Soliloques sur le Vaste Monde, Février 2020

- Virons les virus

- Les penseurs alertes ne sont pas nécessairement des lanceurs d’alerte

Virons les virus

 

 

Ma dernière humeur a été écrite il y a près d’un mois. J’y débattais des débats, des bruits des réseaux, de la retraite, du droit à congé à chaque fois qu’on a un enfant qui meurt, de ces choses au nom desquelles on forme cortège, on crie CRS-SS et on danse un jerk vengeur (parce qu’on ne se souvient plus comment on dansait la carmagnole) ! Encore un peu, sans le virus, j’aurais lancé des propos sagaces sur les grivauderies salaces. J’aurais peut-être fait de l’humour sur la Marine qui coule, celle qui cherche du fric pour rembourser l’emprunt russe. J’aurais, dans mon humeur insister lourdement : Marine rembourse des Russes qui n’ont jamais remboursé leurs emprunts !!!

 

En trois semaines, le monde aurait-il changé ? Les gilets ne seraient plus jaunes ? Joints aux black blocks, ils ne coloriseraient plus un pays que le patron du musée du quai Branly trouve trop blanc ? La cérémonie des Césars, sombrerait dans l’insignifiance et ne serait plus la bonne tribune d’où fustiger les mâles blancs dominants, comme le fit récemment un grand philosophe de la France contemporaine, Monsieur Bedos fils.

 

En trois semaines, l’univers qui s’était mondialisé, aurait découvert qu’il en a fait trop. On ne parle plus des grands espaces ouverts où les nations échangent et commercent. On parle d’enfermement. On parle de la fermeture des frontières et même de créer des frontières à l’intérieur des frontières et même de pousser les frontières jusque dans les « homes sweet homes ». Enfin, elle deviendrait claire cette pensée : « l’homme solitaire dans la foule anonyme ».

 

En trois semaines, les sujets de mécontentements se sont évanouis. Les peuples sont revenus à l’essentiel et les imbéciles à leur naturel qui font claquer au vent les oriflammes les plus ridicules : Marine, qui n’a pas vieillie depuis le nuage de Tchernobyl, dénonce l’incapacité de « nos gouvernants » à juguler les migrations et en fournit la preuve par les déplacements des virus venant du royaume de Corona. Mélenchon, resté sans voix, ne sait plus très bien jusqu’où un opposant peut s’opposer, s’effraie des nouvelles formes que prend la peste capitaliste, de sa résistance aux mises au pilori du peuple des insoumis et, pire que tout, tremble à l’idée que la dictature macronnienne tire parti de la diffusion du virus pour l’interner dans une cellule (de décontamination comme Castaner le lui dirait en souriant).

 

En trois semaines n’aurions-nous plus rien à dire que des listes de contaminés ? Sommes-nous aujourd’hui revenus dans les geôles de 1793 quand un membre du Comité de Salut Public venait annoncer à un autre genre de contaminés qu’ils seraient de la prochaine charrette. Face aux grandes crises, les belles attitudes se délitent bien vite. Faut-il laisser dire que les anglais sont partis parce qu’ils s’attendaient à pareil désastre ? Faut-il ricaner un « Allah Akbar » quand un vice-ministre de la santé iranien se trouve contaminé ? Faut-il se demander si le Président Trump est sérieusement atteint (par un autre virus) quand il annonce que les Etats-Unis ne seront pas touchés ? Faut-il s’inquiéter pour la santé de Greta Thunberg ? Et de celle de Martinez ?

 

En trois semaines, qu’est-il devenu l’homme qui éteint l’électricité chez des milliers de gens, qui arrête les trains, qui bloque l’évacuation des ordures, qui bloque les ports ? Il s’est retiré du groupe de travail sur le financement des retraites. L’atmosphère n’était pas saine a-t-il dénoncé. A moins qu’il soit, lui aussi, avec Mélenchon, dans une cellule de décontamination, interné dans un goulag médical, gardienné par La République en Marche. Sans visite. Même pas de Macron.

 

En vérité, Martinez se terre chez lui, non pas par peur du virus, ni par peur des nervis de la dictature macronienne, mais parce que, non seulement il n’a pas réussi à obtenir qu’on retire la retraite, mais aussi parce qu’il n’a pas pu imposer qu’on vire le virus.

 

 

En trois semaines, vraiment, tout a changé. 

Les penseurs alertes ne sont pas nécessairement des lanceurs d’alerte

 

 

 

Grâce aux réseaux sociaux…

 

au fond, les réseaux sociaux ont bon dos dans ces histoires de société. Ce sont des caisses de résonances que les foules prennent pour des caisses de raisonnement. En vérité, ces caisses bruitent de leur production de sons. A ne pas confondre avec production de sens. Mais, me direz-vous, « du sens sans son, n’est qu’une méditation, alors que le son sans sens est une exhortation ».

 

Des esprits retors rétorqueront qu’ « exhorter les foules n’est efficace que si ce sont les caisses des autres qui résonnent ». Les autres, c’est le côté sombre des uns. Comme celle de l’astrophysique, l’antimatière sociale n’a pas encore été trouvée, mais comme elle sonne bien avec rançonner, on s’en contente comme d'une caisse vide de sens mais sonnant au son cristallin des sous des autres.

 

Un peu sketchy ce propos? Les jeux de mots sont-ils le dernier retranchement de la pensée agonisante?

 

La pensée agonise-t-elle ?

 

Rassurons-nous: la pensée ne peut pas agoniser sans nous. Elle sera toujours en forme, si nous le sommes.

 

Sommes-nous en forme ? 

Sous quelle forme ?

On pourrait essayer de contourner cette question : étions-nous habitués à la forme d’une caisse ? Etions-nous habitués à des caisses en un certain ordre assemblées?

 

Je le pense et constate que la pensée n’agonise pas ! Elle se rend parfois mais ne meurt jamais. Voici enfin, dans ce monde insensé, un son harmonieux.

 

Il ne suffit pas pourtant de laisser la pensée voler de ses propres ailes. Il nous faut remplir une nouvelle caisse. Plutôt que de livrer des systèmes, on illustrera la pensée.

 

Illustrons donc:

1) La limitation de la vitesse sur routes à 80 km/h. On ne s’occupera pas de ce qui passionne paysans, néoruraux, gilets jaunes et libertariens. L’intérêt ou l’absence d’intérêt de la mesure sera laissé de côté. Nous penserons la vraie question : l’opposition à cette mesure ne mesure-t-elle pas que la caisse ancienne qui contenait beaucoup d’Etat s'est vidée ? Il n'est plus normal que l’Etat légifère sur pareil détail ? Il fallait, dés le début, inviter d’autres que l’Etat, à se montrer diligents et responsables.

 

2) Le nombre de jours de deuil parental pour décès d’enfants. Ne venons-nous pas de découvrir que ce détail ne mérite pas que le souverain y aille de sa loi, appliquée uniformément partout le royaume. N’aurait-il pas dû annoncer un changement de caisse? La précédente s’étant vidée, cela fait sens de sonner le changement, de repartir dans le bons sens, de laisser débattre au plus près du citoyen  et de rappeler les députés à leurs devoirs: donner du sens à la nation au lieu que suivre le son des carmagnoles.

 

3) Les retraites feraient-elles une bonne illustration ? Relevons tout d'abord que penser les retraites occulte la fin tout en magnifiant le commencement. Vue comme une figure de géométrie par nos concitoyens, la retraite est une demi-droite orientée. Le début, c’est par exemple 60 ans, la fin… il n’y en a pas. Ça, c’est la vieille caisse (de retraite). Elle n’a plus de sens, car elle se vide. L’idée nouvelle : la retraite est un segment de droite. On ne doit pas laisser les représentants de l’ensemble des citoyens choisir une taille pour tous (même les T-shirts ont plusieurs tailles) : il faut laisser les citoyens choisir eux-mêmes leur segment.

 

J’ai pris des risques. Je me suis laissé aller à penser l’impensable, alignant des mots comme si cela pouvait faire sens.  Les méchants diront que j’ai résonné comme une caisse vide ; les indifférents penseront que tout ceci n’est rien que du bruit, c’est-à-dire des mots mis dans le désordre ou , pire, déguisés en phrases ; j’ai confiance dans l’existence des gentils, ils savent que le sens vient après les mots comme le blé après les semailles.

On en revient à cette pensée célèbre :

 

"On ne peut pas penser juste quand survient ce qui n’est jamais survenu. On ajuste" 

( Le Pseudo 325ème pensée. Editions la Route de la Soie).

 


 

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