Soliloques sur l'art, mars 2022

Wang Yan Cheng, un « passeur »

 

 Wang Yan Cheng,

Galerie LeLong, avenue Matignon

Malheureusement l'exposition s’achève le 12 mars.

Tant pis, il faudra suivre à distance

 

Cet artiste chinois fait partie de ces sortes de gourous ou d’intermédiaires spirituels ou de passeurs de mondes. J’en ai chroniqué un bon nombre parmi lesquels Rothko est une figure centrale.

 

Que sont-ils ces « passeurs » ? Cette question renvoie à Lewis Carroll: « Through the looking glass ». Ce sont tout bonnement des artistes qui captent à ce point les regardeurs qu’ils semblent les attirer de l’autre côté du miroir, dans d’autres mondes, par-delà les rêves, au-delà des espérances et des croyances.

 

Je n’aime plus, depuis longtemps, une grande partie de la peinture abstraite qui, dans la plupart des cas n’est qu’une paresse de la création, un manque d’enthousiasme et une façon assez laborieuse de couvrir des centaines de m2. Elle n’est pas née aux Etats-Unis pour rien. Il fallait bien décorer les lobbies des gratte-ciels !

 

En revanche, je suis toujours sujet aux fascinations que certains créateurs savent stimuler en se plaçant au-delà des formes et en les réinventant par le moyen des couleurs, en rompant avec les cadres de la peinture tout en structurant des jaillissements de lumière, en associant les couleurs pour en faire des paysages, des émotions et des explosions naturelles.

 

Wang Yan Cheng propose de grandes toiles, et parfois très grandes, qui font sombrer les regardeurs dans des mondes gigantesques, dans des évènements dantesques et suggèrent des chocs naturels ou des espaces intersidéraux.

 

Il n’y a pas de littérature là-dedans. Les mots ici ne sont pas dits, les couleurs parlent pour eux. Il n’y a pas non plus de cadres d’expression traditionnels et bien balisés et si une perspective semble parfois se dessiner, c’est justement l’illusion qu’auraient les regardeurs de se raccrocher à un mode de pensée solide.

 

Et de fait, c’est la force de Wang Yan Cheng que de troubler le regard et de lui laisser croire qu’il a vu quelque chose qui lui est familier : tempêtes furieuses, incendies dans le lointain, massacres, nuits dangereuses. Et pourtant rien de tout cela n’existe. Ou plutôt, cela n’existe que par-delà les miroirs, là où pour mieux voir, il faut abandonner l’idée du visible et de l’invisible, l’impression du lointain et du proche et le sentiment de l’immense et du minuscule.

 

 

D’où l’idée du « passeur » qui, par la diversité de ses œuvres, offre une diversité d’accès, de portes et de passages. 

 

Orlanski « est-ce de l’art ? Et alors ! »

 

Les vrais regardeurs, ceux qui ne veulent pas qu’on dépense le regard à des futilités voir à des manifestations de non-art, ne pourront pas supporter qu’une rubrique sur l’art soit consacrée à un producteur d’objet design, à un fabricant de décoration primitive destinée à des gens qui confondent art et objets caricaturant la création artistique.

 

Passons sur cette pure horreur qui consiste à fabriquer des objets décoratifs purs et simples, rouge, verts, jaunes, dorés selon les désirs du regardeur qui, pour une fois, à les moyens d’emporter l’objet dans ses couleurs primaires et reposantes pour le regarder à loisir chez lui dans son salon, son jardin et ou sa salle de bain.

 

« C’est pas de l’art » vous dira-t-on avec un air de reproche. « Comment c’est possible de dire que c’est de l’art. Rien à voir avec les merveilles en papier mâché façon marbre ou en marbre façon papier mâché de Charles Ray qu’on peut voir à la bourse de commerce. Rien à voir avec les « Balloons dogs », les grands, les très grands mais aussi les petits et les tout petits, pour enfants ou pour mettre dans le lobby de la banque parce que comme ça on voit bien que l’argent c’est pas qu’austère et collet monté.

 

Et il y a ceux qui montrent que la limite autorisée a été atteinte par des artistes qu’on a autorisés et que maintenant que les autorisations ont été distribuée, les objets que leurs créateurs disent d’art ne peuvent plus accéder à ce statut. Au fait, les multiples quand c’était Andy, c’était pas des reproductions mais des œuvres d’art un peu plus nombreuses qu’avant. Orlinski, c’est de la reproduction au sens biologique du terme.

 

Quittons quelques instants cette recherche de la vérité en art qui honore les amateurs d’art, les vrais, ceux qui s’intéressent à l’art, le vrai, et revenons vers cette boutique du Faubourg saint honoré où se dressent les sculptures (sculptures ? n’est-ce pas trop généreux pour ces objets ?) de M.Orlinski.

Pourquoi suis-je entré dans cet antre du goût imparfait ? Pourquoi m’être laissé aller à un regard et même deux et sûrement plusieurs sur des objets qui ne pouvaient pas être d’art. Tout le monde le sait, les gorilles en rouge, les singes en vert, ne peuvent pas prétendre à d’autres statuts que celui d’objets pour rire, ou pour faire peur aux petits enfants. Tout le monde sait que quand un objet peut être porté au regard sous différentes dimensions, ce ne peut qu’un être un objet futile.

 

Je suis allé voir au plus près l’œuvre de M.Orlinski, parce que son obstination à mettre en œuvre une technique de décomposition/recomposition de formes animales ou autres est finalement saisissante. On se pâme devant les bonbons de Laurence Jenkell, dont somme toute, elle a fait des supports de fascination. Un bonbon n’est-il pas un appel au retour en soi, au plus basique de soi, un retour vers un passé rêvé et peut-être inabouti (celui de tout ceux qui n’ont dans leur enfance reçu que de « la soupe à la grimace »). Les gorilles, les panthères, les singes de M.Orlinski, en appelle à la fois à un retour vers des passés pleins de charmes et de terreurs, et à une projection dans le futur. Ils annoncent d’une certaine façon les metavers et l’explosion des NFT.

 

C’est leur force et c’est en ce sens que ces statues multidimensionnelles appartiennent à la création artistique : sous couvert d’évidences, elles font émerger à notre regard des choses que nous ne savions pas voir. Les gorilles sont des représentations souvenirs, d’animaux qu’on ne pourra bientôt plus voir. Et pour les conserver en tant que concepts, leur simplification est nécessaire. « Rien de trop » : c’est ainsi que se définit l’art français. Les créations de M.Orlinski n’ont rien de trop : elle vont droit et directement au but.  

 

Bravo M.Orlinski

 

 

 


 

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