Soliloques sur l'Art, janvier 2015

Balthus et Cathelin, en se promenant...

Balthus chez Gagosian

Promenade et expositions entre Gagosian et la galerie Yoshii, entre le « Grand » Balthus et le « modeste » Bernard Cathelin. Evidemment, on ne peut pas comparer les deux artistes. Mais il m’a plu de visiter ces deux galeries, l’une parce que j’avais envie de voir ce qu’elle montrait de Balthus ; l’autre par hasard, en suivant mon chemin vers la galerie Gagosian, descendant l’avenue Matignon, jetant un coup d’œil sur les vitrines et me figeant devant celle de la Galerie Yoshii, parce que quelque chose m’avait frappé, que je connaissais et que pourtant je ne connaissais pas.

C’est vers Balthus que mes pas m’ont d’abord porté. Peintre français, né en 1908, Balthus indiquent ses biographes fut l’homme du scandale. Il faut aussi l’homme de la villa Médicis, qu’il dirigea et dont il concevra et exécutera la rénovation.


Une petite exposition. Des œuvres secondes, et même tierces ! Des dessins au trait léger, crayon sur papier blanc, jeune fille en fleurs, féminité entre enfance et adolescence, éclosions troublantes. Et aussi des griffures sorties tout droit de la plume et de l’encre. De ces dessins, croquis, notes prises pour de futurs desseins, on retient des perspectives troublées, des détails qui contrastent par leurs précisions avec une atmosphère éthérée et des perspectives floues.


Trois ou quatre tableaux animent cette exposition qui, sans eux paraîtrait bien fade, un beau tableau dans le style « Balthus » trône, jeune fille étendue, sous une fenêtre entre-ouverte, un grand chien est dressé pattes appuyées sur le châssis. Presque au pied de la jeune fille, un chat, qui dort probablement. Et dans les replis du grand rideau qui domine, vertical, la jeune fille allongée, se devinent regardeurs et voyeurs, tous ceux qui en rêvent, tous ceux qui la rêvent. Désirs inassouvis, pulsions inabouties, tous les thèmes, les acteurs et les lumières qui font de Balthus un peintre à part entre surréalisme et réalisme, entre symbolisme et fétichisme. Peintre aussi fascinant que ses grands contemporains que sont Delvaux, Léonor Fini, Leonora Carrington, Dorothea Tanning …


On dit que Balthus, malade, ne pouvait plus peindre et qu’il reporta via des polaroïds un regard si particulier sur le monde des jeunes filles à peine sorties de l’enfance. Cela donne une exposition de scènes en toutes petites dimensions sur son thème préféré des petites filles bourgeonnantes, étendues, sur un sofa, un canapé ou un divan, sous une fenêtre, plus ou moins nues, plus ou moins abandonnées, plus ou moins offertes.

Qu’en dire ? Elles semblent avoir été prises dans le cours d’une même journée tant les détails s’assemblent, avec le même sujet, dans la même pose. Ces photos offrent une sorte de résumé des œuvres peintes et un condensé de la peinture selon Balthus. Fragiles instants d’un homme que tentait toujours le désir d’inventer, de montrer et de rêver.


Un détail technique qui pendant toute cette visite a fini par m’obséder : toutes les représentations féminines, peintes, dessinées photographiées sont orientées la tête posée à gauche et les pieds à droite de la scène !!! J’ai vérifié dans les ouvrages qui présentent l’ensemble de l’œuvre de Balthus : cette latéralité « gauche-droite » est significative même si elle n’est pas exclusive. Peut-être, à la fin de sa vie a-t-elle pris une plus grande part ? Je ne sais pas si c’est un sujet ! Pourtant, qui connait Balthus sait que le diable et même le bon dieu ont souvent élu domicile dans les détails…

Le Beau

Quand ai-je vu les fresques de Giotto à Assise pour la première fois ? Je ne m’en souviens plus…

 

…Celui qui dirait, connaissant les grands maîtres …, « je ne trouve pas que Giotto soit beau » n’aurait pas tort. A considérer son travail, la façon dont il campe ses personnages, les étranges morceaux pareils à des décors de carton-pâte qui sont des montagnes, l’absence de proportions entre décor et personnages, tout nous dit, « maladresse », « enfance de l’art », « des idées mais une technique encore fragile », « un peu paysan au fond et fait pour des paysans », « ce sont des livres d’images voyons ! Pour enseigner le peuple » ! « Maladroit comme les images d’Epinal ».

 

Un jour cependant, planté devant ces fameuses fresques, je les ai vues belles …


Lire dans la livraison du numéro 2 de la "Lumière sombre des réverbères" qu'on se procure en se rendant sur le site de Jacques Flament.

A most violent year


J’ai dit et écrit que je ne ferai pas de critiques cinématographiques (ni de critiques littéraires). On a dit et écrit « appuyez-vous sur les principes, ils finissent toujours par céder ». C’est ce qui se passe dans les quelques lignes qui suivent où on parle d’un film récent :« A most violent Year ».

Je pense que le titre doit renvoyer à quelque « hint » bien américain et surtout bien new-yorkais, car, le film ne montre absolument rien qui puisse laisser penser que la chose la plus violente de l’année à New-York soit sous les yeux des spectateurs. Peu importe. Il est très fréquent de relever un décalage entre le titre et le scénario d’un film. Et puis, ce décalage n’épuise pas le rendu du scénario.

New York - 1981.

 

 

« L'année la plus violente qu'ait connue la ville ».

« Le destin d'un immigré qui tente de se faire une place dans le business du pétrole. Son ambition se heurte à la corruption, la violence galopante et à la dépravation de l'époque qui menacent de détruire tout ce que lui et sa famille ont construit ».

Scénario banal servi par un jeu d’acteur maîtrisé, tout en sobriété, pas de hurlements, pas d’assiettes cassées, pas (peu) de ruisseaux d’hémoglobines, pratiquement pas de coups de feu, jamais de kalachnikov… des courses poursuites entre voitures et camions citernes (dont la vitesse de déplacement à pleine charge laisse pantois). Un peu de suspens parfois…

Le héros, belle gueule qui aurait pu jouer dans des films de Brian de Palma ou de Martin Scorcese, qui aurait fait un excellent Michael Corleone et qui aurait pu sans conteste remplacer au pied levé Al Pacino, est très exactement à l’opposé du héros mafieux. Oscar Isaac interprète un chef d’entreprise intègre, un immigré qui s’est fait une place dans le monde sans pitié de New-York et dont l’entreprise fait l’objet d’attaque sournoise de la part d’on ne sait qui… mais on devine : d’infects concurrents qui pourraient tout aussi bien être d’atroces mafieux. 

En principe, à l’américaine, dans ce genre de situation, on défouraille, on pique, on tranche, on plonge dans du béton liquide, on enterre vivant et, entre-deux, on mange des pizzas confectionnés par une Mama qui se signe dès les premières mauvaises nouvelles.

 

Si cela avait été un film de ce genre vous n’auriez rien à lire.  Je n’aurais rien écrit. Or, « A most violent year » est un film non-violent. Reprenez vos esprits ! Ce n’est pas une blague ! Voilà un film où le Héros interdit les armes à feu ! Un film américain ! Avec des italiens, des juifs, des immigrés chefs d’entreprise, des procureurs noirs vaguement corruptibles. Et voilà que le Héros se refuse à employer la violence ! Pourtant, il s’agit de régler un problème qui commence à lui coûter cher : le contenu des citernes de ses camions se fait siphonner par des inconnus qui n’hésitent pas à casser la gueule aux conducteurs.  

 

Le Héros comprend bien ce qu’est la violence. Il sait ce que ses employés endurent. Il sait qu’ils en ont assez de tendre l’autre joue. Eh bien, c’est non ! Ils n’auront pas de flingues dans leurs camions. C’est non ! dit-il à son  conseiller, on n’ira pas incendier les entrepôts des rivaux ! C’est non ! dit-il au Procureur qui le poursuit pour des délits fiscaux, comptables, sociaux etc., il ne se soustraira pas à la justice. Il ira plaider sa bonne foi. C’est non ! dit-il à sa femme qui connait bien le métier parce qu’elle est la fille d’un entrepreneur qui « s’était fait » dans le même environnement économique, il ne veut pas de la violence et tout du long du film, on voit cet homme à peine tenaillé pour le doute. On le voit, avec des accents de prédicateurs, écarter la violence comme Saint Antoine, les démons. Il a de beaux regards lourds et « thoughtful » qui disent pas de violence. Jamais.

 

Evidemment, en quelques moments on craint qu’il cède. On le voit revolver au poing poursuivre un malfrat. On le voit le menacer et lui marteler le visage avec  la crosse, pour finalement, dans un sursaut de dignité le laisser aller, ensanglanté certes, mais vivant. Evidemment, sa femme n’est pas d’accord et le lui fait savoir en termes parfois crus. Quelle jolie femme que celle-là, interprétée par Jessica Chastaing, une Julia Roberts bien en chair ! Elle se rend vite compte qu’il est le Héros et qu’il a raison.

On craint qu’il cède  mais il ne cédera pas ! Il ira dans le droit chemin et l’emportera sur les méchants (qui suivaient le mauvais chemin qui ne va pas droit). Il ne tuera pas même ceux qui le menacent de mort ou qui menacent sa famille. Ce film a une meilleure tenue que « l’homme qui a tué Liberty Valance » où John Ford n’hésitait pas dans le titre lui-même à faire comme une apologie du meurtre ! Pas de violence, j’ai dit, clame le Héros !

Pourquoi consacrer tant de mots à un film qui, il faut le dire en des mots simples, est profondément rasoir ? Pour moi, tout film américain est un film de propagande. Indépendance Day, Los Alamos, l’Etoffe des héros, le Parrain, le Titanic, la Bataille de Midway, tous sont porteurs de messages forts. L’héroïsme, les voyous qu’il faut abattre ; le courage, la foi, l’espérance et même la charité, les communistes qu’il faut abattre ; le dévouement, la nouvelle frontière, Martin Luther King, les djihadistes qu’il faut abattre ; tous sont mis à l’honneur avec, comme outils passe-partout, le flingue, le fusil-mitrailleur, la bombe anti-personnel et le couteau aussi.

 

Et voici que pour la première fois depuis bien longtemps, la justice éclaire le monde avec, pour source d’énergie, l’honnêteté et le courage et, comme moyen de persuasion, le sourire et la parole de paix. Et surtout un regard lourd, lourd, lourd et thoughtful. Serait-ce là une révolution ? Serait-ce enfin le retour de l’homme qui avance sans peur, la bible dans la main droite et, dans la gauche, la Constitution des Etats-Unis ? Serait-ce la fin des hommes de justice en hélicoptères surarmés, des pacificateurs en treillis de combat et des tyrannoctones à infra-rouges ? Les Etats-Unis sont-ils sur le point de renverser tous les systèmes de valeurs qui ont fait leur gloire depuis la conquête de l’Ouest. Vont-ils nous bombarder de films doux où le soft power vaut cent fois mieux que les flingues en forme de grosse bertha ? De l’Afghanistan et l’Irak, de l’Orient compliqué en somme, ont-ils tirés quelques idées simples : l’amour, le droit, la justice, le bonheur ? Nous le saurons en suivant attentivement les blockbusters qui vont sortir. " A Most violent year" nous annoncerait la force des doux et la tranquille assurance des pacifiques. Ce film nous parlerait d’une nouvelle Amérique où les armes se sont tues. La nouvelle frontière des torrents de larmes, des montagnes de gentillesse et des plum-puddings d’altruisme nous attendrait et nous inviterait à mener les vrais combats en douceur et en amour.

 

Le pire nous attendrait donc qui est illustré par les dernières minutes du film quand un pauvre  conducteur se suicide devant son patron après une scène de transe psychopathologique très « moving ». Il est, ce malheureux, l’incompétent, le faible, celui qui pourrait céder à la violence contre autrui, celui qui a cru dans le choix du revolver. Et pourtant, il a compris qu’il n’est pas à la hauteur des idées que le film a mises en avant et se fait justice. (« Celui qui combat avec le revolver… »). La balle qui le tue troue la paroi d’un réservoir de fioul (et met du sang partout). Le Héros, toujours équipé de son seul regard lourd, lourd, lourd et thoughtful s’avance lentement vers le cadavre du malheureux, il sort un mouchoir de sa poche et, lentement mais attentivement bouche le trou d’où s’échappe un peu de carburant.


Saurons-nous juger ce film à sa vraie valeur ? Nos yeux habituels, ceux qui ont été forgés par des dizaines d’années de gendarmes et de voleurs, d’indiens et de chemises bleues, de chicanos et de WASP, ne sont pas fait pour tant de calme et de tranquillité. On le dira fabriqué, ridicule, gnan-gnan avec son héros qui ne veut pas tirer un petit coup de fusil et qui se promène armé seulement d’un regard lourd, lourd, lourd et thoughtful. On dira que le scénario est faible et qu’il court après des images qui ont été vues des centaines de fois. On aura raison de le dire car ce film est raté.

 

Pourtant, il faut aller le voir : au nom des pensées nobles mentionnées en avant de ces lignes, en fermant les yeux pour échapper au regard lourd et en se souvenant que c’est une déclaration de guerre à la guerre, à la violence et à l’injustice. Dans ces conditions, ne ratez pas l’occasion de vous ennuyer très fort en allant voir « A most violent year ».

Cathelin chez Galerie Yshii

A mon retour, je m’attardai dans la galerie Yoshii où je fus très aimablement reçu. La galerie expose Cathelin, artiste français, d’envergure tout à fait différente pour dire le moins. Né en 1919, passionné de couleurs, il fait partie de ces nombreux artistes français qui se sont refusés aux tentations des écoles suprématistes, futuristes, post-impressionnistes et aux oukases de l’abstraction, du cubisme et des grands formats. Ils ont été les acteurs d’une belle Ecole de Paris et ont bataillé pendant plusieurs dizaines d’années, se refusant aux facilités américaines et recherchant un contact avec le tangible, le monde qu’on voit et les formes qui se proposent au regard, aimables ou sévères. Monde où l’artiste choisit sa vision et sa façon de la montrer, et où le regardeur, la contemple, tel qu’elle est faite et non pas telle qu’il voudrait l’imaginer. On peut penser à des Hilaire, des Guerrier, Buffet, Hayden.


La construction des œuvres de Cathelin, la façon de les épurer et de ne retenir que l’essentiel le rapproche beaucoup d’un Nicolas de Stael. Grand voyageur, sa palette est essentiellement tournée vers la mise en valeur de la couleur, ses combinaisons, associations, contrastes. Loin de toute abstraction qu’elle soit lyrique ou conceptuelle, sa peinture est sous-tendue cependant par la recherche de la forme et de la lumière pures, l’élimination des détails, la recherche d’une très grande simplicité et clarté dans le rendu des sujets et de leur environnement.


Influence japonaise ? C’est évident, ne serait-ce qu’en raison de l’intérêt qu’il a porté à ce pays où il s’est rendu pendant des années et qui porte ses œuvres vers un souci rigoureux de la mise en page, vers un peu moins de couleurs et un davantage de construction. Mais aussi, les champs de lavande de son pays natal, leurs lumières et leurs couleurs, l’obséderont longtemps.

L’ensemble présenté par la Galerie Yoshii en fournit une belle illustration. 

An Yves Marchant and Romain Meffre Exhibition at Polka Gallery

Polka Gallery

« Industry» – An Yves Marchant and Romain Meffre Exhibition at Polka Gallery

12 Rue Saint-Gilles, 75003 Paris. Now through January 15.

 

 

Within the vast courtyard surrounded by ancient buildings from the 18th century stand the main premises of Polka Gallery. From today to January 15th, it offers a comprehensive exhibition of the works of Yves Marchant and Romain Meffre. Both photographers are pretty young, yet already they have become famous.

 

Before reading this Chronicle, it makes sense to have an idea of the type of artists that they are. They have just published a book on the famous architect Gehry’s latest work in Paris : « La fondation Louis Vuiton. » They have proposed an outstanding set of photos on this very « Gehry styled » building, which resembles an unidendified flying object, as if it were a very light and fragile craft that would have landed, per chance, close to the city of Paris, in the midst of « le bois de Boulogne. »

 

Of course, one cannot imagine that Yves Marchant and Romain Meffre were entitled to do this job just because they are young, smart guys with a bright and promising potential. They have been elected because of their talent and also because of their creative works.

 

 

Polka Gallery’s exhibition displays photos demonstrating the characteristics of the artists’ talent and the vision they propose to visitors. This exhibition is called « Industry » (and not « Industrie »). The photographers have been travelling around the industrial areas of the world, mostly in the United States, in Russia, Ukraine, and in France, chasing old industrial remains. They seem fascinated by ancient factories, old nuclear plants, steel industry plants, wrecked buildings with monstrous equipment. They want to highlight the remaining violence and the lingering flavor of rotten forces. Each photo plunges viewers into an atmosphere of death, disarray and decay.

 

Sometimes, when viewing certain photos, viewers might think of a sort of a prehistoric time full of wild terrific animals ; other times, it might be devastating war-like views, reminiscent of the agricultural tractor factory just after the end of the Stalingrad battle. The worst buildings appear to have been deserted, the victims of new trends in market prices, of new technologies.

Yves Marchant and Romain Meffre works are large scale. The photos are immense. As a result, viewers feel overwhelmed by both the spirit of the industrial sites and the physical enormity of the ruined and abandoned buildings. Amazingly, there is room for charm and delicacy even in declining parts of modern society: two photos provide this insight. One was shot from within a large cooling tower in a nuclear plant. It is a fantastic piece of pure concrete walls, colored in a slight pastel-like rose color! Delicacy challenges strength and industrial power. The other one is a symphony of hundreds of ropes and lines hanging from a sky-scrap style ceiling.

 

Are both young photographers driven by figures of architecture that would be considered contemporaneous or emerging from a recent past ? Are they building «décors» and sceneries to present to us strange or striking events ? In old buildings, factories, nuclear plants, as in former opera theaters, and dancing rooms transformed into parking lots, are they searching for the « absurd » that spoils so-called develop societies ?

 

 It is up to visitors to decide.

Alix Cléo Roubaud à la BNF

Alix Cléo Roubaud. Photographies à la Bibliothèque François Mitterrand. Jusqu’au 1er février.

« Quinze minutes la nuit au rythme de la respiration »

Disparue très tôt, à 31 ans en 1983, Alix Cléo Roubaud a photographié entre 1979 et cette dernière année. De formation littéraire, elle s’était spécialisée dans l’étude du philosophe autrichien : Ludwig Wittgenstein.


La BNF « Mitterrand » présente son œuvre dans une très grande exposition où les photos sont clairement accrochées dans un ordre logique suivant le travail de l’auteur. Les photos sont de dimensions modestes à l’opposé des gigantesques développements qui ont cours aujourd’hui.


Photographies argentiques, usant de transparences, de superpositions, de photomontages, mêlant parfois écrits et images ; art de réflexion sur le support qu’est la photo ; art de méditation sur elle-même en tant que sujet de sa photo, l’art d’Alix Cléo Roubaud est totalement intimiste dans les deux sens quand l’intime est d’abord physique puis intellectuel.


Son travail relève beaucoup d’une tentative d’art et d’essai. Un travail sur le sens photographique, sur l’image et sa structure, sur sa fragilité. Alix Cléo Roubaud, développait elle-même ses photos et passait, nous dit-on, des heures entières dans sa chambre noire pour faire émerger de ses négatifs, apparences, sens, corps et lumières, ombres et noir. Photographe, elle l’était au sens le plus manuel du terme, au sens où la chimie de la photo est aussi une cuisine, un chaudron d’où on fait émerger des choses invues, des images retrouvées, des souvenirs surexposés.


Travail sur le négatif qui la conduit à valoriser le support tel qu’il est, usant de ses planches contacts, comme un dessinateur qui se refuserait à accepter les limites du cadre et qui ferait déborder, dévier sans cesse sa représentation, qui l’oblitérerait pour la cause du regard vrai. Travail alchimique des bains et des techniques de « révélation » qui fait apparaitre et disparaître les corps et les objets, ou bien qui les met en lumière occultant par surexposition ce qui n’est pas essentiel à la perception du sujet.


Exposition intéressante et troublante. Hantée tout d’abord par une vie trop tôt interrompue. On a dit plus haut, « art et essai », peut-être parce que le sentiment qu’on retire de toutes ces photos est celui d’une incomplétude. Un langage en cours d’élaboration. Tout était encore à dire. Mais aussi, une part non photographique qui est là, par derrière les images, un discours, ce langage qu’on évoquait plus haut. Intime, intimiste, la dimension des images appelle le lecteur autant que le regardeur à réfléchir avec l’artiste, à entrer dans sa propre réflexion sur elle-même et sur son art parce que le « travail artistique » d’Alix Cléo Roubaut a l’art pour objet et pour motivation.


Cette exposition laisse un goût de tristesse. Celle qu’on ressent quand un beau texte demeure inachevé, encore en désordre, entre feuillets griffonnés et fulgurances.

 

 


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