Soliloques sur le vaste monde, Mai 2020

Rien n’a changé

- Que faire des dettes?  

- Après, ce ne sera pas comme avant. Paris enfin propre!

- Et si les enfants se croisaient les bras?

Que faire des dettes?

On ne reviendra pas sur les explosions de déficits publics ni sur les dettes qui s’accumulent en Europe et ailleurs. On pensera à la France d’abord. Il n’y a pas si longtemps, on s’était essayé à quelques idées financières. L’endettement de la France va passer de 2300 à 2700 milliards, résultat d’un déficit budgétaire qui va atteindre 10 voire 15% et des largesses des institutions publiques qui ont déversé un torrent de capitaux sur les entreprises et les particuliers.

Dans certains cas ont été stipulés des échéances, des délais de remboursement, dans d’autres, ce seront des subventions : peu import! De nombreuses entreprises ne rembourseront pas parce qu’elles ne seront plus là pour le faire !

Et pourtant, l’entreprise France devra faire face à ses dettes, faute de quoi elle continuera la course au progrès et au bonheur avec un boulet accroché à ses pieds. Combien ? Mettons le chiffre à 500 milliards. Un peu trop ? On verra après. Une fois ces choses profondes dites, comment fait-on ? Pour rembourser les dettes, trois solutions : ou en vend les bijoux de famille, ou on rembourse sur les bénéfices , ou, enfin, on ne les rembourse pas : on les efface

Vendre les bijoux de famille, c’est une formule assez jolie.

La Tour Eiffel vaudrait 500 milliards d’euros. Et la Joconde ? Et Versailles ? On sait aujourd’hui déplacer des monuments entiers sans casse. Avec ces trois-là, gageons qu’on peut tirer 600 milliards. Mais, ne serait-ce pas là notre âme que nous vendrions ?

Quand le présent et l’avenir sont au prix du renoncement à quelques valeurs dédorées des temps anciens, doit-on hésiter ? Ne faut-il pas justement se débarrasser de ce qu’on croit être le passé et qui n’en est que l’oripeau, le décorum et la couche symbolique de conquérants repus ? Pas si simple : il n’est plus si glorieux de faire du passé table rase. Sauf chez les fous, gardes rouges, khmers rouges, talibans verts ou gilets jaunes. Donc, conservons la Tour Eiffel dans notre patrimoine.

Rembourser sur les bénéfices.

Ici, nous faisons un acte de foi. On pose qu’il existera des bénéfices. On renonce à la politique traditionnelle qui avait fait des pertes un acte économique responsable. On le fait à l’allemande. Les bénéfices sont accrus de deux façons, on diminue les charges et on augmente les prix. Mais voilà, les Allemands ont pu augmenter les prix grâce aux demeurés de l’Union Européenne qui les entouraient et ils ont comprimé leurs charges en réduisant les avantages de leurs salariés et les retraites de leurs vieux. Autant dire que ce qui a fait le « rêve allemand » ferait « un cauchemar français ! ». On oublie cette folie d’un remboursement par les bénéfices. Il faut penser « éthique » et pas « étique ».

Effacer la dette !

La Révolution française avait trouvé le truc. L’inflation des Assignats. Hélas ! l’Allemagne a rendu haïssable cette technique pourtant élégante bien que rustique. Il faut cependant y penser. Effacer la dette, logiquement, sur un plan comptable, revient à effacer des capitaux propres. Encore faut-il en avoir ! C’est là que le génie français trouve à s’exprimer. Les capitaux propres publics ne sont-ils pas l’agrégation de capitaux privés sales. Pourquoi « sales ». Parce qu’ils sont un accaparement par un petit nombre de la richesse fabriquée par tous. Parce qu’il n’est pas imaginable que les capitaux propres privés aient pour contrepartie des dettes publiques.

Et voici que « l’effacement » de la dette devient une méthode lumineuse où le déblaiement de quelques-uns ouvre la porte à une longue marche vers le bonheur de tous.

Il faudrait effacer 500 milliards ? Les riches représenteraient 10% des 35 millions de contribuables soit à peu près 3,5 millions. 140 000 euros par personnes. Difficile les taxer purement et simplement. Il sera plus humain et éthique de leur faire souscrire volontairement un emprunt forcé sur 50 ans, à taux négatif, ou à taux zéro.
Humain, trop humain : on ferait un appel de fonds en deux fois et on remboursera en une seule fois.

 
 

 

Et si les enfants se croisaient les bras?

Il y a des déclarations qui tuent ! Pas le déclarateur, bien sûr ! Car celui-là, il est généralement très content de lui. Parmi les déclarations mortelles, celle, récente, attribuée à Johny Deep. "Vanessa et mes enfants sont plus que jamais ma priorité... Ils m'ont sauvé la vie en quelque sorte !». Dramatique ! Voici un père qui crie sur tous les toits qu’il doit sa peau à ses enfants !!!!

 

Pourquoi est-ce dramatique ? On pourrait dire, on devrait dire, que c’est touchant ! Surtout lorsque c’est un père, un homme quoi ! Un homme c’est fort et, pourtant, on nous raconte qu’un homme peut trouver une source de jouvence et de renaissance dans ses enfants. Incroyable d’entendre çà ! On a l’impression que Kronos ne s’est jamais avisé de bouffer les siens et qu’Abraham n’a jamais eu l’idée saugrenue de vouloir massacrer son fils. En d’autres termes, dans le sens inverse, jamais enfant n’aurait eu l’idée de tuer ses parents… on voit sur le champ que ce genre d’idée doit être maniée avec précaution. C’est tout Freud qui y passe...et plus généralement, les fondements de notre civilisation occidentale.

 

L’idée qu’un fils, qu’un enfant et même pourquoi pas une fille puisse aider, sauver et soutenir son père et sa mère, quand on y réfléchit trente secondes est une réelle absurdité. Tous les mythes grecs, romains et les autres dans les autres parties du monde, ne parlent jamais de monsieur fils ou de madame fille qui vont donner un coup de main à monsieur père ou madame mère.

 

Cherchez bien ! Vous ne trouverez pas ! Ou fort peu. Il y a des cas dans les faits divers. Par exemple : « il a six ans, et sauve son père en prenant le volant de la voiture évitant ainsi qu’elle tombe dans …la Seine, un trou, n’importe où » ou bien «  il a deux ans, il se met à pleurer parce que la fumée lui pique les yeux et réveille ses parents qui découvrent que la maison est en train de brûler » . Des histoires comme çà, il y en a plein….mais, en fait c’est pipeau ! On voit bien que si on en parle c’est parce que c’est exceptionnel, ce n’est pas une habitude, les enfants ne sont pas là, en général, pour sauver leurs parents.  Revenons vers la tradition. L’imagerie grecque ou latine. Cherchez bien, essayez donc de trouver des récits sur les enfants qui sauvent leurs pères et mères. Vous aurez bien du mal.

 

Il y a Enée, lors de la prise de Troie, les Achéens ayant bloqué toutes les portes, qui se débrouille pour sauver Ausone, son père invalide, en le portant dans ses bras. Diderot fait grand cas d’Arianus et de Metellus qui « échappèrent au fer des assassins par les soins et le courage de leurs enfans ». il y a aussi  Oppius, « qui avoit sauvé son pere infirme, en le portant de lieu en lieu sur ses épaules » et, de là, ils filent tous les deux en Sicile. Et bien sûr, tous les cœurs français résonnent encore des cris de Philippe le Hardi, 14 ans, « père ! garde-toi à droite… ».

 

Il faut arrêter là cette énumération car sa longueur est trompeuse. Les exemples de pères sauvés par leurs enfants sont rares, à ce point qu’en mettant tous les moteurs de recherche sur la question, il ne vient à la surface de l’écran que les exemples cités plus haut, ou bien des histoires de chiens écrasés, plus ou moins bidonnées par des journalistes en mal de sensationnel.

 

Or donc, l’aveu de Johny Deep, tout impressionnant qu’il puisse paraître ne répond pas aucune réalité ni aucune vérité spirituelle, sociale, religieuse. En vérité, la réalité est exactement inverse.

La tradition occidentale, c’est que le fils et la fille ne donnent pas de coup de main à leurs parents : ils devraient donner, ils donnent, un coup de couteau ou un autre coup dans le même genre.

 

Ce long développement pour mettre en valeur à quel point la situation des sociétés occidentales est devenue complètement anormale et se trouve peut-être comme la cause première du déclin desdites !!! Car qu’en est-il de ces sociétés ?

Et spécialement de la Société Française ?

 

Disons-le directement : les jeunes payent pour les vieux. Pas plus compliqué que çà. La retraite par répartition, honnêtement, sur le plan du principe repose sur le fait de ne plus travailler pour le motif qu’on est vieux, qu’on a atteint l’âge, avancé, qui permet de se reposer, de se retirer (les anglais utilisent même le « retirement » et non le mot « retreat » et évitent ainsi une confusion désagréable). Donc, à un certain âge, des gens ont le droit de dire, à d’autres, plus jeunes, de façon très naturelle « je me retire, je ne joue plus, mais vous, les plus jeunes, vous allez continuer à jouer dur, pour me permettre de vivre confortablement… »

 

C’est fou çà ? C’est la retraite par répartition. Dans beaucoup d’autres pays dira-t-on, la retraite par répartition n’existe pas, c’est la retraite par capitalisation qui l’a emporté. Certes, certes…mais quand on y réfléchit bien, la retraite par capitalisation, c’est la même chose en hypocrite comparée à la retraite par répartition. La retraite par capitalisation, c’est : « tenez les jeunes on vous passe de l’argent, soyez gentil faites-lui produire des petits, c'est-à-dire, bossez pour qu’il nous permette d’encaisser de belles pensions. »

 

Donc, dans nos sociétés occidentales, Oedipe est couillonné, il ne pourrait même pas ambitionner de marier la Jocaste. Au contraire, au lieu de flinguer Laïos, il viendrait lui donner un coup de main, l’aider à manger, le balader en chaise roulante etc etc…

D’autres exemples ? Le pire des exemples peut-être, l’assurance maladie ! On pourrait la faire remonter à Enée d’une certaine façon : il sauve son père invalide en le portant dans ses bras… voilà très exactement ce qui se passe de nos jours. L’allongement de la durée de la vie a multiplié les Ausone. Les invalides, grabataires, personnes dépendantes, atteintes de toutes sortes de maladies, se multiplient comme le chiendent. Tout çà a un coût. Et plus les vieux deviennent vieux, plus le coût s’élève. D’autres études insistent sur le fait que la moitié des dépenses de santé sont engagées dans les cinq dernières années de la vie.

 

Qui paient cette fantaisie ? Les gens qui ont des revenus bien sûr ! C’est-à-dire ceux qui travaillent, c'est-à-dire les jeunes…. Et voici qu’à nouveau nous nous retrouvons en face de l’injure faite aux traditions de notre civilisation. Les sociétés occidentales les ont complètement inversées. On a anéanti l’hostilité naturelle du fils à l’égard du père, son désir de prendre sa place sinon dans son lit au moins aux commandes de l’entreprise familiale ou dans la jouissance des avoirs et du patrimoine. Lui a été substitué une chaîne plus dure que tous les esclavages, l’obligation pour le fils de payer pour le père.

 

Mais il y a pire. L’horreur dans l’inversion des sens n’est jamais loin et dans le domaine des dépenses pour la vieillesse, elle est là, omniprésente.

 

Les mêmes études ont montré que les dépenses de santé des personnes en fin de vie (majoritairement des vieux, cela ne surprendra personne) ne sont pas fonction de la gravité des dommages ou des maladies, elles ne dépendent pas non plus directement du niveau de fortune. C’est dire que ce n’est pas nécessairement parce qu’on est riche qu’on dépense plus en soins médicaux en fin de vie. Le niveau des dépenses reflète tout simplement l’importance attachée à la vie par les gens qui sont en train de la perdre. Et ici tout n’est que logique : la valeur d’une dépense de santé est nulle quand on est mort. En revanche, tant qu’on ne l’est pas, le désir de survivre prend une dimension d’autant plus élevée qu’on se sent proche de la mort. Il en résulte selon les études américaines, que suivant son intérêt personnel, un individu aura tendance à dépenser toute sa fortune pour essayer de durer le plus longtemps possible. Cela expliquerait la moitié des faillites personnelles.

 

Ainsi la prodigalité accroîtrait avec l’approche de la mort !!!!

Ainsi non seulement, le fils est obligé d’accueillir le père prodigue, mais, au surplus, il paiera pour ses prodigalités ante-mortem.

Et si les jeunes décidaient d’inverser cette tendance sacrilège pour revenir aux bonnes vieilles relations hostiles ?

Nos sociétés retrouveraient leurs racines et les comptes de la Nation se remettraient dans le bon sens…..

 

 

 

 

Rien n’a changé

 

Ils sont tous là. De vieux amis. Les gilets jaunes. On ne la leur fera pas à eux. Le covid ? des clous. Les distances barrières ? Des trucs pour permettre au flic de nous balancer leurs saloperies. Le confinement ? Dis plutôt emprisonnement. On reviendra avaient-ils prévenus, et les voilà qui reviennent. C’est rassurant. Ils commençaient à manquer aux commerçants des centre-ville. Ce qui revient aussi, c’est que les fameux commerçants victimes, continuent à être victimes des gilets jaunes. Le covid est plutôt gilet vert.

 

Rien n’a vraiment changé : pendant deux ans, la CGT a bloqué la France. Et voilà que la France est bloquée sans la CGT. Pire encore, avant, à cause de la CGT on ne pouvait pas monter dans les métros. Aujourd’hui, dans les métros, on ne monte plus. Ce n’est pas rassurant. Il y aurait davantage de gars de la CGT ce serait peut-être mieux ? Mais non, le covid n’attaque pas les rouges en priorité. Il est égalitaire : chacun en aura sa part, Rouge, Jaune. Et rien n’y fera. Martinez annoncera encore des grèves.

 

En vérité, rien n’a changé. Après la crise, tout reviendra comme avant.

 

C’est une illusion de croire qu’après la crise, les gilets jaunes rentreront se confiner sur leurs ronds-points. Pas davantage ne faut-il espérer que la CGT décide de mettre la grève hors la loi. Ne pensez  pas qu’on trouvera de la cocaïne et de la marijuana en ligne sur Amazon ou dans les supermarchés Carrefour. Les circuits existants ont leur légitimité. Ils ont fait leurs preuves. On reviendra à la distribution traditionnelle, celle d’avant.

 

Ce n’est pas très malin d’imaginer que la vertu cascadera dans le monde d’après. Il est vrai que certains pays asiatiques ont fermé leurs aéroports. On ne peut plus s’y rendre pour retrouver une nature libre et belle où l’amour peut s’épanouir sans compter. Demain, les sentiments seront les mêmes qu’avant et les aéroports retrouveront leurs anciens clients. Il n’y aura pas d’après qui pourrait changer la façon d’aimer ses prochains, petits et grands. Non décidément, l’amour sous le soleil et dans le vent des palmiers, est éternel. Il n’y aura pas de changements.

 

On lit, ici et là, que demain, ce ne sera plus comme avant. La crise sanitaire aura montré comme le covid-19 stimule les appels à la solidarité, à l’empathie, à la fraternité. Mais il faut se rassurer, tout sera comme avant. Les riches seront toujours de sales riches et les pauvres, des victimes de la société, parce que, que cela plaise ou non, il y aura toujours des riches et des pauvres. Et voici une question éternelle : s’il n’y a plus que des riches, quelle place pour les pauvres ?

 

Et aussi, on travaillera beaucoup plus souvent chez soi. Ce sera le télétravail. Voilà quelque chose de vraiment nouveau. Voilà qui nous changera ? Cela nous renverra à ces temps anciens quand on tricotait, cassait les noix, tissait la laine, chez soi. On n’aurait pas voulu, hier, se trouver comme les ouvriers de l’usine, enfermés dans des boîtes sales et malodorantes. Demain, on retrouvera cet hier si doux à la mémoire, des travaux à la maison, en hiver devant le cantou, en été avec les oies qui vous observent.

 

Demain, si peu différent ?

 

Demain on élèvera les enfants comme autrefois. Ils ne parleront plus entre eux en classe et quand l’un d’entre eux ne sera pas sage, il ira au coin avec son masque plaqué sur sa tête comme un bonnet d’âne. Demain, les médecins voudront soigner, comme autrefois. Certains mettront leur point d’honneur à conserver les vêtements blancs des soignants de grandes épidémies. Et comme autrefois, après 18 heures, si pas de médecins disponibles, alors composez le numéro d’urgence.

 

Non, non et non, demain rien n’aura changé et tout sera comme avant.

 

Demain ?

Non loin de la pièce où on m’a demandé de me reconfiner, j’entends la voix chantante d’un des enfants de ma voisine.

« Dis maman, c’est encore loin demain ? »

 

 

Après, ce ne sera pas comme avant. Paris enfin propre!

« Ce qui fut sera, Ce qui s’est fait se refera. Et il n’y a rien de nouveau sous le soleil. »

Eh bien non ! ça alors, jamais ! La crise ne s’achèvera pas sur rien. Nous n’aurons pas été confinés pour rien. La catastrophe qui s’était annoncée à l’horizon (cette ligne imaginaire qui nous poursuit quand nous détalons), nous avons su la stopper. Nous l’avons fait reculer. Elle a cédé tout en se battant férocement. Nous avons vaincu. Alors, maintenant que nous pouvons poser un regard serein sur le champ de ruines qui s’étale devant nous, allons-nous accepter que tout revienne comme avant ? Surement pas.

Il y a eu tout cet élan de solidarité. Les vieux ont reçu l’aide des jeunes. Les solitaires, pas forcément vieux (mais souvent) se sont vus entourés. On leur parlait. Ça changeait de la télé et de Jean Pierre Pernaut. Les journaux ont été pleins des miracles des journées confinées. Enfants qui devenaient sages. Parents qui découvraient leurs chérubins.

Non, tout ne reviendra pas comme avant. On dira qu’il y a eu un avant comme on disait qu’il y avait eu un Avant-guerre. Bien plus tard, les historiens parleront d’un « après ». On dira « Après le Colid », pour décrire combien la société aura su se réinventer après avoir frôlé la catastrophe.

Non ! en tant que parisien, je le sais, ce qui fut, ne sera plus. Non, aucune de ces tares du passé qui, en vérité, nous ont conduit à la pandémie, ne reviendra. Par exemple : le Métro. Cela concerne les parisiens. Une faible partie de la population, j’en conviens. Peu importe. Dans des temps où les gens sont invités à parler de choses qu’ils ne connaissent pas, je me concentrerai sur une question que je connais bien.

Le métro, à Paris, ne sera plus comme avant. Il ne puera plus. Parce que franchement, « avant », c’était pire qu'un cloaque. Il ne puera plus la pisse et on n’en verra plus les longs écoulements le long des parois des galeries couvertes de tuiles vernissées, allant se déverser là où cela est possible ou alors stagnant en flaques colorées dans lesquelles les enfants aiment à sauter pour faire des éclaboussures. Au fait, pourquoi, ne puera-t-il plus ? Parce qu’on aura fait partir ceux qui y pissaient comme si c’était chez eux. Il est vrai qu’ ils se sentaient un peu comme chez eux. Chaque hiver on les conviait à s’y installer, à cause du froid. Chaque été, de même, parce qu’il faisait chaud. Et ils restaient aux intersaisons, parce que ce n’aurait pas été humain de rejeter ces gens à la rue. Ils seraient devenus SDF.

Dans le métro, qui sera propre et sentira la lavande ou le muguet ou le gel hydroalcoolique (parfumé à l’alcool de riz dans les stations chics de l’ouest parisien), il y aura des rames de métro. Car, dans le Paris d’après, les conducteurs de métro, ne feront pas grève tout le temps. Un peu. Mais pas tout le temps. On ne dira plus « il est en retard d’une rame de métro ». On inventera une nouvelle expression : « il en est avance comme une rame de métro ».

Il y a le métro à Paris, mais aussi les rues ! Les rues de Paris ne seront plus comme avant. Elles seront propres. Comme les quais de métro. Les rues de Paris ne seront plus embarrassées par divers entassements d’ordures, de saletés diverses, de canettes de n’importe quoi, d’emballages Mac do etc, sans parler des chiens.

Les enfants ne pourront plus jouer au foot avec les seringues.

Ce sera le Paris d'après.

 

 

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