Une semaine infernale: de Fair en Foire

Cette semaine aura été purement infernale ! Quatre vernissages d’un seul coup au moins ! Pas des vernissages de Galeries à taille humaine et conviviale, des vernissages "artillerie lourde", avec tous les panzers, même des panzers chinois, avec tous les "canons de 155" … J’exagère ? Oui, un peu. Ce n’est quand même pas tout à fait comme la FIAC. On ne se heurte pas à l’angle de la plupart des galeries aux éternels Warhol, à Jeff Koons qui ne sera peut-être pas éternel et puis à la kyrielle des expressionnistes allemands de l’entre-deux guerres et tous les constructivistes dont la cote doit impérativement monter.

 

Oui, bien sûr, à Paris Art Design, les Bernard Buffet, Hartung, Dubuffet ne passent pas inaperçus. C’est normal. Ce n’est pas l’objet de cette « foire-là » que de se lancer dans la recherche-développement ! Peu importe ! Il y avait de belles choses hors de prix, des meubles des années cinquante et puis aussi de la déco des Années soixante-dix et c’est à ce moment-là qu’on comprend qu’on a vieilli… c’était il y a cinquante ans, tu te rends compte! Cinquante ans, comme si c’était hier ! C’est dans nos têtes que c’était hier ! Cinquante ans c’est quand même un demi-siècle ! Ce n’est pas cinq minutes… Les meubles de la deuxième moitié du XXème siècle viennent d’entrer dans cette catégorie honorable et respectable des meubles anciens. Le curseur les a poussés, sans qu’ils puissent rien y faire (ni nous non plus) d’art contemporain à art moderne et d’art moderne vers art du passé, vers l’ancien.

Parfois le passé a des goûts de neuf. Parfois, le passé n’a pas su emporter dans son flot, tel artiste ou telle œuvre. En fait, ils n’ont pas été emportés par la clameur de la mode et du goût. Ils sont restés sur la rive à attendre qu’on veuille bien les mettre dans le coup, qu’on les lance dans le vent de l’art! Certaines galeries ont des talents d’archéologues ou des envies de têtes chercheuses. Elles recherchent ces artistes qui ne se sont pas mis sur la ligne des départs dans le "Monde du goût et des belles ventes". C’est ainsi que la Galerie Mathieu Richard a «retrouvé» Georges Joniaux. Un photographe «argentique» noir et blanc, ombre et soleil, nuit et jour, clair-obscur, plein soleil ou entre «chien et loup». Très belles photos; pas encore massacrées par des retirages « 200x200 » à la Helmut. A voir absolument.

Mais aussi, j’ai aimé le dynamisme d’un jeune galeriste de presque 88 ans, Jacques Pulvermacher, Galerie Protée. J’avais flashé sur une toile de Marfaing. Puis, deux autres. Marfaing ! Dont je ne cesse de penser qu’il était l’alter ego de Soulages ! Je n’ose pas dire « l’ombre » car ce serait injuste et puis ce serait une mauvaise blague… l’un et l’autre ne sont-ils pas des maîtres du « Noir » ? Disparu trop jeune. Marfaing ne vivait pas dans le « noir absolu » comme Soulages où la couleur devenue matière attire, absorbe et renvoie la lumière. Cette « nuit » obsessionnelle n’existe pas chez Marfaing qui jouait du blanc et du noir, pour qui la lumière venait de l’image qu’il fabriquait où le noir n’avait de sens et d’origine que dans les a-plats de blanc. Discussion passionnante avec un passionné !

Le lendemain, Art Paris Art Fair. On ne dit plus « Foire » mais « Fair » ! Comme « Play » ? Ou bien, jeu de mots qui se cache, devrait-on penser à un art passé à la moulinette de Lautréamont, qui pour nous réjouir et changer le goût et la mode aurait lancé : un « faire plaie » et l’aurait assorti d’un impérieux « A refaire ».

Beaucoup de choses dans cette grande manifestation sous la grande verrière du Grand Palais ! On ne peut pas tout dire, ni tout voir, alors, je limiterai mon propos à des lieux sympathiques ou magiques : Vu, la Galerie, et trois magnifiques photos de Bernard Faucon. Coloriste par excellence, le photographe sait trouver les couleurs qu’il impose au regard. Le champ de coquelicots, est trop rouge pour qu’on n’y voit pas un champ qui saigne et trop lumineux pour qu’on ne comprenne pas que le sang est dans notre regard. Sur les trois photos, l’une était un peu à l’écart. Si différente ! Un repentir ? Une ombre se profile, légèrement marquée ! Surprenante ou surprise ?  On l’aurait écartée des deux autres au motif qu’elle aurait été écrasée ! A raison, entre l’or qui éblouit dans l’une et le sang qui jaillit de l’autre, la troisième et ses nuances d’ombres et de faibles lumières aurait disparu. Cela aurait été dommage car les photos où domine l’esprit intime des nuances fades sont rares chez Bernard Faucon. Fallait-il créer un contraste ?  Il a été bien trouvé avec un accrochage insolite : les photos noir et blanc de Juan Manuel Castro Prieto sont d’étranges images argentiques dont les nuances ont viré sous l’effet de tirages d’or …

Et puis... était-ce pour ma commodité ? A deux pas, la Galerie Vidal-Saint Phalle qui frappait très fort. De très belles œuvres dont une «en grand» de Max Neumann. Certains peintres sont des « passeurs ». Max Neumann me parait devoir être rangé dans la catégorie «Vous qui suivez ce chemin, abandonnez toutes espérances». Max Neumann me donne toujours l’impression qu’il est une sentinelle ou une porte fortifiée qui interdit «l’Accès». A quoi ? A toi, regardeur de le chercher. Concentre ton regard et tu trouveras peut-être ce qui a, en toi, élevé le pont et maintenu baissée la herse.  Parmi les autres œuvres, deux tableaux sévères de Kirkeby, usant du noir comme on le voit rarement, entre abstraction et images de la nature, entre géologie et arborescences. Mais Bernard Vidal, qui sait qu’il faut disposer de réserves, en avait un autre,riche de couleurs et magnifiquement construits. Il faut le lui demander. Et puis, Pizzi Cannella que je ne cesse de trouver très cérébral : peintre ultimement simple pour public cultivé et Tony Bevan figuratif au trait rougeoyant.

Pour finir, un court passage dans le stand de la Galerie Frédéric Moisan qui montre des photos de Bernard Guillot. Dans une veine que j'aime beaucoup où on se trouve non loin des Ballen, Parke Harrison, Witkin ou certains travaux de Silverthorne.

Un conseil : allez-vous promener et faites chauffer vos cartes de crédit !

 

Deconstruire Mathieu Pernot : sur une exposition au Jeu de Paume Mathieu Pernot 4/4

Hurleurs et douleurs

Dernière livraison de notre opus sur le modus de Mathieu Pernot. Ici, nous nous avançons dans les terrains difficiles du sentimentalisme documentaire. Comment documenter les émotions, les pleurs, les rires et les espoirs ? Comment faire dire à la photo le temps des joies et celui des peines quand on sait que rien ne bouge dans une photo. (Sinon c’est du cinoche et ce n’est plus le même problème). En fait, Mathieu Pernot a continué à appliquer les méthodes décrites dans les livraisons précédentes : des placards apposés à côté des photos qui expliquent ce qu’il faut comprendre. Ce faisant, on ne l’a pas assez souligné, Mathieu Pernot a inventé un nouvel art photographique : la photo parlante. Dans le passé des on relève des tentatives du même ordre: autrefois sur les tables familiales, au moment du dîner, on disposait pour le dessert des assiettes parlantes. (Et si Mathieu P. nous faisait des « photos-rébus » ?). Lire la Chronique en suivant ce lien.

Déconstruire Mathieu Pernot. Sur une exposition au Jeu de Paume. 2/4

Les photos d’identité ne sont jamais identiques

Et là, il faut faire une pause mentale. L’exposition commence par une merveilleuse collection de photo d’identités. Prises dans des photomatons. On ne dira pas assez comme souvent l’art vient se nicher là où on l’attend le moins. Grâce à la pensée et à l’action de Marcel Duchamp, on sait que tout est art. Il suffit de savoir regarder et dire, par exemple, « c’est bô » et se taire. C’est « bô » à ce point qu’il n’y a rien d’autre à dire, on est subjugué. Le mutisme en est la conséquence nécessaire.  Mieux, on peut regarder à deux fois, (trois ou plus, ça dépend de la passion qui anime le regardeur) et puis on peut s’éloigner pour voir de loin, se rapprocher pour voir de près, essayer (si on est hors de portée d’un gardien ou du galeriste) de gratter pour apprécier « l’effet matière ». Après un investissement « temps » de cet ordre, on ne plus se contenter de « cé bô !». On dit « Cé for !».

lire la suite de cette chronique en suivant ce lien.

 

Dans le « Sillage » d’Herta Müller

Galerie Berthet-Aittouarès, 29 rue de Seine. 75006.

 

Vite au sens strict du terme, vous n’avez plus que 4 jours. Vite, car l’exposition que propose la Galerie Berthet-Aittouarès mérite qu’on y court. Vite, pour rendre visite à Herta Müller qui donne à voir plusieurs œuvres sous le titre de Sillage.

En fait, deux types d’œuvres. En fait, une même vision sous deux facettes. J’ai envie de dire qu’il y a le côté  où se trouvent la matière, l’épaisseur, les coups de pinceaux et de couteaux et les couleurs, essentielles, couleurs de terre, d’épaisseur et d’humus. Et le brun des forêts, le bleu du ciel et de l’eau. Ce côté, cette facette sont fortement ancrés dans une tradition solide. On est en terre allemande et nordique. Les couleurs sont celles qu’on retrouve chez Lûpertz, les structures, l’hésitation entre réalisme et dissolution des formes dans les couleurs rapproche de Kirkeby. Tout ceci est fort et charpenté. La peinture est là pure et simple, aux confins de l’abstraction, très proche du réalisme de la nature et des éléments. Parfois, sur des œuvres de petite taille j’ai pensé à des surpeintures d’Arnulf Rainer.  Tous peintres allemands et nordiques, tous dans une tradition de formes et de couleurs puissantes.

 

Et puis, les œuvres exposées montrent l’autre côté, la deuxième facette.  Herta Müller montrerait aussi l’esprit des formes qu’elle a peintes. Ce serait le côté « ensoleillé de la force » ? Il n’est pas nécessaire de rechercher des structures sous-jacentes, des lignes de force qui derrière la nature et les éléments en garantissent solidité et souplesse. Ces œuvres-là, sont des lignes qui se déploient, noires charbonneuses, ou vaguement colorées de verts, de rouges et d’ocres, elles vont sur le papier et ne définissent rien de particulier sauf si on les reportait sur les premières. On verrait que les lignes qui s’allongent, se nouent et se croisent, ont leur part de ferrailles à béton, de réseau neuronal ou de système sanguin. Malgré la forme, malgré les lignes qui planent et se déploient avec élégance, grâce à une technique mixte où crayons, aquarelle et cire, ces œuvres-là ne sont pas légères, ni aériennes, ni fugitives. C’est une fausse impression qui le laisse penser. Elle tient à ce que l’auteur n’a pas fait apparaître forêt ou montagne. Il s’agissait, traçant les lignes, les faisant se croiser et s’emmêler de montrer les « esprits » qui les animent.

Les deux côtés forment bien un tout. Extérieur-intérieur ? Dedans-dehors ? Plein-vide ? Les oppositions dans cet esprit seraient trop « rhétoriques ». Les deux côtés,  les deux facettes disent que les choses méritent qu’on les regarde attentivement et montrent l’artiste en tant que découvreur de la pluralité des points de vue.

 

A voir vite, 29 rue de Seine.  

 

 

 

Deconstruire Mathieu Pernot : sur une exposition au Jeu de Paume. 3/4

Prisons et immeubles

Les prisons sont toujours des immeubles par nature. Les immeubles sont parfois des prisons par destination.

 

La série des prisons que nous offre l’auteur est composé de belles photos de perspectives comme des exercices d’école. Il est rassurant de relever que les vieilles méthodes de quadrillage de l’espace et de constructions des lignes de fuite est encore enseigné et, surtout, retenu. Les leçons de la Renaissance sont encore là. On sait que Mathieu a quelques affinités avec Mantegna. Les gisants afghans sont là pour en témoigner. (Voir mon article sur ce beau sujet de théorie picturale). On n’est donc pas étonné de le voir traiter les promenoirs comme des boîtes à voir. Il le dit dans une notice. ( Dans le précédent article on a indiqué que ce qui n’est pas clair dans les photos de Mathieu est clarifié par un texte apposé à proximité. Le texte n’est pas toujours clair. Mais, bon… comme on dit maintenant quand on voit qu’on ne peut pas y faire grand-chose). Grâce aux commentaires apposés, on découvre clairement un univers « carcéral » de promenoirs de prison dans les quartiers de « haute sécurité ». Pour lire la Chronique, il faut suivre ce lien.

 

Louis Cane, couleurs et transparences

Galerie Bernard Ceysson , 23 rue du Renard 75004. Jusqu'au 22 mars.

Louis Cane, peintre français, membre du groupe support-surface…. Etc.

 

Comme il ne s’agit pas d’une rétrospective sur les œuvres, les faits et les dits de Louis Cane et comme la Galerie Bernard Ceysson, ne donne pas de nom particulier à cette exposition, on se limitera pour l’auteur à ces quelques lignes introductives….

Pour les œuvres, j’ai aimé le travail de Louis Cane tel qu’il est exposé via une dizaine de tableaux, de grande taille en général. L’artiste nous offre de l’abstraction pure avec une recherche intéressante sur les matériaux, sur les supports (j’allais dire, en me laissant entraîner, sur les surfaces !). Il dit qu’il se sent avec les couleurs comme un poisson dans l’eau. C’est sûrement vrai. On le sent à l’aise aussi avec tous les moyens techniques possibles pour produire de la couleur, du toucher de couleurs, de la transparence aussi,  c’est-à-dire de l’absence de couleurs.

 

Les œuvres exposées, travail de translucidité sur grillage d’acier, privilégient la couleur qui s’efface sous le regard, la matière, laque ou cire, ou n’importe quoi, qui donne un aspect doux et soyeux à chaque œuvre. Ce sont de beaux exercices de couleurs et de douceurs.

Y trouvera-t-on de quoi révolutionner l’art et péter les cadres « convenus » ? Surement pas ! C’est un art qui est conventionnel. Pourquoi pas ? De l’art agréable. On évitera le mot « académisme ». L’abstraction est-elle sujette à académisme? Pourquoi pas ? Si on dit de l’académisme qu’il est l’art d’utiliser les « trucs », « techniques », « mises en page », « mises en scène », « gradation de couleurs » etc. qui ne dérangent plus et qui font plaisir, alors les œuvres que la Galerie Ceysson expose seraient possiblement du genre « académique ». Dit « vulgairement » cela donnerait : « c’est pas mal, ça ferait chouette dans l’entrée » !

 

Mais non, on ne dira pas que l’artiste est « académique ». Ce n’est quand même pas Bouguereau !!! (Noter qu’il y a des belles choses chez Bouguereau, aussi)

 


Vers la Place Beauvau, une galerie...un marchand... galerie... marchand

Promenade du côté de l’Elysée.

 

Il m’arrive de traîner du côté de l’Elysée. Une sorte de légitimisme rampant. Ou bien la jalousie. « Pourquoi Lui (n’importe lequel « lui ») et pas moi ? Qu’est-ce qu’il a de plus, « lui » que je n’ai pas « moi ». Et je vais m’enfonçant dans des idées moroses d’injustices humaines. Ou bien veux-je me rassurer ? Je veux être sûr qu’on n’a pas revendu ce petit bijou de palais, en plein milieu de Paris, avec un grand parc et un grand garage pour voitures de maître. On pourrait avoir cherché à apurer quelques dettes souveraines. Donné un gage de bonne volonté à la Commission Européenne. Une angoisse m’étreint. Je me souviens de ce que les Italiens ont fait de Venise. Ou bien, me revient ce fameux contrat affermant la ville de Delft à Disney Resort et vite, il faut que je vérifie : le « petit bijou » n’est pas entre les mains d’un oligarque russe ?  Ou dans celle d’un Chinois du Sud (encore serait-il du nord… mais un Chinois du Sud…  l’horreur absolue) ?... Vous allez vous moquer et moi je vous dirai qu’il faut se faire peur avant qu’il soit trop tard !!!

Tout ceci pour dire qu’il m’arrive de traîner du côté de l’Elysée et d’arpenter la rue du Faubourg Saint-Honoré en direction de la place Beauvau. Et ce n’est pas une mauvaise idée que de traîner ainsi car, à l’angle exact de la rue du Faubourg Saint honoré « côté Elysée » et de la place Beauvau, il y a un marchand de tableau. Dans la vitrine du marchand, des tableaux. « Des » est exagéré ! Comme il y a deux vitrines sur la rue du Faubourg Saint Honoré, on ne voit que deux tableaux. En général.

 

Il faut dire un mot des marchands de tableaux.

Dans l’univers de la vente d’œuvres d’art, il y plusieurs niveaux.

On passera rapidement sur la vente en masse des maisons de ventes… On croirait entendre Claudel «  les Ventes, il y a des maisons pour cela » !

Et puis, il y a ce qu’on nomme dans les grandes écoles de commerce (et les petites aussi) la vente « Face to face ». Dans cette « catégorie » de commercialisation se trouvent deux types de commerçants : les galeries et les marchands... cette distinction est-elle justifiée ? Peu importe ! Le tout est de caractériser les comportements.

On dira que les Galeries, animées par des galeristes, s’efforcent de tenir des « lignes éditoriales ». Le Galeriste veut se lier à une tendance, il veut mettre en valeur des gens « qu’il aime » et dont il aimerait qu’on lui dise qu’ils lui ressemblent. Il y a parfois du sacerdoce chez le galeriste, de l’abnégation, il passe par des fourches caudines multiples et nombreuses. Il lui faut aimer ses artistes alors qu’il sait qu’ils ne le lui rendront pas nécessairement surtout s’ils réussissent ! Il lui faut les faire aimer alors qu’il les sait capricieux et capables des pires bourdes. Capables même de ralentir la course d’une main vers son porte-monnaie ou de la plume sur la formule de chèques.  Il lui faut aimer les amateurs (chez un galeriste, il n’y a pas d’achteurs, seulement des Amateurs, des Collectionneurs, des Connaisseurs, qui sont tous des amis). Le rapport avec l’argent n’est pas éludé. Mais enfin ! L’art n’est pas que ça ! Le galeriste doit éprouver une forme d’empathie vis-à-vis de son visiteur. Quoi qu’il en soit de l’appétit réel de l’amateur pour l’art. Quoi qu’il en soit de capacités financières souvent très limitées. Et puis, au  fond, quand on réfléchit un peu, pourquoi posséder….?

A la fin, on se demande pourquoi diable le galeriste s’est mis de lui-même dans pareille galère. Les plus jeunes parleront vocation, faire la révolution, péter les cadres et les cons. Les plus vieux, ceux qui sont encore là, vous feront un sourire entendu, considéreront le mur d’en face avec un voile nostalgique sur les yeux comme s’il allait s’y inscrire quelque chose du genre « in hoc signo vinces » qu'ils auraient attendu toute sa vie  et passeront à autre chose : « le goût du Cheval Blanc n’est plus le même qu’autrefois mais, finalement, c’est un peu bête de l’avoir laissé tomber pour les Hospices ».  Et, dans un grincement de sourire malin, il ajoutera, «… prémonitoire, ce choix, prémonitoire !». J’aime bien les galeristes. Ils ont toutes les qualités et tous les défauts des amateurs d’arts. Et puis, franchement, les seconds auraient bien du mal à survivre sans les premiers !

Parlons maintenant des marchands d’art. C’était le sujet initial, n’est-ce pas ? Je disais que j’errais sur du côté de l’Elysée… et là, une galerie, et sur la rue du Faubourg Saint Honoré, deux vitrines. Deux tableaux. Je ne donnerai pas le nom de cette galerie. Elle est solidement installée là où elle est ! Si vous voulez aller voir, à votre bon cœur ! Moi, je me serais contenté de philosopher. Pourtant, je ne vous laisserai pas en chemin. Il s’agit bien d’un marchand d’art. Les marchands, ça va, ça vient. Il y a les marchands qui vous vendent des trucs bidouillés et les marchands qui vous vendent des convictions. Ceux pour qui l’objet vendu est un support à fric et les autres qui se séparent avec tristesse de l’objet venu à eux par des canaux difficiles et complexes et qui leur est devenu un enfant, une femme aimée, une maîtresse passionnément caressée… Donc, il y a les marchands d’art qui aiment leurs objets et les autres qui aiment surtout l’argent de leur client : « fire and forget ». Je ne sais pas comment fonctionne « la galerie dont je ne dirai pas le nom » mais, je la sais portée sur l’école de Paris, je la sais éclectique car l’Ecole de Paris c’est sûrement Paris, mais ce sont aussi des tendances, des styles, des couleurs, des hommes qui parfois s’opposaient totalement.  J’aime y regarder des œuvres de Marquet, des Buffet « jeune » quand, incisif, il ouvrait des voies avant qu’il les referme en répétant des formules qui marchent (qui se vendent bien) ; il y a aussi souvent de beaux Vlaminck, dans cette galerie. Et Lhote, dont on voit le nom disparaître peu à peu dans le brouillard des œuvres du passé. Et souvent du beau travail quand ces types jeunes « attaquaient ». On y voit aussi des « vieux ». J’ai aimé Grommaire, il y a bien longtemps. Je crois que « j’irai » bien pour un dessin, une plume du vieux soldat.

Je m’arrête à cet instant. On va dire que je fais de la pub. De la gouvernance, monsieur ! De l’éthique ! Pas de conflits d’intérêts ! Il faut s’interdire certaines choses.

Quand même, si par hasard, vous faites comme moi et si vous vous inquiétez des gens qui habitent l’Elysée, si vous vous laissez à errer dans ce coin-là, ne serait-ce que pour vous assurer que le drapeau chinois ne flotte par sur le petit bijou, jetez donc un coup d’œil sur les deux vitrines.

 Il faut que je vous dise : je me suis arrêté, figé. Dans la vitrine : un Fautrier. Un beau Fautrier.

 

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