Soliloques sur le Vaste Monde, février 2019

- Le beau n'est pas l'ami du bien

- La fiscalité des ronds-points : réponse de l’Administration

- Les Gilets Jaunes mieux que le Puy du FouSDCF,

- Les Sans Domiciles Crâniens Fixes

- A distance prudente...

- Citations sur l'écriture: Lettres, épistoles, missives et billets…

Le beau n'est pas l'ami du bien

Pourquoi diable, les Gilets Jaunes se sentent-ils des ailes à l’idée d’aller manifester sur les Champs Elysées ?
A question simple, réponse simple : parce que c’est beau.

Elle m’a sauté aux yeux quand, devant la télé, je fus obligé de regarder un petit film vantant les mérites de la formation professionnelle. Joli film dans lequel « un jeune » est mis en situation. Délié, souple et agile, il se mouvait dans l’espace comme un jeune moderne, comme si rien ne pouvait lui résister, à commencer par la pesanteur.

On montrait au jeune la chance qu’il y avait à être bien formé professionnellement. Et le voici lancé dans des ateliers neufs rutilant de couleurs vives où des robots font le boulot. Et voici le jeune qui se saisit d’une lunette trois D pour se lancer dans la conception de jeux virtuels et de scripts de dessins animés.

Il virevolte au milieu d’autres jeunes, gais et, eux-aussi, virevoltant dans des univers colorés et chaleureux.

En somme, on lui sert un brouet digne des contes de fée les plus primaires : imaginez sa tête quand il se retrouvera dans un atelier graisseux avec des machines transferts qui ne font pas le boulot toute seule. Quand il se retrouvera dans un open-space avec des copains-collègues qui lui demanderont d’arrêter de chantonner « on n’est pas dans une soirée entre potes ».

Où mènent des désillusions de ce genre ?
Tout droit aux Champs Elysées: là, avec les potes on peut virevolter en rêvant comme dans le film.   

 

Les Gilets Jaunes mieux que le Puy du Fou

Nous en sommes à onze séances.

Au début, c’était fort brouillon. Certains participants, n’ayant pas tout à fait compris le scénario, avaient pu penser qu’il s’agissait essentiellement de couper les consommateurs de la consommation. Casser les vitrines et piquer ce qu’il s’y trouve, pensaient-ils, était la mise en application la plus directe et la plus claire de cette stratégie d'assèchement. D’autres avaient organisé des ballets improvisés sur le mode derviche tourneur : ils squattaient les ronds-points et tournaient en rond devant un public d’automobilistes épatés par leurs performances. Ils ne tombaient pas, sauf ceux qui étaient un peu trop alcoolisés, et aussi, ceux qui avaient oublié leurs pilules pour le cœur.

Et voici, que de séances en séances, tout est devenu plus simple. On ne pouvait pas le savoir au début, car on ne connaissait pas les participants lors de ces séances. Maintenant tout est clair. Ce sont les mêmes qui participent aux performances, de semaine en semaine. Ce qui pouvait passer pour artisanal se professionnalise. Un écosystème est né. Pour illustration :  les performeurs ne s’embarrassent plus de banderoles, de gilets ou de boules de pétanque. Ils les louent à des prestataires qui les livrent sur les lieux des performances.

Ces performances, soyons-en assurés, sont tout sauf gratuites et sont même d’un très bon rapport. Le Président Macron a été si content des prestations des gilets jaunes qu’il n’a pas hésité à ouvrir toutes grandes les caisses de la République pour les récompenser.

Bien sûr, il y a toujours des grincheux. Ces rabats-joies qui ne veulent pas participer, qui s’irritent d’une voiture flambant gaiement dans la nuit, (la leur) ou d’un stock d’invendus dont on vient les alléger en quelques secondes. Il y aura toujours des mécontents.

En revanche, la prestation « gilets jaunes » commence à être intégrée dans les programmes de voyage à destination de la France.

Deux formules seront possibles :

L’une, qui sera identifiée dans les programmes des agences de voyage du nom de « spectateur engagé ». Elle offrira aux touristes intéressés la possibilité de regarder les performeurs aux prises avec leurs partenaires policiers, en réservant des balcons ou des terrasses sur des lieux dits « chauds ». Les jumelles seront en option. L’offre comportera aussi un version « active » : participer au maintien de l’ordre aux côtés des partenaires policiers. Moyennant un supplément, des flash balls et leurs cartouches seront disponibles (les recharges sont payantes).

L’autre option offrira de participer aux séances en tant que « performeur associé ». Les touristes qui auront opté pour cette prestation recevront des gilets jaunes sortis des meilleures maisons, des bouteilles remplies d’un mélange inflammable et un petit livre de slogans à crier.

On envisage, si le succès perdure, de lancer la commercialisation des performances sur le plan international. Les performeurs français, en s’agitant comme ils savent le faire à Paris et même dans des villes de province, rendraient enfin, les centres-villes de Singapour, Moscou, Pékin etc. amusants, intéressants et productifs de valeur humaine.

SDCF, les Sans Domiciles Crâniens Fixes

Convié par un ami à une conférence sur le cerveau, « Le conférencier, Pascal, c’est une grosse tête », le voilà qui me rappelle aussitôt : « il n’y a plus de place ».

 

Et là, j’ai senti couler l’effroi, ce ruissellement qui glace les veines. Cette affaire de conférence devenait très inquiétante.

 

Les gens s’étaient-ils précipités pour entendre parler d'un machin très important qui leur rappelait quelque chose : une vieille comptine, une lettre de Musset à George Sand, une déclaration à l'emporte-pièce de Saint Just au sujet de la décapitation, des images d’autrefois en quelque sorte ? 

 

Voulaient-ils entendre parler du cerveau parce que le leur ne leur parlait plus ?

S'il ne leur parlait plus, craignaient-ils qu’il se soit fait la malle et mis aux abonnés absents ?

Mal à l'aise dans son habitacle habituel, il serait parti pour un logement plus moderne. Un truc cyber. Branché sur ordi. Et plein d'IA pour discuter enfin avec une vraie intelligence.

 

Qu’attendaient-ils de cette conférence ?

 

Dire leurs souffrances et se lamenter ? Il est vrai que ça marche bien dans notre beau pays. Les lamentations n’y ont pas de murs où se fracasser, c’est open.  

 

Obtenir des infos de la part de la police (ils doivent bien savoir où il s'est tiré le salaud !) afin de le récupérer avant qu’on ne le débranche et le dépose aux objets trouvés.

 

Ou à la SPA :

 

 

Devenu SDCF (sans domicile crânien fixe) un cerveau retourne vite à l'état sauvage errant autour des ronds-points. 

La fiscalité des ronds-points : réponse de l’Administration

 

 

La Direction Générale des Impôts interrogée sur la fiscalité des paiements effectués par les automobilistes « filtrés » sur les ronds-points a apporté des réponses dont nous avons ici simplifié la lecture.

 

Déductibilité des paiements :

 

Les paiements effectués par les automobilistes, conducteurs ou non, entre les mains des gilets jaunes peuvent-ils être considérés comme des péages ?

L’administration est très claire : ce sont des péages. Ils sont déductibles de l’assiette de l’impôt.

 

L’administration admet la déductibilité moyennant le respect d’un certain nombre de conditions :

 

1) Paiement

 

1.1) en espèces, un reçu (selon formulaire disponible sur le site gouvernement.fr) devra être produit en complément de la facture elle-même. Ce reçu sera signé par le responsable de rond-point comme il est précisé ci-après pour l’établissement des factures justificatives.

 

1.2) par chèque ou carte bancaire, on produira l’extrait de compte bancaire.

 

2) documentation

 

L’exonération devra être documentée par le moyen d’une facture en bonne et due forme.

 

2.1) La facture devra avoir été émise par les gestionnaires délégués, le syndic de rond-points, le commissaire politique ou le président du soviet du Rond-point agissant au nom de l’association GJ ou l’amicale GJ du rond-point de Trifouillis les dindons (c’est un exemple) ou encore la réunion des GJ en faveur du RIC. L’administration tolérera l’absence de la mention du K.Bis ou d’un numéro d’enregistrement officiel.

 

2.2) Elle devra être visée par l’autorité responsable du rond-point (voir ci-dessus). Celui-ci sera nécessairement domicilié dans la commune du Rond-point. En conséquence, on ne pourra apposer la signature de références fantoches, comme, Drouet.E ou Nicolle.M.

 

2.3) La facture devra indiquer les coordonnées du rond-point, la date et le jour du paiement, le montant versé Hors taxes et le montant de la TVA.

 

3) Cas des paiements en nature.

 

3.1) L’administration est appelée à se montrer compréhensive. De même si, factures à l’appui, les intéressés n’ont pu s’acquitter des péages que par remise de gâteaux, bonbons ou de boissons non alcoolisées.

 

3.2) Aucune déduction ne sera tolérée pour des péages acquittés par faveurs sexuelles, remise de clefs du domicile des conducteurs et/ou de passagers, et/ou de clefs de coffres-forts. Ne pourront être retenus ni la remise de bouteilles de vins ou d’alcools, ni celle de bagues, colliers ou pièces d’or.

 

4) Limites de La déductibilité

 

4.1) La déduction est limitée en montant. On ne pourra pas, pour une même facture, déduire davantage que ce que l’on aurait payé pour un trajet de même nature sur une autoroute à péage.

 

4.2) La déduction est limitée en fréquence: on ne pourra, pour un mois donné, déduire plus de 20 paiements.

 

Soumission des paiements à l’impôt 

 

Selon diverses sources concordantes, les intéressés, les tenanciers ou gestionnaires de ronds-points n’ont pas encore jugé utile d’interroger l’administration sur le sort fiscal des sommes ou avantages encaissés

 

Une seule certitude à ce stade de réflexion : la pénibilité de la collecte, même attestée par des blessures quelle qu’en soit la gravité, ne pourra être traitée comme « frais de gestion ».

 

 

A distance prudente...

Alors que je m’étais paisiblement immiscé dans quelques pages « facebook » rassemblant diverses « familles » de gilets jaunes, je me suis fait couvrir d’injures, de menaces et de condamnations à mort à gogo.

 

Peut-être avais-je été ironique ? J’avais trop insisté sur le respect qu’on devrait porter à notre belle langue ? C’est possible. Je ne suis pas toujours parfait. Il est des moments où, l’esprit de précaution s’affaiblissant, un mot ou une saillie peuvent m’échapper. Était-il juste que violences, injures, menaces s’abattissent sur ma tête comme les antiques Érinyes pourchassaient les criminels ?

Quelques lecteurs attribueront ces excès aux tendances et aux modes de fonctionnement des gilets jaunes. Pourtant, dans un tout autre domaine, celui de la blockchain, du bitcoin et de ses semblables, je me suis trouvé dans une situation identique.

 

Poussant en avant quelques arguments bien sentis sur l’absence de valeur du Bitcoin en particulier et des cryptomonnaies en général, j’ai été accueilli non pas par des arguments bien charpentés mais par des injures plutôt rudes. Genre insultes « gilets jaunes ». Soyons justes ! L’orthographe des injures, insultes et menaces n’était pas aussi délabrée.

 

Mais, si la forme était mieux maîtrisée, le fonds était le même. Je dérangeais des convictions établies : il fallait m’éliminer.

 

Pourtant, ne dit-on pas que les réseaux rapprochent ?

 

Deux exemples ne font pas une preuve. En revanche, leur convergence pousserait à conclure que plus on rapproche les gens, plus ils ont tendance à vouloir se taper sur la figure.  

 


Citations sur l'écriture: Lettres, épistoles, missives et billets…

 

 

Gaulle  (de) Charles

 

Car dans les lettres, comme en tout, le talent est un titre de responsabilité.

 

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Maurois André   

René ou la vie de Chateaubriand 

 

L’esprit dans les lettres est assez commode pour masquer les fissures du sentiment.

 

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Voltaire

Pardonnez-moi, cher ami, la longueur de cette lettre, eussé-je eu davantage de temps elle eût été plus brève.

 

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Comtesse de Boigne

Mémoires

 

(Par son mari, comtesse ou marquise, Saussenage de Maugrion, elle lui adressait une lettre en ces termes cités par madame de Boigne)

«Je vous écris parce que je ne sais que faire et je finis parce que je ne sais que dire » Saussenage de Maugrion, bien fâchée de l’être.

 

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Flaubert Gustave     

Pensées et aphorismes

 

On n’écrit pas avec son cœur mais avec sa tête.     

 

 Sur madame Bovary….J’aurai fait du réel écrit, ce qui est rare. 

 

Tout le talent d’écrire, ne consiste après tout que dans le choix des mots.

 

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Abé kôbô 

La femme des sables

  

J’ai voulu essayer de me faire écrivain ; et si écrivain je ne puis devenir, dès lors, je ne vois certes pas où serait pour moi la moindre nécessité d’écrire !

 

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Kraus Karl

Aphorismes

 

On doit à chaque fois écrire comme si l’on pour la première et la dernière fois. Dire autant de choses que si l’on faisait ses adieux et les dire aussi bien que si l’on faisait ses débuts

 

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Mansfield Katherine 

Journal

 

J’ai fait une découverte : je ne puis pas brûler la chandelle par un bout et écrire un livre à l’aide de l’autre bout.

 

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Amélie Nothomb

 

« La lecture (d’une lettre) permet de découvrir l’autre en conservant cette profondeur que l’on a uniquement quand on est seul ».

 

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Pascal Blaise

Pensées

 

Aristote et Platon » s’ils ont écrit de politique, c’était pour régler un hôpital de fous, et s’ils ont fait semblant d’un parler comme d’une grande chose, c’est qu’ils savaient que les fous à qui ils parlaient étaient rois et empereurs »

 

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Rosset Clement

Le choix des mots

 

        « la qualité d’un texte, dépend moins de l’intelligence de celui qui se dispose à écrire que des décisions heureuses prises ligne après ligne, au moment où s’écrit le texte »

 

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Sarraute Nathalie    

Ici

 

Il cherchait des mots pour le capter, pour le montrer, et on lui passait des mots, tous les mots dont on disposait, mais il n’en voulait pas , non, ce n’est pas ça, c’était d’autres mots qu’il lui fallait…des assemblages de mots longuement cherchés, patiemment prudemment choisis qui pourraient peut-être tirer au jour, rendre visible :

« Ah , je voudrais écrire »

 

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Slodertijk Peter       

La domestication de l'être

    

L'homme (qu’il) forme un monde, dans la mesure où être formateur de monde signifie continuer à écrire le texte du monde.

 

 « Comme l'a relevé un jour Jean-Paul, les livres sont de grosses lettres adressées aux amis »

 

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      Valery Paul      

Tel quel 

   

Ce que l’on écrit en se jouant, un autre le lit avec tension et passion.

Ce que l’on écrit avec tension et passion, un autre le lit en se jouant.

 

Le plaisir ou l'ennui causé à un lecteur de 1912 par un livre écrit en 1612 est presque un pur hasard.

 

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Wittgenstein Ludwig

Carnets de Cambridge

 

J’ai lu quelque part que Luther avait écrit que la théologie est la grammaire du mot Dieu.

 

Il se peut que, comme beaucoup aiment s’entendre, j’aime bien m’entendre écrire.

 

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Woolf Virginia

 

« Une vraie lettre… devrait être comme une pellicule de cire qui s’imprime directement au contact du cerveau ».

 

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