Soliloques Novembre 2014

Paris Photo 2014

Paris Photo, mercredi, preview

Paris brille-t-il ?

Je reconnais que le truc est un peu facile, mais c’était tentant car, à peine revenu de Paris Photo, je n’avais pas d’autres mots en tête.

Pour commencer, allons directement à la conclusion : il faut y aller. Il faut y aller deux fois, trois fois. Mais il faut y aller au moins une fois car cette édition de la fameuse exposition est remarquable.

C’est une très belle exposition pour trois raisons.

Le champ couvert tout d’abord : la photo depuis qu’elle est née et jusqu’à nos jours. Bien sûr la photo est un art « récent ». Il n’est donc pas impossible de donner une vue exhaustive de la production photographique depuis que cet art est né. Ce que j’ai trouvé sympathique, intéressant et stimulant tient au fait qu’il n’y a pas d’obsessions sur le thème des pères fondateurs, pas d’excès de photographies de l’entre-deux guerres, pas d’abus du vintage, des « vrais photographes », ceux du noir et blanc et ceux de l’argentique surtout. La place est importante laissée aux créations contemporaines, en tous genres, en toutes tailles, en toutes techniques et couleurs.

Deuxième raison : les artistes présentés sont d’une très grande diversité. Evidemment « l’école américaine » est là et bien là avec ses années « cinquante » de découvertes, avec la « street » , la « country » et les toutes nouvelles tendances mais aussi, la photographie allemande, japonaise et maintenant aussi chinoise. Un regret, peu de photo française contemporaine ; le catalogue identifie les artistes sur 17 pages, 3 colonnes par page et un peu plus de 50 par colonnes… comptez ! Parmi eux, ceux que j’aime, les nordistes, écoles suédoises, danoises, allemandes et aussi les japonais ainsi que les nouveaux venus, chinois.

Enfin, les galeries. Elles viennent de tous les coins de la planéte. Impressionnant. Côté parisien, Vu, Camera Obscura font preuve d’une grande identité éditoriale ; mais aussi j’ai aimé ce que présentaient Patricia Condé, Amanasalto (éditeur plus que galeriste), Thessa Herold, Magda Danisz

Des photos qui m’ont vraiment impressionnées : celles d’Araki, mais aussi Takashi Araï, Paul Graham, Bernard Plossu…

Une photo ? J’ai honte, c’est une vieille photo ! Mais elle est non seulement magnifique, elle est programmatique : une photo de Chien dans un parc, par Joseph Koudelka.

PS: jetez  donc un coup d'œil dans "les mots de l'art", quelques commentaires portent justement sur de très bons photographes et une ou deux sur de simples "fabricants d'art" .

Alexia Monduit, Garry Winogrand, Lewis Batz, Emmet Gowin, Robert Mapplethorpe, Pierre et Gilles, Mark Cohen, Roger Ballent, Paul Graham, Witkin, Manuel Bravo, Diane Arbus....

Trois d’un coup : rue de Seine, trois galeries …

Arpenter une rue-galerie, le charme de Paris, aller devant soi, accompagné d’un ami et se tenir prêt à être pris au piège d’une exposition, d’un rouge qui éclate sans prévenir sous votre nez, d’une griffure où vous reconnaissez quelques obsessions intimes ou d’une photo qui tourne le dos à la réalité. Et une fois que le filet, artistement tendu (c’est indispensable), vous a saisi, se laisser entraîner dans un espace souvent bien restreint, lumineux de dizaines de spots et dont les murs sont couverts ou presque vides, selon l’idée de l’artiste ou celle de son galeriste.

La rue-galerie était pour cette fois-ci la rue de Seine et quelques appendices de part et d’autres, rue Visconti, rue Jacques Callot, un petit bout de la Mazarine. Les galeries visitées : Berthet-Aittouares, Olivier Nouvellet, Gilles Naudin et tant d’autres…

Patricia Elberding cher Olivier Nouvellet

La première, Olivier Nouvellet, présentait des œuvres sur papier de Patricia Elberding. Quand j’aurai achevé la rédaction de ce papier, l’exposition sera terminée. Bien dommage, elle était fort courte et pourtant, sympathique et intéressante. Abstraction construite dans le goût qui est né d’une peinture allemande où des trainées de peintures, des traces à l’encre de chine, définissent des espaces, créent des ouvertures et laissent du sang ou des fleurs un peu partout. Les quelques feuilles exposées sur les murs un peu étroit de la galerie, toutes, avaient un charme apaisé, ce qui paraître paradoxal quand on a invoqué les artistes allemands ou nordiques et l’expressionnisme abstrait dont ils se sont fait les inventeurs et les champions. Le fait est pourtant que les griffes étaient peut-être rentrées et ne pouvaient pas blesser. Il s’agissait pour l’artiste de faire rêver, plus que d’inquiéter, d’interpeller plus que de dénoncer et certainement aussi de se réjouir.

Ernest Pignon Ernest chez Berthet-Aittouarès

Puis, un peu plus loin, une galerie qui a le mérite de suivre de jeunes artistes, tout en sachant faire la part à quelques « anciens » (toujours aussi jeunes bien entendu) : Berthet-Aittouarès. Ici, exposé, un artiste qui me fascine au sens où son travail m’attire, m’impressionne et m’interroge. Il s’agit de Pignon-Ernest-Pignon. Ses dessins sont le fruit d’une technique et d’un talent poussant le classicisme au plus loin de ses possibilités. Sauf que ces œuvres centrales, clefs pour comprendre son travail, ces dessins parfois gigantesques de corps souffrants, étirés, malmenés, mourants ou morts, christiques et décharnés sont insérés comme composants d’un décor, d’une scène de rue ou d’une vision urbaine, où ils viennent dire ce qu’on découvrirait vraiment si on grattait le palimpseste que sont les façades, les murs, les portes de certaines villes, d’immeubles délabrés ou d’usines ou encore de prisons. Ernest-Pignon-Ernest colle ses grands dessins sur des pans de murs à Naples ou ailleurs et fait à la fois ressurgir leur vie propre et des vies imaginaires. Il y complète par ses dessins des salpêtres effondrés, des briques défoncées, des affiches arrachées et recouvertes d’autres affiches et, une fois qu’il a fait émerger une nouvelle vie dans ces espaces et ces lieux qui ont souvent trop vécu, il fixe, par des photographies ce que la mémoire a inventé. L’intensité de ces œuvres, leur expressionnisme sans concession, trouvent des instants de puissance amplifiés dans les montages réalisés en prison, dans les cours, dans les cellules. Œuvre très forte à voir et à suivre.

Miguel Buades chez Gilles Naudin (GNG)

Rue Visconti, la Galerie Gilles Naudin, montre, dans l’esprit éditorial qu’elle défend, le travail de Miguel Buades. Curieusement, fait du hasard ou correspondances nécessaires, ce travail rejoint celui de Patricia Elberding ! Une différence importante, cependant : cette dernière serait l’expression heureuse et légère quand celle de Miguel Buades serait au contraire dure, plantée dans les corps et gravée à l’acide dans les mémoires. Avec Miguel Buades, les murs seraient des grimoires ou bien, sur des feuilles blanches, l’artiste construirait des murs qui deviendraient des grimoires, des palimpsestes ou des façades déchirées. L’inspiration de cet espagnol est … allemande et on retrouve chez lui, obsession de la violence et de l’enfermement, couleurs des murailles ou de sang, rugosités de façades pareilles à celles des cellules de prisons recouvertes de graffitis au charbon ou à l’os. L’art est un discours sur l’art et un débat permanent avec les artistes. On pense à l’influence espagnole des Tapies et Barcello aux côtés des Allemands.

Pour autant, si Miguel Buades donne de très belles feuilles, travail sur papier libre tout empreint d’une violence contrôlée, en traces, lignes, rehauts à la plume et à l’encre de chine, les tableaux sur panneaux de bois sont moins convaincants et paraissent alourdis d’une peinture épaisse peinant à porter la violence et la vigueur dont l’artiste a fait l’essence de ses thèmes.

Trois galeries, trois expositions à visiter sans hésitations.

Paris Photo, dimanche et fin...

Pour mémoire: les liens vers quelques commentaires faits sur des artistes exposés à Paris Photo et exposés par des galeries ou des musées, institutions etc .

Alexia Monduit, Garry Winogrand, Lewis Batz, Emmet Gowin, Robert Mapplethorpe, Pierre et Gilles, Mark Cohen, Roger Ballen, Paul Graham, Witkin, Manuel Bravo, Diane Arbus, Yussuf Sevingli, Erwan Morère,....

 

Paris Photo ferme ses portes. Trop vite. On aurait voulu voir plus longtemps ?  Davantage ? Je sais que je n’ai pas pu « tout voir ». Il faut choisir parfois entre prendre son temps et foncer. Entre regarder et scanner. Entre zapper et s’interroger.

J’ai choisi de retarder mon pas au risque de laisser passer des images, des idées, des bibelots, des monuments ! Le premier regard est-il le bon ? en trois passages, je m’aperçois que les choix, les coups de cœur et les moments de grâce du premier ont été confirmés par les deux autres.

Alexia Monduit, Laurence Leblanc, Nicks Maus, Fior Gardino, Takashi Araï, Hiroshi Sugimoto, yamamoto Masao, Sarah Moon, Araki, Ando-ando, Tosho Shibata, Tomatsu, Tahara, Bernard Plossu, Grabriella Morawitz, Peiken Cheng, Maripol, yussuf Sevingli, Erwan Morère.

Décidément, les Japonais sont en force ! Pas beaucoup (sinon pas du tout) d’abstractions, beaucoup de noir et blanc, argentique ou pas, des formes épurées aux corps torturés, des moments de grâce absolue, où l’économie du regard a mis au jour ce qui est essentiel, mais aussi des excès de saturation.

j'ai aimé de très grands formats, mais aussi de véritables bijoux. Les daguerréotypes de Takashi Araï. Les Polaroïds de Maripol. Très petits formats. Pour des portefeuilles portatifs, des galeries du "pour soi" seul. On pense à ces petits autels portatifs, ces tryptiques de voyage aux fins de dévotions privées tels qu'on en voit au quattrocento, peints par les plus grands maîtres.

On voit comme on est ? (dis-moi ce que tu vois…). On voit comme on se voit ? On voit comme on se voit étant vu voyant ? Il y a une sorte de course à l’abime dans la photo, davantage encore que dans le dessin ou la peinture.

On y reviendra dans d’autres textes. Ce que je retiendrai de cette « édition » de Paris Photo tient vraiment à l’équilibre qui s’est imposé entre la « photo faite » et la « photo en train de se faire ».

Paris Photo, cette année, un moment exceptionnel, pour voir et apprendre à voir.

La Maison Rouge, collection Bruno Decharme

La Maison Rouge, très bonne adresse, il faudra le répéter sur tous les tons, car c’est vrai : le projet et l’entreprise d’Antoine de Galbert ne cessent d’interroger sur l’Art, la création artistique et les champs qu’ils recouvrent.

Antoine de Galbert est un des chantres de l’Art Brut, tel que défini par Dubuffet. Il ne cesse d’attirer dans son « espace d’exposition » les collectionneurs qui, comme lui, se consacrent à cette partie « étrange » de la création artistique. Pendant quelques temps, il présente la collection de Bruno Decharme. Même principe, mêmes origines que les recherches de Dubuffet et bien sûr celles d’Antoine de Galbert : les œuvres proposées proviennent de personnalités troublées, pathologiques, profondément démentes ou simplement trop originales pour se supporter elles-mêmes mais surtout pour être supportées par leurs proches, parentèle étroite ou élargie. On ne dit plus de nos jours que ces créateurs sont des fous ou aliénés. On ne dit plus que ce sont des déments ou des anormaux. C’est incorrect et puis, ces termes-là sont trop forts pour beaucoup d’entre eux. Qu’il y a-t-il de vraiment fou chez Henry Darger si ce n’est cette immense bande dessinée où il fait subir les derniers outrages à une bande de petits enfants ? Darger était-il autant dément qu’Odilon Redon ? Quant à ses scènes « effrayantes » elles le sont le plus souvent beaucoup moins que celles d’un « héros » de la peinture de dénonciation, l’honorable « Goya ». Et aussi, les œuvres des « fous » ne sont pas nécessairement des œuvres de folie pure et cataclysmique ! On en rencontre porteuses de paix, appelant à la douceur et recherchant des mondes aériens et sereins.

La création artistique est-elle une histoire de fous ?

Et c’est, à mon sens, là que se situe vraiment le côté passionnant de l’Art Brut. Quelle est la frontière qui départirait la création des « fous » et la création des « pas fous » ? Et puis, chez les « pas fous » (dont il faudrait définir les caractéristiques avec précision) n’y a-t-il pas des « allumés » (pour ne pas dire : « des fous »). Citer le cas de Van Gogh ? Trop facile ? Chez les « pas fous » il y a toujours quelques cas de folie qui sommeillent. Citer le cas des grands surréalistes : Dali n’est–il pas le prototype avéré du « foldingue », et dans son comportement artistique, et dans son comportement général, le premier n’étant peut-être que la conséquence du second ? Et que dire de Delvaux, où l’obsession sexuelle ne peut pas échapper au regard, sauf à se le voiler, (mais alors comment regarder son œuvre !). Les peintres contemporains ou modernes ne sont-ils pas des individualités déviantes, des personnalités qui ont quitté le commun des mortels, des chercheurs d’univers étranges, des hommes et des femmes qui creusent leurs têtes  à la recherche d’images intimes et recluses ou des images de mondes inconnus. Le peintre « moderne » est-il nécessairement maudit (au sens fort ou au sens « light »), victime involontaire de la grande révolution des arts au début du XIXème siècle quand les artistes ont cessé de faire partie de corporations et d’exercer des métiers d’artisans enserrés dans des règles professionnelles, techniques et morales. Les peintres modernes, comme en général les artistes toutes catégories confondues, n’ont-ils pas largué les amarres qui les retenaient à la Société, ses hiérarchies et ses valeurs pour, s’en détachant, se proclamer héros et demi-dieux dans le meilleur des cas et souffrir comme Prométhée ou Sisyphe dans le pire.  Les artistes modernes, en d’autres termes, ne sont-ils pas tous des fous, créateurs inouïs et autodestructeurs incontrôlables ? N’est-il pas à moitié fou, ce Basquiat qui gribouille des cauchemars, c’est-à-dire sa vie au quotidien ? Ne sont-ils pas à moitié fou ceux qui jettent des millions sur la table pour se procurer des chiens gonflables en acier poli ?

Ce sont tous ces thèmes-là qui viennent à l’esprit en parcourant l’exposition de la Maison Rouge… Les œuvres qui y sont représentées, finit-on par penser , ne pèsent-elles pas leur poids de normalité à l’aune de la création artistique contemporaine. Ou bien ce serait cette dernière… La frontière parait bien flou entre le fol et le fait : Tychy, un photographe, exposé en même temps parmi les « artistes » de la Maison Rouge et ceux de « Paris Photo », en dit long sur la confusion des esprits. Opalka et sa vie de peintre de série de chiffres recouvrant totalement ses toiles n’est-il que la version bien habillée et propre sur elle de tous ces artistes qui, dans leurs asiles, ont recouverts des milliers de feuilles par des milliers de chiffres ? Chris Jordan répliquant le célèbre « Ile de la Jatte » de Seurat au moyen de canette de bière et de soda est-il bien dans un état normal ou Bernard Venet qui couvre de formules mathématiques parfaitement banales des toiles gigantesques ou des voitures de luxe. Quant aux photos d’Albert Moser que montre la Maison Rouge, elles auraient eu toute leur place à côté de belles photos panoramiques, pas plus dingues, pas plus déjantées tout autant créatives, tout aussi banales parfois, de Paris Photo!

L’art des fous est-il une non-art ?

Alors ? L’exposition de la collection de Bruno Decharme expose-t-elle ou exhibe-t-elle ? C’est une exposition passionnante pour les questions qu’elle soulève sur la création artistique. Il faut la lire comme un livre sur ce déploiement mystérieux de la venue à la vue d’images, d’univers et de pensées qui dérangent, qui devraient déranger (puisque issues de gens dérangés) ou, plus étrangement, qui ne dérangent pas (serions-nous également dérangés) ! Les œuvres représentées sont des créations au sens le plus strict du terme : œuvre, opus, travail, effort, création, méthode, stratégies. Les œuvres des fous devraient-elles être des œuvres folles où rien ne serait vraiment compréhensible où le crayon, le pinceau, les matières seraient devenus déments, n’exprimant que griffonnages, déchirures, arrachages, grandes traces, coups de ciseaux et des formes insensées nécessaires sous-produits d’esprits insanes. En disant ces mots, des images viennent du mouvement cobra, de l’abstraction lyrique, des expressionnistes… Les œuvres de fous ne sont pas plus folles que les plus folles œuvres de non-fous.

Pour autant, ce ne sont pas les manifestations les plus caricaturales de la démence, qui viennent au travers de ces œuvres mais plutôt les manifestations les plus ordonnées d’une raison « autre », d’une sensibilité « ailleurs ». De fait, la plupart des œuvres montrées dans cette exposition sont « construites », « intentionnelles », « ordonnées ». C’est justement dans un excès de la construction ou de l’ordonnancement qu’une fêlure se devine. Ainsi la saturation de l’espace de la représentation menée méthodiquement vient du double défi lancé par l’artiste à lui-même et à l’univers tout entier : l’espace totalement recouvert devient le symbole de l’enfermement où la toile, la feuille de papier sont des limités physiques et psychologiques à la pensée et à l’imagination. D’un autre côté, la couverture totale de l’espace est prise de possession : il ne sera rien laissé ni aux autres, ni surtout au hasard. Les architectures, les constructions, les plans sont des modalités concrètes de cette prise de possession et de cette possession. Les formes en abymes, les vortex, les fractales et leurs répétitions infinies, participent de cette occupation, en lui conférant profondeur et temporalité.

L’art des fous est-il un non-art ? Ou plus exactement, ces fous qui dessinent peignent, sculptent, sont-ils la preuve que dessiner, peindre, sculpter est aussi naturel pour l’homme que manger, baiser ou courir ? L’art des fous apporterait la preuve par tous ses aspects si proches de la normalité que l’art est parmi nous, comme l’air ou l’eau. Nous en vivons et nous pouvons tous en produire. D’ailleurs, n’y a-t-il pas de plus grands producteurs d’art brut que les enfants, dont tout le monde sait qu’ils ne sont pas (jusqu’à sept ans) encore raisonnables !!! L’exposition doit permettre à ceux qui se passionnent pour la création artistique et les questionnements qu’elle soulève, de faire litière de tous les poncifs sur la libération de l’art grâce aux dévoiements de la raison. L’art qui est montré dans cette exposition est un art très souvent totalement maîtrisé, dénotant un talent, une compétence. Ce n’est pas un art de hasard et d’incohérence. Au contraire. On l’a dit plus haut : cet art est sur-rationnalisé, s’il y a démence, elle ne se déploie pas dans le désordre ni dans l’inculture. Les œuvres exposées disent beaucoup des univers picturaux, esthétiques ou décoratifs dans lesquels les auteurs ont vécus : ils créent comme vient toute création artistique, en s’appuyant sur des idées, des formes, des propositions qu’ils ont connues et qui les ont séduits ou frappés. Il n’y a pas à cet égard d’innocence devant l’art, ni un art innocent : tous les fous ne peignent, ne dessinent, ni ne sculptent au point qu’un amateur puisse les collectionner, au point qu’on puisse les exposer.

Exposition passionnante, pour de nombreux « regardeurs » elle sera une plongée dans l’univers de la représentation des « fous » et des « dérangés » : leurs images, les obsessions qu’elles font apparaître, leurs incantations pour s’en libérer ou, au contraire, pour les appeler ; pour d’autres, elle sera porteuse d’une réflexion sur la création artistique : il n’est pas sans intérêt de noter qu’une des premières œuvres présentées est un dessin totalement abstrait : réalisé, quelques années avant que l’abstraction soit inventée par Malevitch selon les uns ou par Kandinsky selon les autres. Ou bien, ce dessin fait par un fou, n’est que folie, notre commentaire n’étant que l’expression folle d’une recherche à tout prix des cheminements étranges de la création artistique. 

 


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