Myazaki, le vent se lève

 

Le vent se lève… Un titre magnifique. Rappelez-vous

« Le vent se lève!... Il faut tenter de vivre!

L'air immense ouvre et referme mon livre,

La vague en poudre ose jaillir des rocs!

Envolez-vous, pages tout éblouies!

Rompez, vagues! Rompez d'eaux réjouies

Ce toit tranquille où picoraient des focs! »

 

Myazaki a fait ici son dernier film et le plus beau. Bien sûr, c’est un film sur le « génie aéronautique » qui a dessiné l’avion japonais le plus efficace de la Seconde guerre mondiale. L’avion embarqué de la Marine impériale, celui qui détruisit la flotte Américaine à Pearl Harbour. Il avait toujours rêvé d’un destin « dans le ciel ». Il l’avait accompli.

Derrière cette belle histoire… belle et maléfique, enthousiaste et sinistre car le jeune japonais génial avait surtout dessiné un avion de mort, se trouvent tous les grands thèmes de Myazaki. Thèmes universels qui s’installent et s’exposent les uns après les autres dans un film sublime.

 

Beauté mortelle de la nature, configuration du Japon oblige ! La nature est d’une beauté à couper le souffle et porteuse de drames, d’horreurs et de destructions. Les premières images sont celles du gigantesque tremblement de terre qui faillit réduire Tokyo en cendres. Beauté de la nature dont les formes disent tout de ce qu’il faut savoir pour dessiner les machines les plus parfaites. Malédiction de la mer qui se révolte. Dédoublement d’une nature entre folie et beauté. Belle image d’une pluie démentielle, qui détruit tout sur son passage… mais qui épargne tout à quelques mètres prés. La nature finalement n’est pas différente des hommes et de leur désir technologique insensé de la dompter : bêtise et folie des hommes qui pensent à de magnifiques avions pour transporter des passagers et ne produisent que des machines pour détruire.

 

Le génie lui-même est trouble et ambigu. Détaché des tentations puériles et vaines d’un monde de petites ambitions, il est tout aussi dévoreur que la nature. Le héros, inventeur d’un magnifique engin de mort et tout dévoué à cette tâche exceptionnelle aboutissant à une machine d’une beauté et d’une efficacité sublime est beau comme la nature et, comme elle, vorace ; dévoreur de l’amour et de la vie de celle qu’il aime.  Impavide et exigeant de la femme-fleur un pur dévouement. Imposant son sacrifice, à la femme aimée qui se consume de maladie, à ses côtés, afin que le génie s’exprime.

Le génie produit de la mort : un gigantesque cimetière d’avions conclut la gestation de son oiseau de fer, de feu… rève accompli, cauchemar survenu.

 

Une magnifique image : la rencontre d’un génie italien de l’aéronautique et du jeune japonais dans leurs rêves réciproques. Père tutélaire, porteur des mythes technologiques, l’Italien montre la voie, sans protéger, validant les rêves et annonçant les drames, lucide et visionnaire. Futurisme et vaillance de la pensée.

« Il faut tenter de vivre ». L’homme est minuscule pris dans un étau et ne peut se sauver qu’en accomplissant ses rêves, à ses risques et périls. De toute façon la nature ne lui laissera que de cours répits.

 

 

Tout dans ce dessin animé est splendide, couleurs, formes, nature, villes qui paraissent sorties de rouleaux et d’estampes populaires. Les personnages sont tous merveilleusement dessinés et animés. Quelques images deviendront mythiques à commencer par celle de cette jeune fille, la future femme du jeune ingénieur, vue en contrebas comme une fleur qui éclot, un oiseau qui va prendre son envol, forme lumineuse qui se détache sur un ciel d’un bleu éclatant.  Incarnant la pureté et l’espoir.  

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