Soliloques sur l'Art, Janvier 2016

 

- Antoni Taulé, les perspectives incertaines

- Christopher Thomas, la Passion

- Giovanni Gastel

- Musée Cernuschi

 

Antoni Taulé, les perspectives incertaines

A partir du 28 janvier, BOA, 11 rue d'Artois, une jeune galerie dynamique, propose avec deux autres lieux, Photo 12 galerie et Insituto Cervantes de Paris, une exposition rétrospective sur un artiste espagnol : Antoni Taulé.

 

Il n’est pas neutre de relever qu’Antoni Taulé s’est, dans un premier temps, beaucoup exprimé par des photographies dites « mises en scène ». C’est là que s’exprime peut-être avec le plus de constance et de recherche ses obsessions sur de grands thèmes structurants. En particulier, les jeux de projections créées par la lumière du soleil couchant, l’irruption de cette lumière, à la fois intruse et révélatrice, dans de grandes salles, dans des pièces obscures, l’éclairage précis qui en résulte et qui magnifie, tel objet, une table, une chaise et aussi parfois un personnage.

 

Les thèmes de la solitude et de l’extranéité donnent lieu à des travaux sur le sombre, sur la place de silhouettes dans de « grandes machines » dépersonnalisées et aussi écrasées soit par la lumière soit par le gigantisme des éléments architecturaux.

 

Curieusement, ce travail sur la lumière, ces constructions où le rayonnement de la lumière d’un crépuscule naissant se trouve enserré comme dans une boîte noire, est une parfaite antithèse de la perspective au sens traditionnel du terme. Bien sûr, certaines œuvres, celle qui correspond au carton d’invitation pour les trois expositions, sont fondées sur l’exploitation de la technique de la perspective. Bien sûr, dans certains tableaux, le regard porté par un personnage, nous plonge dans une vision en perspective. Mais, dans la plupart des photographies et des peintures, les effets de fuite n’appartiennent à la perspective que de nom. Rien ne nous propulse vers des horizons aussi imaginaires que ces lignes qui convergent au contraire de toutes les lois de la nature. Plus curieusement, les effets de fuite se placent dans des lieux clos d’où on sent que toute fuite est vaine.

 

De fait, le temps est figé, les personnages sont immobilisés, les rayons découpent comme au laser de grands pans lumineux à qui sont adjoints des blocs d’obscurité. Dans « Boudoir », la photographie insiste sur l’opposition entre le cadre sombre d’une pièce gigantesque et le dessin géométrique tracé par le soleil qui y pénètre. « Carrelage » est fondé sur le même principe du rôle de la lumière qui découpe et imprime, qui détache et insère.

 

Antoni Taulé a voulu à un certain moment dire et illustrer ce propos : l’art ne discute qu’avec l’art. Il lui est venu le goût de plonger dans un contexte de modernité, celui qu’on a trouvé dans ses photographies, certains personnages célèbres sortis des grandes œuvres des plus grands peintres, C’est un travail exigeant et difficile dont on peut parfois interroger la pertinence. On y voit cependant de belles réussites : « Mort à Venise » et « Buster Keaton ».

 

 

Trois expositions qui sont intéressantes retraçant une œuvre sur plus de 40 ans.

Au Hasard des rencontres, de belles images

christopher thomas
christopher thomas

Christopher Thomas, Givanni Gastel, le musée Cernuschi

 

Pour découvrir la photographie selon Taulé, il faut se rendre dans la galerie Photo 12, sise 14, rue des jardins Saint Paul. Autrefois, ces jardins étaient dits « hors les murs » puisque situés au-delà de la muraille de Philippe Auguste. Charles V les honora de sa présence. Ils furent construits. Ils ont été réhabilités. S’y trouvent maintenant de nombreuses boutiques d’arts et d’objets artistiques ainsi que de restauration.

 

La galerie photo 12, outre Taulé, expose une belle collection de photographes contemporains. Parmi lesquels j’ai noté Giovanni Gastel et Christopher Thomas. Ce dernier est particulièrement illustré par un très gros livre comme on en fabrique de plus en plus souvent, voir Helmut Newton, mais aussi Erwin Olaf et tant d’autres. Livres-objets de plus de 3 kilos, livres monuments de plus de 5 kilos, livres statufiés de 10 kilos et plus, tous livres qu’on ne peut pas véhiculer, passer de pièces en pièces. Tous livres qu’on doit doter d’un lutrin ad hoc, résistant évidemment, mais aussi réglable en hauteur et doté, pourquoi pas, de roulettes façon skate board pour lui permettre de bouger ! Je n’inclus évidemment pas les livres d’Anselm Kiefer dans cette énumération. Ils peuvent peser jusqu’à 200 kilos. Les pages sont parfois en plomb, ou en bois cramé. Des livres monuments plutôt que des livres à lire. On peut les regarder de l’extérieur et pas de l’intérieur en tournant les pages !!!

 

Celui de Christopher Thomas est dans la version light. Et puis peu importe son poids et sa taille, il est tout simplement hallucinant! Très impressionné par la représentation de la Passion du Christ donnée à Oberammergau, il en a fait un livre incroyablement émouvant. Il faut rappeler que cette représentation «vivante» de la Passion trouve ses origines dans un vœu fait en 1633 par les habitants d’Oberammergau en Bavière. Ils s’étaient engagés, pour écarter la peste, à monter un spectacle, joué par les seules personnes nées à Oberammergau et tous ceux qui y résident depuis 20 ans au moins. Evidemment, ils sont tous amateurs. Tous les dix ans, la Passion du Christ est ainsi rejouée. Christopher Thomas en a fait un livre dans la plus pure luminosité du Seicento italien, d’une sensibilité et d’une profondeur incomparables.

 

Juste à côté de la Galerie 12, au 14 de la même rue, MBE expose les Champs de Bataille de Yann Morvan. Les photos sont de taille habituelle. Ce qui l’est moins est la taille du livre que l’auteur en a tiré. On évoquait ci-dessus les livres gigantesques. En voilà un ! Il s’agit d’un livre qui rassemble les photos des lieux des principales batailles de l’humanité. Impressionnant et par l’ampleur du sujet et par la taille de l’ouvrage. Et surtout, il y a de belles photos !!!

 

Encore un mot… qui nous conduit de l’autre côté de la rive droite, à côté du Parc Monceau, dans le célébrissime musée Cernuschi. Habituellement consacré aux arts antiques et anciens de l’Asie, le musée s’est ouvert récemment à la peinture Coréenne contemporaine. L’inconvénient de pareilles expositions est de ne montrer qu’un tout petit nombre d’œuvres et parfois une seule pour chaque artiste. Difficile de juger dans ces conditions. L’intérêt pourtant est bien là : comment l’art moderne « occidental » a-t-il été reçu par un pays pétri d’une culture asiatique très sophistiquée ? Ce que les peintres coréens en ont fait ? Quels styles, quels genres ?

 

 

A voir et à suivre.

 


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