Soliloques sur le vaste Monde, numéro spécial Ukraine-Russie

Il faut se méfier des demi-soldes

Il faut craindre le pire quand les demi-soldes n’ont pas d’autres ambitions que leurs rêves de batailles et d’invasions passées. Il faut aussi craindre le pire quand les jeunes colonels ont vu s’effondrer leurs rêves de bâtons de Maréchal. C’est dans ces termes que je concluais une chronique sur les risques que la Russie fait courir au monde. Le lieutenant-colonel Poutine, s’est retrouvé  "demi-solde" en 1990. Il avait vécu les grands moments de la Grande Russie soviétique et alors que l’avenir lui souriait, il s’était retrouvé dans un pays rétréci, en charpie, déchiré par des ambitieux, pillé par des voleurs. D’autres, avaient eux aussi vécu pareils désastres intellectuels et mentaux. Un auteur, commentant l’effondrement de l’Empire Austro-Hongrois, décrivait le désarroi mental des jeunes Autrichiens, officiers ou non quand leur horizon fut réduit des trois quarts. Quant à l’épopée impériale française, une fois disparus ses fastes, elle ne fut soldée qu’après un demi-siècle d’erreurs politiques et militaires.

Ceci nous renvoie au fameux « la guerre est une chose trop sérieuse pour la laisser aux militaires». Cette belle formule de conversation de salon présente un défaut : il arrive que la guerre ne soit pas perdue par les militaires. Il arrive plus souvent encore que les guerres soient perdues par les civils. Cela nous a valu l’histoire des généraux allemands et du coup de couteau dans le dos dont ils se convainquirent qu’il les avait précipités dans la défaite en 1918. Cela nous vaut aujourd’hui, des Russes qui n’ont pas été vaincus par la guerre mais finalement ont été trahis par une population soviétique qui refusait les sacrifices du combat moral et politique contre les puissances occidentales.

Pire, ce fut un Ronald Reagan, un comédien de série B, qui porta les derniers coups, ruinant l’économie Soviétique dans une compétition à l’armement: « la fameuse guerre des Etoiles ». Dans l’imaginaire de Poutine, l’histoire serait en train de se répéter : après Reagan, le petit comédien américain, il faudrait que la gloire retrouvée de la Russie soit menacée par un artiste comique minable d’un pays de troisième zone (dont on se demande s’il n’a jamais existé !). Et cette histoire-là est absolument insupportable. La tragi-comédie de l’effondrement de l’URSS se répéterait en plus ridicule encore.

D’autant plus ridicule que Poutine s’est vu en chef de guerre, auréolé de l’écrasement des tchétchènes, brillant de l’annexion de la Crimée, impressionnant à maintes occasions, en Ukraine, puis en faisant plier la France dans une affaire grotesque de navires porte-hélicoptères. Mais il est une erreur que de trop nombreux victorieux commettent : croire que « la guerre » est gagnée par la force simple et pure. Le duc de Talleyrand ne s’y trompait pas : « on peut tout faire avec des baïonnettes sauf s’assoir dessus ». Pourtant, c’est tentant pour un victorieux de penser que s’il a vaincu « c’est qu’il est le plus fort » sous-entendu « et que c’est fait pour durer et qu'il peut fonder son pouvoir sur la force: "sur des baïonnettes"!

 

Le plus fort… sur le plan militaire, grâce à la Bombe. Mais dans ce cas, l’armée russe, n’est qu’un outil de poker menteur, le fantassin, l’équipement ultra-moderne ne sont que des déguisements pour rendre la Bombe plus présentable. Or, tout ceci est très coûteux : pour être le plus fort, il est souvent nécessaire d’être le plus riche. De nos jours, on ne peut plus se battre à la soviétique, en envoyant attaquer une armée moderne avec de la chair à canon armée en tout et pour tout de limes à ongles. Pour gagner, il faut être le plus riche ? La Russie est-elle la plus riche ? Est-elle seulement riche ? Peut-on dire riche ce pays dont le PNB est équivalent à celui de l’Espagne avec pourtant trois fois plus d’habitants. Caricaturons un peu, l’armée russe pèse au moins trois fois plus lourd sur le  dos de chaque citoyen russe que l’armée espagnole. Autre question caricaturale : le peuple russe en est-il conscient et est-il heureux de contribuer à un niveau aussi élevé à la défense de son pays ? Pour répondre à cette question il faut retourner en arrière : les économistes, pour mesurer les performances passées et évaluer celles de l’avenir, utilisent un indicateur : la FBCF (formation brute de capital fixe) rapportée au PNB. La Russie soviétique était en tête des pays développés. Sa FBCF pulvérisait tous les pays du monde et les plus riches évidemment. Il y avait un « hic » : le capital brut des Russes était constitué essentiellement d’armes de guerre… quelques médisants allèrent raconter que dans ces conditions, la FBCF n’était pas un bon indicateur de dynamisme social et de richesse économique.

Poutine le victorieux a oublié toutes ces leçons et ces bribes d’un passé qui est en train de se rappeler à nos mauvais souvenirs. Maniant l’arme nucléaire, il persisterait à s’assoir sur des baïonnettes. Or, les généraux… Même Staline s’en méfiait.

La Russie rétrécit ou la vie difficile d’un « has been »

 

Les bruits de bottes russes qui assourdissent l’Europe, et même le monde, sont difficiles à comprendre. Comment peut-on interpréter les attitudes bellicistes de Vladimir Poutine ? quelles sont les bonnes raisons qui poussent le président russe à gonfler ses pectoraux et à se mettre sur la pointe des pieds pour se rehausser?

 

S’agit-il pour la Russie de montrer qu’elle est grande et qu’il faut compter sur elle et que cela durera longtemps ? Montrer quoi ? Que la Russie est grande ? où donc, le président russe a-t-il pris que la Russie est grande ? Sa richesse ? Si on s’en tenait à cette aune, le Luxembourg serait le plus grand de tous les pays que compte notre planète. Suivraient quelques pays confettis peu peuplés dont les soubassements sont bourrés de pétrole ou d’autres matières premières. Des pays auxquels Staline aurait pu demander, se singeant lui-même, « Combien de division ? ».

 

La grandeur d’un pays tient-elle à la taille de son pré-carré. De fait, grâce aux immensités de la Sibérie la Russie est un grand pays, Même la France pourrait prétendre à un bon rang en mettant en avant son impressionnant domaine maritime. L’un prétendrait à la puissance en s’appuyant sur des arpents de neige et l’autre sur les flots démontés !

 

Le critère du nombre d’habitants serait pertinent ? La population de la Russie n’est pas rien :145 millions, mais c’est loin des records... En 2022, classée parmi les dix premiers pays les plus peuplés du monde… elle est largement derrière le Nigéria et le Bengladesh… sans aucune chance d’améliorer son classement dans l’avenir, au contraire.

 

Pourquoi insister lourdement sur ces chiffres qui ne parlent pas de la puissance militaire russe ? C’est que la  Russie est aujourd’hui dans une situation critique : elle est, avec ses 145 millions de citoyens, moins peuplée qu'en 2000, lorsque Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir et des 149 millions de 1991, lorsque l’empire soviétique s’est effondré. Demain, à l’horizon de 2050, la population sera revenue à 140 millions. Ce décrochage du nombre sera accompagné de l’inévitable décrochage de la structure : la part des séniors augmentera considérablement.

 

Ces deux décrochages d’un pays qui a dominé le jeu politique et militaire de la planète pendant plus d’un demi-siècle est un évènement extrêmement grave. Le Président Poutine ne s’y est pas trompé : la Russie est en passe de tomber dans un « piège démographique », ce qui, dans son esprit veut dire qu’à force, la fameuse hyperpuissance va être progressivement reléguée au rang de puissance moyenne. Quelle attitude politique peut-on adopter lorsque de super-puissance victorieuse de guerres effroyables, on devient « has been » ? Dans le cas de la Russie les options ne sont pas nombreuses. On peut penser à la bonne vieille formule « marxiste » que le Président Russe a apprise par cœur lorsqu’il était en maternelle : « du passé faisons table rase ! ». C’est le parti que les Européens ont pris, eux, qui ont été à tour de rôle les superpuissances du monde, eux qui ne sont plus individuellement que des puissances secondaires.

 

Autre formule : celle qui a précipité l’Europe sur le déclin en essayant de retrouver les fastes et les gloires du passé, prétendant qu’on peut rembobiner le film de l’histoire et qu’on peut y remplacer les épisodes douloureux et par quelques moments de gloire. (Mussolini et « mare nostrum » ; La France et son « empire »…etc)

 

Malheureusement, pour suivre une formule dont la cruauté renvoie dans les poubelles de la vie publique les illusions de passé retrouvé : « l’histoire ne se répète pas, elle bégaie ».

 

 

Il faut craindre le pire quand les grandes ambitions nourrissent les demi-soldes et quand les colonels rêvent encore des bâtons de Maréchal qu’ils auraient dû avoir. 


 

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