Soliloques sur le vaste monde, juillet 2020

- Violence du doux pouvoir

- Les guerres civiles ne le sont pas

Violence du doux pouvoir
 

Au sortir d’une réunion passionnante de l’Institut de l’Iconomie sur le thème des monnaies cryptées souveraines, il m’est venu des idées sombres. Dans cette immense bagarre qu’on simplifie abusivement sous le terme de « Soft Power », les plus forts l’emporteront (comme toujours dans une bagarre) : en la circonstance les Etats-Unis et la Chine. Comme il s’agissait de monnaie cryptée ; comme la Chine est en passe de lancer la sienne, le crypto-yuan, appuyée sur une masse considérable mais homogène de futurs utilisateurs : même culture, même langue, mêmes valeurs ; comme une entreprise privée américaine, Facebook, s’est elle-même lancée dans la création d’une monnaie cryptée privée en prétendant tirer parti d’une masse considérable mais hétérogène de clients (cultures, langues, valeurs, différentes pour ne pas dire opposées) ;  j’ai essayé de déterminer lequel des deux pays avait le plus de chance de gagner.

Et l’Europe ? Et les restes du monde, le futur grand continent africain surpeuplé, les pays d'Amérique du Sud où la drogue devient reine, et la Turquie et la Russie, géants passéistes qui avancent vers l’avenir en se nourrissant des désillusions du passé ? Ils s’imagineront spectateurs car incapables d'être acteurs, ils se croiront à l’écart alors qu’ils seront sur les bords d’un vortex, insensiblement emportés vers une dévoration fatale. De dépit et finalement impuissants, ils essaieront de mettre en avant éthique et valeurs fondamentales pour les plus innocents ou bien leurs vertus guerrières qu’ils iront vendre aux plus offrants.

Donc, Chine et USA. On n’a pas la place ici pour débattre du pourquoi de la bagarre, ni des moyens, ni des hommes. Je me bornerai à cette proposition :  nombre de raisons et d’éléments s’accumulent en faveur des Etats-Unis.

Les Etats-Unis vont dominer le monde parce qu’ils ont le courage et l’inconscience de la violence.

Un événement, du genre signal faible, m’a frappé et a joué un rôle dans cette prise de position : les Etats-Unis, malgré la pandémie, malgré les menaces de mort qui s’accumulent, ont repris leurs exécutions capitales. Violence légale. Punition ultime sanctionnant les atteintes à l’ordre public et social, elle peut être retardée mais une fois décidée, elle s’applique.

On objectera que les récents mouvements « black live matters » sont la preuve que, justement, l’exercice de la violence, est réprouvé et repoussé. Laissons donc du temps au temps. La violence des ultras « BLM » sera bientôt challengée par la violence des « Pionniers de la Nouvelle Frontière et de la Course vers l’Ouest ». Et tout reviendra comme avant.

Car la société américaine est primairement une société qui valorise et légitime la violence : on n’insistera pas sur l’équipement des américains en armes diverses, on ne mentionnera pas que, pour se faire une place sous un soleil plus chaleureux que celui de leurs propres pays, les émigrants de l’Amérique du Sud sont prêts à tout. On dira que cette violence était à l’origine même des Etats-Unis quand des millions d’Allemands ont quitté, Prusse, Saxe etc, pays pauvres, pays à mercenaires, pour cause de pauvreté. Quand des millions d’Irlandais les ont rejoints, fuyant famine et oppression militaire. Quand tous ces braves gens ont liquidé méthodiquement les autochtones. (Imaginez : les immigrants américains débarquant en Algérie…).

Cette violence est au fond de l’âme de chaque américain : violence douce qui fait que le pauvre n’a qu’à s’en prendre à lui-même et que le riche est un modèle devant dieu et les hommes. Violence moins douce dans la compétition qui se nomme concurrence : « the winner takes all ». La lutte permanente des américains contre les « monopoles », dénonce que les fameux molochs sont toujours là: autrefois les sept sœurs du pétrole et les entreprises mondiales du commerce du grain, aujourd’hui, les GAFA qui sont venus s’agglomérer aux Microsoft, Apple et autres.

Les racines de la violence sont profondes dans la société américaine : les morts du Covid qui s’échelonnent le long du chemin vers la planète Mars ne peuvent pas venir perturber une société qui avance. « Que le meilleur gagne » se diffuse en violences internationales et légitime rapports de force et menaces de violence de toutes sortes.

En face de la violence à l’Américaine ?
Rien, si ce n’est la Chine.

Qui pourrait bien un jour s’ériger en championne de toutes les paix.
 

Les guerres civiles ne le sont pas

 

La nation (française) serait en morceaux, une espèce d’accumulation de groupes agressifs dont l’objectif est de dire et de faire comprendre tout le mal qu’il faut penser de la société dans laquelle ils sont contraints de vivre. Les noirs malheureux qu’on ne les prenne pas pour des blancs. Les ruraux qui aimeraient qu’on les prenne pour des urbains. Les musulmans qui exigent qu’on les prenne pour des protestants. Les écolos acharnés contre le téléphone afin de n’être entendus que par le seul moyen des porte-voix.

On peut continuer, non pas à l’infini mais très loin dans la décomposition du corps social : les étudiants en ont assez d’être les victimes de la notation des connaissances, les médecins libéraux aimeraient qu’on les écoute au moins autant que les urgentistes, les pro-Raoult se mobilisent pour qu’on entende davantage leur héros (tiens ! c’est vrai, au fait, il ne dit plus rien celui-là, parti en vacances ?).

Comment refaire de tout cela une nation ? Ils ont tous en tête qu’il ne serait pas mauvais de faire la Révolution, comme en 89, et de passer tous les aristo à la lanterne. En fait d’aristo, ils hésiteraient : faut-il s’en prendre aux riches, faut-il s’en prendre aux clercs, c’est-à-dire aux fonctionnaires ? Ou bien, parmi les riches faut-il s’en prendre aux plus vieux, ceux qui bloquent tout et qui profite de leurs retraites (un bien « mal acquis », pour reprendre les formulations en usage) ?

On aurait l’embarras du choix, on n’aurait pas l’embarras des conséquences : la Révolution française avait pour objectif initial le remboursement de dettes publiques exagérément élevées et hors de portée des finances publiques de l’époque. Elle y parvint finalement: toutes les dépenses coûteuses disparurent après 5 ans de désordres et de massacres. Un exemple : le soldat était payé, il devint gratuit et conscrit. Prêt à l’emploi. Et quand ça ne coûte pas…

Les finances étant enfin devenues saines, des hommes d’audace et de prises de risques purent déployer leurs talents. Ils avaient tripoté l’assignat, ils avaient spéculé sur les biens nationaux, ils avaient raflé les richesses des riches d’autrefois en les achetant à bon compte. Ils avaient accompagné les levées « en masse » (et pas chères) pour défendre la Révolution. En dix ans, la fortune nationale avait quitté quelques vieilles poches pour se retrouver dans un petit nombre de jeunes mains.

Chateaubriand disait fort justement qu’« une aristocratie ancienne et opulente, ayant l’habitude des affaires, n’a qu’un moyen de garder le pouvoir quand il lui échappe : c’est de passer du Capitole au Forum, et de se placer à la tête du nouveau mouvement, à  moins qu’elle ne se croie encore assez forte pour risque la guerre civile… ».

Mais, pour cela, il faut passer sur ses belles pensées ou s’en débarrasser temporairement sur le dos de quelques autres qui feront le vilain travail. C’est ainsi, que naissent les « sections d’assaut ». On se bouche le nez quand on les voit arriver. Mais, somme toute, ça peut servir… ceux qui se font casser la figure n’avaient qu’à pas le chercher. Les leçons n’ont jamais fait de mal quand on veut les entendre. Remarquons qu’on n’est pas obligé d’approuver. On peut même détourner son regard et se dire que tout ça ne serait pas arrivé, si les autres n’étaient pas allés si loin.

On recollera ensuite les morceaux avec de la colle très forte. Tant pis pour les faibles. Recoller les morceaux n’est jamais simple mais ensuite tout est fini, tout est propre et neuf comme à la veille du Consulat et un peu avant l’Empire. Quand on débroussaille le passé, on finit par laisser le champ libre à la liquidation des revendications et des revendicateurs…

Au nom de grandes idées ?
S’il faut en croire le Chevalier de Barras qui s’y connaissait en matière de Révolution : « ce n’est pas d’aujourd’hui que les hommes ont voulu faire prendre leurs intérêts pour des opinions ».
 


 

La Chine est en passe de lancer la première crypto-monnaie souveraine. Un livre qu'il ne faut pas manquer. Pour l'obtenir, il faut suivre ce lien.

 

Quelques ouvrages de Pascal Ordonneau

Panthéon au Carré est disponible aux éditions de la Route de la Soie.

Promotion est disponible chez Numeriklivre et dans toutes les librairies "digitales"

Au Pays de l'Eau et des Dieux est disponible chez Jacques Flament Editeur ainsi que

La Désillusion, le retour de l'Empire allemand, le Bunker et "Survivre dans un monde de Cons".

"La bataille mondiale des matières premières", "le crédit à moyen et long terme" et "Les multinationales contre les Etats" sont épuisés. 

S'inscrire 

 chaque semaine "La" newsletter (tous les lundis)

et "Humeur" (tous les jeudis)

 

Il vous suffit de transmettre vos coordonnées "Mel" à l'adresse suivante

pordonneau@gmail.com