Soliloques sur l'Art, novembre 2016

Paris-photo, 2016

 

Avec beaucoup de retard, je propose un « compte-rendu » de Paris-Photo

Impression générale : du beau, du bon et du bien.

Bémol : Un peu trop de belles photos des grands anciens à l’inverse de la précédente édition.

Mais, c’est une critique injuste: Paris Photo ne se définit pas comme le lieu où la nouvelle création s’expose par préférence. C’est un lieu de la photo en général. Il ne faut donc pas se plaindre de l’exposition de photos centenaires ou un peu plus. il est vrai aussi qu’aujourd’hui, un photographe de l’entre-deux guerres, qu’il ait mis en image la grande dépression américaine, les rues populeuses de Paris, ou des natures mortes surréalistes serait aujourd’hui centenaire ou plus… C’était il y a près d’un siècle, c’était au siècle précédent. La photo devient ainsi, le temps passant, un art installé dans la durée, c’est-à-dire la légitimité.

Donc, ne pas trop se plaindre des photos anciennes, elles viennent à peine de vieillir !

J’ai relevé de nombreux photographes, dont vous trouverez les noms ci-dessous. Je n’ai pas systématiquement commenté leur travail. Trop nombreux. Il est des noms qui sont connus ou qui commencent à l’être, je les ai retenus au nom du principe que Paris-Photo ne se résume pas aux jeunes ou à la création récente. Toutefois, j’ai évité les trop connus, les incontournables, cela n’a pas grand sens de rappeler leur existence et leur talent.

 

La liste des noms 

 

Sally man : Classique et sans danger noir et blanc. On peut toujours s’interroger sur le format de ces photos. Si énorme, pour des sujets qui paraissent de l’ordre de l’intime.

Laurence Leblanc : une grande photographe qui a produit un « objet » très étonnant, accompagné de poésies magnifiques.

Alejandro Cartagena: Drôle, intelligent, plein de sens

Humberto Rios: Thème de la vacuité

Graciela Iturbide: Photo simple, histoires claires

Denis Brihat: fleurs, splendeurs, un Français

Giacomelli: Un incontournable. Reconnu. Splendides noirs et blancs de Toscane. Splendides images de séminaires en folie.

Toshio Shibata : magnifiques leçons sur les rapports entre nature et architecture

Louve Delfieu : imaginaires naturels

Gabriela Morawetz: est-ce de la photo ; celle-ci est-elle un matériau d’une autre œuvre ? techniques mixtes d’une qualité remarquable

Noe Sendas: imagination, puissance évocatrice, un surréalisme fort

Okhai Ojeikere: la coiffure féminine transfigurée

Galerie Sophie Scheidecker: très belle série de nus féminins par plusieurs artistes. C’est bon de le signaler : les nus féminins comme masculins sont trop souvent maltraités, occasions d’étaler de la chair fraîche ou fantasmes mal digérés ! Sans parler des effets de lumière, de sables ou de persiennes !!!

Alain Bublex : les mondes impossibles et merveilleux

Pierre et gilles : le sublime Kitsch. Ils ont créé un style, une façon de regarder le monde en magnifiant sa surface, de parler des sentiments en ne retenant que la face souriante de l’existence, même quand les flèches transforment les héros en hérissons (mais franchement, Saint Sébastien, au quattrocento et après prenait une drôle de tête tout en étant épinglé comme un hanneton dans la boîte d’un entomologiste).

La Chappelle : incontournable, iconique,

Chris Killip : exceptionnel photographe de la vie ordinaire de gens malheureusement ordinaires.

Bernard Plossu : un Français et un très bon.

Patrick Bailly-Maitre-Grand : mystères

Omar Victor Diop : Extraordinaire « Pierre et Gilles africain »

Augustin Rebetez : Surréalisme et photomontages noirs, sombres, grinçants.

Ayant composé cette liste sur le vif, en avançant au milieu des galeries et des regardeurs, j’ai fait des choix rapides, instinctifs. Le plus impressionnant dans ces accumulations de travaux, d’images, de compositions et de photomontages ? La diversité, l’extrême diversité, la richesse des regards, l’audace des mise en scènes, la force, toujours la force de la vision.

Les facilités, provocations de type porno chic ou sale, photos de n’importe quoi avec des commentaires triomphants sur le thème de l’art anti-bourge, tout cela a disparu et si, de temps en temps, un perturbé genre Araki, vient à montrer ce qu’il a défini comme "l’immontrable montré", il faut reconnaître que c’est un genre en voie de disparition ou bien cantonné sur le dark net et vendu moyennant paiement en monnaie cryptée !

Un regret ? Trop peu d’artistes français ? Certainement ! Ils ne sont pas nombreux à percer dans ce genre de salon à vocation internationale, à l’opposé des Allemands, des Anglais, des Américains et des Chinois. On retrouve cette tendance à la FIAC. Les grandes galeries internationales ne veulent pas prendre le « risque français » ! Il faut dire que les collectionneurs français non plus, qu’ils soient institutionnels, ou privés, qu’il s’agisse d’entreprises ou de particuliers. La tendance depuis la fin de la seconde guerre mondiale est malsaine : l’art n’est pas en France, les vrais artistes sont étrangers, idéalement américains. Les grandes institutions publiques suivent les modes newyorkaises ou californiennes. Elles ont délégué le soin de penser et de choisir. Dommage, en effet, car, les jeunes artistes français existent, j’en ai rencontré.

 

Foto Fever, 2016

 

 

Dernier compte-rendu d’une semaine photographique qui fut belle, longue et riche : Foto Fever

Je passerai rapidement sur le sentiment d’exaspération qui me saisit devant l’abus devenu totalement submersif de l’anglo-saxonisation des titres, noms de société et manifestations en tous genres. Je veux bien comprendre que cela fait vendre dans les univers « mondialisés » de la peinture, de la photo, et dans tous les univers, ceux des jeunes pousses de l’informatique, des applications, jeux vidéo, etc.  Il n’empêche que le ridicule commence à être largement dépassé et que Foto Fever est un nom tellement facile, tellement téléphoné, que j’éprouve un peu de tristesse à assister à ce relâchement de la langue. Oui, je sais, foto n'est pas un mot anglais. Mais c'est encore pire: le titre complet c'est un mélange anglo-allemand (anglo-saxon par conséquent!): " foto fever art fair". Nullissime.

Une fois l’énervement passé que dire de cette manifestation ? Parce qu’elle n’est pas encore totalement posée dans l’ univers mondialisé de la photo, nous avons la chance de découvrir davantage de photographes français. Est-ce l’annonce d’un changement ? Les galeries ont-elles découverts des amateurs prêts à se détourner du tout américain, ou du tout allemand, anglais, que sais-je pour aimer et soutenir une production française ? les grandes institutions « culturelles » ont-elles commencé à changer leur vision du monde et découvert le retour du regard à la française ?

Une hirondelle ne fait pas le printemps…

Forçons-nous donc à espérer et prenons à Foto fever ce que nous n’avions pas trouvé à Art Photo Paris (et encore moins à la FIAC).

Passons maintenant à la vraie chronique : c’est-à-dire à pas de chronique du tout, simplement comme pour la FIAC et Art Photo Paris, des noms et de brefs commentaires : des indications pour mieux suivre un chemin et ne pas s’égarer. Pas de « style » unique. Une grande diversité dans les modes de représentations et dans les intentions. Photographie « scénique » dont le travail de mise en scène est incroyablement riche et complexe. Photographie technologique où l’ordinateur est mis au service de l’imagination. Photos aux confins de la documentation ou reflétant l’intime….

A vous de vous saisir de ces noms et d’aller trouver ce qu’ils voient, ce qu’ils imaginent et ce qu’ils rêvent.

 

Pierpalo de Bona : entre délicatesse et photo éléphantesque, un photographe doué

Antoine Rose : il faut prendre de la hauteur. Une foule vue de haut ne ressemble pas à une foule à plat; des baigneurs agglutinés en bas, deviennent des pions ludiques vus d’en haut, et se forment des figures, des traces, des points … à la fois drôle et questionnant

Carsten Ingemann : photographe de la nuit, poétique des ombres, troubles des yeux qui brillent dans l’obscurité

Johann Fournier : entre surréalisme, rêves et cauchemars

Thomas Devaux : incroyable travail sur la matière photographique, entre pictorialisme informatique et kitsch quantique !

Nicolas Henry : monde halluciné, photographe hallucinant, La Chappelle renvoyé aux oubliettes, une mise en scène royale, un grand baroqueux de la photo!


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