Soliloques sur l'Art, Juin 2017

Hoon Moreau, l'équilibre des formes

Hoon Moreau dessine… non, ce n’est pas ça…. Hoon Moreau sculpte… non, plus, même si on n’est pas très loin. Qu’est-ce qu’elle fait Hoon Moreau ?

 

Elle dessine, elle sculpte et à la fin cela fait des meubles qui ressemblent à des dessins pour les uns et à des sculptures pour les autres. Ou à des meubles tout court.

 

Il faut reprendre depuis le début : Hoon Moreau est une artiste coréenne, bien implantée dans le sol national (elle y a construit famille et profession). Passionnée de style et de design, après avoir travaillé avec les plus grands, elle a décidé de fonder sa propre « boutique » et de dessiner et de fabriquer ses objets, ses meubles et ses sculptures.

 

Il aurait été sympathique et agréable de retrouver dans le travail d’Hoon, la Corée, ses pins rouges et ses riches traditions. Mais voilà, Hoon a abondamment travaillé en Europe et appris en France. Elle a, au surplus, vécu au sein des plus grands cabinets d’architecture français. Il me parait à cette aune que l’esprit français vaut tout autant que le coréen et peut-être un peu plus dans son esprit.

 

Travail dans l’espace. Trois dimensions. Inscrire l’objet dans le monde, le faire tourner, tourner autour de lui. Puis, l’objet étant défini, sa fonction établie et son public posé, créer l’objet, en faire un meuble, une sculpture, un paravent, un bureau… vous voyez qu’on dérive vite entre objet, meuble et sculpture.

 

Vous verrez aussi qu’on ne sait pas toujours faire la différence. Je n’en veux pour preuve que « la » table basse qui trônait au milieu de la galerie de BOA : une table, ou un exercice équilibre, ou une pure sculpture abstraite, façon Calder, (en petit). Miracle de légèreté, pure démonstration géométrique. Voilà un magnifique exemple de ce que peut produire l’imaginaire de notre coréenne. Et dans le même temps, comme s’il fallait se faire pardonner d’avoir voulu défier la gravité, voilà des meubles qui s’imposent dans l’espace et se posent pour ne pas bouger.

 

Par exemple cet étonnant meuble à secret. Colonne noire, allégée de bronze doré, qui se serait suffi à elle-même, ou qui aurait renvoyé au fabuleux monolithe noir qui surgit sans prévenir dans l’univers de 2001 l’Odyssée de l’Espace. Le mystère n’est pas dans le monolithe mais dans ce qu’il recèle : il n’est ni creux, ni plein, c’est une combinaison savante de tiroirs qui s’emboîtent les uns dans les autres, qui sont accessibles les uns sur une des quatre faces de la colonne, les autres sur d’autres faces, sans pour autant se commander mutuellement. Ce n’est pas un semainier car j’ai compté 6 tiroirs, mais c’est la version verticale d’un coffre à mystère. La version horizontale du « faux semainier » est un magnifique bureau dont on se demande si la sculpture en Bronze qu’il déploie est un complément ou une nécessité.

 

Il faudrait continuer encore : des tabourets semblent être sortis directement de chez Mademoiselle Alice quand elle est de passage après un petit détour au Pays des Merveilles. On dirait des champignons. On dirait des formes végétales qui paraissent sorties de terre récemment à moins qu’on ne les ait posées pour qu’elles prennent racines et grandissent. Il faut ici évoquer le travail du bois qui passionne Hoon. Ses objets, sculptures ou meubles ne sont pas systématiquement en bois, il en est de bronze. Quand il s’agit de formes en bois, Hoon est là qui creuse, coupe, polit et dégage du bois des textures, des couleurs et des formes. Les tabourets, de tailles différentes, peuvent aussi être des tables d’appoint ou de bout de canapé. Puis au « végétalisme », il faut « opposer » les insectes : c’est le charme des paravents papillons.

 

Faut-il ajouter des peintures, qui sont entre dessins préparatoires et œuvres à part entière, qui ne sont jamais des œuvres classiques, peintes tout simplement, mais aussi des sculptures haut et bas-reliefs où le sombre et l’or se marient, comme ils le font dans les meubles .

  

Il faudra suivre de près cette créatrice : elle a plus d’un meuble dans la tête. 


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