Soliloques sur l'Art, juillet 2019

Guillaume Zuili, chez Clémentine de la Ferronnière

Galerie Clémentine de la Ferronière

51 rue Saint Louis en L’île 75004

 

Il y a 18 mois, cette excellent galerie exposait Guillaume Zuili. Aujourd'hui, pour cette nouvelle exposition, je n'ai rien à reprendre de ce que j'écrivais en novembre 2017:

 

indiquons sans détour que j’ai beaucoup aimé cette exposition et que j’en recommande la visite. Les prix ne sont pas excessifs ce qui n’est pas le moindre intérêt de l'évènement.

 

La photo en règle générale peut se résumer à « une image mise chimiquement et optiquement sur du papier ou du métal, tout support qu’on veut bien utiliser selon les ressources locales, selon les coûts comparatifs des ingrédients ou selon les foucades et tocades de l’artiste ».

Ici, la matière dominante est le lithium. Bon. Cela prouve qu’il n’y a pas que dans les smartphones et les Tesla qu’on en trouve ! Peu importe !

 

Les photos de Guillaume Zuili ont proprement une tessiture très personnelle, peut-être due au lithium… la thématique est très « américaine ». Villes sans charme, passants sans personnalité, objets du consumérisme ou de la consommation. Tout ceci en noir et blanc… enfin, pas tout à fait en noir et blanc : une sorte de sépia, pâle qui atténue les excès de contraste entre noir et blanc.

 

Ce qui vient très vite au regard relève d’une promenade très intérieure. C’est d’ailleurs ce que livrent les tirages, le sépia, le grain des photos et aussi leur format. On n’en parle pas souvent des formats. L’artiste les choisit et de ce fait, ils ne peuvent pas être neutres. Or, tout au long de cette promenade, alternent des formats moyens, de petits et même de très petits formats. Peu de gros tirages qui investissent les murs (on n’est pas chez Helmut Newton…). Pour moi, petit format signifie lecture, appel du regardeur par l’artiste, pour qu’il vienne se rapprocher de la photo, pour lui proposer de ne plus la dominer, de ne plus prendre de ces reculs qui font que le regardeur ne regarde plus mais tance (sévèrement évidemment). Ainsi l’exposition, en alternant les formats, rythme la démarche du regardeur et lui intime de ne pas se distancier mais au contraire de mettre ses pas dans les pas du photographe et ses yeux dans son regard.

 

Il faut alors aller et venir et ne pas se laisser trop impressionner par les halos de lumière en poussières qui troublent le regard et donnent parfois à voir des paysages ou des personnages qui se vaporisent ou mutent en nuages ; en s’éloignant de la photo, des lignes force remplacent le brouillard ; les subtils évanouissements de constructions ou d’objets deviennent des formes solidement campées. C’est en ce sens qu’il y a promenade, rien n’est donné d’un point de vue, ni celui de la lecture des petits formats, ni celui qui fait que tout disparaît à être regardé de près, ni celui qui, grâce à la distance rend aux formes leur solidité et leurs angles nets et aigus.

 

C’est ainsi qu’entre quelques tempêtes de lumière qui paraissent emporter une automobile, un personnage marchant sur un pavement rythmé de bandes claires et une silhouette féminine au bord de l’effacement, des formes simples trouvent leurs places. Ce sont comme des signaux que le hasard a laissé s’accrocher aux murs, c’est un homme vu de dos qui se déplace tout au long d’une leçon de perspective, c’est la trace que vient de laisser le soleil en projetant sur une rue, l’ombre d’un support publicitaire ou d’un portail commercial, ce sont aussi ces mille raies qui courbent l’espace d’une plage ou d’un jardin.

 

Très belles photos où mélancolie et douceur l’emportent. C’est vraiment une promenade pour soi-même que Guillaume Zuili a construite, avec des signaux, des impressions et des images qu’on s’attend à voir disparaître comme s’effacent un rêve ou un souvenir. 

 

Guillaume Zuili appartient à une école où les images font mots et forcent à penser et à se souvenir.  Je pense aussi à Marina Blake, à Michael Ackermann, à Michener, Sally Mann.


 

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