Soliloques sur l'Art, octobre 2019

Ricard Terré , chez Vu

Parmi les expositions « culte » de la Galerie Vu, celle de Ricard Terré. Déjà exposé il y a quelques années, le photographe espagnol y est revenu et montre de très belles photos.

 

Parmi toutes celles-ci, une photo me fascine particulièrement. Elle brûle les yeux. Elle carbonise la conscience. Elle fait peur et sidère et attire.

 

C’est la Photo d’une jeune femme en noir prise lors d’une de ces processions religieuses qui renvoient à l’Espagne du fond des âges. La gloire de Dieu, la souffrance des martyrs, inéluctabilité de la mort sont là, toujours présentes, inchangées, immuables.

Drapée de noir, lunettes noires, portant dans ses bras une croix faite de deux morceaux de planche, elle sourit étonnée et surprise.

 

Est-elle la mort qui m’observe d’un air indulgent et patient ? Est-elle une enfant de dieu qui viendrait par son sourire me rappeler qu’un monde est là qui m’attend sans hâte ?

 

Beaucoup des œuvres de Ricard Terré renvoient à cette attente sacrée et à cette surprise de la venue d’un moment de grâce ou de terreur.

 

 

A voir, chez Vu, rue saint lazare

Arpenter le marché de l’art et se faire claquer la porte d’une boutique au nez

 

On est aujourd’hui, mardi 8 octobre 2019.

 

On a reçu, il y a quelques semaines, sur internet, de la part de quelqu’un qu’on ne connait pas, Judith Hache, cette proposition intéressante, se rendre rue Cyrano de Bergerac, à la galerie "Module", un mail joint à cette chronique : il faut y aller, on est si gentiment invité. Malheureusement, je n’étais pas libre pour ce moment hectique mais bien souvent ridicule qu’on nomme le « vernissage » avec ses gobelets en plastique, son pinard à deux sous, et ses cacahuètes monop. Et puis tant mieux, un vernissage c’est l’assurance qu’on ne pourra pas voir les œuvres tranquillement. On ne pourra d’ailleurs pas les voir. Les participants à la fête s’entassant et débordant le buffet, ou ce qui y ressemble, obstruant le champ de vision.

 

Donc, j’ai préféré, comme je le fais le plus souvent possible, aller directement, tout seul, en fin d’après-midi faire une visite d’amitié aux artistes exposés.

 

Je ne connaissais pas la galerie, située rue Cyrano de Bergerac.

 

Implantée dans une zone où le charme ne manque pas, le 18ème en dessous de Montmartre, cette rue n’a absolument aucun intérêt. Dans cette rue, au numéro indiqué sur l’invitation, une boutique. Il est 17 :30. Un store obstrue la devanture de la boutique. A cette heure de la journée, c’est rare pour une boutique qui vend de l’art. A 21 :00 on peut le comprendre. A 17 :30 cela fait penser aux kiosques à journaux parisiens dont les tenanciers se cassent à 17 :00.

 

La porte était entre-baillée. Je pousse, en me disant que l’art ici est exposé dans la plus grande discrétion.

 

Donc je pousse cette porte entrebâillée et, ô surprise ! je tombe direct sur une espèce de grand dadais, pull mal ajusté et rasage aléatoire (mais probablement pas grand-chose à raser). Dans ce personnage, le plus frappant, ce sont ses oreilles, décollées et grandes. Une tentative ratée de se rapprocher de Cyrano ?

 

« Vous ne voyez pas que c’est fermé ! »

 

Et boum ! Voilà, à l’œuvre le tempérament commercial français tel qu’on n’ose plus en cauchemarder. On aurait pu imaginer un boutiquier s’étonnant d’une irruption un peu trop tardive, on aurait pu penser à une hôtesse d’accueil se désolant de contraindre le visiteur à renoncer à sa visite….

 

On aurait pu, on aurait pu, c’est vrai mais ce n’est pas comme ça que ça s’est passé. L’adolescent aux oreilles étalées, est devenu désagréable, lorsque j’ai voulu lui signaler que j’avais reçu un mail pour m’inciter à venir et pour, dissimulant le caractère insignifiant de la rue à faire le chemin vers une galerie innovante, créative, à la pointe.

 

Le gardien de ce temple dans le genre mercerie au détail n’avait pas envie qu’on le dérangeât : une BD passionnante, un jeu vidéo dans lequel il était lancé ? On ne le saura pas.

 

J’ai connu des galeristes qui, la nuit tombée, travaillant dans leurs lieux d’expositions, ouvrent encore leurs portes aux visiteurs inopinés. J’en connais qui m’ont avoué qu’ils faisaient parfois de jolies affaires en ces moments de hasard.

 

En fait, ceux que j’ai connus, sont ceux qui pensent que plus ils travaillent, plus ils ont de la chance ; ils ne filent pas à 18 :00.

 

Mais tous n’ont pas de grandes oreilles décollées et l’air d’un type qui vient de tomber d’une grosse sieste.

 

A la fin, ceux que je plains, ce sont les artistes exposés ; ils ne risquent pas de vendre leurs œuvres. Pour ce qui me concerne, c’est totalement raté. J’espère seulement que mon message dissuadera d’éventuels visiteurs et que ce billet aura servi à une chose : leur éviter de perdre leur temps.

 


 

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