A l’orangerie des Tuileries
Les expositions de galeristes ne sont pas toujours passionnantes. Ils aiment montrer qu’ils ont eu l’œil, qu’ils ont fait des choix judicieux et, idéalement, qu’ils ont fait fortune. Ça ne donne pas nécessairement une bonne exposition. Et trop souvent, c’est une façon pour eux de se montrer plutôt que de montrer les artistes qu’ils ont recrutés.
Le cas de Berthe Weill est à part car, la galériste est exposée non pas à partir des œuvres qu’elle aurait su conserver mais, décédée depuis longtemps, elle est célébrée plutôt que montrée.
On dit de certaines personnes, artistes ou non, qu’elles ont l’oreille absolue, l’œil absolu, pour dire qu’elles savent déployer les sens essentiels dans des conditions de pureté et de finesse qui dépassent les talents de leurs contemporains. Pour ma part, je suis convaincu que Berthe Weill avait l’œil absolu. Cette expression un peu courte recouvre un talent qu’on ne peut raconter, ni décrire autrement que par l’étonnant florilège de toutes les œuvres qu’elle a reconnues, de tous les mouvements qu’elle a identifiés et l’exceptionnel travail de communication et de mise en lumière qui l’a animée toute sa vie.
Présenter ou débattre du rôle de Berthe Weill ne peut se concevoir sans les œuvres qu’elle a su mettre en lumière et avec elles leurs auteurs. Et l’exposition en ce sens est remarquable. C’est un rassemblement d’œuvres exceptionnelles, provenant d’artistes exceptionnels présents dans les musées les plus célèbres du monde. Berthe a vécu la dure vie des découvreurs dans l’art. Un de mes amis, me racontait à quel point il est difficile, quelque talent qu’on ait, à la fois de réussir en tant que découvreur et de tirer parti de cette réussite : « les artistes mis en valeur par leur (souvent) premier galériste, lui en sont reconnaissants, mais pas éternellement et tendent à oublier celui qui les a mis dans la lumière en cédant aux sollicitations de galeristes plus riches, plus connus et plus influents ! ».
Elle a découvert Picasso, on l’a surnommée, « Notre-Dame des Fauves », elle met en lumière le cubisme avec passion, puis bientôt l’abstraction. Elle fait scandale en exposant Modigliani …
Il reste que Berthe Weil qui, de son exceptionnel talent n’a pas tiré fortune, demeure dans le Panthéon de l’art moderne celle qui a su reconnaitre des talents d’exception, qui leur a apporté confiance en eux et qui a toujours eu le courage de nouvelles recherches et de nouvelles découvertes.
Une très belle exposition… et quelques images à reconnaître !
auteurs:
Lysiane d.Coste, Judith Wolfe, Philippe Aïni, Dixto
Place du colonel fabien jusqu’au 15 janvier
Un beau rassemblement d’œuvres souvent intéressantes par des artistes de toutes origines.
On reprendra ici la présentation de cette exposition par les organisateurs eux-mêmes.
"Le propos de cette exposition est de réunir autour de deux œuvres majeures liées au Radeau de la Méduse de Gericault (la copie demandée à son élève Pierre François Lehoux avant l’envoi du tableau en Angleterre et une peinture inédite de naufragé réalisée par son élève et amant Louis Alexis Jamar) une sélection singulière d’artistes contemporains sollicités pour s’approprier ce thème. La notion et la symbolique du naufrage, quand les migrants meurent en mer, quand le réchauffement climatique dévaste la planète, quand la montée des extrêmes déploie son cortège d’exclusions, font du Radeau (l’une des premières œuvres majeures de l’histoire de l’art dédiée a un fait d’actualité et de ce fait engagée) une œuvre d’une profonde actualité. La modernité de sa composition et de son traitement perpétue son impact sur l'art et les consciences d‘aujourd’hui.
En ces temps de dérives économiques et humanitaires, de guerre, de sectarisme, le Radeau continue à nous interroger sur la nature des valeurs qui devraient nous éveiller, nous réunir, nous fédérer afin d’éviter un naufrage annoncé."
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