Le Grand Palais est vraiment « grand » ! Incroyable même ce qu’il peut être grand ! J’y reviendrai. Dans ce Palais très grand, un espace impressionnant est réservé à l’art brut sous la forme de l’exposition de la collection de Bruno Decharme. Une gigantesque collection qui n’est exposée qu’en partie.
L’art brut ? Qu’est-ce que c’est ? Faut-il reprendre le propos de Dubuffet « l’art brut c’est l’art brut et tout le monde a très bien compris ». Une de ces nombreuses dubuffeteries, un peu vaseuses, où, dans un langage pas toujours très bien maitrisé ce génie de l’art s’efforçait de phraser des pensées qui n’en avaient pas besoin : il les créait, les montrait et, pour paraphraser un célèbre propos, offrait au regard « l’art sans mot » et tout le monde avait compris.
Je n’ai jamais aimé l’art brut. Je n’ai d’ailleurs jamais aimé les réussites marchandes de certains artistes qui font de l’art brut pour salles de ventes et galeries d’avant-garde. Prenons un exemple : Opalka, prototype de l’art insensé, tel qu’un artiste brut saurait en produire. Sur le prétexte « Opalka » j’avais écrit :
« L’énumération ne vaut pas mieux que l’accumulation du même ou de l’identique, ou de sa répétition, de sa reproduction, de son inflation, multiplication, exponentialisation etc… ajouter des pots de fleurs aux pots de fleurs, décliner les pots de fleurs en plusieurs tailles, les coloriser en bleu, vert, jaune ne vaut pas œuvre d’art. La mise au gigantesque des briques lego pas davantage et l’érection de bonbons sur des socles en béton, pour supporter une reproduction à l’échelle multipliée par dix, cent ou mille, ne vaut pas création artistique. Sans parler des osselets reproduits ad libidum, des lignes de crayon sur un mur blanc… »
Cette introduction négative étant posée, je suis allé voir ce qu’autrefois on nommait « l’art des fous » car pour moi, « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger ». Les fous, catégorie un peu simpliste, les illuminés et tous les gens dont le fonctionnement individuel et social est perturbé, sont humains et méritent donc autant d’attention que le reste de l’humanité. Mais, à mon sens, pas davantage rapporté au caractère artistique de leurs artefacts.
Les commentaires sur cette exposition ne manquent pas de rappeler que bon nombre des productions exposées ont été retrouvées dans les déchetteries, bennes d’ordures, poubelles etc et qu’elles ont été sauvées de l’oubli et de la destruction par d’honorables citoyens réticents à voir détruite une production humaine. Ceci, on le lit parfois, rapprocherait l’art brut de l’art ethnique, indigène, tribal, dont le mode d’appropriation pendant de longues décennies colonialistes, était exactement le même, le ramassage au pire ou la collecte au mieux, avec parfois un peu de « transactions », objets artistiques « ethniques » contre colifichets amusants ou brillants. Quelques bons esprits tirent de ce type de rapprochement que si l’art brut, c’est comme l’art ethnique, tribal etc alors, on ne voit vraiment pas ce qui le différencie de l’art tout court.
Quand on prend conscience que les « artistes peintres » se comptent par milliers si ce n’est dizaines de milliers et que leur production se trouvera massivement à la poubelle ou au mieux stockée dans des greniers ou des caves c’est à dire des poubelles en attente de déchèteries, on ne peut que s’interroger sur la pertinence de cette identification « artiste de l’art brut ». A moins qu’il faille considérer qu’un artiste dont le fonds d’atelier part à la poubelle, est un artiste de l’art brut méconnu!
Revenons sur terre et efforçons-nous, grâce à cette colossale exposition de trouver du sens à l’Art dit Brut.
Dans un premier temps revenons vers les œuvres : on les a parfois trouvées dans un endroit banal, éparpillées sur le trottoir ou accumulées dans des poubelles ou bien elles ont été identifiées comme telles dans un contexte très particulier, celui d’institutions médicales spécialisées ou, hors de ces institutions, par un personnel lui-même spécialisé, (médecin, infirmier et bénévoles divers). Par opposition à l’artiste « banal » (mettons le peintre du dimanche) les artistes de l’art brut sont identifiés en tant que tels par des spécialistes.
L’abondance des œuvres présentées aurait pu conduire à lasser les visiteurs, s’il n’y avait eu un peu de classement et d’organisation. Elles sont donc répertoriées, commentées et quand leurs auteurs sont identifiés, ils ont droit à joli exposé biographique. On explique ce qu’ils ont voulu faire et comment on s’est rendu compte que c’était de l’art etc…
L’impression que j’ai tiré de cette exposition : lassitude, accumulation d’œuvres dont le caractère obsessionnel ne confère aucune dimension artistique.
Peut-être une dimension scientifique ? En les classant bien, on parviendrait à mieux qualifier des affections mentales pour les mieux traiter ?
Worth et Poiret : la haute couture en majesté
Je vous propose de rassembler en une chronique deux artistes, non pas seulement parce que l’un et l’autre ont exercé leurs talents dans la même discipline, la Haute couture, mais parce qu’ils représentent l’un et l’autre deux versions d’un même sujet : habiller les femmes.
En la circonstance, il faut avoir conscience que les femmes en question avaient les moyens de leur politique vestimentaire ! L’un et l’autre artiste de la Haute couture ne travaillaient que pour une élite suffisamment fortunée pour pouvoir s’offrir de magnifiques tenues et « suffisamment élite » pour que ces tenues soient la forme la plus parfaite de leur mise en scène sociale.
L’un et l’autre, Worth et Poiret, correspondent à un continuum artistique, la vie de l’un, Worth, s’achevant au moment où la réussite artistique du second rayonna. Ils se sont connus et appréciés, ou plus exactement, Worth, reprise en tant qu’entreprise familiale par les descendants du fondateur, coopéra avec Poiret en tant que créateur génial.
L’entreprise Worth passa de mains en mains des descendants du fondateur pour ne disparaitre qu’après la seconde guerre mondiale, quand les entreprises de Poiret furent foudroyées par la crise de 1929, lui-même disparut en 1944.
La comparaison entre les deux artistes est passionnante en ce sens que l’un et l’autre défendent une vision de la femme très différente voire opposée. Worth mit en scène des femmes de la très haute société en leur donnant la tenue qui valorisait leur statut. Ainsi donc, il s’agit moins de montrer la femme que de lui donner l’habit qui la positionne dans le monde.
En revanche, Poiret, qui connait bien le travail de la « maison Worth » pour y avoir collaboré quelques années, montre la femme, la met en valeur et lui confère une personnalité indépendante de son statut.
Ainsi l’un n’hésitera pas à concevoir des robes presque hiératiques, imposantes par leur structure même, conçues au moyen de tissus très riches et sophistiqués.
L’autre, Poiret, invente la libération de la femme, en envoyant promener corsets et autres contraintes vestimentaires, en fluidifiant son corps, tout en le parant. En ce sens Poiret est l’exact opposé de Worth : ses robes ne paraissent pas conçues pour simplement mettre en valeur l’apparence corporelle, elles sont par elles-mêmes des œuvres d’art. Les projet de robes de Poiret peuvent aussi bien provenir du pinceau de Duffy ou de Van Dongen que d’artistes plus classiques.
Il est intéressant de relever que l’évolution de la société aidant et une révolution dans le statut des femmes, les deux écoles de haute couture ont convergé : Worth, après la mort du fondateur, s’appuya sur les idées de Poiret, et réussit une transition radicale. De même faut-il noter que les deux entreprises, ont su élargir la palette de leurs créations avec la conception de lignes de parfums contenus dans des flacons eux-mêmes œuvres d’art.
En conclusion : deux expositions très intéressantes à voir, l’une, Worth, au Petit Palais, l’autre, Poiret au musée des arts décoratifs.
Il vous suffira de tendre la main, vers les librairies du net,
Babelio, Amazon, Fnac, books.google, BOD librairie et l'éditeur: Arnaud Franel Editions
Panthéon au Carré est disponible aux éditions de la Route de la Soie.
Promotion est disponible chez Numeriklivre et dans toutes les librairies "digitales"
Au Pays de l'Eau et des Dieux est disponible chez Jacques Flament Editeur ainsi que
La Désillusion, le retour de l'Empire allemand, le Bunker et "Survivre dans un monde de Cons".
"La bataille mondiale des matières premières", "le crédit à moyen et long terme" et "Les multinationales contre les Etats" sont épuisés.
S'inscrire
chaque semaine "La" newsletter (tous les lundis)
et "Humeur" (tous les jeudis)
Il vous suffit de transmettre vos coordonnées "Mel" à l'adresse suivante