Soliloques sur le Vaste Monde, décembre 2015

- Le retour de la vieille branche

- Le Retour de la race blanche

- Les Migrants, un bon investissement?

- Guantanamo sur Auron

- Il n'y a pas de quoi pavoiser

Le retour de la Race Blanche

 

 

 

La vie politique est émaillée de moments intenses. Ils sont douloureux quand un homme terrassé vacille et chute. A Thiers épuisé qui s’effondre voyant l’Alsace et la Lorraine perdue, le Chancelier de Fer murmura : “Dormez, reposez-vous ; c'est trop de fatigue… » ; et « Bismarck, enleva Thiers dans ses bras, comme l’on fait d’un enfant et le coucha sur le Canapé ».

 

Je suis sûr que le vaillant Bartolone en a rêvé. Défait devant les siens, pire que Bazaine trahissant l’Empereur, laissant à l’ennemi la plus belle place forte de France, il y avait de quoi faire un vertige et une grosse migraine.  

 

Ses forces l’abandonnant au lendemain de la bataille et avant d’être emporté à l’hôpital, je suis sûr qu’il a rêvé de Valérie Pécresse, amicale et miséricordieuse : « C’est trop de fatigue » aurait-elle murmuré à son oreille douloureuse.

 

Claude Bartolone s’est-il vraiment battu ? La vérité : il a été durement battu malgré une campagne où il a su donner le pire de lui-même, poussant le peuple de gauche à la conquête de Versailles, appelant celui des banlieues à colorer Neuilly et crachant sur les Blancs, comme autrefois Babeuf, sur le drapeau des Bourbons.

 

Battu, il s’est effondré.

 

A gauche, même les chefs peuvent avoir des faiblesses de santé. Claude Bartolone comme les autres. Heureusement, les vieux réflexes sont encore bons : il a eu le temps de poser un arrêt de travail. Instinct de l’enseignant syndicalisé, réaction naturelle de tout combattant socialiste contre le grand capital. « La sécurité sociale n’est pas que pour les sans-dents » l’a-t-on rassuré en haut lieu. « Et ensuite tu poses un pt’it bout de congé. Tu vas te retaper »

 

On n’est trahi que par les siens ! A ce moment précis où ses défenses s’effondrent, après que tout ait été perdu et même l’honneur, au lieu de l’installer dans un hospice de l’Assistance Publique, parmi les siens, les pauvres, les sans-travail, les sans-logis, ceux dont il se voulait le héros, ses amis le transportent à l’Hôpital Américain en plein milieu du Neuilly exécré. Hôpital blanc immaculé dont les prestations hôtelières sont exceptionnelles. On dit que c’est très cher. Et on dit que c’est pour les riches (ou les blancs, c’est la même chose).

 

Les amis de Claude Bortolone ne lui voulaient que du bien en le déposant étendu et sans conscience dans l’accueil des urgences ! ils s’écrièrent : « et traitez le comme un roi » ! « Mais non, comme un riche tout bêtement » répondit en sourdine un agent hospitalier affilié à la CGT. Ce soir-là, à Neuilly, les arbres, bien élevés comme à Versailles et dans les beaux quartiers, ont accueilli le Président de l’Assemblée Nationale.   

 

On dit que dans la nuit, pleurant son Grand Paris perdu, il se lève de son beau lit blanc. On dit qu’il va vers la boite au lettre de l’étage et y dépose une petite enveloppe bleue. Alors, claque dans le silence un sec « A voté ! ».

 

Les migrants : un bon investissement?


Les évènements dramatiques qui se sont succédés, ont occulté une information récente. Elle portait sur un détail désolant de banalité comptable et pourtant lourd de sens.

L’Autriche a obtenu que les coûts relatifs aux migrants, évalués à un milliard d’euros au minimum pour le budget 2016, soit 0,3% du total des dépenses publiques, ne soient pas décomptés comme dépenses à part entière. Il lui fallait le blanc-seing de la Commission Européenne. Elle l’a obtenu. On devine que l’Italie est très intéressée par le tour que prend la question, et la Grèce aussi par où passent une bonne part des Syriens. 

Tout le monde est donc content : cet effort d’accueil qui aggrave les déficits ne sera pas un fardeau comptable supplémentaire. On pourra continuer à faire doucement déraper les dépenses. Il suffira de le justifier au nom des valeurs universelles. Tout le monde? Sauf l’Allemagne! Le débat y est violent entre les tenants de l’orthodoxie budgétaire, d’un côté et, de l’autre, les laxistes qui s’imaginent que la politique des bras ouverts et des mains tendues ne coûte rien.

C’est sans compter sur les statisticiens, les économétriciens, ceux qui produisent des prévisions sur cinquante ans avec 3 chiffres après la virgule. Ils se sont mobilisés et voilà qu’ils démontrent qu’accepter les migrants c’est mathématiquement un bon coup (et par voie de conséquence un bon coût).

Le milliard des Autrichiens, ce n’est pas mal et proportionnellement équivalent aux dépenses de l’Allemagne dont le PIB est dix fois supérieur. Les Allemands en sont à estimer que le million de migrants qui auront débarqué chez eux en 2015 coûtera quelques 10 milliards d’euros, soit à peine 10 000 euros par personne et par an, un peu moins de 900 euros par mois. C’est un forfait qui comprend transport, construction de logements, soins médicaux, enseignement de l’Allemand, enseignement du reste, aide à la famille et soutien culturel. Dans la réalité, il faudra compter sur plus de 25 milliards…Mais c’est une autre histoire.

C’est là que les statisticiens changent la face des choses : ce n’est pas un coût, c’est une triple opportunité. Tout d’abord, les 10 milliards (et, plus encore, les 25) auront un effet « relance ». Ils partiront en consommation et dépenses d’investissements. Ensuite, l’autre opportunité : l’Allemagne connait un fort déficit démographique, son marché du travail est au bord de la rupture, le chômage est tombé trop bas, les tensions inflationnistes pourraient réapparaître. En faisant venir une «armée de réserve des travailleurs», elle soulage les entreprises Allemandes. En plus, les migrants sont dynamiques et créatifs, disent les statisticiens.

Sans compter l’impact démographique ! Ils permettent de repeupler les pays déficitaires. Justement, les Allemands ne voient pas leur avenir démographique en rose ! Une troisième opportunité pour les Allemands ?

Hongrie, Suède, Tchéquie et les autres n’ont manifestement rien compris aux études des statisticiens et ferment leurs frontières. Ils pensent que les migrants sont une charge : ils ne savent pas ce que triple opportunité veut dire. Il faudra leur apprendre.


Il n'y pas de quoi pavoiser

Il n’y avait pas de quoi pavoiser et peu de gens l’ont fait. On aurait pu étaler un drapeau noir. Mais le noir est le symbole de tous les nihilismes. Un drapeau blanc aurait été une insulte aux morts et aux souffrances des blessés.


Il n’y avait pas donc vraiment pas de quoi pavoiser.

Plus gênant : elles me mettent mal à l’aise, toutes ces cérémonies, fleurs qui s’accumulent devant le bataclan,  flon-flon des musiques municipales, «marches tristes», minutes de silence et le comble: les Invalides et les belles chansons tristes sous un ciel de plomb.


Lorsque le malheur s’abat sur la France, le Monde entier serait secoué de sanglots! Les «Marseillaise» feraient le tour du globe et, là-bas, au Bangladesh ou à Oulan-Bator, les foules s’attristeraient en défilés silencieux.


S’en prendre à la France, c’est en vérité s’en prendre à l’Homme. Le monde atterré dénonce aussitôt un crime contre toute l’Humanité: la France, Paris, c’est sacré.


Au Nigéria, c’est moins sacré. On ne pleure pas les victimes de Boko Haram. Et les passagers de l’avion russe? A la décharge des pleureurs: on n’a pas eu tout de suite l’information, ce n’était peut-être pas un attentat. Donc on ne les a pas pleurés. Ne parlons pas des Kamikazes qui se sont fait récemment exploser devant une mosquée au Bangladesh, ni des Anglais massacrés en Tunisie.


Pas de pleurs pour ces gens-là, dans ces coins du Monde ? Ils ne sont pas Français. Ce n’est pas la même Humanité?

Le retour de la vieille branche

 

 

Tapie c’est une mine dans tous les sens du terme. Une mine d’or pour le chroniqueur : Tapie est là, la panne d’idées s’en va. Pour les politiques, une mine explosive à base de testostérone diluée dans de l’adrénaline. Pour les produits de beauté : on peut avoir bonne mine et pas un cheveu blanc, malgré l’âge et les soucis.  C’est la preuve par le senior que, dans la vie et pour le bonus, il faut savoir s’accrocher.

 

Tapie, c’est la boxe : c’est dans le jeu de jambes qu’on l’apprécie. «T’es condamné en politique, on te dédommage au commercial, t’es plombé au commercial, tu reviens en politique. T’étais à droite, on n’avait pas compris que t’étais à gauche. Tu te bagarres pour ton bonus ? Pour se faire le FN, faut bien avoir un peu de blé d’avance».

 

Tapie, c’est entreprendre et préfinancer : c’est le risque de l’entrepreneur ! Mettre du pognon dans un truc qui peut foirer, mais ramasser la mise quand ça marche. Et passer des coups de fil à la chance. Faut pas la laissez faire cette catin, elle peut aussi bien filer chez les «sans-dents».

Tapis, par terre, ce n’est pas Bartolone. Baffé par une gonzesse, il ne court pas se faire réparer l’âme et l’esprit à l’hôpital américain, il a trop le souci de l’image. Quand il est malheureux Tapie, il va à l’hosto où que c’est remboursé par la sécu. Là, on ne lui demandera pas de rendre le fric. En principe

Guantanamo sur Auron

 L’Auron est une charmante petite rivière qui circule au centre de la France. Cette précision géographique pour lancer une belle polémique.

On entend des discours anti-radicalisation et des appels à la création de centres de déradicalisation. Comme il existe des centres antialcooliques ou des centres de rééducation qu’on nommait maisons de correction dans les périodes primitives d’une démocratie balbutiante, quand on prétendait inculquer la douceur de la vie en société par la contrainte.

Jamais, entend-on protester, jamais on ne fera de maisons de déradicalisation  comme on pouvait ériger des maisons de redressement ou de correction, des pensions pour enfants difficiles, des asiles pour personnes dérangées, des camps pour personnes déplacées ou des camps de regroupement pour tous types d’indésirables. L’idée initiale était toujours bien intentionnée. Ne s’agissait-il pas, comme pour un hôpital, de rassembler des gens présentant blessures, maladies ou insuffisances de toutes natures, psychologiques, physiques, politiques? Les victimes ainsi réunies, on pouvait déployer dans les meilleures conditions de productivité tous les moyens destinés à guérir, remettre dans le droit chemin, corriger  et redresser. Hélas, trop souvent, le manque de moyens et la confusion entre redressement des âmes (prison) et redressement des corps (hôpital) conduisait à des dérives à l’exemple de Guantanamo, la fameuse cellule de déradicalisation américaine.

Guantanamo ? Les Américains en chantent la terrible efficacité. Mais, il est clair que pour nous, Français, tant la forme que le fond de cette unité de déradicalisation sont contestables. N’avons-nous pas triomphé de l’inquisition et de ses geôles? Ce n’est pas pour installer des Guantanamo au bord des charmantes rivières françaises.

En revanche, La France n’a-t-elle pas une longue tradition hôtelière et hospitalière. N’avons-nous pas des groupes spécialisés dans l’accueil des touristes, d’autres capables d’organiser des randonnées de l’extrême, ou la livraison à distance de repas complets et savoureux? Les Français ne sont-ils pas connus pour un certain art de vivre, apaisant et décontractant. N’avons-nous pas là, les ingrédients de «Guantanamos à la Française».

Mais pourquoi sur l’Auron ou n’importe quel ruisseau, tout charmant qu’il soit? N’avons-nous pas le premier domaine maritime du monde? N’est-il pas doté d’iles et d’atolls en tous genres sous toutes les latitudes? Pourquoi, infliger des paysages ennuyeux et un tantinet tristounet quand des terres de rêve, des eaux turquoise et une faune amicale sont là qui n’attendent que l’occasion d’apaiser les radicaux et de restaurer leurs esprits?

Ne serait-ce pas une bonne action que d’en faire profiter ces radicaux qui ont accepté de se faire déradicaliser? On créerait des fermes de déradicalisation comme on crée des fermes éoliennes ou des parcs solaires. Les intéressés seraient, comme ces drogués des smartphones, coupés de toutes les technologies inopportunes qui ont contribué à leurs malheurs. Ils seraient traités avec l’assistance des grands groupes français de voyages collectifs comme une clientèle de grandes vacances. Plus longues que des vacances? Tout dépendrait des progrès du déradicalisé et de l’appréciation de ses tuteurs.

Ce serait tout aussi efficace que la technique américaine et moins visible.



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