Dictionnaire des Citations

Marcel Proust

Citations extraites de "Contre Sainte-Beuve"

Edition folio essais

 

6 Bernard de Fallois, (préfacier) : La supériorité de Proust sur la plupart de ceux qui le précèdent vient de ce que ceux-ci, écrivant plusieurs livres, font toujours le même sans le savoir, alors que Proust lui, le sachant n’en a jamais écrit qu’un.

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8 Bernard de Fallois, (préfacier) : L’histoire d’un roman est un roman. Et le héros de ce roman n’est autre que l’auteur lui-même.

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Citations extraites du livre « contre Sainte-Beuve » (attention dans ce petit livre on trouve aussi des « morceaux choisis » extraits des manuscrits de Proust).

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50  Car si l’intelligence ne mérite pas la couronne suprême, c’est elle seule qui est capable de la décerner. Et si elle n’a dans la hiérarchie des vertus que la seconde place, il n’y a qu’elle qui soit capable de proclamer que l’instinct doit occuper la première.

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59 Je me demande quelquefois si l’immobilité des choses autour de nous ne leur est pas imposée par notre certitude qu’elles sont elles et non pas d’autres.

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62 …une chambre où je couchais à Bruxelles et dont la forme était si riante, si vaste et pourtant si close qu’on se sentait caché comme dans un nid et libre comme dans un monde.

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64  …s’il perce avec la vrille d’un fifre la glace bleue d’un temps ensoleillé et froid.

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66  Parfois, un matin de printemps égaré dans l’hiver, où la crécelle du conducteur de chèvres résonne plus claire dans l’azur que la flûte d’un pasteur de Sicile, je voudrais passer le Saint-Gothard neigeux et descendre dans l’Italie en fleurs.

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69  …on boira dans de jolis verres troubles et trop épais, qui comme certaines chairs de femme donnent envie de pousser Jusqu’à la morsure l’insuffisance du baiser.

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73 Délicieuse odeur de pétrole, couleur du ciel et du soleil, c’était toute l’immensité de la campagne, la joie de partir, d’aller loin entre les bleuets, les coquelicots et les trèfles violets, et de savoir que l’on arrivera au lieu désiré, où notre amie nous attend.

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74  Ainsi au fond d’un paysage palpitait le charme d’un être. Ainsi dans un être un paysage mettait sa poésie.

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78  Elle était une de ces personnes qui ont une petite lampe magique, mais dont elles ne connaîtront jamais la lumière.

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79  Que de personnes successives sont pour nous une personne, qu’elle est loin celle qu’elle fut pour nous le premier jour !

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80  Et en revanche s’il la peint, il donne du prix aux choses les plus vulgaires ; il pourrait en donner au snobisme, si au lieu de peindre ce qu’il est dans la société, c’est-à-dire rien, comme l’amour, le voyage, douleur réalisés, il cherchait à le retrouver dans la couleur irréelle – seule réelle – que le désir des jeunes snobs met sur la comtesse aux yeux violets, qui part dans sa victoria les dimanches d’été.

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93  Le désir abstrait de la beauté est fade, car il l’imagine d’après ce que nous connaissons, il nous montre l’univers fait et terminé devant nous. Mais une nouvelle fille belle nous apporte précisément quelque chose que nous n’imaginions pas, ce n’est pas la beauté, quelque chose de commun à d’autres, c’est une personne, quelque chose de particulier, qui n’est pas une autre chose, et aussi quelque chose d’individuel, qui est, avec qui nous voudrions mêler notre vie.

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112. … car nous ne pouvons pas voir à la fois les choses par l’esprit et par les sens.

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120 … l’affaiblissement de la sensibilité, qui est la banqueroute du talent…

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121 … beau commandement du Christ dans saint Jean : « Travaillez pendant que vous avez encore la lumière ».

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123  Taine : « La méthode de M. Sainte-Beuve n’est pas moins précieuse que son œuvre. En cela, il a été un inventeur. Il a importé, dans l’histoire morale, les procédés de l’histoire naturelle ».

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124  Or en art il n’y a pas (au moins dans le sens scientifique) de précurseur. Tout dans l’individu, chaque individu recommence, pour son compte, la tentative artistique ou littéraire ; et les œuvres de ses prédécesseurs ne constituent pas, comme dans la science, une vérité acquise.

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124 Un écrivain de génie aujourd’hui a tout à faire. Il n’est pas beaucoup plus avancé qu’Homère.

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127  …un livre est le produit d’un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vices.

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128 En quoi le fait d’avoir été l’ami de Stendhal permet-il de le mieux juger ?

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128 Sainte-Beuve : »Je viens de relire, ou d’essayer, les romans de Stendhal ; ils sont franchement détestables ».

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132 Victor Hugo : 

« Je crois que la vieillesse arrive par les yeux

Et qu’on vieillit plus vite à voir toujours les vieux ».

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133  La poésie n’a été pour moi que ce qu’a été la prière ».

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141  En réalité, libre il (Sainte-Beuve) était si peu que, deux pages plus loin, alors que, tant que Mme Récamier vécut, il tremblait de dire quelque chose d’hostile sur Chateaubriand, par exemple, dès que Mme Récamier et Chateaubriand furent morts, il se rattrapa ; je ne sais pas si c’est ce qu’il appela dans ses notes et pensées : « Après avoir été avocat, j’ai bien envie de devenir juge. »…

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142. Sur Sainte-Beuve : « On n’avait pas besoin d’être mort, il suffisait d’être brouillé avec lui ».

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145  Sur Sainte-Beuve : « Comme si le mensonge constant de la pensée tenait chez lui à l’habileté factice de l’expression, en cessant de parler en prose il cesse de mentir ».

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149. sur Nerval : « selon l’expression de Flaubert, à ne considérer la réalité que «pour l’emploi d‘une illusion à décrire », et à faire des illusions qu’on trouve du prix à décrire une sorte de réalité, finit par devenir la folie, cette folie est tellement le développement de son originalité littéraire dans ce qu’elle a d’essentiel… »

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158 sur Nerval : « il se réveille avec le son de l’angélus dans l’oreille, qu’il n’a pas entendu ».

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160 Sainte-Beuve et Baudelaire :  « Le plus grand poète du XIXème siècle, et qui en plus était son ami, ne figure pas dans les Lundis où tant de comtes Daru, de d’Alzon … et d’autres ont le leur (article)».

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164  Sainte-Beuve et Baudelaire : C’était d’ailleurs … un homme d’esprit ( !) assez aimable à ses heures (en effet, il lui (à Baudelaire) écrivait « J’ai besoin de vous voir comme Antée de toucher la terre ») et très capable d‘affection (c’est en effet tout ce qu’il a à dire sur l’auteur des Fleurs du Mal, Sainte-Beuve nous a déjà dit de même que Stendhal était modeste et Flaubert bon garçon).

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164  Avec Sainte-Beuve que de fois on est tenté de s’écrier : « quelle vieille bête ou quelle vieille canaille ».

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167  Tout cela vient à l’appui de ce que je te disais, que l’homme qui vit dans un même corps avec tout grand génie a peu de rapport avec lui, que c’est lui que ses intimes connaissent, et qu’ainsi il est absurde de juger comme Sainte-Beuve le poète par l’homme ou par le dire de ses amis.  Quant à l’homme lui-même, il n’est qu’un homme, et peut parfaitement ignorer ce que veut le poète qui vit en lui. Et c’est peut-être mieux ainsi.

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169  Ce dualisme si naturel a quelque chose de si troublant. Voir Baudelaire désincarné, respectueux avec Sainte-Beuve, et tantôt d’autres intriguer pour la croix, Vigny qui vient d’écrire les Destinées mendiant une réclame dans un journal...

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170  Dans l’homme, dans l’homme de la vie, dîners, de l’ambition, il ne reste plus rien, et c’est celui-là à qui Sainte-Beuve prétend demander l’essence de l’autre, dont il n’a rien gardé.

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219  Il ne peut y avoir d’interprétation des chefs d’œuvre du passé que si on les considère du point de vue de celui qui les écrivait, et non du dehors, à une distance respectueuse, avec une déférence académique.

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220  Un écrivain, qui aurait par moments du génie pour pouvoir mener le reste du temps une vie agréable de dilettantisme mondain et lettré, est une conception aussi fausse et naïve que celle d’un saint, ayant la vie morale la plus élevée pour pouvoir mener au paradis une vie de plaisirs vulgaires.

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230  Mais d’ailleurs sa conversation se composait beaucoup moins de mots que de noms

 

 

 

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