Soliloques sur le Vaste Monde, Septembre 2019

- Paris s'éveille, Paris est sale, Ce n'est pas merveille, Ce n'est pas normal

- La France est-elle abandonnée par le siècle ?

- Sainte Greta prépare le bûcher

- Musée de l’économie et de la finance

Sainte Greta prépare le bûcher

 
Lettre à Sainte Greta,

Certains vous ridiculisent en utilisant les initiales de votre nom pour en faire « Gran Turismo ». Veulent-ils vous ravaler à un cow-boy raté ou vous faire sentir que vos déplacements ici et là ont une empreinte carbone aussi insensée que la célèbre bagnole partenaire du fameux Clint Eastwood ?

Je crois plutôt que beaucoup pensent que vous avez été enrôlé dans un drôle de « show ». Votre merveilleuse colère aura été aussi bien jouée que votre voyage « zéro carbone » au travers de l’Atlantique. Vos déclarations ont claqué comme le fouet du prophète au-dessus d’une assemblée de mécréants. Vous avez su dénoncer, « name and shame » et désigner à la vindicte du monde, les pays, dont l’ignoble France, qui font tout pour que les petits enfants bouffent du plomb, de l’amiante, des pesticides et toutes ces cochonneries dont vous avez une liste mise à jour.

Vous avez pointé un doigt vengeur sur eux : ils connaitront une nouvelle raison de se voir pourchassés.

Comment la France, soi-disant pays des Droits de l’Homme, pourrait-elle avoir une opinion sur les valeurs et l’éthique et les grands projets civilisationnels ? Croyez-vous que ses citoyens puissent sans honte promener à l’étranger leurs désirs hédonistes et narcissiques, alors qu’à la maison ses enfants souffrent, délaissés et abandonnés aux rigueurs d’un climat qui bat la campagne et des « malbouffes » industrielles.

On me dira qu’on n’a pas le droit de parler ainsi à une enfant qui a des droits (la preuve, un traité a été prévu pour les protéger) et qui a raison de les défendre ? On me dira que, comme de plus en plus de gens dans le monde, elle est autiste (la faute au saumon au mercure dont la suède s’est fait une belle spécialité) et donc irresponsable par certains côtés.

On dira des trucs parfaitement niais sur l’innocence des enfants. On rappellera leurs relations privilégiées aux dieux. On dira que depuis que les classes ouvrières ont abandonné la belle ambition d’être « le genre humain », les enfants sont aujourd’hui devenus les forçats de la terre entre jeux vidéo, petites mains pas chères et attentats sexuels.

On dira ce qu’on voudra, moi, je dis, chère Gran Turismo, que je doute de vous, purement et simplement.

Tentez-vous de faire pardonner vos parents et grands-parents, traîtres aux valeurs les plus fondamentales de l’Occident, jusqu’à l’abjection de lois raciales copiées sur celles de leurs voisins. Des lâches installés pour profiter du spectacle de la Seconde Guerre mondiale, vendant quelques strapontins aux juifs qui en avaient les moyens et déployant un commerce d’enfer avec leurs cousins de l’empire Hitlérien ?

Issue d’un des pays les plus racistes de toute l’Europe, vous vous impatientez de la pureté des intentions des autres, (à défaut de pureté de la race ?).

Elle est étrange cette passion à enfoncer les portes ouvertes.
Votre belle colère a opportunément éclaté.
C’était le bon moment ?
En d’autres termes, pour qui roulez-vous ?  
 

La France est-elle abandonnée par le siècle ?

 

 

 

Chateaubriand s’écria un jour : « j’abordai la France avec le siècle ».

 

Aurais-je été trop franco-français ? Franchouillard ? Me suis-je laissé aller à imaginer que ce beau pays « qui est le mien », est victime de complots bien orchestrés pour les uns, bidouillés ou opportunistes pour les autres ?

 

On me dira que je n’ai pas quitté l’enfance des cours de récréation quand on jouait à la guerre contre les boches et quand on voyait l’amerloque comme un grand frère. Je ne parviendrais pas à oublier les écoles de la république et leurs poésies d’il y a 500 ans ; je ne parviendrais pas à comprendre que maintenant, elles sont reléguées dans d’obscurs « ateliers de langue ancienne ». « France, terre des armes, des arts et des lois » ? Ces professions de foi ne font-elles pas sourire ; comment peut-on continuer à entendre pareilles niaiseries ?

 

Le Français avait conquis son universalité grâce à la puissance du Royaume puis de l’Empire… Soyons beau joueur : la puissance du royaume a passé et l’ordre américain s’impose. Il s’imposait autrefois « nécessairement » et permettait de vivre en paix. De nos jours, il s’impose « absolument » au plein sens du mot absolu et de ses dérivés et impose qu’on ne lui résiste pas.

 

La France n’est qu’une collection de prétentieux, prête à donner des leçons d’humanité à tout le monde en s’appuyant sur des idées qui ne mérite pas mieux que l’étalage d’un marchand d’antiquité aux Puces ?  La France ne serait plus qu’une vieille pensée que ses propres enfants ne parviennent plus à partager ? Un meuble, signé bien sûr, mais branlant et sans marché.

 

A la fin, pour quelles raisons devrait-on, dans le concert du monde et ses systèmes de domination, accepter que la France gène comme le caillou dans la chaussure. Elle donne des leçons ? Elle se dresse sur ses ergots et s’imagine bonne à distribuer les bons points ? Elle veut se faire le médiateur de la paix, alors qu’elle n’est qu’un nain militaire ? Le plus simple, c’est de s’en débarrasser.

 

Pour que cela cesse, il faut la fragiliser ; la faire condamner devant les nations réunies pour ses violences policières pas moins odieuses que celles de l’odieux Poutine ou de Maduro et aussi des Chinois ; elle se flatte d’avoir donné le nom de sa capitale à des accords sur le climat, on la calmera en l’attrayant devant un tribunal au nom des droits des enfants ; elle se croit capable de fabriquer des avions, on les taxera à 100% et pour montrer au monde qu’elle n’est qu’un lamentable producteur de pinard, on réduira à zéro ce qu’elle prend pour un art de vivre et qui n’est qu’ une affaire de minables gros sous.

 

Quand ses enfants seront harcelés au nom du climat par les enfants des autres pays, quand un français se promenant à l’étranger se fera traiter d’hypocrite, de vendu et de traître à l’humanité, on peut imaginer qu’il perdra confiance dans ses propres valeurs et qu’il ne saura plus les défendre.

Good shot, guys !

 

Paris s'éveille,Paris est sale, Ce n'est pas merveille, ce n'est pas normal

Après les apostrophes de Sainte Greta, la colère médiatique d’un canard américain : « touristes (américains) prenez-y garde, Paris est sale. Paris est peut-être même la plus sale des capitales du monde occidentale, et même du monde »

L’attaque est assez banale. Il y a toujours chez les Américains cette vieille tentation du French Bashing. Ça déferle régulièrement comme la houle atlantique. Que répondre… quand, Parisien, on a le sentiment que ce n’est pas faux ? Que réclamer ou revendiquer de la municipalité ?

"Rien du tout, les gars ! Non mais, où vous croyez-vous ? Vous vous rêvez occupants de ronds-points ? Vous vous la pètez facho ?" C’est ce qu’elle dit la mairesse.

Vous voulez mettre en cause les éboueurs et leur conscience professionnelle qui sont tous à la CGT ? C’est une manœuvre pour la pousser dans la rue, "pour qu’elle converge" vers les luttes, comme on dit. Et Trump, ça le biche : « Pan sur Macron ! » avec Sainte Greta et « re-pan sur Macron » avec l’offensive de M.Propre.

" Paris est sale ? Et pourquoi Paris est sale ? Vous vous l’êtes demandé par hasard ? Vous voudriez que ce soit de ma faute ? Parce que j’ai la tête d’une femme de ménage mais pas les compétences ? "

Eh bien moi! Anne Hidalgo, mairesse castagnette de Paris, je vous le dis, si Paris est sale c’est parce que les parisiens sont des porcs. Pas plus compliqué.
Donald me suit.


Musée de l’économie et de la finance

 

Parmi les dépenses stupides que mon petit billet accroche : la Cité de l'Economie et de la Monnaie - Musée de la Banque de France. Je ne chercherai même pas à savoir si la dépense a été assumée par la Banque de France. Je m’interrogerai seulement sur l’utilité de ce monument, si important qu’il bloque cent mètres de rue parisienne. Manifestement, on a voulu prévenir les risques d’attentats. Il devrait être plus difficile de placer là, contre le musée, une voiture piégée, alors que cela sera enfantin devant l’autre absurdité muséale qu’est le musée Jean-Jacques Henner revampé à grands frais en l’honneur d’un peintre oublié. Ou bien, absurdité complémentaire, on a voulu ménager de l’espace pour mieux gérer les longues queues de visiteurs, assoiffés de connaissance sur l’économie, la finance et top des top, la Banque de France. En lisant cette chronique, vous comprendrez qu’il n’y a aucun risque de « Bank run ».

 

On veut ici dire quelques mots sur un non-sens, architectural, muséal, éducatif et historique.

 

Non-sens architectural : la Banque de France avait acquis l’hôtel Gaillard, sis place du général Catroux, anciennement place Malesherbes. Ce bâtiment, qu’on aurait pu qualifier de palais illustre la rage monumentale qui s’était emparée d’une foule de nouveaux riches et d’anciennes familles. De gigantesques « hôtels » furent érigés dans des styles composites, reminiscents, souvent greco-concierges, rarement d’avant-garde. Tout autour du Parc Monceau, le long du Bd Haussmann et à deux pas des Champs Elysées, ce seront les hôtels des Nissim de Camondo, Cernuschi, Rothschild, Potowski, de la Paîva etc etc…

Celui de la famille Gaillard l’emportait sur les autres : il ambitionnait de faire revivre l’architecture et la décoration des XVIème et XVIIème siècle dont le banquier Gaillard était un collectionneur passionné. Le résultat fut un château renaissance qui émergea au milieu de la frénésie de construction post-haussmannienne.

 

Il fut inauguré lors de festivités réunissant plus de 2000 personnes et son propriétaire se plût à organiser des fêtes costumées dans le goût des siècles qu’il vénérait.

 

Fin du premier acte

 

Les grands hôtels particuliers de Paris ont souvent changé de mains, ceux du Marais ont été « industrialisés », transformés en manufactures cuivre, bronze, imprimeries, textiles etc. Les grands hôtels des VIIIème et XVIIème arrondissements ont été transformés en sièges administratifs ou en musée. Le « Palais Gaillard » fut racheté par la Banque de France qui y établit une succursale. Elle y fit beaucoup de travaux pour adapter une résidence bourgeoise à l’activité bancaire laquelle, dans les années de l’entre-deux guerres, supposait une main d’œuvre abondante dans des domaines de compétence extrêmement variés (titres, chèques, comptes, coffres et garçons de recette).

Les travaux n’ont pas été sans effets sur les décors et l’ameublement du Palais même si tout ne fut dramatiquement modifié : les volumes, les portes, quelques boiseries et décorations de plafond demeurèrent en l’état. La Banque de France y ajouta des aménagements originaux : une salle de coffre splendide, entourée de douves en eau, qu’on franchissait par un petit pont (qui n’était quand même pas levis !!!).

 

Mais, voilà que les choses changent même dans des domaines aussi vieux que le monde, ceux de l’argent et des comptes. La Banque de France ne pouvait plus maintenir des bâtiments surannés d’autant plus que n’ayant plus de clients autres que les banques et les institutions financières, elle n’avait plus de raisons d’entretenir de longs guichets, de prestigieuses salles de coffre et de considérables surfaces de travail pour les employés.

 

La magnifique succursale fut donc progressivement vidée de tous contenus humains et bancaires. Comme il fallait bien faire quelque chose de ce bâtiment énorme, après de nombreuses hésitations, on en fit un musée. Et voilà qu’est né le premier musée interactif d’Europe dédié à l’économie. On ne peut que s’en réjouir sur le plan des principes : en France, l’enseignement de l’économie est d’une indigence sidérante. Tout ce qui pourrait être fait pour inverser cette tendance néfaste est bienvenu. Sauf qu’ici on a dépensé des monceaux d’argent pour faire un musée de l’économie qui n’a absolument aucun intérêt.

 

Début du deuxième acte : Une incohérence permanente

 

La rénovation du bâtiment est le fruit de l’inconséquence de ses parrains et de leurs contradictions.

En effet, le musée hésite entre trois intentions : montrer un palais comme une (très) riche famille pouvait en faire construire à Paris, à la fin du XIXème siècle, montrer comment fonctionnait une succursale de la banque de France de la fin de la première guerre mondiale aux années 1960, enseigner ce qu’économie, finance et monnaie veulent dire depuis la nuit des temps jusqu’à nos jours.

 

Tout ça dans un même espace (vaste certes, mais la capacité de concentration des visiteurs est sérieusement malmenée).

 

Le résultat est désastreux.

 

Qu’avait-on besoin de faire du musée une énième version des décors de la vie des « riches » avant la première guerre mondiale ? Il y a à Paris plusieurs édifices qui ont gardé, dans leur « jus », les décors et l’ameublement d’hôtels splendides. Pensez à l’Hôtel Nissim de Camondo et au musée Jacquemart André. Malheureusement pour l’hôtel Gaillard, la Banque de France était passée par là avec le même effet que l’industrie parisienne dans les beaux hôtels du Marais !!! Qu’a-t-on eu besoin de montrer que la chambre de M. Gaillard avait été transformée en bureau de M. Le Directeur de la Banque de France, avec photo d’un plumitif de haut rang à l’œuvre. Quel intérêt y a-t-il à évoquer la salle de bain du directeur !!! Donc, un désastreux mélange des genres : on ne voit pas comment vivait M.Gaillard dans son palais et on n’a que des informations de détail, au raz des pâquerettes, sur la vie et le fonctionnement d’une succursale de la banque de France.

 

C’est le deuxième point du désastre : on veut enseigner l’économie, on se trouve dans les locaux d’une banque centrale et,  pour toutes explications, sur son rôle, pourquoi des succursales, quelle clientèle, quel rôle vis-à-vis de l’Etat etc on n’a que des photos et des commentaires indigents (l’antichambre du Directeur, le bureau du chef de la comptabilité etc). Or, ce monde de la banque, à cette époque, et au surplus, en tant que banque centrale, commence à être oublié. On ne sait plus comment il fonctionnait, on ne sait plus quelles en étaient les activités. On va de contre-sens en faux-sens parce qu’on imagine la banque d’autrefois avec nos habitudes intellectuelles d’aujourd’hui. Un exemple : les garçons de recette dont nous montre des photos et … leurs matraques. Photos anciennes, rassemblements comme des photos de famille. Sur leur rôle, les raisons de leur existence… rien, si ce n’est qu’ils allaient chercher les recettes !!!!

 

Or, dans le même espace, on montre des objets muséographiques, des pièces de monnaies, des modes de fabrication de ces fameuses pièces et tous instruments pour échanger…. On nous dit que l’essentiel de la monnaie réside dans l’énonciation des valeurs. On nous montre des pièces d’or. Elles sont parfois très belles… et alors ? la vraie question aurait dû être, avec telle monnaie, vous pouviez vous payer un carrosse, un cheval, un morceau de pain. En toute honnêteté, cette collection de pièces de monnaie n’est en rien exceptionnelle. Il y a mieux, et de loin.

 

Donc deuxième confusion, ce qu’on montre n’est pas contextualisé et quand on expose, on ne dit pas comment les objets exposés, des pièces de monnaies étaient employées (c’est tout juste si on ne sert pas aux visiteurs le fameux lancer de bourse à la d’Artagnan « payez-vous maraud » - noter, pour le fun, que la statue de d’Artagnan est justement installée en face de l’hôtel Gaillard-).

 

Enfin, et pour le pire : l’endroit est censé être un musée interactif et ce serait le premier d’Europe dans ce domaine. Cela laisse tout d’abord à penser qu’en Europe, l’enseignement de l’économie est bien implanté et développé : il n’y est pas nécessaire de créer des musées de ce type !!! Imaginons que les Français ont quelques longueurs d’avance et apprécions l’enseignement délivré par notre musée. Confusionnisme et mélange des genres une fois de plus : les exposés, quand il y en a, sont de bonne qualité mais les jeux multipliés de salles en salles sont ou complètement puérils ou supposent un rassemblement de copains parce qu’ils sont multi-joueurs. J’ai laissé tomber quelques tentatives pour faire bouger des flèches, pour former des prix et pour trouver les bonnes combinaisons de matières premières et de produits finis destinées à faire une brosse à dent ou une pièce de réacteur nucléaire (j’exagère).

 

En conclusion : si cela était un musée sur la vie des grands bourgeois de la fin du XIXème siècle, c’est raté. Si cela était un musée sur la vie dans une grande banque française dans la première moitié du XXème siècle, c’est encore raté. S’il s’agissait de montrer les techniques bancaires dans le courant du XXème siècle, après la seconde guerre mondiale, encore raté. Et si enfin, il s’agissait d’enseigner l’économie, encore plus raté.

 

Qu’aura-t-on retiré de ce gâchis ? On aura illustré un dicton qui, dans le monde de l’économie, est essentielle : « il ne faut pas courir deux lièvres à la fois ». Et on aura montré qu’il est insensé d’en courir quatre en même temps.

 

 

 

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