Soliloques sur l'Art, Décembre 2018

Ferri, là où le voile se lève

Galerie Felli

127 rue vieille du Temple

Expose Ferri,

Là où le voile se lève

 

Avant d’évoquer l’artiste, parlons un peu de la galerie.

 

Ce serait ici une première. Je crois que je n’ai jamais donné dans le genre : « une charmante galerie dans une des belles rues du centre de Paris » et pas davantage « voici une galerie tout ce qu’il y a de moderne avec poutres en acier bruni et verrière qui dispense une belle lumière zénithale… »

 

En fait de commentaire sur la galerie, c’est plutôt un commentaire sur ses méthodes de travail et l’usage de la vidéo qui permet de faire chez soi, le tour des œuvres exposées et de zoomer quand on en a envie.

 

Façon très intéressante de présenter des œuvres et d’intéresser les regardeurs au moins, les collectionneurs aussi.

 

On peut discuter cette technique : ne rebutera-t-elle pas certains regardeurs ? regardant à distance, éprouveront-ils le besoin de venir voir de près ? En fait, on peut imaginer deux cas. Le regardeur se positionne en ligne. On dira que pour qu’il y pense, pour qu’il se décide à aller sur le site de la galerie Felli et visionne le diaporama, il fallait qu’initialement il ait eu envie de voir. Il connaissait sûrement la galerie. S’il regarde c’est non seulement parce qu’il a une idée de ce qu’elle propose mais aussi parce qu’il a une connaissance de ses choix artistiques, de sa ligne éditoriale… Donc, ce regardeur-là, se prépare à voir des œuvres exposées par une galerie qui ne lui est pas inconnue. Le risque serait-il qu’il n’apprécie pas ce qu’il voit en ligne ? En vrai, le risque serait qu’il vienne à la galerie, découvre qu’il n’aime pas et la quitte en ayant le sentiment qu’il a perdu son temps (et qu’on ne l’y reprendra plus…).

 

Conclusion, il vaut mieux, pour le regardeur d’occasion et d’opportunité, qu’il voit sans avoir eu besoin de se déplacer. Il sera reconnaissant que son temps (précieux) n’aura pas été perdu.

 

Supposons que ce soit le contraire. Le regardeur en ligne est charmé. Il aime cette peinture, sculpture etc. Cela va-t-il l’inciter à refermer son ordinateur comme ferait le mélomane qui recevant un programme de concerts, soupirerait d’aise et le mettrait à la poubelle. Je n’y crois pas. Il est même probable que le plaisir tiré de la vidéo montrant de prés ou de loin les œuvres accrochées, l’incitera à « aller voir de près ». Si les images de vidéo sont souvent bonnes, il est certain que le contact direct, visuel, presque tactile avec l’œuvre est meilleur encore. Les images vidéo aplatissent les œuvres, leur font perdre leurs dimensions, leur inscription dans l’espace. La matière dont est faite l’œuvre est effacée ; pour l’amateur, le regardeur et le collectionneur (qui peuvent être une seule et même personne) sont essentiels de la savoir faite de papier marouflée sur toile, ou support de toile froissée ou encore glacis à la transparence légère, peinture à l’eau ou acrylique, technique mixte qui associent subtilement d’autres matériaux que ceux de la toile et de l’huile.

 

La vision en ligne d’abord sera dans ce cas une introduction, une fiche de travail et d’intérêt. Elle déclenchera l’envie d’en voir davantage et, mieux, en d’autres dimensions.

 

C’est exactement ce qui s’est passé pour ce qui me concerne.

 

J’avais reçu le classique « flyer » annonçant l’exposition et un e-mail, contenant un « lien » que j’ai ouvert, pour voir. Et j’ai vu. J’ai aimé ce que j’ai vu. Et je suis allé voir sur place.

 

Et la peinture de Felli vaut vraiment le déplacement.

 

Devrait-on dire qu’on est dans la mouvance de Monet et de ses jeux d’eaux et de lumière, faudrait-il se souvenir que Boudin faisait des ciels à faire tomber en pâmoison ses propres confrères en peinture ?

 

Je crois en effet que Ferri incarne cette nouvelle voie qu’empruntent maintenant, de plus en plus nombreux, de plus en plus souvent les « nouveaux peintres » ou « une nouvelle génération » qui s’écartent des conformismes de l’abstraction qu’elle soit lyrique, constructiviste, surréaliste ou dynamique.

 

Cette bonne vieille abstraction a apporté des recettes. Elle a permis des audaces de traitement. Ferri en fait bon usage.

 

Paysages avant tout, la mer, la campagne, mais surtout les ciels et les flots. Toiles froissées qui empêchent une fabrication d’images trop pures. Ciels nuageux d’une brume blanche, bleu de mer ou des champs. Le jaune des foins et des blés illumine des pastels trop sages où le ciel fait cadre. Plans d’eau paisible rythmés par des rideaux d’arbres, camaïeux de vert et de bleu ; ciels légers qui s’évaporent en nuages et en nuées.

 

Le bleu, le vert et le jaune supportent-ils des souvenirs de paix, de douceurs et d’amitiés ? Ou sont-ils des offrandes à la contemplation ? Le regardeur devient-il, sans s’en rendre compte, acteur d’une invitation à la sérénité ? Rien de sombre, ni de dangereux dans ces œuvres. Rien que le temps qui passe à la vitesse des souvenirs et des rêves. Appel à ce que rien, ni mouvement, ni actions, ni désirs vienne troubler le passage qui s’étire entre demain qui s’inscrirait dans un aujourd’hui qui n’aurait pas encore rencontré le passé, l’ancien, la mort.

 

 

Hymne à la vie retrouvée. Lente et offerte. 

Anton Hirschfeld, Soul Weaving

Galerie Christian Berst

Passage des gravilliers 75003

Anton Hirschfeld, jusqu’au 12 janvier

Soul Weaving

 

Les expositions de Christian Berst sont toujours d’un excellent niveau dans un genre difficile auquel il apporte régularité, sélectivité et créativité.

La dernière exposition compte parmi les plus belles et les plus passionnantes.

 

C’est de l’art brut

 

C’est en tout cas ce que revendiquent et l’artiste et la galerie.

 

Dubuffet est là derrière en embuscade (mystique) ! L’art brut c’est lui, un peu, beaucoup…

 

J’ai un peu de mal avec l’Art brut en tant que courant artistique particulier. Il est un peu trop mélangé, un peu trop rempli d’inclassables, comme s’il était un « plus fort reste » : des œuvres impressionnantes, parfois exceptionnelles produites par des gens qui le sont moins… Ma conception de l’art m’épargnerait à priori de m’interroger sur le coefficient intellectuel des artistes. Seule l’œuvre compte. Un « fou » qui peindrait mal, ne serait pas moins fou, mais serait certainement un mauvais peintre.

 

On peut s’étonner, s’impressionner de la capacité qu’ont certains autistes, schizophrènes, narcissiques (pervers ou pas) à s’exprimer par le dessin et la peinture, voire la sculpture. Il n’en reste pas moins que ce n’est pas l’équilibre mental qui fait la bonne peinture et que, tant pis pour les critiques d’art frottés de psychanalyse, ce n’est pas le désordre mental qui garantit la qualité des œuvres de ses victimes. Disons-le net: ce n'est pas parce qu'on ne va pas bien dans sa tête qu'on fait de la bonne peinture, musique etc. Disons-le autrement, si l'oeuvre d'art était "naturellement" le moyen d'expression de la déviance, on croulerait sous les œuvres d'art. 

 

Ajoutons que si, pour des raisons intellectuelles, on peut penser trouver dans les œuvres, les signes, des indices, indications et autres permettant de procéder à une « analyse », singeant Freud, dont la gloire n’a pas été augmentée par ses « analyses » de Michel Ange et de Léonard de Vinci, cela ne m’intéresse en aucune façon. Cela n’a de toute façon aucun sens : « analyser » Giotto au travers de ses fresques à Assise n’est qu’un étrange moyen pour ne pas rentrer dans l’essentiel d’une œuvre, c’est à dire sa capacité à nous parler encore alors que nous avons, le temps aidant, changé de langage au sens strict et figuré du terme.

 

Les grands œuvres de « grands dérangés » sont le fait de grands artistes, sans qu’ils sachent pourquoi, sans qu’ils l’aient voulus, sans même qu’en travaillant, ils aient ambitionné de faire grand, beau et profond.

 

Ceci dit et rappelé, je ne sais pas de quel mal est atteint Anton Hirschfeld, mais, je m’en fiche, parce que ce qui m’intéresse ce sont ses œuvres.

 

S’il fallait le comparer, « ce qui serait mal raisonner » je ne trouve que Rothko. L’un et l’autre sont des passeurs. Pas des passeurs d'événements. Des passeurs d’hommes. Ils sont la barque qui  fait passer de l’autre côté, « Beyond the looking glass ».

 

Anton Hirschfeld invite le regardeur à accepter la fascination de ses entrelacs et de ses tissages. To weave, tisser. Qui sait, en France, que « tissu » est le participe passé d’un très vieux verbe (totalement irrégulier). Son œuvre est un tissage intemporel mais aussi très situé. Tissage des grandes villes, schématisées par des grilles. Tissage de la vie, symbolisée par des couleurs profondes, des bleus, rouges.

 

Les grilles qu’il offre aux regards sont-elles celles de prisons ou de portes, portes de prison ou grilles d’entrée dans cet « au-delà- par-delà » qui conduit le regardeur à se quitter, à quitter la prison qu’il s’est forgée ou qu’il a acceptée.

 

L’artiste est-il peintre ou dessinateur, et s’il est dessinateur comment parvient-il à cacher sous la peinture le fruit de ses lignes de crayon et d’encre de chine ? Mais s’il est peintre n’est-ce pas pour cacher l’intention portées par les lignes tracées?

 

Anton Hirschfeld fait partie de cette cohorte d'artistes qui ont le talent de mettre en peinture, en dessin, en sculpture, des questions et qui nous épargnent les réponses.

 

Très belle exposition, très belles œuvres.

 

 

 

 


Galeries au Carreau du Temple, 2018, photos

Galeries au Carreau Du Temple, 2018, commentaires

Dommage, on ne trouvait pas de très nombreuses galeries. Dommage parce que tout était de bonne tenue. Les photos que j'ai jointes sont là pour en témoigner. 

 

Ce ne sont pas des découvertes. Beaucoup d'artistes sont connus et bien connus.

 

Peu importe finalement, les prix ne sont pas excessifs et on peut acheter pour 1000 ou 2000 euros des œuvres sympathiques. Donc ne pas hésiter: l’exposition fonctionne dure jusqu'au 2 décembre. 

 

 

 

 

Ci-contre des photos de quelques œuvres qui ont accroché mon regard. 

Certaines ont été prises avec un smartphone, elles ne sont donc pas très bonnes avec souvent des reflets intempestifs et des angles discutables. 

 

Tant pis, ce sont des notes prises à la volée.

 

 

photos 1 et 2 : Aeschbacher, affiches déchirées et collées

photos 3 et 4 : Arnulf Rainer, surpeinture sur photos 5 et 6: Pierre Buraglio

photos 7, 8 et 9: Pierrette Bloch

photos 10 et 11: Lindsay Calicott

photo 12 John Ricardo Cunningham

 


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