Soliloque sur le Vaste Monde, novembre 2020

Joe, c’est aussi l’Amérique

 

Habemus papam ! Serait-ce un cri d’enthousiasme qui se serait répandu sur la planète saluant l’élection du nouveau Président des Etats-Unis? Ou, plus sûrement, un soupir de soulagement? Ou une douce musique sur le thème de la démocratie, qui, on le sait depuis que cette formule politique existe, l’emporte toujours, finalement… espèrent ses partisans.

 

Habemus papam ! En revanche, ce n’est pas à cet instant particulier de la vie des peuples et des Etats qu’on va se remémorer la célèbre formule qui faisait trembler tous les hommes d’esprit et de conviction humanistes : « le Vatican, combien de divisions ? ». Staline n’est plus pour faire trembler les faibles et leur rappeler que celui qui tient le bâton a plus de poids que celui qui manie la plume. Il a passé le témoin aux Etats-Unis.

 

Le Président des Etats-Unis est sinon l’homme le plus puissant du monde, au moins l’homme qui dirige le pays le plus puissant, celui dont les capacités militaires sont les plus imposantes, celui aussi qui domine le monde technologique, du calcul, des communications, de l’espace, des conquêtes scientifiques les plus audacieuses...

 

Tant mieux se rassurera-t-on in petto, il est préférable que tout ceci soit en de bonnes mains. Il nous paraissait que celles du Président Trump étaient davantage des pognes ou des poings que des mains qui nous parlent d’amitié, de « si tous les gars du monde… » etc. Tant mieux! Le nouveau Président serait un homme d’unité, de conviction et d’humanisme. Ses mains seront tendues vers tous « les gars du monde ». Elles brandiront la branche d’olivier de la paix, le lys de la pureté et les violettes de la modestie.

 

On se rassure comme on peut. L’histoire n’y porte cependant pas vraiment. Les Etats-Unis ont mis trois ans pour intervenir dans la 1ère guerre mondiale (mais reconnaissons que les Américains-allemands étaient fort nombreux), ils mirent à nouveau trois ans pour la seconde (sans jamais déclarer la guerre à l’Allemagne). Leur attitude à l’égard des Français dans différents conflits a été discutable. Le French bashing est devenu et demeure un sport américain, toutes catégories de populations confondues, démocrates comme républicains, et aussi toutes catégories de chaînes de télé ou de journaux…

 

En fait, rien n’est rassurant dans la conduite américaine, tant interne qu’externe ! Mais, après tout, ce n’est que le produit logique de la surpuissance. Les Etats-Unis sont "encore" le pays le plus puissant du monde : pour quelles raisons déraisonnables se comporteraient-ils « en un tas de chouette copains sympas » ? Bien sûr, c’est une nation tout imprégnée de religiosité (« in god we trust ») mais cela ne la conduit pas jusqu’à l’idéal qu’incarnent Saint Martin et son manteau. Les Etats-Unis ont quelques rapports délicats avec leur fameuse population afro-américaine ? Pour autant, ils ne sont pas hostiles à la diversité, qu’elle s’exprime en communautés ou en « pensée correcte ».  En revanche, ils ont beaucoup de mal à comprendre l’obsession laïcisante de quelques pays européens et leur méfiance vis-à-vis des musulmans ?

 

Donald Trump s’est comporté pendant quatre ans comme la caricature d’un Président des Etats-Unis, reniant les traités déjà signés, les engagements sociaux pris, les institutions héritées de la Seconde guerre mondiale comme celles qui étaient nées pendant la Guerre Froide. Ne s’agissait-il pas de rompre avec un leadership mondial, coûteux, sans réciprocité et sans vrai bénéfice ? Le peuple américain avait-il vraiment envie de continuer à se fourvoyer en subventions économiques, en protections militaires et en cadeaux sans retours au profit d'une bande internationale d'ingrats et de profiteurs? Trump n'a-t-il pas provoqué un retour à la réalité, "la réalité à l'américaine "celle où « the winner takes all »? Celle où la puissance financière d’Apple ou de Facebook en font de véritables « Etats au-dessus de l’Etat et de tous les Etats ». Celle où Saint Martin, à cheval, passe en sifflotant à côté du pauvre mendiant et lui pique son dernier haillon.

 

Rassurante cette élection ? Pas davantage que ne l’est cette formule terrible de Chateaubriand arrivant en Amérique : « Ce fut une esclave qui m'accueillit sur la terre de la liberté ».

 

Allons ! Secouons-nous et rendons son vrai sens au dicton : « on sait ce qu’on perd… on ne sait pas ce qu’on va encore perdre » !!!

 

 

Eh bien ! Faisons la guerre !

Récemment, dans la lutte contre le covid, deux moments ont été impressionnants. L’un, quand le premier ministre se prit à hausser le ton et à abandonner la posture du dirigeant au ton contrôlé et apaisant, en s’exclamant vigoureusement qu’il comprenait l’exaspération des commerçants et particulièrement des libraires mais qu’à la fin, on ne parlait pas de comptes d’exploitation mais de morts.
 
L’autre, quand le ministre de la Santé, frappé par la remarque d’un parlementaire qui se croyait ironiquement critique, lança que si la question du covid ne valait que de bons mots d’hémicycle, il était préférable que le député qui en était l’auteur s’en aille.
 
Revenons en 1918, en mars, les Russes devenus Soviétiques pactisent avec les Allemands, lesquels peuvent déplacer leurs troupes vers l’Ouest. A ce moment-là, juste à ce moment-là, Clemenceau dut affronter, les violentes critiques de ses adversaires politiques, qui n’avaient de cesse de l’attaquer malgré la gravité de la situation.
 
Il lança à ses opposants. "Je fais la guerre, que la guerre, Politique intérieure, je fais la guerre ; politique étrangère, je fais la guerre. Je fais toujours la guerre".
 
Comment Clemenceau aurait-il réagi quand l’adversaire politique déferle de tous les côtés et non pas seulement à l’Assemblée ou dans la presse ? Qu’aurait-il pu faire face à la déferlante des « réseaux » où on ne connait que le "bashing"? C’est tellement plus facile de balancer des vannes sur les « autorités » que de s’engager personnellement, intellectuellement, physiquement dans la bataille. En tout cas, on n’a pas vu un seul internaute demander au vu et au su de ses pairs où et quand il pourrait être utile. Ce ne sont que des réseaux, c’est-à-dire une version en ligne de cloaca maxima, le grand égout de la Rome antique !
 
Ailleurs, ce sont les fameux plateaux-télés. Avec les blouses blanches. Des dizaines d’épidémiologues et de virologues qui nous racontent toutes les erreurs qu’il ne fallait surtout pas faire et dans lesquelles, évidemment, les « autorités » appuyées sur le « pouvoir » se sont fourvoyées. Des dizaines de blouses blanches avec leur « Star » jouant les « Christ » en majesté à la une de Paris-Match. Mais pas un pneumologue. Ceux-là sont occupés à soigner les victimes de la pandémie. Ils n’ont pas le temps de faire plaisir à un journaliste en quête de sensationnel. « Alors, docteur, le gouvernement n’aurait-il pas dû… »
 
Hier, j’ai assisté à une sorte de reprise en main télévisuel: un rejet de ce sensationnalisme qui défigure la presse dite d’information. Malgré l’insistance du présentateur, un médecin, tranquillement, a répété les conditions de la réussite du confinement et en particulier que la responsabilité de chacun est incontournable. « Mais ce n’est pas ma question interrompt le journaliste…  je voudrais que vous nous disiez si « les Autorités » »…. Il n’a pas le temps de continuer. L’interviewé reprend la parole, sèchement : « Je viens de vous le dire et je le répète, le succès du confinement ressort de la responsabilité de chacun d’entre nous ». Mine déconfite du journaliste à qui ce médecin avait piqué sa sucette « les autorités… »
 
Enfin, se trouve la cohorte de tous les politiques qui, suivant l’Arsouille absolue, le «François» de l'Union de la Gauche, estiment qu’un opposant ça s’oppose et qui, donc, se sont installés confortablement dans le fauteuil douillet de l’opposant professionnel. Celui-là ne peut, par principe, participer au combat contre le mal, ce serait se compromettre avec les « autorités » ou « plus grave « avec le pouvoir »….
 
Et raisonnent à nouveau les paroles de Clemenceau : « Dans les circonstances actuelles, c'est que nous sommes en guerre, c'est qu'il faut faire la guerre, ne penser qu'à la guerre, c'est qu'il faut avoir notre pensée tournée vers la guerre et tout sacrifier aux règles qui nous mettraient d'accord dans l'avenir si nous pouvons réussir à assurer le triomphe de la France…… Aujourd'hui, notre devoir est de faire la guerre en maintenant les droits du citoyen, en sauvegardant non pas la liberté, mais toutes les libertés. Eh bien ! Faisons la guerre ».


 

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