Soliloques sur le Vaste Monde, juillet 2019

- Le vol de données par les prof.

- Vers un monde bariolé

- Chaud devant

Le vol de données par les prof.

 

Allo ?

Bonjour docteur !  

 

Donc, comme vous l’aviez vivement recommandé, je suis allé au laboratoire d’analyses. Ils m’ont pris ce qu’il fallait suivant vos prescriptions. Ils m’ont confirmé que vous auriez les résultats très vite. Je vous appelle pour savoir si tout est ok ? Pour l’envoi des résultats, évidemment. Enfin, pour les résultats aussi ! Vous aviez l’air soucieux …

 

Ah bon, bien ! Donc, c’est bon, vous les avez reçus… vous avez pu y jeter un coup d’œil ? Rien de grave, je suppose, enfin, j’espère...vraiment...  je n’aimerais pas… 

Ah ! très bien, donc, vous avez pu jeter un coup d’œil…

Ah ! Pas un coup d’œil ! Vous les avez lus ! Formidable et vraiment tous mes remerciements, pour votre diligence, de nos jours on est toujours un peu stressé. On veut aller vite. Alors… Non, vraiment merci pour… mais rien de grave n’est-ce pas ? 

 

Vous ne pouvez pas me dire ? Je ne comprends pas bien… les téléphones portables... franchement!  Smart ? Pas trop, on n’entend rien. 

Ah bon ! j’avais bien entendu ! Mais en fait, j’ai entendu quoi, je n’ai pas bien compris. Vous les avez, mes analyses ? Vous les avez bien lues ? Vous avez tiré vos conclusions ? Oui ? Mais alors, peut-être vous pouvez me donner une petite idée, pas tout évidemment, il faut qu’on se voie… 

 

On ne pourra pas se voir ? Pourtant, vous m’aviez dit… 

C’était avant ? 

Avant quoi ? 

Avant la grève ! 

La grève de quoi ? J'entends pas bien... La grève des résultats d’analyses ? C’est quoi la grève des résultats d’analyses ? Y a rien dans les journaux sur une grève des analyses ! 

Oui, oui, j'ai compris, c’est pas une grève des analyses, c'est une grève des résultats d’analyse. Mais puisque vous connaissez les résultats, même que c’est vous, qui…. 

 

Comment, je ne comprends pas ? Pas quoi ? Que vous voulez faire plier le gouvernement? Pas de résultats d’analyse tant que Macron est au pouvoir ? C’est une blague ? Vous voulez vous foutre de ma gueule ? Vous voulez que je vous la casse votre gueule de salaud de gréviste des résultats d’analyse ? 

tit.tit.tit.

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Allo, l’aide en ligne ? c’est que je vous appelle passe que y a un truc que je comprends pas avec l’ordinateur et le site et les billets que j’ai commandés.

 

Je vous donne mes références. Voilà, pas de problème. C’est les bonnes, j’espère ? ah, ouais, top, c’est les bonnes! Qu’est ce que je veux ? 

 

Alors, voilà : j’ai commandé des billets pour aller à Marseille avec la famille. Non, Marseille. Oui, c’est ça, Marseille. Bon, j’ai commandé et j’ai payé. Normal, quand on achète un truc on paie le truc. Ouais ! C’est ça: carte bancaire et tout. Alors, comme je pars tout à l’heure avec la famille, j’ai cherché mon e-billet sur mon smart-phone. Et voilà que je l’y trouve pas !

 

C’est normal ? Et pourquoi c’est normal ? Moi, il me les faut les billets, je pars dans une heure. 

Je les aurai pas ? Mais je les ai bien payés, c’est dans votre bécane que j’ai payé, non ? 

Oui ! Vous les avez les paiements ! C'est déjà ça ! Moi, il me manque l’e-billet maintenant.

 

Je l’aurai pas !?!

Ils font grève ? Ils font grève de quoi ? De dire quel billet on a et où il est ? C’est ça votre grève ? Vous voulez dégager Macron! On paye et on vous chourave l’information. Mais vous étes des xxx de yyy de vvv de zzz. …

tit.tit.tit. Salaud, il a raccroché.

 

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Où il est le secrétaire de cellule ? 

 

Les gars, vous avez vu la saloperie du ministre : c’est Staline ce type. Il donne des notes qui sont même pas légales. C'est quand même nous qu'on donne les notes, non?

 

Ouais, il essaie de briser la grève. Ouais, il fout la pression. Ouais, il dit qu’on va nous poursuivre pour détournement de données personnelles et pour vol d’informations individuelles. Il dit que les notes ne sont pas à nous mais qu’elles font parties des données personnelles des bacheliers. Qu’on est en train de bafouer la RPGD. 

 

Ce type, c’est un briseur de grève…. 

On s’en fiche des données ?

 

Ben mon gars… comme ça, au hasard… L'une des premières amendes administratives peut atteindre jusqu'à 10 000 000€

Chaud devant

On a beaucoup critiqué les Gilets Jaunes : leurs violences, les destructions systématiques de ce que le contribuable  a financé, (eux ne paient pas d’impôts) les magasins pillés… Pourtant, on est en passe de découvrir que, si le mental « gilets jaunes » avait été plus répandu, l’Humanité aurait évité des catastrophes sociales et politiques.

Encore une manifestation de mon (mauvais) goût pour le « paradoxe » ? La vérité est que les gilets jaunes ont ralenti leurs opérations en raison de la canicule. Que les CRS cuisent sous leurs cuirasses, ils s’en fichent. Mais que les retraités de 70 ans, les mères célibataires et les Rmistes fonctionnant au diesel puissent faire des collapses, des embolies et des coups de chaud à force de courir, de lancer des pavés dans les vitrines et de ramasser des grenades pas encore explosées, çà non ! ce n’est pas possible. La sagesse n’est-ce pas ?
Et là, je me suis mis à rêver.

J’ai rêvé à Robespierre. J’ai rêvé à la Révolution française. En plein mois de juillet. Les annales sont claires : non seulement le soleil avait rendu rare le grain à moudre, mais au surplus, la chaleur aidant, l’eau pure manquant, les soifs n’étant plus étanchées que par moultes rasades de vin, les débordements furent dramatiques : on piqua même des têtes d’opposants sur des lances et, dans les campagnes on fit brûler des châteaux avec des gens dedans. J’ai rêvé : Robespierre, constatant l’étendue des désastres, aurait arboré un gilet jaune et ordonné la suspension de la Révolution. Les révolutionnaires se seraient mis à l’ombre. Ils auraient bien aimé faire des œufs brouillés, ils ne voulaient pas être transformés en œufs durs. La sagesse l’emporta. La Révolution fit long feu. On ne prit pas le temps de supprimer la monarchie. Et tout recommença comme avant.

J’ai rêvé : on est en Russie en 1917, en octobre. Il fait très froid. Lénine s’en fiche : pour lui, un révolutionnaire, c’est le feu qui se répand sur la planète. Mais voilà que Trotski déboule. Il a mis un gilet jaune. « Halte camarade ! » crie-t-il à son camarade. « Il fait trop froid. On ne peut pas demander aux camarades de geler sur place. Marquons une pause et reprenons aux beaux jours ». Mais ils ne reprirent rien du tout : aux beaux jours, les moujiks pensèrent semailles, blé en herbe et autres joyeusetés bucoliques.

On met un gilet jaune pour se protéger. Lorsqu’on le met lors d’une promenade en ville, on risque les coups de matraque, ce qui n’est pas malin. Alors, il est facile de comprendre qu’il est idiot de porter un gilet jaune pour ramasser des coups de soleil. Il vaut mieux suspendre les revendications. On reprendra à l’automne, la saison sera plus fraîche, on allumera des feux de joie sur les ronds-points, l’ambiance y sera chaleureuse. On fera des merguez et on criera « chaud devant » avant de les boulotter.

Il fera « bon chaud ».

 

Vers un monde bariolé

 

Que choisir entre un monde bariolé de signes personnels accumulés et un monde gris qui interdirait les marques extérieures de différence ?

Il faut que je m’explique : des voix allemandes viennent de soulever le problème délicat du port de la Kipa. A l’origine du problème, une pratique vestimentaire de plus en plus fréquente dans les lieux publics. Elle serait, en Allemagne, l’objet de controverses violentes à l’instar de ce qu’on trouve en France au sujet des tenues « islamiques ».

Plutôt que d’interdire le port de la kipa dans la sphère publique au risque d’antisémitisme primaire, quelques édiles ont suggéré que le port de la Kipa soit généralisé. Tout le monde portant des kipas, il serait difficile d’ostraciser cet accessoire vestimentaire et son porteur. Finement pensé comme tout ce qui vient de notre voisin.

D’où il m’est venu cette idée : appliquons cette règle à tous les vêtements portés sous contrainte religieuse, le voile dit islamique, la toge couleur safran des bouddhistes, le turban des sikhs, la bure des franciscains, le pagne façon Gandhi et la Kipa.

La rue deviendrait une symphonie de tissus des plus lumineux aux plus discrets.

Une autre solution ? Pas de démonstration. Pas d’épate. Pas d’originalité. Du gris. Des vêtements qui ne peuvent rien dire de ce que pensent leurs porteurs.

A vous de choisir entre deux possibilités : tout le monde est partout le héraut de toutes les idées, dans l’autre, on pense discrètement, dans l’intimité de son « chez soi » !


 

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