Soliloques sur l'Art, Mars 2017

- Art Paris Air Fair

- Christopher Taylor, Steinholt, (a Story of the Origin of Names)

Signes et Traces, Gunnar Smolianski

- Tokyo de Gerry Johansson

Art Paris Art Fair, Jusqu’au 2 avril, Grand Palais

Art Paris Art Fair

Jusqu’au 2 avril, Grand Palais

 

L’année dernière j’avais été lyrique. L’habitude venant, je serai plus bref. Moins d’effet de surprise. Une visite à un vieil ami. Alors, oui, de belles et bonnes œuvres. C’est une foire, ce n’est pas un musée. Donc, on y vient (les galeries) pour vendre et (les visiteurs) pour acheter. En réalité, il n’y a pas autant d’acheteurs que de regardeurs, ce qui est bien dommage pour les galeristes. Nuançons, j’ai vu des gens acheter.

 

Il y avait, il faut le reconnaître de bonnes œuvres bien marchandes. L’art contemporain et même moderne. Les grandes vedettes de toujours, les Hartung, Arroyo, Dubuffet (pas trop), Corneille (une jolie œuvre sur papier), un Appel (une œuvre sur papier un peu banale) … rien qui décoiffe vraiment, rien qui choque, tout agréable à regarder.

 

Du nouveau ? J’ai vu des peintres ou des photographes que je ne connaissais pas. Des Africains, des Magrébins, peu de Chinois… J’ai vu aussi des Français intéressants. Des noms ? Les voilà, mais j’ai eu la flemme, je n’ai pas mis les numéros des galeries. Il faudra vous débrouiller.

 

Thameur Mejri (collages) Galerie Elmarsa. Colages, coloriages, couleurs, abondance. Symphonique.

 

Dennis Oppenheim (technique Mixte) un américain déjà largement étoilé.

 

Mahi Binebine (technique mixte) J’y trouve du Neumann, ombres sombres et découpages sévères

 

Tsuyoschi Maekawa (technique mixte) travail assez étonnant où le tableau n’est plus la surface plane d’autrefois. Vigueur. Puissance. Impressionnant. Galerie Artisyou

 

Virginia Chichota . (technique mixte)  artiste zimbabwéenne, qui utilise le dessin et la sérigraphie,

 

Mohamed Lekleti  (technique mixte) dessins, encres, gouache, acrylique, pour des univers qui dérivent, des personnages qui se perdent, des fils d’araignée qui se saisissent de tout ce qui vit. Aérien et grave. Très intéressant. L’année dernière, il faisait déjà partie des « lauréats ».

 

Jérôme Borel (peinture) des paysages qui s’effacent, que rien ne retient, et se dissolvent. Galerie Mathias Coullaud

 

Franta ( peintre et sculpteur) très dur, très fort. Galerie Bogena

 

 

Jeff Bertoncino (techique mixte) un américain qui peint comme un italien ! Elégance, luminosité, or et ombres, bois. Galerie Bogena

Christopher Taylor, Steinholt, (a Story of the Origin of Names)

 

Galerie camera obscura

C’est fini le 1er Avril. Ce petit topo pour vous dire qu’ll est encore temps d’y aller. Plus précisément, qu’il faut y aller. Vite. Avant le décrochage.

 

La ligne éditoriale de la Galerie ne sera pas troublée par les photos de Christopher Taylor. Elles sont emblématiques d’une combinaison toujours renouvelée entre la limpidité des images et l’étonnement qu’elles provoquent. On en revient toujours à cette constatation que la photographie bien plus que la peinture ne peut pas jouer « ouvertement » sur les effets de matière, sur les coups de pinceaux dont le tracé guide la lumière ou sur les oppositions chimiques qui ajoutent à la couleur, aux noirs et aux blancs des nuances parfois rudes.

 

En revanche la photo, en ce qu’elle peut avoir de miroir du monde, jette, quand le photographe le veut, le regardeur par-delà ce qui est montré, « Beyond » et, pareille aux poèmes et à la littérature en général, suggère que ce qui est dit n’est pas tout ce qui peut être lu, qu’il faut dans le cas des textes creuser sous les mots, à côté, derrière. Et plus profond encore.

 

Regarder la photographie n’est pas s’attacher à ce que le miroir reflète mais à ce qu’il ne peut pas empêcher de transparaître. Ce qu’il y a derrière l’image et qui vient au regard. L’image la plus claire et la plus limpide se trouve, aux dépens de cette clarté, de cette limpidité, convoyer des sens lourds, obscurs, troublants.

C’est de cette façon que j’ai énormément apprécié l’exposition donnée par Camera Obscura sur le travail de Christopher Steinholt .

 

Ciels lourds de nuages qui écrasent la mer sous leur masse, soleils qui se dégagent des brumes et forment un point à attendre au long d’une longue route, regards extraient d’un miroir qui ne rend que la moitié des images, toutes ces photos sont d’une parfaite pureté et arrêtent instantanément le regard.

 

Une forme de surréalité s’insinue dans le regard, chaise contre carré blanc ou sculpture en forme de table qui recherche le monde derrière la fenêtre. Carcasse qu’on fait sécher dans le froid et la neige, pour plus tard, en faire son ordinaire ou reste d’un wagon, d’un mobile home ou d’un container, à demi-arraché à son enfouissement.

 

 

Toutes ces photos parlent de mille choses. Ou bien, ce serait de nous que viendraient les interprétations ? 

 

Tokyo de Gerry Johansson

Signs and Traces de Gunnar Smoliansky

Du 17 mars au 29 avril 2017

Galerie VU’

Hôtel Paul Delaroche

58 rue Saint-Lazare75009 Paris

 

Deux photographes, une exposition, une rencontre entre deux talents, entre deux rigueurs. Faut-il les renvoyer vers des modèles nordiques ? L’Art est un dialogue avec l’Art et il serait légitime de parler de leurs travaux en explorant le secret de leurs origines. Alors, il est vrai, on rencontrerait Strömholm, Pedersen, mais aussi, parce qu’il y a des photos de villes et de bâtiments, on pourrait penser à ce que Lucien Hervé a voulu montrer des œuvres de le Corbusier. On aurait raison. L’art de nos deux photographes et d’abord leur regard, vient de là, de ces références et de ces maîtres.

 

Pourtant, je préfère parler des œuvres et laisser le « making of » de côté. Et les œuvres sont belles et intéressantes et parfois les deux en même temps.

 

Signes et Traces, Gunnar Smolianski

A l’opposé, le travail de Gunnar Smoliansky est une rencontre avec les incidents de la vie, les fêlures du monde, les émergences végétales, avec le hasard, l’imprévu, avec ce qui n’a probablement pas de sens, au moment même où le regard du photographe décide.

 

S’il fallait convoquer l’Art et les Artistes, ce sont plutôt vers les passionnés de graffitis que je me tournerais et la communauté des lecteurs de murs et de chemins, les Brassaï, les Michaux…  Photographes à la fois de l’infime et de l’intime, découvreurs de messages inaudibles pour ceux qui ne veulent pas écouter et ceux qui ne savent pas regarder.

 

Photos de broussailles et photos de signes, quels rapports, si ce n’est ceux de l’inachevé et des chemins qui ne mènent nulle part. Les photos d’une végétation pareils à des fils emmêlés, brouillons de nature ou broussailles, sont d’une étonnante finesse, une inquiétante précision. Écritures éphémères, les ombres des buildings viennent déconstruire les murs, les morceaux de ville sont dupliqués et de grandes traces noires imposent de nouvelles structures.

 

Ce sont des regards qui n’attendent pas, regards de l’instant qui s’enfuit, regards qui font vivre et palpiter. Saisir vite ce qui va très vite changer, disparaître, s’effacer.

 

Les photos sont belles et souvent saisissantes.

Tokyo de Gerry Johansson

 

Il faut sûrement commencer à regarder ces œuvres en écoutant en boucle cette déclaration sur le choc que reçoit l’homme venu d’une petite ville et qui se confronte à la mégapole. Cette confrontation se résout en un regard « à part ». Les photos de Gerry Johansson, ne sont pas des représentations de Tokyo comme on en voit souvent où la ville s’expose et explose dans des regards hallucinés. Pas de couleurs qui hurlent, ni de néons qui déchirent la nuit, pas de gratte-ciels qui miment Wall Streep, ni de petites échoppes blotties à l’ombre des monstres. Le Tokyo de Gerry Johansson n’est pas un Tokyo montré, démontré, exposé, Tokyo de tourisme et de magazine, c’est un Tokyo cherché.

 

Il est intéressant de suivre à quel point le regard du photographe s’en va à la rencontre de repère, cherchant peut-être comment ne pas se perdre dans le gigantisme, dans l’incompréhensible de cette ville sans mots, dans ce qui renvoie à la toile et à l’entrelacs. Alors, le photographe accrocherait son regard vers des formes solides. Il s’attacherait à des régularités, sous forme de carreaux, de cubes, de succession de plans. La ville se figerait. Elle serait contenue dans ces décors architecturaux abstraits. Elle s’éterniserait, le regard retenant les blancs, les gris, les noirs, soumettant la ville à ses contraintes, lui imposant de ne pas lui opposer les cris de la rue et les explosions de la nuit.

 

Est-ce un travail de réassurance ? Est-ce une tentative faite par un regard accoutumé à l’intense présence d’une petite ville pour avancer selon un parcours sécurisé dans la grande ? J’ai été frappé par les régularités mises en valeur par Gerry Johansson, les cheminements réguliers du regard, les blocs, les formes purement géométriques qu’il saisit, pur choix me semble-t-il d’un œil hésitant et d’un esprit lancé dans une découverte à risque. Et quand, son regard s’arrête sur les réseaux noirs des câbles électriques, quand des déchirures s’opposent et font un écran devant les bâtiments blancs, il reste que ce sont ces bâtiments-là, massifs et géométriques, blancs et quadrillés qui appellent son œil et exigent la photographie.


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