sont cassés la tête pendant leurs escapades de nuit.

Bien amicalement

Cher Wilfried,


Tout d'abord, mille mercis pour votre message qui me montre, s'il en était besoin, que vous avez l'amabilité de vous intéresser aux "papiers" que je fais passer ici ou là, dans kritiks, dans les Echos.fr et sur mon site. Vous avez eu la finesse de débusquer une citation du Général, chantre et acteur de la réconciliation franco-allemande et vous avez eu raison. Il (le Général) avait aussi raison. Pour autant, vous avez sûrement remarqué que, même si cela était dit sur un mode ironique, je considère que l'Allemagne est en droit de tenir la ligne qu'elle tient actuellement. Mon intention n'est pas de la lui reprocher. Elle est ailleurs. Je veux vous la dire ici en quelques mots.

Aujourd'hui, dans une période de crise, il n'est pas temps de donner des leçons à tout le monde et de distribuer les bons et les mauvais points. Les Français qui étaient, il y a peu encore, critiqués dans toute l'Europe pour leur hostilité au « laissez-faire, laissez-passer » anglo-saxon, à la finance agressive, à la financiarisation abusive des économies, pourraient s'amuser à donner aussi des leçons à tout le monde. A l’autre bout du spectre, sont les manifestations de mépris de l’Irlande vis à des « réglementations européennes », qui n’hésitait pas à « réfléchir » sur son appartenance à l’Union Européenne à qui elle devait tout !!!

Dans un espace économique qui se veut unique, les forces des uns sont toujours en risque de n’être que la contrepartie des faiblesses des autres, le pire étant un jeu à somme nul où ce que les uns perdent c'est ce que les autres gagnent.
Bien sûr, on sait maintenant que les Grecs ont triché sur leurs comptes.... en fait, tout le monde en avait la quasi-certitude depuis le départ et surtout depuis deux ou trois ans...mais si tout le monde en avait le sentiment, qu'a-t-il été fait et dit sur cette anomalie par les Allemands, par les Français ?.
Bien sûr, on a laissé les grecs s'endetter... ils ont ainsi pu utiliser l'Euro pour se payer du bon temps, pour acheter davantage de voitures, pour faire venir des équipements, pour ....acheter à l'étranger, en Europe, en particulier, de quoi vivre largement au-dessus de leurs moyens. Ne faudrait-il pas, si on voulait distribuer les bons et les mauvais points considérer que les exportations vers la Grèce de la part des Allemands, des Français et peut-être des Italiens n'étaient qu'une pure aubaine. Les Grecs n'ont-ils pas pris de l'argent aux Européens pour acheter des biens de consommation aux Européens. Qui s'en sont mis pleins les poches tout heureux de cette aubaine. Et ceux-là qui étaient enchantés par cette richesse grecque et sa contrepartie en importations viendraient maintenant donner des leçons de gestion !

Wilfried, les Allemands et les Français, ne sont-ils pas de vulgaires receleurs vis à vis des Grecs. ? En France, le recel d'abus de biens sociaux existe. En Europe, ne devrait-on pas inventer le recel d'abus d'euro? Vous me direz que tout ceci est un peu osé....et que, juridiquement…Et puis vous me direz que la Grèce, ce n’est pas la veuve de Carpentras, abandonnée de tous et sans défense face aux vendeurs audacieux de produits financiers bidonnés. Vous me direz qu’un Pays capable de mobiliser les compétences de Goldman-Sachs ne peut être juste un prodigue inconscient. Vous soutiendrez que les exportateurs allemands n’y peuvent rien.

Vous pourriez avoir raison, encore que … « qui vivra verra »… Mon idée quand je charrie gentiment Angela et l’Allemagne par son intermédiaire, c'est que dans un univers comme l'Europe dont l’unité se bâtit et se vit de façon plus ou moins chaotique (plus que moins …) mais toujours dans le sens d'une Union plus approfondie et plus solide, un Etat membre ne peut pas prétendre être meilleur que les autres. Son imbrication dans l’ensemble le lui interdit car, loin de s’être isolé pour mener ses « politiques » d’ajustement structurel, il est demeuré immergé dans l’Union, ses flux économiques, ses ressources financières, ses infrastructures, parce qu'il a profité de tout et de tous, y compris des errements de ses voisins.
Pour avoir méconnu que le nord de l'Italie vivait aussi de l'effondrement économique du Sud (merci, monsieur Garibaldi), les Italiens ont laissé se creuser un clivage dramatique. Parce que les Flamands se considèrent comme le vrai fer de lance de la Belgique, la tentation de jeter les Wallons par dessus bord, va croissante. Parce qu'elle est plus riche que les autres parties de l'Espagne, la Catalogne se rêve indépendante et ambitionne de ne plus payer pour ces "arabes" d'Andalous. Ne vous semble-t-il pas qu’en Europe, telle région, ville, communauté qui se prétend « meilleure », dans la réalité, « vole », la contribution de ses voisins et confrères.

Wilfried, il est des moments où, pour dire les choses, il faut savoir rire et se moquer. Il faut aussi accepter de ne plus être myope et / ou acheter des longues vues: ce sont justement les pays les plus forts, les plus "en avance" qui doivent contribuer avec le plus de constance et de présence aux efforts que les autres doivent faire pour combler les écarts. En tout cas, personne ne gagne aux déclarations fracassantes sur les défauts des autres, sur leur incompétence ou leur indiscipline. Personne ne gagne aux attitudes solipsistes ou solitaires, au mépris de la diversité des opinions européennes, au risque de nuire aux solidarités difficilement construites. Les déclarations allemandes sur le Nucléaire sont, pour prendre un exemple, une des manifestations de mépris les plus caractérisées à l'égard d'une volonté européenne vraiment commune. Le refus d'intervenir en Lybie, est une menace caractérisée à l'égard d'un effort pour faire de l'Europe autre chose qu'une économie bien gérée. Les déclarations intempestives qui attribuent « par évidence » les accidents sanitaires aux pays du Sud, sont autant de coups portés à l’esprit de communauté, au moment même où, c’est un soutien prononcé qui s’impose.

Il y a une époque que les Français, connaissent très mal, ce moment de médiocrité absolue, qui, a succédé à la Première Guerre Mondiale. La France, qui, à cette époque, disposait encore d'une aura internationale et d'un rayonnement exceptionnel s'est comportée en boutiquière, gérant sa victoire comme une ménagère peu scrupuleuse resserrerait avec parcimonie les légumes qu'elle a pris dans le jardin des autres. La France, se prétendant créancière, envahissait son ex-ennemi, sous le prétexte de faire pression, mais dans le même temps se saisissait des flux fiscaux et d'exportation de la partie la plus riche de l’Allemagne. Ruinant la République de Weimar au nom de ses intérêts, la France ne faisait que faciliter la réussite des extrémismes. La France, encore, incapable de vision européenne autre que celle d'une protection renforcée contre son ancien ennemi, ne trouva rien de plus intelligent à faire que de détruire un empire multinational, l'Empire Austro-hongrois et de provoquer la naissance de mini-nations sans taille critique et dont le principal mode de fonctionnement était la haine de l'autre.

La France, ménagère gâteuse, a fait son malheur et contribué à celui des autres, tout en prétendant donner des leçons au monde.

C'est cela que l'Europe encore en cours de construction doit éviter. C'est cela qu’il est de plus en plus difficile d'éviter en période de crise. C’est pourquoi, le pays le plus fort, celui qui a fait le plus d'effort doit être exemplaire non pas sur le seul plan de sa vie politique et économique mais sur celui de l'Union.
Voilà la raison de mon article, qui ne dit pas autre chose, finalement, que l’Allemagne a conquis par sa réussite plus de devoirs vis-à-vis du renforcement de l’Union Européenne que de droits.

Seconde lettre à Wilfried, le 18 juin 2011

Cher Wilfried,

Je ne suis pas sûr de me trouver dans le désert, vêtu d'une peau de bête et clamant au monde des vérités que personne ne veut entendre. Je suis convaincu au contraire qu' il est beaucoup de gens, comme firent Jean Monnet en France et bien d'autres en Allemagne, Italie et ex Benelux, qui œuvrent pour que l'Europe se bâtisse. Je suis aussi convaincu que l'Europe en cours de construction est un bâtiment fragile et que le toit n'ayant pas encore été posé, c'est une bâche plus ou moins bien arrimée qui nous protège approximativement contre pluies et bourrasques.

Quand les crises surviennent le premier réflexe est de se retirer chez soi, en recherchant chaleur et protection. Quand les crises durent et deviennent plus dures, le second réflexe est de sortir de chez soi pour montrer "aux autres" de quoi il en retourne et pour leur prendre ce qu'on pense ne plus être leur bien ou leur reprendre ce qu'on leur avait donné dans un moment d'euphorie béate et stupide. Quand les crises continuent les liens les plus forts rompent et les instincts les plus primaires sont laissés à courir et à battre la campagne.


Il faut donc être vigilant.


Et pour être sûrs que ce que nous pensons est mieux partagé, il faut diffuser et transmettre les idées, les pensées au service de nos peuples, de nos pays et de l'Europe.
C'est la raison pour laquelle j'écris. Et que je diffuse par mon site. Espérant que ce que je pense sera dispersé dans la nature par ceux qui partageant mes obsessions voudront les partager avec d’autres.

L’Ordo-libéralisme : l’imaginaire confronté aux réalités   (2)      

Cette chronique est parue dans le Huffington post.

L’ordo-libéralisme est-il une pensée imaginaire ou l’œuvre bien calibrée d’une «propaganda staffel post-war»? C’est un thème récurrent de la réflexion philosophique qu’on est ici conduit à démonter : « Est-on ce qu’on dit? Dit-on ce qu’on est? ». Les plus belles constructions intellectuelles servent souvent à cacher ou à dénier les réalités terre à terre. Les Français se disent cartésiens, épris de logique ? Qui ne voit qu’ils sont pétris d’émotion et sensibles à l’excès. Et les Anglais chantant le romantisme des landes écossaises et la poésie shakespearienne? Ce sont des marchands, des peseurs d’or, des trafiquants en marchandises multiples.

Les Allemands sont-ils exemptes de ces principes «pour l’éternité» qui recouvriraient des réalités moins flatteuses. «L’Ordo-libéralisme» et ses principes supérieurs et bienfaisants n’est-il qu’un voile commode fait de slogans à répéter à tout européen qui douterait des bons sentiments allemands ?

 

L’ordo-libéralisme de Walter Eucken qui assoit l’économie sur une liberté protégée contre elle-même, risque inhérent au libéralisme anglo-saxon, et contre toutes les tentations d’oppression et de prise de pouvoir qui rampent dans toutes les sociétés qu’elles soient le fait des riches, des politiques ou des corps sociaux, repose sur l’idée de responsabilité morale des agents et de son inscription effective dans la société. Doivent donc être inscrits dans la loi Fondamentale des principes essentiels telle la lutte contre les monopoles et les cartels qui faussent le jeu du marché et la mise en place d'une politique de répartition  des  revenus afin que chacun soit intégré dans le processus  économique.

 

Les miracles allemands sont-ils les fruits de l’ordo-libéralisme ?

 

Si on en croit la multiplicité des modèles allemands, les grands principes de l’ordo-libéralisme font preuve d’une souplesse remarquable. L’Allemagne est un pays de modèles : Modèle Erhard, modèle économie sociale de marché, modèle rhénan, modèle agenda 2000, modèle Merkel qui ont en commun d’être des constructions a posteriori. Un  exemple : personne en Allemagne dans les années soixante ne se souvenait d’un modèle Erhard ! A la fin des fins, le « modèle » triomphant, le «Schröder-Weidmann-Merkel» est-il la conséquence d’une pensée «ordonnée»?

 

Tant qu’à poser cette question importante, autant le faire en s’adressant d’abord à l’institution des institutions ordo-libérales : la Bundesbank. On sait bien que dans l’univers de Walter Eucken où la monnaie se décline en une monnaie commerciale (qui devrait être bonne) et une monnaie souveraine (qui a toutes les chances d’être mauvaise) la banque centrale est le juge suprême de l’économie comme la cour constitutionnelle est le juge suprême de la loi. La Bundesbank veille sur les banques en général dont on sait que, lorsqu’elles ne se sentent pas surveillées, elles s’émancipent et produisent des créances qui ne sont pas toujours bonnes. C’est-à-dire de la mauvaise monnaie.

 

Or, la veille de la Bundesbank fait plutôt penser au sommeil du juste. Le système bancaire allemand est allé de déconfitures en pertes colossales. La crise de 2008 en a montré les vices et les turpitudes : coût total pour le contribuable allemand plus de 250 milliards d’euros, résultat d’une passion effrénée pour les produits  «subprime» américains et pour des investissements immobiliers dramatiquement risqués.

 

A quoi sert le juge suprême s’il n’est pas capable d’identifier des comportements désordonnés (au sens de l’ordo-libéralisme) des agents relevant de sa juridiction. Il faut aller plus loin. Ce qui s’est passé durant cette crise ne fut que la répétition d’un même scénario 15 ans auparavant quand les banques allemandes les plus importantes s’étaient retrouvées dans des situations dramatiques! Pour ce qui concerne les temps présents, il faut se souvenir de la partie de bras de fer de la Bundesbank contre le contrôle par la BCE des banques allemandes (au même titre que les banques françaises, espagnoles, italiennes etc.). Pourquoi tant d’animosité ? S’agissait-il de refuser à la BCE, le rôle dévolu aux banques centrales par les tenants de l’ordo-libéralisme, celui de juge suprême de l’économie dans la zone Euro?

 

La réalité est plus sordide : le système bancaire allemand fonctionne en dehors des principes de l’ordo-libéralisme ! Il est composé essentiellement de banques publiques ou semi-publiques dont les rapports avec les pouvoirs politiques des Länder ou des villes ne détonneraient dans certains pays du Sud honnis par les orthodoxes du Nord !

 

L’ordo-libéralisme n’inspirerait donc ni la Buba dans son rôle de Banque Centrale, ni les banques qui sont sous sa houlette (mais le sont-elles vraiment ?) et qui s’acharnent à produire de la monnaie commerciale de mauvaise qualité. S’il n’inspire pas les actes de la Cour suprême de l’économie où va-t-on trouver de l’ordo-libéralisme ?

 

Où trouve-t-on l’ordo-libéralisme?

 

Comme tous les principes ceux de l’ordo-libéralisme connaissent des exceptions. On évoquera rapidement le cas de Volkswagen. Voici un cas de confusion entretenue entre autorités privées et autorités publiques. La célèbre firme automobile est toujours, malgré les protestations allemandes, un défi aux principes du libre marché ordo-libéral. Elle demeure toujours sous le contrôle jaloux et attentionné du Land de Basse-Saxe qui détient 18 % des actions mais par la loi bloque toute tentative de contrôle par des tiers. L’Allemagne, pire que la France, (qui a l’excuse de ne rien connaitre aux principes de l’Ordo-libéralisme) a donc le droit de mettre à l’abri ses sociétés préférées. La Cour de justice européenne a validé cette situation ? La vérité est que la Cour de justice n’a aucune idée de la mise en œuvre des principes fondamentaux de l’ordo-libéralisme sur l’organisation des marchés financiers et la libre concurrence et qu’elle se soucie peu de les faire respecter.

 

Dans la réalité, l’économie allemande s’est confortablement assise sur des principes qu’elle n’applique jamais. Pour Walter Eucken, les libertés sociales et économiques sont protégées pour autant que soit efficacement mise en œuvre la lutte contre les monopoles et les cartels ainsi qu’une politique de répartition des revenus afin que chacun ait sa juste part dans le processus économique.

 

Sur le second point, relevons que le miracle de l’emploi allemand, la quasi-disparition du chômage, a été payé d’un prix très fort. On sait qu’en Allemagne le chômage a décru au même rythme que la population active. Les germanolâtres disent moins qu’en Allemagne les inégalités s’accroissent. La société a retrouvé le principe de la responsabilité morale des faibles: les droits des pauvres et des chômeurs ont été rognés progressivement pendant les 15 dernières années. Quant au sort réservé aux femmes indiquons seulement que les emplois les plus précaires et les moins rémunérés leur sont généreusement réservés.

 

Enfin qu’en est-il de l’ordo-libéralisme vis-à-vis du système industriel et de la lutte contre les monopoles ? Le fameux Mittelstand, où la PME familiale et locale héroïque porte haut l’étendard des vertus économiques et morales allemandes, est-il aussi «miraculeux» qu’on le prétend. Les konzerns de l’Allemagne impériale et de l’Entre-deux guerres ont disparu officiellement, le mode de fonctionnement de l’industrie allemande n’a pas pour autant changé : les grandes entreprises vivent en symbiose étroite avec leur univers local et maintiennent des liens très fort avec l’ensemble des acteurs économiques, sociaux et politiques. Pour reprendre l’expression pudique d’un commentateur: «elles fonctionnent au sein de territoires … où jouent les considérations de proximité». Parce que les Allemands ne sont pas individualistes comme les Français ou parce que les violences de la liberté économique passent plus facilement quand on peut s’entendre entre personnes de même culture?

 

Ainsi, de proche en proche, met-on en valeur que la passion soudaine des observateurs français pour les théories et variantes de l’ordo-libéralisme, devrait être moins béate. L’ordo-libéralisme pourrait n’être qu’un objet intellectuel récemment identifié ou une partie de propagande bien orchestrée.

 

 

 

 


L'Allemagne est-elle un trou noir monétaire ?

Cet article est paru dans les Echos. Fr.

Les matières noires, les forces noires, les trous noirs sont maintenant des concepts ou des images banals. On sait qu’il y en a partout. On ne sait pas de quoi c’est fait, mais, en Physique, tout au moins, promis, juré, on le saura bientôt : le boson, le fameux Boson de Higgs qui se cachait n’a pas tenu longtemps. Il a fini par se rendre.

L’Allemagne se rendra-t-elle ?

On ne parle pas de guerre ici. C’est de monnaie, d’argent, de flux monétaires qu’il s’agit. L’Allemagne est-elle, vis-à-vis de l’Europe, un immense trou noir monétaire ? Rappelons rapidement, pour ceux qui ne vivent pas au rythme de la musique des particules, qu’un trou noir est un phénomène physique dont la puissance gravitationnelle est telle qu’il absorbe toute matière qui se trouve dans ses parages, y compris la lumière. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on le nomme « trou noir ». L’Allemagne a-t-elle les caractéristiques d’un trou noir dans la sphère monétaire ?  Siphonne-t-elle tous les flux et particules monétaires qui viennent à l’approcher? Et surtout, les ayant siphonnés, les fait-elle disparaître ? La monnaie aspirée ne se retrouverait plus nulle part et, en tout cas, pas chez ses voisins et associés dans l’UE et dans la Zone Euro.

Le trou noir « allemand »

Revenons sur les faits. Enquêtons. Il y aurait donc de l’argent qui aurait été attiré par l’Allemagne et qui aurait disparu !

-         La première, la plus évidente, tient à la balance commerciale de l’Allemagne. Les Allemands sont les champions d’Europe, et probablement du monde, des exportations. La machine à exporter qui a toussoté en 2008 et 2009 s’est remise en marche et fabrique de l’excédent commercial à tour de bras. Preuve que l’Allemagne est très forte ? Pas vraiment ! Preuve surtout que ses voisins ne le sont pas, puisque l’Allemagne réalise 80% de son excédent commercial sur ses amis de l’Union Européenne. Ne concluons pas tout de suite. Constatons.

-         La deuxième, moins facile à comprendre, tient à une curiosité : « les Réserves de devises en Euro». L’Euro est partagé par 17 pays indépendants. Dans le domaine international, monnaie de la première zone économique mondiale, l’Euro est nécessairement une monnaie de réserve. Les banques centrales étrangères en accumulent pour assurer et faciliter le commerce et les investissements de leurs ressortissants avec la zone euro et procèdent à des achats de créances « euro »  sous forme de dépôts dans des banques, d’obligations et de titres privés et souverains. Dans la vraie vie, celle de tous les jours, ce sont les obligations d’Etat allemandes qui ont la préférence. C’est dire qu’un pays hors zone euro dont le commerce serait essentiellement constitué de flux d’importations et d’exportations vers l’Italie maintiendra des réserves utiles en Euro via l’achat de titres allemands ! Plus le commerce avec l’Italie se développerait, plus la demande de titres allemands s’élèverait ! (et plus les taux d’intérêts allemands baisseraient !!!). Ainsi, l’Allemagne siphonne-t-elle les capitaux qui vont constituer les réserves en Euro.

-         La troisième disparition est la version « intérieure (à la zone Euro) » de la seconde. Sous les effets de la crise, l’espace monétaire Euro a subi de très profondes distorsions. Un espace monétaire unique, c’est-à-dire au sein duquel ne circule qu’une monnaie et une seule, devrait se comporter comme un système de pipe-lines. Les banques formant des interconnections aux carrefours de ce système, transmettant les flux ou les réorientant, les accélérant ou les ralentissant de sorte que jamais, il n’y ait de surpression, de goulets d’étranglement ni surtout de cloaques où les flux de capitaux se retrouveraient perdus, stagnants et croupissants. Or, la crise a mis en cause ces fameuses interconnections. Les unes ont montré des fissures, les autres ont pété. Leur rôle est maintenant mal rempli par des interconnections affaiblies, dont les performances sont contestées… Le marché s’est fragmenté en raison des doutes accumulés sur le bon fonctionnement et la solidité des banques. En conséquence, les flux interbancaires, « la liquidité », finit par se retrouver dans les circuits bancaires allemands et ultima ratio dans les comptes de la Bundesbank qui, miracle du système Target, est devenue la créancière principale de la BCE… Si on voulait faire de l’humour, on dirait que l’opposition de l’Allemagne à la mutualisation des dettes a été contournée.

Les Allemands détournent-ils les flux ou raflent-ils la mise ?

Ces trois causes de disparition de la monnaie commune pourraient être prises comme on a tendance à le faire depuis qu’il est du plus grand chic d’être germanolâtre : les Allemands sont très bons, tant pis pour les minus d’à côté. Les meilleurs gagnent et les conséquences sont normales : c’est à eux que vont tous les flux monétaires. En langage de trader de base : ils raflent la mise !

Malheureusement, ce n’est pas comme ça qu’on joue la question des grands équilibres économiques et c’est encore moins de cette façon qu’on traite les questions d’une union monétaire et économique. Disons les choses directement : cette Union n’a pas été constituée pour devenir un champ encore plus clos qu’auparavant de batailles, économiques ou non, avec des gagnants qui enfoncent les autres ! A ce compte, on se demanderait bien pourquoi la France déverse tant d’argent sur la Corse et au nom de quoi on fait payer à l’Ile de France sa richesse et sa capacité d’attraction.

 

Il faut bien peser les conséquences qui résultent de ce trou noir monétaire. Ils sont plus sournois et complexes qu’on veut bien imaginer.

 

-         Le surfinancement de l’Allemagne par le moyen des réserves en Euro devient à lui seul la démonstration de la nature perverse de la monnaie unique : les Allemands profitent de la profondeur économique européenne qui attire les opérateurs étrangers et en détournent les avantages en dévalorisant les institutions de leurs voisins.

-         Le détournement du fonctionnement de l’espace monétaire européen vers les institutions bancaires allemandes constitue un avantage fourni à ces dernières dans des conditions totalement douteuses : les Banques allemandes sont fragiles, leur fonctionnement est opaque, elles ont été touchées par les pratiques les plus contestables. Ce détournement n’est pas encore un hold-up mais en cas de krach bancaire allemand, les choses auraient une autre allure !

 

-         La balance commerciale allemande a longtemps fourni à l’Allemagne des ressources quasi-keynésiennes aux frais de ses voisins : la croissance allemande «d’avant la Crise» y avait trouvé des stimulants à bon compte. Or, ça ne marche plus ! Le solde de la balance commerciale allemande ne se retrouve pas en enrichissement des Allemands, ni en pouvoir d’achat, ni en croissance économique. Les derniers chiffres allemands sont tout sauf admirables, même si c’est mieux que dans les autres pays de la zone Euro.

Un trou noir en physique, non seulement aspire toute la matière qui se trouve dans sa proximité, mais aussi l’anéantit. Il est donc naturel de s’interroger face au trou noir monétaire qu’est l’Allemagne: ces flux monétaires, ces masses d’argent sont-ils détruits ou vaporisés ? Ou sont-ils détournés au sens le plus simple du terme, celui où des intérêts privés viennent prévaloir sur l’intérêt général, y compris à l’encontre des citoyens allemands eux-mêmes.

 

Qui s’accapare ces flux d’argent détournés ?

Nach Berlin, retour socialiste aux bons vieux thèmes d'autrefois.

« Halte à la politique Bismarckienne ! Halte à la Chancelière de Fer ». « No pasaran !». Quitte à tout mélanger, Arnaud Montebourg vient de donner un conseil à la France: « faites comme à Valmy et culbutez les boches ! »


« Halte à la politique Bismarckienne ! Halte à la Chancelière de Fer ».  « No pasaran !». Quitte à tout mélanger, Arnaud Montebourg vient de donner un conseil  à la France: « faites comme à Valmy et culbutez les boches ! » Il vient de lancer un programme : «  faites taire la Chancelière, nous ne voulons plus de ces gifles prussiennes incessantes : celle de Pilnitz menaçant la jeune République française, celle de Brunswick qui prétendait remettre sur le trône le Roi de France et son autrichienne, sans parler de la gifle d’Ems prélude à la guerre de 1870, mère des guerres mondiales du XXème siècle.

S’agit-il pour Arnaud Montebourg de nous rappeler que le suprême bon ton n’est sûrement pas « d'être américain à la ville, Anglais à la cour, Prussien à l'armée; d'être tout excepté Français » ou fait-il de l’anti-sarkozisme primaire?

 

« Qui sert bien son pays n'a point besoin d'aïeux »

Est-il nécessaire de remonter 140 années en arrière et de méditer douloureusement sur la charge de Reischoffen ? Aurait-il, Arnaud Montebourg décidé de diriger la France en regardant dans le rétroviseur comme le fit le Président Mitterrand quand il se portât au secours d’une Allemagne de l’Est menacée, se faisant le soutien moral des dirigeants de l’Allemagne Soviétique par crainte de voir ressurgir l’Allemagne de toujours, l’Allemagne, ennemi héréditaire ? Nous annonce-t-il qu’on va « rejouer le match ? » et que les socialistes arrivant au pouvoir lanceraient nos chars Leclerc dans la trouée des Ardennes pour bousculer une Bundeswehr pacifiste ?

Le pied de nez fait à l’Allemagne n’est pas une déclaration de guerre, bien sûr ! Profondément, il s’en fiche complètement de l’Allemagne ! Le sujet n’est pas là. L’ambition d’Arnaud Montebourg est simple : il s’agit de faire pièce à l’entreprise Sarkosienne  qui s’attache à sortir enfin l’Europe du bourbier où elle patauge depuis quelques temps...  Il ne faut pas que Nicolas Sarkosy réussisse. Et s’il réussissait, il faut qu’on ne voie dans cette réussite qu’une abdication devant l’Allemagne et pire encore devant une femme : Angela Merkel.

Du temps où il y avait Martine Aubry, la candidate à la candidature et le parti socialiste avaient clairement annoncé un voyage en Allemagne pour dire son fait à la Chancelière.  Les femmes auraient parlé aux femmes. Pas comme Nicolas Sarkosy, pas pour obtenir des accords ici sur la BCE, des accords là, sur le FESF, pas pour défendre la peau des Grecs ou la dette italienne. Pas pour travailler, en d’autres termes. Pour discuter des principes ! Martine Aubry a perdu! La question de son voyage n’est plus d’actualité tout comme les discussions de femme à femme avec un bock de bière entre les dents. D’où l’idée d’Arnaud Montebourg : attaquer !

 

« …. Vivre dans le passé, quand le présent est sans joie et l’avenir sans espérance »

Attaquer, attaquer ! C’est vite dit d’attaquer. « Avec quelles armes t’es-tu lancé à l’assaut, Arnaud Montebourg. Où sont tes divisions, tes armées et puis, au fait, quel est ton ennemi ? Une femme à qui tu veux montrer que les hommes en ont ? » . « Ne joue pas cet air-là, Arnaud Montebourg ! Au parti socialiste, les thèmes sexistes ont été mis au rancart ». Alors ? Quels arguments pour  Arnaud Montebourg ? La Chancelière associée à Bismarck, c’est excellent! On ne pouvait décemment pas la comparer à Hitler. Politiquement très incorrect. A l’Impératrice Marie-Thérèse non plus : elle était autrichienne. Ni à Rosa Luxembourg puisque c’est exactement l’inverse qu’on vise. Bien loin de vouloir confondre la Chancelière et le Chancelier, c’est à l’alliance des droites germano-françaises qu’il en a vraiment. Ça sonne comme « alliance des ploutocrates apatrides contre les peuples désespérés ». Pourquoi, ne s’en est-il pas pris à une nouvelle « Sainte Alliance » qui aurait eu l’allure exacte de celle qui opprima les peuples jusqu’à ce qu’ils se soulèvent en 1848 ?

La réponse est simple : ça ne parle pas à nos concitoyens ! En revanche, Bismarck, avec son casque à pointe, ça marche encore ! Il y a encore des grands-parents qui se souviennent de leurs grands-parents et de leurs histoires de tranchées. Pour endormir les enfants, on peut piocher dans le vieux fonds germanique : Hansel et Grete, Blanche-Neige et toutes ces histoires qui nous viennent droit des forêts noires d’Allemagne et des landes de Mazurie. Ou bien, concurremment avec Lancelot et les forêts bretonnes, on raconte la perte de l’Alsace-Lorraine et la guerre dans les tranchées (« pourquoi c’était une guerre juste, grand-père,  la guerre dans les tranchées ? » «  Parce qu’ils nous avaient pris l’Alsace-Lorraine ! », « c’est quoi l’Alsace-Lorraine, grand-père ? »… « Je vais vous raconter ».  Bismarck, artisan de la guerre de 1870, où la France perdit ses provinces de l’Est! Cette histoire-là, nos concitoyens la comprendraient.

 

« La guerre tue ceux qui la font et affermissent ceux qui la prêchent.»

Il a eu d’autant plus raison que remonter dans le temps pour conduire des batailles du passé cela n’a jamais fait de mal à personne. Les morts qui devaient mourir l’ont fait depuis longtemps ! On peut se draper dans des toges et gémir en public : « plus jamais ça ! ». « Halte, au renouveau Bismarckien ! ». On peut faire comme Saint Bernard : interpeller la veuve et l’orphelin et leur intimer d’aller récupérer la souveraineté perdue, volée par une Allemagne prétendument européenne, enfermée dans les lieux sacrés de l’Union et gardiennée par une Commission interlope. « Allez tous, Enfants de la France vers Bruxelles, la Ville apatride, reprendre l’huile sainte dont, depuis Clovis, sont oints les présidents Français ». Dénoncer « Bismark-le-retour », pour en appeler un peu plus tard à Valmy et prendre enfin la posture de l’abbé Bernard, peut-être une bonne martingale, pour gagner une chance d’acquérir la visibilité politique si ce n’est la sainteté !

 

Cela permet aussi de fustiger tous ces consommateurs qui, achetant allemands, les bagnoles, la hifi, les métros et les tramways, se montrent comme les troupes d’ « une cinquième colonne économique ». C’est aussi une façon délicate et élégante de fournir une défense à toutes les collectivités locales socialistes qui ont acheté des bus, des tramways, des métros, des éoliennes et des centrales solaires à des entreprises allemandes, sans parler des députés de gauche qui roulent VW, Mercedes et Audi.

Faire le coup de feu contre Madame Merkel est un grand classique : quand on veut faire oublier à ses concitoyens les malheurs du temps présent, on leur propose d’aller démolir les gens d’à coté et tous ceux qui ne sont pas « comme nous », tous ceux qui ne parlent pas la langue pure et sans tâche de l’idéalisme socialiste. Arnaud Montebourg, pourra-t-il, grâce à ces escarmouches acquérir la stature qui lui manquait.
En attaquant la statue du commandeur, pardon, de la Chancelière, Arnaud Montebourg est comme monté enfin sur un escabeau pour qu’on le voie. Avant l’estrade ?

 

Paru dans les echos.fr , le cercle, présidentielle 2012

Faut-il s’adonner au German-Bashing ou à la Germanolâtrie ?

Je peux donner l’impression que je sabre contre « les moulins » et que je me suis lancé dans un vain combat. Je me livrerais à un « german bashing » tout aussi odieux que le « french bashing » bushien et blairien (suivi dans la foulée par l’élégant Cameron et son déploiement de tapis rouge aux entrepreneurs français).

 

Je peux aussi donner le sentiment de me répéter ! De fait ma virulence anti-germanique n’est pas venue, comme ça, parce qu’Angela nous donne des leçons : depuis 2009, j’ai écrit une trentaine d’articles sur la question. Ils tournent tous autour de ce théme simple : les Allemands ne sont pas les partenaires fair-play que nos germanolâtres veulent faire croire. Ils ne sont pas non plus les méritants par excellence, faisant tout bien, exactement à l’inverse des Français qui font tout mal, aux mêmes endroits.

 

Je n’ai absolument rien contre les Allemands, je n’ai que de l’estime pour ce peuple et les défis qu’il s’est lancé (tout en remarquant qu’il a n’a jamais affronté le moindre défi, par lui-même, tout seul, entre Allemands et donc sans l’imposer ou l’infliger aux autres !!!). J’ai, en revanche, tout contre le fait de l’ériger en modèle de société. Il n’y a d’ailleurs pas un moment dans l’histoire de l’Allemagne qui me fasse envie, si histoire veut dire conception de l’Homme et de la Société ! (hormis ce moment, état de grâce, où des philosophes forgèrent la langue allemande une langue de pensée et de volonté communes à des peuples qui se disaient « Germaniques » et surtout pas allemands.

 

J’ai tout contre les germanolâtres. Ceux qui voient que l’Allemagne est équilibrée et la France tout à l’inverse et qui ne se demandent pas comment finalement les deux pays en sont arrivés à être tout aussi endettés l’un que l’autre. Ceux qui ne veulent pas voir que les Allemands ont fait le choix de devenir une société de rentiers, limitant le nombre de leurs enfants, nolens-volens, et qui, ensuite, donnent des leçons de gestion sociale et d’avenir à leurs voisins. Je trouve énorme de voir des Français applaudir aux budgets d’un pays qui a renoncé à tout esprit de défense et qui n’est pas même capable d’intervenir sur des champs de bataille, ne serait-ce qu’idéologiques…Il est vrai que quand on dépense trois fois moins que son voisin dans une défense nationale, nécessairement, on ne peut plus faire face.

 

J’ai tout contre les germanolâtres qui se multiplient dans notre pays, donnant quelque crédit à ceux qui pensent qu’il y a toujours eu « un parti de l’étranger » en France. J’ai tout contre ceux qui appellent de leurs vœux une Europe où le fort s’enrichit aux dépens de faible (passagèrement). J’ai tout contre ceux qui ne voient pas que l’Europe est une mise en commun des forces et donc des faiblesses. Il parait pourtant que le temps du « laissez-faire, laissez-passer » est révolu et que le marché n’est pas le meilleur instrument de gouvernement des peuples.

 

Je n’ai jamais eu une passion débordante pour les pays qui exploitent leurs voisins sans rougir et sans voir qu’ils ne supporteraient pas pour leurs citoyens ce qu’ils font subir à ceux des autres. Quelle chance elle a l’Allemagne de n’avoir pas de SMIC dans l’agriculture et dans toute une série de domaines économiques à faible valeur ajoutée… quelle chance justement que la main d’œuvre soit disponible dans ces pays limitrophes qui remercient les dieux tous les jours que des Allemands veuillent bien leur jeter quelques centimes d’euros à la figure pour leurs menus services.

 

On le comprend bien, ce n’est pas contre les Allemands que j’en ai. Ils se sont bien débrouillés. Le bémol que je mettrais à mes félicitations, tient au fait que quand on est entouré de pays dont les élites sont molles et prêtes à passer de l’autre côté avec armes, bourses, cash, et bagages, on triomphe sans gloire ! Mais ce n’est pas leur faute ! J’en ai, contre ces Français, qui ne veulent pas voir les fantastiques résultats d’une société française qui, dans les 30 dernières années a porté une idée originale de la société et de l’Europe, sans concession aux anglo-saxonneries qui avaient la préférence de nos « chères élites »…

 

Celles-là même qui ne sautent pas le « rubicon » au nom de l’audace mais au nom de leur confort.

 


Les Allemands ont-ils changé d'accent?


Je me souviens de l’accent de salaud. Je me souviens de ces vieux films où l’Allemand de l’après-guerre ne pouvait être que celui de la casquette nazie et des passementeries en forme de tête de mort. Enfant, j’avais appris à reconnaître l’accent «tudesque» et, sans me tromper, le salaud qui allait avec.  Les salauds ont les accents des salauds.  Je me souviens de cette langue à l’accent de crachats où les hurlements valaient raisonnements. N’était-ce pas une langue de salauds ? N’avait-elle pas été parlée par des massacreurs minables et des clowns sinistres de stades sportifs ? C’était une horrible erreur? Il y avait eu les poètes, les lieder, Bach…Platitudes béates d’intellectuels ! Toute langue parlée avec un accent de salaud est détestable ! Ça ne se discute pas ! L’histoire vient de nous le jeter à la figure !

Plus tard, j’ai cauchemardé ce que devait être une vie de jeune allemand. Prisonnier de sa langue. Le seul fait de la parler induisait qu’il était un coupable et un salaud. Je suis un jeune allemand et dès que j’ouvre la bouche, je lis dans le regard gêné et hostile de mon interlocuteur que je suis un « HHHAllemAN ». Celui du fameux « RAHAUSSSSSE », celui de « CHNAILLL », de « KAPOUUUT » et de tant d’autres mots qui ont tué.

Le calme vient-il après les tempêtes ? Les peuples sont-ils absous à l’ancienneté ? Ou bien, des locuteurs indemnes, des Allemands étrangers aux besoins de pardon et aux désirs d’excuses, seraient arrivés sur le marché des idées, des discours et des échanges intellectuels ?

L’accent de salaud a muté en accent d’excellence ! La qualité est maintenant « ALLMONDE ». Quant aux fabricants de bagnoles, ils n’ont plus rien à craindre d’un accent un peu soutenu. Plus qu’un long discours, il faut dire les choses, directement, en allemand. « DAS A-AUTOOOO » (accent tonique sur le O final) ». Rien à dire de plus. Le meilleur. Et ça s’entend.



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