Soliloques sur le Vaste Monde, juillet 2018

Dialogue socratique pour expliquer la baisse du bitcoin

 

 

La nuit était noire et les cours du bitcoin chutaient. Oh ! Pas de beaucoup, mais cela faisait une semaine que de petits points en petits points, ils s’affaissaient. Bitgourou, souffla d’impatience. On avait été à 20 000 l’année précédente. On avait pulvérisé tous les records de hausse de toutes les valeurs mobilières du monde et de tous les temps : « fois 20 » comme on dit dans les milieux du trading. Mais aujourd’hui, on était à 5000.

 

Dans les affaires boursières, il ne faut pas se laisser trop influencer par les variations de cours, bougonnait Bitgourou dans son intime. Un gourou d’outre-atlantique n’avait-il pas récemment annoncé 25 000 voire 50 000 à la fin de l’année ? Fois 20 de 5000, cela ne conduirait-il pas à 100 000 ? Bitgourou sourit. « Rira bien qui rira le dernier » murmura-t-il si fort dans le sombre de cette nuit noire que même « bitcoin », son chat préféré, sursauta.

 

Un instant plus tard, c’est lui qui sursautait. Le téléphone grelottait de sa sonnerie « à l’ancienne ». Il était tard pourtant. Le téléphone annonçait un appel de Bitmignon, un de ses fidèles de la première heure. Prix moyen de son portefeuille 7500. Au début, il avait acheté pour rien mais il avait voulu tenter le jackpot en accumulant des bitcoins à tout prix.

 

« Hullo » chanta-t-il comme d’habitude : il faut rester gai et plaisant! Le spieleur en bitcoin est un animal nerveux. Mieux vaut jouer l’apaisement dés le départ.

 

« Ouais, salut, dis je t’appelle, passeque ça continue à dégueuler lourd »

 

Clairement, il était très nerveux.

 

« C’est vrai que ça a un peu baissé aujourd’hui » répondit Bitgourou avec une légèreté calculée.

 

« Ça baisse pas, ça dégringole depuis le début de l’année, t’as l’air de t’en foutre. J’aime pas ça. C’est toi qui m’as poussé à en bouffer des tonnes. J’aime pas que tu t’en foutes. Ouaisse-qon-va-merde-à-la-fin ! ».

 

Bitgourou haussa le ton. On ne rigolait pas.

 

« Bitmignon, je te l’ai déjà dit. Après une hausse très forte, dans les salles de trading, on décompresse. Un peu comme les moteurs qu’on a beaucoup sollicités. Il faut laisser refroidir la bête. Comme dans la chasse à courre. Les chiens foncent. Traquent et arrêtent. Et puis, ils sont à la ramasse, il faut attendre avant de continuer. C’est la même chose. Les cours sont un peu fatigués et les traders sont passés à d’autres trucs qu’ils avaient laissés de côté. Maintenant que les cours sont un peu plus bas, ils vont s’y remettre. Il faut leur laisser un peu de temps. On n’est pas aux pièces, non ? »

 

Bitgourou n’était pas mécontent de ce coup-là. Bitmignon était sur la mauvaise route. Il fallait le remettre sur la bonne, d’un bon coup.

 

« Tu te payes pas ma tête avec ta chasse à courre ? Kessekelle vient foutre ici ta chasse à courre. Je te parle de cours qui dégueulent et tu me balances une chasse à courre. Tu me prends pour qui ? ».

 

Bitgourou sentit qu’il fallait changer de stratégie.

 

« Tu ne me crois pas ? Tu veux des explications économiques ? eh bien tu vas en avoir… »

 

« Pas trop tôt, fut-il interrompu, tu me balades depuis un peu longtemps. »

 

Bitgourou respira un bon goût, passa sa main sur le doux poil de bitcoin qui se mit à ronronner. Rien n’est plus apaisant qu’un bitcoin qui ronronne.

 

« Il faut que tu acceptes de rentrer dans les lois de la physique des forces »

 

Bitmignon resta silencieux, incitant Bitgourou à continuer.

 

« Tu vois un ressort. Quand un ressort à été détendu, il se forme une force de rappel. C’est-à-dire que le ressort aura tendance, plus on l’étend, à accumuler cette force de rappel. Celle-ci se fait de plus en plus forte. Et elle va brutalement se relâcher, le ressort se contracte. Mais, là est le vrai « ressort » en quelque sorte car cette contraction s’accompagne d’une force d’accumulation qui fait repartir les cours à la hausse. C’est cette force qui va bientôt jouer et faire remonter les cours. On pourrait, prendre une autre image : celle de la balle en caoutchouc. Tu la laisses tomber, elle cumule force d’inertie et force de rappel et rebondit dans le sens inverse. Comme bientôt les cours du bitcoin. C’est mathématique. Il n’y a franchement pas à s’inquiéter. Tu me suis ? »

 

La voix de Bitmignon explosa dans le téléphone.

 

« Mais, tu me prends pour un abruti. Kesseque c’est ton brouet infect que tu veux me faire avaler. Tu joues à la pétanque ? T’as déjà eu une boule de pétanque dans les mains ? Tu en as laissé tomber une par terre un jour dans ta vie ? Moi je l’ai fait et ben, ta boule, avec toute sa force d’inertie et sa force de rappel, quand elle atterrit, elle bouge plus, elle remonte pas. Tu dis encore des conneries. Tu cherches vraiment à m’enfumer… »

 

Bitgourou commençait à s’énerver, à son tour d’interrompre la bordée d’injures qui allait déferler…

 

« Ce sont des images, tu ne vois pas que ce sont des images, elles permettent de comprendre les choses et d’imaginer l’avenir. Il y a d’autres arguments évidemment. Les lois des marchés et la formation des prix par exemple… »

 

« Ah ouais, et elles disent quoi tes lois. Que si les cours baissent on donnera une fessée aux traders… encore du grand n’importe quoi… »

 

« Mais non, je t’explique : tout le monde croit que sur les marchés les courbes d’offre et de demande ont pour objectif de former les prix. Dans la réalité, les prix, en montant, éliminent les demandeurs et, en baissant, elle leur donne un signal : ils peuvent acheter. Et comme ils sont plus nombreux, les prix remontent »

 

« Tu es encore en train de te foutre de moi : si je t’écoute, plus les prix baissent plus ils ont de chances de monter…. »

 

« Voilà, exactement, c’est un mécanisme très connu des statistiques « plus on se trompe, plus on a de chances de voir juste ».

 

« Et puis tu as un dernier argument. Je ne te l’avais pas cité en premier parce que je voyais bien que la baisse des cours était la question qui te chamboulait. Or, si on raisonne sur un portefeuille, la baisse des cours peut-être un bien. On va dire que tu as acheté 100 bitcoins à 1000. Soit 100 000. Maintenant, les prix ayant baissé à 100, tu décides d’acheter 1000 bitcoins. Donc le prix moyen de tes bitcoins, 1000 au début, est passé à 181 et des poussières. Tu as fait une moyenne à la baisse, les pertes sur le premier achat sont donc beaucoup moins importantes… »

 

« Bitgourou ?» la voix de Bitmignon était étrangement calme, limite sereine.

 

« Oui, Bitmignon! » répondit Bitgourou assez content de lui. Les derniers arguments avaient été forts. Il avait marqué le point décisif se disait-il.

 

« Bitgourou, tu es chez toi ? »

 

Bitgourou répondit instantanément, vite, comme si une urgence venait de débouler sans prévenir.

 

« Non, je suis en voyage, pourquoi ?»

 

Bitmignon avait raccroché. 

Trump et les bégaiements du passé

 

On n’a pas envie de jouer aux Cassandre, ni de s’effrayer de ce que les poulets n’ont plus d’appétit. On n’aurait pas envie de regarder en arrière, pour vérifier si tout ce qui se passe dans le monde s’est déjà passé et si on peut par conséquent en tirer des leçons…où seraient la volonté de l’Homme et sa Liberté, si on s’arrêtait à des considérations que les modernes ont jugé puériles.

 

Pourtant des indices qui hurlent sont là pour nous obliger à nous réveiller. J’en prendrai deux qui ont eu une influence durable sur ma vie, et qui, sans que j’y sois pour quelque choses, me paraissent prémonitoires.

 

Le premier indice est le sujet de « mon second bac » (une époque où il y en avait deux). « Peut-on tirer des leçons de l’histoire ». Note honorable mais j’ai été peu satisfait de ce que j’avais rendu.  Je n’ai jamais cessé de réécrire ma réponse. Aujourd’hui, je m’en tire par l’ironie me répétant en boucle : « l’histoire ne se répète pas, elle bégaie ».

 

Le deuxième indice, c’est le sujet de mon

premier exposé à Sciences-Po ( je découvris qu’à l’oral, j’étais assez bon, alors que fort médiocre à l’écrit) : « les pays dont la balance commerciale est structurellement créditrice sont-ils responsables des désordres monétaires internationaux ? ».

 

Pourquoi trouver là-dedans des indices alors que, somme toute, ce ne sont que des questions fort académiques trainent depuis des millénaires.

 

Commençons par le plus simple : les excédents structurels. Cela me permettra de la publicité pour mon ouvrage sur l’Allemagne « Le retour de l’Empire Allemand » où je me suis efforcé de montrer qu’un pays qui profite de l’ouverture des autres sans le leur rendre conduit à des confrontations et à des replis. Trump se fâche beaucoup contre l’Allemagne. Il n’est pas le premier américain à le faire. Les années 60 ont connu les premières fureurs américaines. Il y a ajoute simplement la Chine, et puis, finalement le reste du monde. Inconsciemment, Trump prend la tête d’une sinistre équipée.

 

La question n’est pas de savoir si Trump, nul en histoire comme la plupart de ses concitoyens, est en train, sans le savoir ou le vouloir, de répéter l’histoire. La question est scientifique : Maurice Allais écrivait « aucune anticipation de l'avenir ne peut se former en dehors d'une influence héréditaire du passé ». Le comportement de Trump revient sur 70 ans d’universalisation du monde. La précédente période de 70 ans, de 1875 à 1945, fut une terrible période de fragmentation. Or, elle suivait 70 ans d’invention d’un monde global. Voici la vraie question « Trump ne serait donc que l’agent aveugle du destin du monde. Pensant en être l’auteur, il ne serait que le jouet du dieu « Cycle ».  

 

Si vous suivez ma pensée, reconnaissez que cela fait froid dans le dos…. Le monde de Trump, en cours de fragmentation, nous conduirait vers 70 ans de nouvelles catastrophes sociales et de futurs drames internationaux.

 

 

 


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