Soliloques sur le Vaste Monde, Décembre 2020

Moments héroïques et vie de tous les jours

Les grands moments de l’histoire montrent toujours, lorsqu’on les raconte, des peuples entiers tendus dans la lutte pour la victoire ultime. Ce sont aussi de petits groupes qui se battent au nom de principes éternels et se font tous tuer animés qu’ils sont d’un esprit pur et d’une volonté intraitable.

Mais hélas, même lors des grands moments de l’histoire, il faut compter avec la vie de tous les jours. Elle est rarement grandiose. Elle peut prendre des aspects éloignés des grandes ambitions et de la noblesse des combats.

Aujourd’hui la grande affaire c’est la Covid. Sera-ce un jour considéré comme un grand moment de l’histoire ? J’ai peine à le penser tant nos concitoyens démontrent à qui veut le voir que tout ça n’est rien que la faute au gouvernement qui n’a pas su écouter les gens censés (qui ne sont pas dans le gouvernement).

Imaginons cependant qu’aux générations futures on raconte la lutte de l’humanité contre un épouvantable fléau, reléguant Attila au niveau d’un touriste un peu bruyant. Il faudra dire que tout un peuple s’est levé et a fait front contre le virus que des asiates pervers avait perfidement diffusé dans le monde doux et paisible des peuples démocratiques. Il faudra avancer que des bataillons de professeurs Raoult ont porté leur aide spontanément aux autorités en place, parfois débordées. On montrera que sur les plateaux-télé, héroïquement posés au plus prés de la pandémie, des slogans combattants furent lancés par des centaines de sachants partageant gratuitement leurs connaissances et même celles qu’ils n’avaient pas.

On dira aussi avec quelle spontanéité les commerçants de tous genres, petits et grands, s’opposèrent aux personnes infectées à la déambulation saccadée, mécanique et distordue, fermant leurs devantures sous leurs nez, bloquant tous contacts et cantonnant les risques de diffusion de l’épidémie. Cette geste sera enrichie par l’attitude héroïque des grandes surfaces qui s’attachèrent à rester ouvertes malgré tous les risques que leur personnel encourait. On racontera comme Amazon sut, en bon ordre, se replier sur ses entrepôts et, à partir de ces bases solidement approvisionnées, lancer des escouades de francs-tireurs porteurs de biens essentiels à la barbe de la soldatesque virale.

Voilà comme on parviendra à faire de cet évènement chaotique et imprévisible un grand moment de l’histoire, bien que, sur le moment, celui de la vie de tous les jours, cela ne parut pas clairement. Un manque d’enthousiasme populaire ici et là ? Mais, le marché noir cessa-t-il du jour où De Gaulle s’écria sous les voutes de Notre Dame que la France était libérée ? Des ricanements face aux hésitations des stratèges gouvernementaux ? Mais, Pasteur ne fût-il pas l’objet de la risée des grands professionnels de la médecine de son temps ? Des commissions d’enquête sur les désordres administratifs lancées au pire moment de la pandémie ? Mais Clémenceau eût plus souvent à se battre contre les partis politiques français que contre les armées assoiffées de sang du Kaiser !

La vie de tous les jours est comme ça ! Elle n’est pas nécessairement en phase avec l’éternité. L’homme de tous les jours ne vit pas que de grandes idées. Il faut bien qu’il s’assume lui-même, corps ployant sous les forces de la gravitation, esprit occupé à la gestion du quotidien.

Il ne faut surtout pas qu’on attente à ses besoins essentiels. Il demande de la paix, de l’air, de l’espace. De la liberté donc. La vie de tous les jours, quand les temps sont dramatiques, ne doit pas interdire les échappées ni remettre en cause les conquêtes sociales les plus utiles au moral et à la continuation de l’effort contre la pandémie.

C’est pourquoi, il faut ouvrir les stations de Sport d’Hiver.  

Fureur et violence sans risque

 

Black block ou blac bloc. Violence pure, pour la violence pure. En France, c’est cette forme que revêtent les jeux de bagarre de rue qui passionnent les Anglais, où des abrutis vont faire la baston contre d’autres abrutis, plus ou moins alcoolisés. Eventuellement, lorsque la police essaie de calmer le jeu, c’est contre elle que les bandes s’allient après s’être violemment entre-cognées.

 

La différence, peut-être, avec la France réside en cela que les black block "français" ont besoin d’un quitus moral. Ils ne présentent par leurs violences, destructions, incendies comme un jeu entre copains de bandes « ennemies ». Ils se revendiquent défenseurs et activistes des torrents d’idées altruistes, pleurnichardes et gnan-gnantesques brandies comme des oriflammes par les Associations de défense des pauvres, des malheureux, des souffrants ou les ONG auto-proclamées défenseuses des divers, des migrants, de première, deuxième ou troisième génération, et des femmes (il ne faut jamais oublier de penser aux femmes) et des enfants pédophilisés (il faut penser à la mairie de Paris qui fait tout ce qu’elle peut pour évacuer les collaborateurs qui ont fauté).

 

Les black blocks sont proclamés ultra-gauche par une presse qui informe à coup de stagiaires et d’intérimaires : ultra-gauche ça fait aristocrate de la politique comme autrefois les « ultra » antirévolutionnaires. Ultra-gauche, ça fait gauche qui pense direct comme les coups de poing du même nom.

 

Il n’y a pas si longtemps, on a pu dire que la France avait la gauche la plus bête du monde. Elle a renoué avec les nervis communistes, ceux qui venaient avec des barres à mine depuis les charbonnages dans le Nord ou depuis les usines sidérurgiques de l’Est pour casser du CRS-SS. Les black-blocks, ne sont pas autre chose que cette continuation de la violence au mépris de la démocratie.

 

On pourrait se dire qu’il ne faut pas se plaindre ; c’est un phénomène du samedi soir. C’est un sous-produit de la société de sécurité sociale. On cogne en début de week-end et si on est cogné, heureusement l’hôpital est gratuit et anonyme. Il faudrait tenter l’expérience suivante: si un pouvoir un peu créatif décidait que black block = 0 sécurité sociale, 0 APL, 0 RSI etc... il y aurait fort à parier qu'il y aurait infiniment moins de candidats à la castagne et à l’incendie purificateur.

 

A partir de l’exemple des black blocks, soyons créatifs : pourquoi, plutôt que de priver de liberté sous forme de peines de prison des pauvres types qui ne sont que des paumés, des gens qui ont du mal à la société, des malheureux qu’il faudrait arroser d’un revenu minimum garanti sans travail, pourquoi donc, ne pas les punir par le portemonnaie ? Pourquoi ne pas supprimer toutes ces subventions pendant des laps de temps fonction de la gravité des faits reprochés. Ce serait doublement économique : moins de dépenses pénitentiaires et diminution des dépenses supportées par les divers organismes de sécurité sociale, d’assistance familiale etc… et moins de douleur mentale supportées par suite des incarcérations. (C'est important la douleur mentale).

 

Pour que cela fonctionne, il ne faudrait pas que cette créativité soit mise en cause par les divers responsables de la vie publique, les maires de gauche par exemple, dont l’affection pour l’ultra-gauche est à peine voilée. Ces maires, à Paris tout particulièrement, s’attachent à maintenir des formes de violence, nécessaires selon elles à une subtile excitation et animation de la vie urbaine.

 

Tout récemment, une sorte de « black block party » s’est déployée à Paris avec la bénédiction de la mairie sous la forme d’un défilé grotesque de « gros cubes ». Près d’un millier d’abrutis sur leurs Harley, Triumph, Kawasaki et autres motos du même genre. Fumées puantes, débauche de hurlements de cylindres, klaxon provocateurs, blocage d’une avenue entière. Pourquoi ? Pour pouvoir stationner! Voilà. Manif, autorisée par la mairie. Elle a été contente la mairie! Enfin des black bloks qui ne cassent pas ! Il faut reconnaître que quand on a une moto à 20 000 euros, on est prudent. On ne sait jamais, elle pourrait être abîmée.

 


 

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