Soliloques sur l'Art , mai 2017

Christel Herman, chez GNG

 

Il faut reconnaître que mon tropisme de parisien de la rive droite a des conséquences désagréables pour ma bonne appréciation des mérites de la rive gauche. Bien sûr, la rue de seine et celles qui l’entourent, ont perdu le monopole qui fut longtemps le leur de l’art en général et de l’art marchand en particulier. Mais perte de monopole ne veut pas dire perte de talents et de compétences. Beaucoup de belles choses à voir dans ces rues-là. Je vais en dire quelques-unes récentes.

Commençons par une galerie dont j’aime beaucoup « la ligne éditorial » : GNG , initiales mises pour Gilles Naudin Galerie. J’ai commenté de nombreuses expositions organisées par Gilles Naudin: Miguel BuadesAnouk GrinbergPatrick Loste

Je pourrais dire etc…

 

Ici, c’est de Christel Hermann, « Née en 1951, à Torney  Neuwied, Allemagne » que je voudrais parler. Elle fait partie de ces peintres que les supports traditionnels ne satisfont pas, que les matières habituelles laissent de marbre, elle fait aussi partie de ces peintres, montreurs d’images, qui s’attachent aux traces, que l’homme laisse derrière lui ou aux signes qu’il voie, errant sur des chemins qu’il ne connaissait pas encore.

 

Teintes de terres, couleurs de sombre, formes en gestation, émergence hors des sédimentations, c’est un travail sur l’informulé, l’inadvenu, l’éclosion à venir. Ses œuvres sont toutes faites de résine lisse qui donne aux images une surface douce et satinée, fragile et dont on attend des transparences. En rupture avec ces finesses de texture et ces transparences, jaillissent du plan du tableau, des bouts de fils de fer. Ils relient l’œuvre d’un point à un autre comme s’il surgissaient et disparaissaient après une trajectoire aérienne, hors de l’œuvre et pourtant partie de l’œuvre.

 

 

C’est un beau travail qui convoque les méditations et invoque des esprits encore endormis. Rien n’est violent ici, tout est tranquille, trop tranquille, tout est à advenir et à éclore, ou à jaillir. 

Bof! Baselitz, le musée Rodin

 

Je pense que je vais entrer dans le registre, « Gemme, Jèmepo », au sens le plus à fleur de peau qu’on puisse imaginer.

 

Bazelitz,

 

chez Taddeus Ropac, Pantin,

jusqu’au 1er juillet.

 

Bien sûr Baselitz est un grand peintre. Son parti pris «upside down», sens-dessus-dessous, chavirant, à l’envers, ses personnages esquissés, qui se dissolvent dans des espaces arrachés, griffés, raturés sont de remarquables façon de faire sortir du monde les hontes, les trahisons, les reniements dont l’Homme est capable. Il a voulu répéter sans cesse ce processus de mise à jour, d’enfantement des démons bien installés dans la conscience humaine. Il a fait et refait ces personnages qui ne tiennent pas debout ou qui se tiennent à l’envers parce qu’ils ne méritent pas qu’on les érige autrement.

 

Bien sûr…

Sauf que l’exposition de quelques-unes de ses œuvres chez Thaddeus Ropac à Pantin laisse un curieux goût, une impression désagréable. Les œuvres sont belles. Elles sont noires, ce qui n’est pas fréquent chez Bazelitz, elles reflètent la lumière de façon surprenante, sous certains angles, les formes disparaissent, sous d’autres angles, elles jaillissent de la toile. Parfois, elles sont dorées, ce qui est vraiment rare dans l'oeuvre du Maître.

 

Bien sûr, quelques œuvres de Baselitz ne sont pas toute l’œuvre de Baselitz… Mais, pensons-y, n’y a-t-il pas un moment où les dernières œuvres sont de trop. Je pense à Karel Appel, à Münch, à Chirico.

 

C’est sûrement très dur de s’en aller quand on a la création chevillée au corps et à l’âme.

 

Rodin,

 

Ce n’est pas du « géant » que je veux ici parler. On arrive de moins en moins à en dire un mot. Il y a tant de films qui en décrivent le génie, les amours, les amitiés, les doutes, les enthousiasmes, les… etc etc. Ils démontrent tous que parler de l’artiste ne parle pas de l’art de l’artiste et qu’on en vient à confondre art et recette de cuisine.

 

Peu importe, je ne veux pas parler des films. Mais de la muséographie du Musée Rodin. Remarquable travail. Exceptionnelle leçon d’art appliquée à un artiste : Rodin. Très beau travail de vulgarisation scientifique (regardez ! il faisait, comme ça, des doigts, des pouces, des seins, des fesses, au hasard de l’inspiration, pour entraîner ses doigts son imaginaire etc. etc.).

 

Il y a des moments où j’ai eu l’impression de me retrouver à saint Antoine de Padoue dans la basilique, avec tous ces ex-voto, des jambes, des mains, des crânes, des doigts, des nez… en cire, en plâtre, en bois. A trop vouloir démontrer…

 

Au fait, démontrer quoi ? Que Rodin était un génie? Qu’il y avait un making-of « rodin » qui montrerait qu’il était un génie?

 

Très franchement « trop de Rodin, tue Rodin » et à la longue on finit par trouver que ce type qui passait son temps à malaxer de la terre cuite et à donner du coup de ciseau un peu partout, devait être un peu anormal.

 

 

Je sais, c’est méchant. Mais, ce qui est beau n’est pas nécessairement un empilement de tous les essais et les travaux préparatoires. Les Bourgeois de Calais seuls dans le jardin, comme le Penseur, isolé au milieu des fleurs, ou la Porte de l’Enfer… suffisent à dire que le souffle du génie a agité les lieux. (au passage les lieux ont un charme délicieux). 

Martine Chevant, chez Connoisseur's Gallery

 

 

Un peu à l’écart des grands mouvements du tourisme de l’art,  à l’écart de la rue de Seine, de la rue Guénégaud et de la rue de Bucci, un peu plus loin dans la rue Mazarine, je passe devant la devanture de Connoisseur’s Gallery : je regarde tout en marchant, ce qui se trouve exposé dans la vitrine et, cela m’arrive parfois, je m’arrête. Quelque chose a accroché mon œil, quelque chose a été vu par un morceau de cerveau qui a alerté un centre de vigilance artistique, du moins je suppose que c’est ainsi que cela se passe, et ce centre-là, lance une alerte dite "esthétique" qui provoque une marche arrière ou bloque les jarrets au niveau de ce qui a été vu.

 

Ici, une forme, dans la vitrine, a provoqué tout ce déferlement d’ordres et de réflexes, une forme que maintenant je regarde. Ce regard n’est plus comme la ligne qu’on laisse traîner à l’arrière des bateaux de pêche pour la chance d’une prise. Il se fait interrogatif, inquisiteur, observateur.

 

La forme est une sculpture, élégante, de belle taille, qui paraît au premier regard comme un torse d’homme, noueux, puissant, à la musculature réinventée. On est bien loin des torses grecs ou romains de l’antiquité et pourtant… l’esprit de ces corps solidement charpentés est bien là. Rien de servile par rapport aux modèles anciens, rien que le retour et l’illustration d’une idée, d’un sentiment ou d’une impression de force.

 

 

Le matériau que je pensais être de la terre est en fait de bois. Dans la galerie, Martine Chevant est là pour montrer ses sculptures qui toutes sont de bois, qui épousent les formes de ces morceaux d’arbres que le temps a flottés jusqu’à elle. Elle s’en saisit et leur fait dire les âmes dont elles sont les vaisseaux. Très beau travail. Frappant et fort .


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